Alcools, “Le Pont Mirabeau” de Guillaume Apollinaire (1913): Lecture analytique

Sous le pont Mirabeau coule la Seine Et nos amours Faut-il qu'il m'en souvienne La joie venait toujours après la peine Vienne la nuit sonne l'heure Les jours s'en vont je demeure Les mains dans les mains restons face à face Tandis que sous Le pont de nos bras passe Des éternels regards l'onde si lasse Vienne la nuit sonne l'heure Les jours s'en vont je demeure L'amour s'en va comme cette eau courante L'amour s'en va Comme la vie est lente Et comme l'Espérance est violente Vienne la nuit sonne l'heure Les jours s'en vont je demeure Passent les jours et passent les semaines Ni temps passé Ni les amours reviennent Sous le pont Mirabeau coule la Seine Vienne la nuit sonne l'heure Les jours s'en vont je demeure

Plan possible :

I/Une structure hors du commun au service d’une description de la ville et de la nature a.Un style authentique b.La nature, source d’inspiration du poète II/Une rupture amoureuse aux accents lyriques a.La solitude du poète face au sentiment amoureux b.La cruauté de l’amour résultant en la fuite du temps III/Plus qu’une rupture amoureuse, une rupture poétique ouverte à la modernité a.Une prédominance du présent qui engendre une opposition entre mouvement et fixité b.Un renouveau poétique

Plan détaillé

I/Une structure hors du commun au service d’une description de la ville et de la nature a. Un style authentique -Le poète revisite l’ensemble des critères de la poésie classique et plus particulièrement la syntaxe -Il n’y a pas de ponctuation, comme la plupart des poèmes d’Apollinaire. Cela peut rendre l’association de mots dans une même strophe compliqué et fait la complexité de ses poèmes. -La métrique est également spéciale avec des strophes composées de décasyllabes sur 3 vers. Cependant le dernier décasyllabe est décomposé en 2 vers à métrique différentes -Cette métrique et organisation du poème crée un rythme différent et assez lent, rendant la solennité du poème -On voit l’apparition d’une suite de vers qui se répètent tel un refrain. Ce dernier renforce la lenteur du rythme et le sentiment du poète; celui de la nostalgie -Ainsi, le poème s’apparente à une boucle cyclique donnant b. La nature, source d’inspiration du poète -Nature: topos en poésie. Apollinaire ne rejette pas l’héritage classique qu’il a reçu de ses prédécesseurs. La nature accompagne le poète dans sa réflexion et dans ses sentiments -Dans ce poème, le pont Mirabeau abrite les amoureux et leur permet d’échapper à la fuite du temps (vers 1, 22) -Le couché de soleil (vers 5) annonce l’arrivée de la nuit et donc le désespoir du poète -L’amour est comparé au fleuve. Celui-ci est comme emporté par le cours de la Seine (vers 13), l’eau ne cesse de s’écouler -La ville et la nature vient réveiller les sentiments du poète et sa nostalgie

II/Une rupture amoureuse aux accents lyriques a. La solitude du poète face au sentiment amoureux -Les amoureux sont réunis et forment un pont avec leurs bras (vers 9). Rien ne semble venir perturber leur union stable et permanente. Cette solidité du sentiment amoureux est soulignée par “restons” (vers 5) et “éternel” (vers 10). Rien ne peut stopper l’amour, comme rien ne peut venir stopper le cours de la Seine. Mais l’eau s’écoule et finit par disparaître au loin. -Cette lassitude du sentiment amoureux s’exprime par l’hypallage “l’onde si lasse” vers 10, annonçant la chute -Le lyrisme accompagne la désillusion du poète face à l’amour. Il se retrouve seul à constater les résultats de la rupture amoureuse. -Dans la poésie lyrique, l’eau est souvent une image de l’amour. Ici, l’amour s’en va comme l’eau du fleuve comme exprimé dans l’anaphore “l’amour s’en va” vers 14. On y retrouve la diminution du sentiment amoureux qui annonce la rupture amoureuse -Ces sentiments sont cependant caractérisés par une certaine pudeur de la part du poète. “Nos amours” (vers 2) devient “les amours” (vers 21) -Contrairement aux principes du lyrisme, le je est très peu exprimé. Dans le vers 1, il suggère une question rhétorique et impersonnelle -Le poète s’efface progressivement et laisse place à la généralité. Il laisse parler les grands thèmes d’eux-même. b. La cruauté de l’amour résultant en la fuite du temps -Le poète trouve une raison à la rupture amoureuse: l’écoulement inexorable du temps. Il permet la disparition du sentiment amoureux et l’élongation des souffrances du poète -La rupture amoureuse survient après un dernier espoir qui est ici personnifié avec la majuscule de “Esperance”. Sur ces vers, la souffrance du poète alors qu’il réalise son amour perdu est accentué. “La vie est lente” insiste sur le temps qui passe, seul responsable de la rupture et son écho avec la diérèse “violente” qui appuie sur la souffrance qui en résulte. -Durant la dernière strophe, l’amour est réduit à l’état de souvenir. La polyptote du verbe “passer” (vers 19) montre bien que le poète a surpassé la rupture et n’en garde qu’un souvenir emprunt de nostalgie -La double négation aux vers 20 et 21 montre la résignation du poète. -La comparaison du cours de la Seine avec l’amour montre bien l’aspect destructeur du temps qui passe et qui efface tout. -Comme les poètes romantiques, Apollinaire constate son impuissance face au temps qui passe -La cruauté de l’amour est exprimée à travers le registre élégiaque qui ici appuie sur la plainte et le regret. Cette plainte se perçoit en partie dans le rythme lent du poème. -Les assonances en -ou avec “coule”, “amours”, “toujours”, “sous” et en -on avec “pont”, “vont”, “restons”, “onde” montrent la langueur du poète -Les rimes en -ienne qui se répètent montrent la monotonie du poème -Le poème devient une longue complainte du poète

III/Plus qu’une rupture amoureuse, une rupture poétique ouverte à la modernité a. Une prédominance du présent qui engendre une opposition entre mouvement et fixité -Même si le registre lyrique et le thème du souvenir sont omniprésents dans ce poème, celui-ci s’inscrit tout de même dans le flux présent -On remarque l’utilisation du présent d’énonciation lorsque le poète regarde la Seine s'écouler après sa rupture amoureuse. Il montre que ce sentiment, bien que surpassé est toujours présent et hante le poète -Au vers 22, le présent d’énonciation devient un présent de vérité générale montre que rien ne peut remédier à cette déception amoureuse. Celui-ci est aussi intemporel et montre le détachement du poète “passent les jours et passent les semaines”

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