Alcools, “Nuit rhénane”, Guillaume Apollinaire (1913): Lecture analytique

Mon verre est plein d'un vin trembleur comme une flamme Écoutez la chanson lente d'un batelier Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds Debout chantez plus haut en dansant une ronde Que je n'entende plus le chant du batelier Et mettez près de moi toutes les filles blondes Au regard immobile aux nattes repliées Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent Tout l'or des nuits tombe en tremblant s'y refléter La voix chante toujours à en râle-mourir Ces fées aux cheveux verts qui incantent l'été Mon verre s'est brisé comme un éclat de rire

Plan possible: I/Le récit troublant de la vision du batelier

a.La concrétisation de la mythologie rhénane

b.Un récit flou II/Une chanson avant tout mélancolique a.Un récit mélodieux qui vient appuyer l’aspect fantastique du récit

b.Derrière ce récit, le mal-être du poète III/Une modernité poétique entre mouvement et fixité

a.Un poème qui s’inspire des courants précédents

b.Mais un renouveau poétique d’un nouveau genre

Plan détaillé


I/Le récit troublant de la vision du batelier a. La concrétisation de la mythologie rhénane -Le poème prend un aspect prosaïque alors que le lecteur est projeté dans une taverne où un batelier raconte cequi lui est arrivé alors qu’il était en mer. -Celui-ci dit avoir vu sept femmes aux caractéristiques physiques merveilleuses. -Dès le début de son poème, le poète s’inscrit dans la tradition populaire nordique, et plus précisément allemande-On sait qu’Apollinaire a passé une partie de sa vie en Allemagne en accompagnant le précepteur de sa fille. C’est une période mouvementée de sa vie étant donné que sa compagne le quitte, le faisant considérablement souffrir. -Dans la littérature, le Rhin est un fleuve où bon nombre de faits surnaturels se produisent. Ces récits s’inscriventnotamment dans le romantisme allemand -Ici, les sirènes semblent sortir du fleuve car ces dernières doivent démêler leurs cheveux “tordre leurs cheveux”.-Étant au nombre de sept, on émet plusieurs hypothèses quant à leurs origines: les ept baigneuses du Rhin(gardent l’or qui est au fond), les Ondines (équivalent sirènes) qu’on peut retrouver avec le verbe “incanter”.Parmi elles peut se trouver la Loreley, une sorcière maléfique qui hante le Rhin. -Le fait que la scène se passe sous la lune, en pleine nuit ajoute au côté fantastique du récit du batelier. -Ce récit en abyme crée un tiraillement entre réalité et fantastique durant tout le poème. De plus les filles blondes et les sorcières/sirènes sont placées symétriquement sur le deux strophes (3eme vers: évocation des filles, 4emevers: cheveux). L’immobilité des femmes contratse avec le mouvement des hommes ivres qui dansent -Cet aspect mythique est d’autant plus exagéré avec l’évocation de l’alcool qui se révèle être abondant b. Un récit flou -L’aspect fantastique du récit du batelier est renforcé par le peu de précision du récit. En effet, le batelier nousdécrit plus qu’une vraie expérience, une vision. -On adopte alors le point de vue du poète, ivre. On en est informé dès le début du poème avec le premier vers. La comparaison du vers de vin et de la flamme est une image classique plutôt employée dans le roman. Selon Orecchioni cette image fait référence à la réminiscence de Faust (héros allemand) où le vin se transforme en flamme. Cette comparaison plonge alors le poème dans une ambiance de sorcellerie. On retrouve également cette image dans le roman de Goethe. -De plus, la flamme rejoint l’image des hommes qui dansent dans la taverne. La flamme est insaisissable toutcomme la scène qui se déroule sous les yeux du poète.. -Champ lexical de l’alcool. Allitérations en v -La répétition de “Le Rhin le Rhin” insiste sur l’ivresse du poète qui a du mal à s’exprimer. Ce dernier est également personnifié avec “Le Rhin est ivre” et “les vignes se mirent”. -On a un mélange des sens avec les images qui se succèdent vite à mesure que le poète enchaîne les verres. Onnote l'évocation du reflet avec “Tout l’or des nuits tombe en tremblant s’y refléter”. Ces comparaisons etadjectifs qualificatifs inhabituels flouttent encore plus la vision de la scène. Le décor se dédouble. -On retrouve une peinture presque avant-gardiste de la scène, voire impressionniste.

II/Une chanson avant tout mélancolique a. Un récit mélodieux qui vient appuyer l’aspect fantastique du récit -Ce récit est avant tout une chanson, une taverne est en effet caractérisée par l’euphorie et les chants populairestraditionnels. -”Nuit rhénane” est inspirée des lieder, des chants germaniques d’origine ecclésiastique qui s’inspirent duromantisme allemand et de ses thèmes. On a une fusion des deux genres dans ce poème. Ces chants sont également inspirés de la littérature italienne. On a donc un mélange des styles, des thèmes et des époques sousl’inspiration des lieders. C’est une forme universelle. -On reconnaît également les volkslieder, des chansons folkloriques et appuie sur l’aspect personnel du récit. Renforce l’héritage populaire du poème. -On remarque en effet que certains mots reviennent comme des refrains tels que “verre” et “verts” ou encore “chanson”, “chantez”, “chant” et “chante”. On remarque une structure cyclique avec le sujet du “verre” quirevient à mesure que le poème avance -On remarque également le champ lexical du son, du bruit et du chant. -La dernière strophe mime le verre qui se brise avec l’homophonie de “vers” déjà remarquée avant. Le vers se brise dans cette strophe (métrique régulière durant le reste du poème). -Cette incantation permet la construction d’un tableau proche de l'hypotypose, à la fois visuel et sonore. Scène merveilleuse. b. Derrière ce récit, le mal-être du poète -On remarque tout le long du poème un certain lyrisme exacerbé de la part du poète, sûrement provoqué parl’alcool. -On remarque la double énonciation du poème qui vient appuyer la visée du lyrisme. En effet, ce dernier utilise la première personne pour parler de ses sentiments personnels avec “je”, “moi”. Mais il s’adresse aussi à unauditoire, comme le poète lyrique qui souhaite crier ses sentiments personnels. -L'évocation des femmes renforce le lyrisme avec l’expression implicite du sentiment amoureux. -Le poète se compare à l’agitation du Rhin “Le Rhin le Rhin est ivre”. Renforce l’aspect mystérieux du poète.-Le poème est aussi une plainte avec “La voix chante toujours en râle-mourir”. Insistance sur la mort revient, on évoque les vignes, c’est donc la période de la vidange et donc le début de l’automne. Le poète parle de l’automne de sa vie. De là, il exprime sa solitude et sa mélancolie face à l’amour perdu et au temps qui passe. -La chute du poème vient insister sur son désespoir. A mesure que l’on progresse dans le poème, le poète perd del’énergie et se meurt.

III/Une modernité poétique entre mouvement et fixité a. Un poème qui s’inspire des courants précédents -Théorie de Baudelaire sur la Modernité artistique. Cohabitation du mouvement et de la fixité. -On retrouve l’inspiration symbolique avec la nature et les vignes qui représentent l’automne. On retrouve cette ambiance que l’on peut avoir dans “Venus anadyomène” de Rimbaud. -On retrouve également le romantisme allemand qui traite de l’amour et de la nature avec sérieux et dans lequelon retrouve des éléments de la mythologie nordique. On a l’omniprésence d’un lyrisme exotique -Inspiration de la peinture avant-gardiste notamment dans le tableau qu’il fait du Rhin et de la fête populaire b. Mais un renouveau poétique d’un nouveau genre -Le mouvement que veut amorcer Apollinaire réside avant tout dans une revisite de la forme. On remarquel’absence de ponctuation -Cependant, la métrique est plutôt régulièrement contrairement à la plupart des poèmes d’Alcools. On note l’emploi d’alexandrins et de quatrains, employés dans la poésie classique et lyrique le plus souvent. Seul le dernier vers vient briser cette structure classique. ce choc brutal vise à donner une image frappante du verre qui se brise -Ce poème complexe, inspiré en partie du cubisme annonce la poésie surréaliste qui cherchera à capter le réel parl’inconscient notamment avec la poésie dictée par l’inconscient, créant des tableaux particuliers.

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