Terminale ES: intégration, conflit, changement social

Mis à jour : juin 11


Pertes de liens sociaux ? pourquoi on parle de lien social en crise ? pourquoi on s’inquiète sur la solidarité ? montée de l’individualisme : peut-on construire une société avec des individus qui sont tous différents ?

Quels liens sociaux dans des sociétés où s’affirment le primat de l’individu ?

La sociologie nait au XIXème siècle pour répondre aux interrogations que suscitent les profondes transformations économiques, sociales et politiques engendrées par les révolutions industrielles et démocratique. En particulier, la montée de l’individualisme entraine une transformation du lien social dans les sociétés modernes.

« vivre ensemble»terme, se pose depuis l’industrialisation, le développement des villes, la disparition des liens de communes qui ont existé par le passé : beaucoup de personne ont quitté les villages pour aller dans des villes

Plus récemment, on entend parler des violences dans les quartiers sensible, de la montée de la solitude dans notre société

Au début on la voyait d’un point de vue des changements par rapport à la mobilité, aujourd’hui on se demande s’il n’y a pas quelque chose qui s’est cassé.

Fondements du liens social puis les transformations qu’ont connu les différentes instance d’intégration qui ont fragilisé la cohésion sociale.

Lien social :ensemble des relations, des normes et des valeurs communes, qui attachent les individus et les groupes les uns aux autres, et les rendent solidaire.C’est lui, le lien social qui permet la cohésion sociale et l’intégration de l’individu (échelle du groupe vs échelle individuelle)

Le lien social a 3 composantes essentielles :

- Des liens politiques,comme la citoyenneté, le « contract social »qui nous unit par la loi, par des valeurs communes comme la démocratie, un ensemble de droit et de devoirs. Pour les sociologues, le lien politique est le fait de se protéger entre nous : par les lois et par le fait de se protéger de l’extérieur :la défense et les obligations qui nous lient a la défense du pays. On l’accepte car il permet de nous protéger entre nous et avec l’extérieur

- Lien culturel :fait de partager les mêmes croyances, les mêmes but, les mêmes valeurs, gérés notamment par l’instance qu’est l’école (Durkheim qui a beaucoup travailler sur ce sujet-là, c’est sa conception du lien social)

- Les liens économiques, marchands… comme avec le travail : comme on n’est pas capable de répondre tout seul à ces besoins, il y a une interdépendance entre les membres d’une société: c’est notamment si on reprend la théorie de Smith, la théorie de la main invisible

(main invisible = Chacun, par son égoïsme : il permet à la société de parvenir à ces besoins : en cherchant son propre intérêt, chacun fait de son mieux pour les autres : la recherche du profit individuels profite à tous)

ðCes trois types de liens sociaux relèvent tous d’une interdépendance qui va être plus ou moins étroite selon la société ou même le groupe social, et c’est de cette interdépendance que ce crée la cohésion sociale.

I les fondements du lien social dans les sociétés contemporaines :

Les sociétés modernes connaissent une montée de l’individualisme. Si cette autonomie accrue des individus par rapport à leurs groupes d’appartenance traduit un désir de différenciation, elle génère aussi des craintes quant à la cohésion sociale.

A deux formes du lien social selon Durkheim :

Pour Emile Durkheim (sociologie considéré comme le père fondateur de la sociologie en France) les révolutions industrielles et démocratique ont contribué à transformer le lien social du fait d’un approfondissement de la division du travail et d’une croissance de la densité matérielle et morale.

Solidarité mécanique

Solidarité organique

Division du travail

restreinte

étendue

Personnalités

Faiblement différenciés

Fortement différenciées

Conscience collective

Forte

Faible

Fondement de la solidarité

Similitude des individus

Complémentarité des individus

1 la solidarité mécanique dans les sociétés traditionnelles :

la solidarité mécanique? « mécanique » car cette solidarité se crée mécaniquement. La solidarité mécanique vient des ressemblances (normes, valeurs) qui existent entre les individus : ils vont uniformiser leurs consciences pour pouvoir vivre ensemble.

Le lien socialrepose sur le fait que les individus sont semblableset très attache à la tradition qui guide leurs comportements.

Et le résultat est que la contrainte sociale est très forte. Pas de diversité dans les normes et valeurs : les hommes sont poussés à se conformer.

la différenciation des individus est très faible et les sanctions du groupe contre les très déviants sont violentes.

Types de société que l’on dit communautaire car l’individu n’existe pas en tant que tel, en tant qu’individu mais en tant que membre du groupe et donc la notion de conscience individuelle correspond à la conscience collective.

Non seulement les citoyens s’aiment et se recherchent entre eux de préférence aux étrangers, mais ils aiment leur patrie, car ils leur doivent une part de leur vie sociale, de leur type psychique. On peut dire la même chose de d’autres groupes tels que l’instance de l’école, la famille, la religion.

Lorsque l’on va dans la boulangerie, on respecte certaines règles : les règles de politesse, le paiement en euro, l’utilisation du français…

2 la solidarité organique dans les sociétés moderne :

Dans la société a solidarité organique,les personnes ne partagent pas toutes les mêmes normes mais ils vont coopérer bien qu’elles soient différentes. Les individus sont comme les cellules du corps et les groupes comme ses organes : ils sont spécialisés maiscoopèrentsinon le corps ne pourrait pas fonctionner correctement.

La division du travailpeut être source de solidarité entre des individus pourtant différencié car, en faisant que les individus ne peuvent pas répondre par eux même à tous leurs besoins, la division du travail permet aux individus d’être interdépendant, de faire partie de la société car source de biens, de services, elle rassemble donc des individus ayant pourtant de nombreuses différences de personnalités, d’origine par les liens économique notamment.

Dans ce type de solidarité organique, la cohésion sociale est fondée sur la différenciation et sur l'interdépendance des individus entre eux qui favorise la division du travail.Elle est caractéristique de sociétés qui fonctionnent autour d'une force centrifuge, qui éloigne les individus les uns des autres en encourageant les différences.

Il y a une division du travail, Les individus se différencient et deviennent de ce fait interdépendant. La différenciation des taches qui est lié à cette division du travail dans les sociétés industriels et « post industriels », permet un développement des consciences individuels au détriment de la conscience collective.

Attentioncela ne veut pas dire qu’il n’y a plus de contrôle social, de normes et de valeurs, mais que celles-ci sont devenus moins contraignantes.

Pour Durkheimc’est la division du travail qui crée le lien social dans les sociétés moderne, cependant, il met en garde face à une division du travail trop poussée, qui serait développé dans l’unique but d’améliorer la productivité du travail, et qui pourrait conduire à la destruction du lien social.

Cette divisions du travail trop poussé, il l’appel « pathologique », (terme qui renvoie à l’aspect du corp humain que l’on retrouve avec « organique », mais cette vision est un peu désuète)

En fait, avec cette division du travail, on est dans une ultra division du travail et de ce fait, une partie du lien social s’est détruitet on va la recréer dans des liens de l’ordre mécanique, ont dit alors qu’ils ne sont pas séparés mais au contraire que dans nos sociétés, les solidarités mécaniques et organique coexistent.

3) la coexistence des deux formes de lien social :

Même si l’analyse de Durkheim est évolutionniste, il n’écarte pas totalement l’idée que des formes de solidarité mécanique puissent persister dans les sociétés modernes. Les solidarités organiques ne sont donc pas exclusives aujourd’hui.

D’autres formes de regroupement fondés sur une similitudeforte (la famille), ou relative (les organisations professionnelles) sont nécessaire pour assurer la cohésion sociale.Les liens communautaires traditionnellesn’ont donc pas totalement disparu, reposant sur des croyances partagées, des normes et des valeurs communes (scoutisme, groupes religieux, rallyes…)

Dans nos sociétés moderne la division du travail est très poussée et l’individualisme est très fort, on est donc largement dans une solidarité de type organique, basé sur l’interdépendance.Mais des liens communautaires continuent d’exister à différentes échelles dans des groupes ou on va préférer la solidarité mécanique.

Exemple de solidarité mécanique qui subsiste encore dans notre société actuelle :

La solidarité obligée dans les « bandes des cités »

è des liens communautaires continuent d’exister, on peut rendre comme exemple des jeunes de banlieue qui du fait de leur situation culturelle, économique, géographique… tendent à former des groupes. On forme des liens car on a besoin de se sentir protéger et reconnu. On est face à des individus qui ne se sentent pas reconnu ou sécurisé, leur solution est donc de former des groupes à travers lesquels ils vont pouvoir retrouver ce sentiment.

La solidarité des membres d’une même bande vient surtout de leur similitudepuisqu’ils ont en commun un statut sociale, ils ont un prestige en commun, leur solidarité a donc pour objectif de construire, de défendre ce prestige.

Dans l’autre extrémité de la hiérarchie sociale, on trouve le même type de relation dans la bourgeoisiequi cultive l’entre soità travers la mise en place de rallyes, la fréquentation d’institutions plutôt que d’autres. Et hors du statut économique, on retrouve beaucoup de lien mécanique parmi les communautés de croyant.

II des instances d’intégration en crise ? :

Face à la montée de l’individualisme, le rôle des différentes instances d’intégration sociale est remis en cause.

Le processus d’intégration s’opère dans différentes institutions (école, famille, travail), mais également par la mise en place de dispositifs de solidarité comme la protection sociale. Et comme toutes ces instances d’opérations ont connu des transformations sur la période récente, on peut se poser la question de savoir si leur rôle intégrateur est aujourd’hui fragilisé.

A la famille : un facteur important d’intégration sociale, instance primordial de l’intégration primaire

Comme le visage de la famille, la forme typique de la famille classique à fortement évolué(beaucoup de divorces, de familles monoparentales) qui bouleversent la vision que l’on a des familles.

On verra les changements qui se sont opérés ainsi que l’impact que ces transformations ont eu

1) des changements affectent la famille :

Transformations familiales :On voit par exemple une baisse du nombre de mariage « traditionnelle » mais une augmentation du nombre de pax., une baisse du nombre de personne mariés, une augmentation du nombre de personnes seuls, Age moyen du premier mariage : de plus en plus tard, de plus en plus de divorce…

La famille au sens de l’INSEEest composée d’un couple et ses éventuels enfants ou d’un parent seul et au moins un enfant, résidant au sein du même logement.

Le nombre de mariage a baissé de près de 25% entre 1970 et 2012 (400 000 contre 250 000). tandis que le nombre de divorce a explosé d’environ 25 000 en 1060 contre 150 000 en 2012

Pres de 1/3 des enfants ne vivent pas dans une famille traditionnelle en 2011.

Il y a deux fois plus de mariage que de divorces, donc 1 mariage sur 2 finit en divorce.

ð famille se désinstitutionnalise, avec une transformation du lien conjugal, et une diversification des formes familiales(monoparentales, homoparentales, recomposées…) elle est moins encadrée par des règles et des nombres strictes (ex-généralisation du divorce). Également un rapport différent à la religion qui permet ce phénomène. Taux de divorce 45% en 2008.

Ces transformations sont en lien avec la montée de l’individualisme, les relations de couple sont vécues comme plus élective, plus fragile, plus éphémère, on peut d’ailleurs considérer que le mariage est trop rigide, d’où la baisse du nombre de mariage dans une société plus volatile.

L’assouplissement des relations familiales se retrouve aussi dans ce que l’on appelle la démocratie familiale, le fait que chacun des membres de la famille aient acquis une place plus importante, l’autorité est davantage partagéeentre l’homme, la femme et les enfants, et moins verticale, émanent du père comme avant.

Le changement qui apparait est que la famille n’est plus vécue comme une entité à elle seule mais comme un lieu où les individus qui la composent peuvent s’épanouir.

2) Ces changements semblent modifier son rôle intégrateur (impact) :

En 2010, 33% des personnes interrogés contactaient les membres de leur famille moins d’une fois par mois contre 39% en 2014. Ca a augmenté de 6 points de pourcentage en à peine 4 ans (montée de l’individualisme, affaiblissement des liens familiaux).

La montée de l’individualisme a conduit à une transformation des modèles familiaux : les liens sont devenus plus électifs, ce qui peut les rendre plus fragiles comme l’illustre la montée du nombre de divorces et des familles monoparentales et recomposées.

la famille reste cependant une importante instancede solidarités intergénérationnelles, tant d’un point de vue affectif que financier. Plus généralement, la famille demeure une instance d’intégration essentielle dans les sociétés modernes.

La solidarité familialepeut se trouver réduitepar la diminution de la taille de la famille, l’éloignement géographique lié à la plus grande mobilité, et par la plus grande fragilité des liens qui sont plus électifs que par le passé. On remarque que les famille monoparentalesconnaissent un risque d’exclusionplus important que les autres.

De façon général, le soutien familial peut devenir moins intense en cas de difficulté et donc provoque un sentiment d’isolement.

Sentiment d’isolement :sentiment du manque de « compter pour » et de « compter sur » (savoir que des gens peuvent nous aider et avoir le sentiment d’être important pour les autres.

3) Pourtant la famille continue de jouer un rôle essentiel dans l’intégration et la cohésion sociale :

Les aides financièresvont en majorité aux jeunes : des plus âgés vers les plus jeunes, mais inversement une aide de temps des plus jeunes vers les plus âgés

ðAides familiales qui persistent

ðDans nos sociétés moderne, avec la montée de l’individualisme, on voit une perte globale de la solidarité,pourtant cette solidarité reste forte au sein de nos « proches», nos relations sont plus électives.

Cependant, le groupe familial conserve une place essentielle dans la sociabilité des individus. De même, l’entraide familial donne lieu à différents types de soutiens ; domestique, financieret social.Ainsi, la fonction de solidarité qu’elle remplit contribue au lien social.

C’est au sein de celle-ci que s’effectue la socialisation primaire, notamment la structuration de la personnalité et par ailleurs, la famille joue un rôle majeur en termes de solidarité et de sociabilité

ðEn conclusion, on a eu des transformations de la famille mais ça ne remet pas en cause son rôle centrale dans l’intégration, la socialisation. D’ailleurs, Statistiquement, les français décrivent la famille comme étant une de leurs priorités.

Mais les relations familiales tout comme les liens familiaux sont inégaux d’un milieu social à un autre.

B le travail, une instance fragilisée ?

Le travail est aussi une instance importante, mais a aussi été transformée dans ces dernières années, a-t-il été fragilisée ?

1) Le travail au cœur de l’intégration

Dans nos sociétés, l’intégration passe très largement par le travail, la dégradation du marché du travail et le développement de nouvelles formes d’emploi viennent toutefois menacer l’insertion professionnelle et l’intégration des individus.

Dans les sociétés contemporaines, la cohésion sociale est fondée avant tout sur le travail, instance de socialisation secondaire. Il fournit les revenus primaires, déterminant le niveau de vie et l’accès à la consommation, les droits sociaux(assurance, chômage…), les réseaux sociaux, un capital social et des liens de sociabilités, une identité et un statut social(qui dépend du statut professionnel).

ðLe travail n’est donc pas qu’un rapport d’argent, il a un rôle intégrateur

Réseaux sociaux :ensemble des relations amicales, professionnelles, politiques tissés entre des acteurs individuels ou collectifs.

Capital social :ensemble des ressources qu’un individu peut mobiliser pour optimiser sa position sociale.

Le chômage totalest le fait d’être au chômage qui est vécu comme une perte de statut social. Le chômeur a non seulement perdu son emploi mais aussi en partie, son estime de soi. Cela a pour conséquences de lui faire éviter certains contacts avec autrui. Il y a donc non seulement une perte des liens sociaux liés à l’emploi mais aussi possibilité de rupture d’autres liens sociaux liés à la sociabilité : famille élargie, loisirs, participation politique et associative…

ðIls ne veulent plus sortir car ils ont honte, ils ont l’impression d’avoir perdu leur statut, d’être déshonoré : perte d’estime de soi = repli sur soi

ðL’emploi apporte ainsi non seulement une rémunération mais également des liens sociaux, une intégration, un statut, une reconnaissance, un sentiment d’utilité et de reconnaissance sociale, une occupation…

L’identité est-elle liée à une appartenanceà un groupe socio professionnelle auquel on appartient.

Le travail est donc la source de nombreuses relations socialesliées aux collectif de travail auquel on appartient.

De plus, avec la généralisation du travail salarié, le travail est associé à la notion de citoyenneté sociale, à travers le système de la protection sociale (c’est par le travail que je suis protégé).

ðC’est pour toutes ces raisons que l’on considère le travail comme un pilier important de l’intégration sociale.

La question : avec le chômage de masse et l’augmentation de la précarité, est ce que le travail peut toujours joué son rôle intégrateur ?

2) les transformations du travail et de l’emploi menacent son rôle intégrateur :

L’emploi a connu de profondes transformationsremettant en cause sa fonction intégratrice et de solidarité : taux de chômage élevé, réduction du temps de travail, précarisation des emplois…

L’ensemble de ces évolutions a pour conséquencesl’affaiblissement du collectif de travail et une fragilisation des relations sociales.

La recherche de flexibilité des entreprises depuis les années 1980 a entrainé une précarisation croissante des emplois.

les emplois atypiques vont être d’un côté les contract à durée limitéeet de l’autre les emplois à temps partielsavec une absence de garantie sur la durée de l’emploi dans le temps, insécurité,

le chômage s’est développé et touche aujourd’hui un peu plus de 10% de la pop active soit environ 3 millions de personnes, plus un halo du chômage qui n’est pas quantifié dans les chiffres du chômage mais sont des situations difficiles.

Le halo du travail comprend les chômeurs découragés, le chômage déguisés et les sous-employés

Au-delà de l’augmentation du niveau de chômage, c’est surtout l’augmentation du chômage de longue duréequi est inquiétante (plus de 1an), car ces personnes sont alors de plus en plus exclues du marché du travail en raison d’une perte de compétence sociale et technique. Ces pertes peuvent être réelle ou imaginé, mais ont les mêmes conséquences et c’est alors de plus en plus difficile pour ces personnes de trouver un emploi, baisse de l’employabilité.

Quelles sont les conséquences pour les chômeurs ?

Impact économique :perte de revenus et donc de capacité de consommation, de pouvoir d’achat, possibilité de perte de logement.

Impact social :rupture des liens sociaux, processus d’exclusion social progressif : on voit une corrélation entre une perte d’activité et les rupture familiale. Une perte de sociabilité du fait de la rupture de liens sociaux dans le cadre du travail, perte de l’estime de soi : repli sur soi. Corrélation entre la perte de l’emploi et une dépression.

On arrive à cette exclusion sociale, on a alors des individus qui sont marginalisé et celafragilise la société.

Risque de cumul des situations d’exclusion : rupture familial en plus de perte d’emploi : risque de désaffiliation qui est un principe proposé en premier par castel, progressivement, les liens qui lient une personne aux autres vont se fragiliser, jusqu’à ce qu’elle n’ait plus de lien de solidarité, jusqu’à l’exclusion : rupture totale des liens sociaux.

Paugamparle de disqualification sociales : des personnes qui ont perdu tout liens sociaux, des relations, et qui en plus de ça il y a une position où la personne va subir une stigmatisation, un étiquetage.

Le travail est fragilisé dans son rôle intégrateurcar même s’il reste un pilier d’intégration sociale, une partie de la population n’en profite pas.

C l’école, une instance fragilisée ?

1) L’école au cœur de l’intégration :

Intégration par l’école. L’éducation a une fonction essentiellement sociale.

L’école contribue à la cohésion sociale en transmettant d’abord des normes et des valeurs(liberté, égalité, fraternité, laïcité, méritocratie…) qui servent de base à la culture commune, elle crée un sentiment d’appartenance.

Elle diffuse ensuite des savoirs et des qualificationsqui permettent aux individus de trouver une place dans la division du travail.

Au-delà des connaissances, il y a cette notion de valeur, donc l’école à un double rôlequi explique que ce ne sont pas que les connaissancesqui jouent et donc que la famille ne peut pas assurer ce rôle

Historiquement, l’époque républicaine, a participé à la construction de la nation française: elle a enraciné la République de façon plus ou moins forcé (ex : interdiction des patois locaux…), c’est donc vrai que l’on voit l’allongement des études au cours du XXe siècle. L’école dure plus longtemps, cela va avoir un impact différent sur la société : l’école impose une conception de la vie, et est donc encore plus influente avec son allongement.

Elle a joué un rôle fondamental dans la construction de la citoyenneté française, à travers l’apprentissage de la notion d’égalité.

En plus de ça, l’école participe à l’insertion professionnelle, par la construction du capital humain et c’est également le lieu où les enfants sont confrontés à la différence et à la mixité sociale.

Cependant, les inégalités scolairescroissantes remettent en cause le principe méritocratique et sa légitimité.

2) l’école, de moins en moins légitime ?

les inégalités face à l’école.

Le chiffre rouge exprime que en 2009, l’âge maximal des 90% des écoliers était 26,3 ans c’est-à-dire que 90% des étudiants ont arrêtés leurs études avant cette âge-là.

Malgré la hausse globale de la durée d’étude et de la normalisation des diplômés, on voit un renforcement des inégalités. La durée de scolarisation a donc beaucoup augmenté entre 1985 et 2010, avec un renforcement des inégalités entre les 10% qui partent le plus tôt et les 10% qui partent le plus tard (9,3 ans de différences entre les 2 en 2010).

les 10% les plus tard ont une durée de scolarisation de 1,55 fois plus que les 10% les plus tôt.

Une proportion non négligeable d’élève souvent issus des milieux les plus défavorisés se retrouvent déscolarisés(sans diplôme…) et étant donné que la formation scolaire joue un rôle de plus en plus important pour éviter le chômage et l’emploi précaire, ils sont de plus en plus pénalisés : c’est un cercle vicieux.

On a assisté à un phénomène de massification scolaire: de plus en plus d’élèves scolarisée de plus en plus longtemps, mais ce phénomènene s’est pas accompagné d’une réelle démocratisation de l’école,la sélection et les inégalités restent forte,d’autant plus que les familles mettent en place des stratégies scolaire, notamment le fait de pouvoir choisir son école, ce qui renforce les inégalités.

ðL’école joue un rôle central dans l’intégration des individus : elle transmet une culture, facilite l’intégration professionnelle et constitue un lieu de sociabilité.

en ce sens, elle est, avec la famille, l’instance la plus importante. Cependant, elle ne parvient pas à corriger l’inégalité des chances ni à réduire l’échec scolaire,ce qui l’empêche alors d’intégrer tous les individus.

D l’intégration par l’état :

1) Etat providence et solidarité :

La mise en place de l’état providencea rendu possible pour les citoyens d’être indépendant :je n’ai pas besoin d’être protégé si j’ai une protection individuelle.

L’état est aussi un élément constitutif du lien social, la police, l’école, la poste etc représentent des institutions de base qui participent à une vie sociale et à la transmission de règle collective

L’état met aussi en œuvre des dépenses socialesafin d’assurer à chacun un soutien en cas de difficulté (maladie, vieillesse, chômage etc). La protection sociale est donc à l’origine d’une véritable citoyenneté socialec’est-à-dire un ensemble de droit et de devoir qui unissent les membres de la société les uns aux autres.

Mais l’état est également remis en question,comme les autres institutions : l’état providence est remis en question sur trois aspects : Pierre Rosanvallon (la crise de l’état providence) met en évidence une triple crise de la protection sociale :

- une crise de l’efficacité(les solidarités étatiques ne parviennent pas à freiner la montée de l’exclusion, le filet de la protection sociale est moins solide que par le passé et la pauvreté touche de plus en plus de catégorie, notamment les jeunes). = hausse du chômage, de la pauvreté et des inégalités

- La crise financière, hausse des dépenses et baisse des recettes, le déficit devient structurel

- Une remise en cause de la légitimité de l’état,parce que d’un cote, les exclus constatent qu’ils ne sont plus protégés, et de l’autre, les plus favorisés se sentent apte à se passer de l’état providence, et entre les deux, les classes moyenne considèrent que le coût fiscal excède les avantages retiré des services de l’état. è pression fiscale et remise en cause du principe de redistributiondans une société de plus en plus individualiste

ðOn assiste à une véritable remise en cause du contract social, ici aussi, l’état est fragilisé dans son rôle d’instance d’intégration.

2) L’état et la citoyenneté politique :

A travers la pratique de la citoyenneté, on va mettre en place des comportement à visées collectives, c’est doncsource de solidarité sociale.

Or de nombreux signes laissent à penser que la citoyenneté politique est en crise, et donc certaines pratiques citoyenne connaissent un recul, comme le vote avec une montée de l’absentéisme, en particulier chez les jeunes, cependant on assiste à un regain d’intérêt pour le monde associatif.

Le lien politique est-il cassé ?le lien associatif est une alternative, une évolution du lien par la citoyenneté, il semblerait donc pas que le lien politique soit détruit mais que la légitimité politique de l’état soit remise en cause.

On peut dire que la citoyenneté moderne en France affirme que l’appartenance commune à une même entité nationale doit transcender toute les formes d’appartenance particulière (ex : religion, famille, région etc) de différents et inégaux, les individus deviennent par la citoyenneté des êtres politiques libre et égaux.

III le lien social à l’épreuve :

-

A)La notion d’individualisme :

1 définition individualisme

Doc 4 page 231 : Une cohésion sociale vue comme fragilisée :

Il y a une cohésion socialelorsque la société se retrouve autour de normes et de valeurs partagées.

En 2012, 83% des français pensaient que la cohésion sociale n’est pas forte en France.

L’explication qui est donnée par la grande majorité des personnes est la montée de l’individualisme, loin devant les discriminations, le chômage, la pauvreté ou encore les comportements malhonnêtes.

Individualisme :est le fait que les membres de la société se considèrent comme autonomes par rapport à leurs groupes d’appartenance. c’est-à-dire choisissant elles-mêmes leurs règles de vie.

Les individus se différentient et ils peuvent davantage choisir leurs groupes d’appartenance.

Le lien social peut être fragiliséet des craintes pour la cohérence sociale peuvent apparaitre. Il est donc nécessaire que d’autres formes de solidarité se mettent en place.

On assimile souvent l’individualismecomme un repli sur la sphère privée, mais pour les sociologues, elle reflète surtout l’autonomie croissante des individus vis-à-vis du groupe.

Si on peut voir l’individualisme comme une menace pour le lien social, on peut aussi le penser comme quelque chose de positif, condition de l’émancipation, de l’autonomie individuelle et de la force du lien social.

Même si chaque lien qui unie quelqu’un a un groupe est certes plus fragile, on a une multiplication des groupes d’appartenance.

Le liens sociaux deviennent ainsi plus personnels, plus électifs et plus contractuels. Les individus appartiennent désormais à plusieurs « cercles sociaux » (appartenance familiale, politique, religieuse, professionnelle…) choisis qui forment des réseaux.

On va avoir un ensemble d’entité qui ont des petits liensentre eux. Cette diversité va permettre à la fois la cohésion sociale et la liberté individuelle.

2) une tendance qui fragilise le lien social ?

Le concept d’anomie :

La division du travail peut aussi être non pas un lien social qui permet aux individus d’être indépendant, mais au contraire divise les individus d’une société, ayant pour conséquence une montée de l’anomie.

Dans les sociétés moderne, les normes et les valeurs entre les dirigeants d’entreprise et les salariés sont très différenciés, il y a une forme de hiérarchie très marqué notamment en France qui affaiblissent les liens sociaux entre eux : ils ne sont pas égaux.

Divergence des valeurs qui vont favorisés l’anomie

12) la spécialisation peut conduire à l’isolement car s’ils se spécialisent, ils vont moins avoir une vision d’ensemble, ils vont se couper un peu du monde (ex : travail à la chaine qui ne voit plus le bout de sa production), on ne voit plus le travail comme un travail collectif.

la spécialisation du travail peut ainsi être source d’anomie puisque le lien social s’affaiblie.

Anomie :On ne sait plus à quel norme ou à quel valeur se référer, et ça casse le lien.

Selon Durkheim,dans les sociétés traditionnelles, la conscience collectiveest forte et les individus faiblement différenciés, ce qui garantit une solidarité fondée sur la similitude(solidarité mécanique).

Avec l’extension de la division du travail, dans les sociétés moderne, les individus se différencient et la solidarité repose sur l’interdépendance et la complémentarité des individus(solidarité organique). Toutefois, le lien social est alors plus fragile et des risques d’anomieexistent.

Dans une société fortement différencié, la division du travailpeut être trop poussée et les individus différenciéspeuvent s’éloigner les uns des autres.

Selon Durkheim,l’individualisation s’accompagne également d’une perte de repères collectifs, ou anomie,pour les individus dans un contexte d’affaiblissement des liens collectifs engendrés par la fragilisation du salariat et du syndicalisme.

L’affaiblissement de ces collectifs entraine le recul des protections et débouche sur un individualisme négatif,où l’individu est coupé de protections, de statut ou de reconnaissance.

La montée sur la période récente du sentiment de solitude(de + en + de personnes se déclarent seul), notamment chez les plus démunis, montre qu’il est parfois difficile de maintenir des liens avec l’ensemble de la société.

le risque souligné par Durkheim est la montée de l’anomie, c’est-à-dire l’absence de normes claires pour guider l’action des individus.

B) L’exclusion sociale :

1 définition :

L’exclusion socialepeut se définir comme une rupture du lien social. Elle résulte d’un processus de cumul des précarités et handicaps sociaux. Les exclus sont des individus isolés, n’étant plus intégrés aux groupe de base de la société (famille, voisinage…). LA perte de liens sociaux s’accompagne souvent d’une dévalorisation de l’image de soi.

Les facteurs de précarités sont les suivants : chômage, pauvreté, âge, absence de diplôme, problèmes de santé, faible insertion dans les réseaux sociaux et familiaux….

B) Désaffiliations et disqualification :

Il existe deux principes explications à l’exclusion sociale :

Pour robert castel(sociologue français) Le processus de passage de l'intégration à l'exclusion sociale est unprocessus de désaffiliation sociale. il résulte de la perte simultanée où successive des liens familiaux et professionnels. La précarisation de l'emploi et les transformations familiales ont étendu la zone de vulnérabilité qui risque d'alimenter la désaffiliation.

désaffiliation sociale: processus par lequel un individu passe d'une situation d'intégration à celle d'exclusion, à la suite d'une succession de ruptures sociales

pour Serge Paugam(sociologue français né en 1960), l'exclusion est un processus de disqualification socialesubie par ceux qui sont éliminés de la participation à la vie sociale et rejetés dans les dispositifs d'assistance. cette notion est plus forte que celle de désaffiliation car elle traduit un rejet en discrédit de la part de la société et une dévalorisation de soi.

disqualification sociale :processus d'exclusion par lesquels les individus mal intégré sur le marché du travail intériorise l'étiquette d'exclus que leur attribuent les institutions gérant les aides sociales.

Des indicateursqui démontrent cette perte : taux de suicide, taux de déviance, l’exclusion (notamment le nombre de personne SDF).

Il y a eu un rapport récent de la fondation de France : le sentiment d’isolement touche 5 millionsde personnes.

3) Des nouvelles formes de liens sociaux :

- le constat d'une rupture des liens sociaux est à nuancer puisque on observe plus une recomposition du lien social qu'une crise du lien social

- de nouveaux liens de sociabilitése crée grâce aux nouvelles technologies. les réseaux sociauxconstituent un outil de sociabilité des individus : les engagements des individus sont fondés sur des liens électifs, plus librement construit, mais aussi de plus courte durée.

- la vie socialeet faites d'une multitude de rencontres et connexiontemporaire mère est activable

- la participation à des associations et le bénévolat montre cependant que les individus peuvent s'engager de manière durable même si ce sont surtout les associations sportives et culturelles qui profitent de la hausse des adhésions

la conflictualité sociale : pathologie, facteur de cohésion sociale ou moteur du changement social ?

La construction des sociétés démocratiquesa éloigné progressivement les conflits les plus violents(guerres civiles, coups d’État, révolutions...) concernant la nature du régime politique.

Mais l’émergence de régimes démocratiquesn’a pas pour autant fait disparaître les conflits sociaux. Au contraire, les sources de conflits se multiplientà cause des tensions nées des mutations rapides de nos sociétés : en termes économiquesavec les conséquences de la mondialisation, en termes sociauxavec l’évolution des inégalités et de la stratification sociale, en termes culturelsavec les débats sur la reconnaissance de nouvelles identités et de nouvelles valeurs.

Le conflit doit-il être envisagé comme un dysfonctionnement de la société ? Dans ce cas, pourquoi les conflits ne disparaissent-ils pas ? Ne faut-il pas plutôt les envisager comme un mode normal de régulation des sociétés ?

Comment analyser la conflictualité sociale ?

-1 Par ailleurs, il s’agit de s’interroger sur l’impact des conflits sur l’ensemble de la société. Si certains conflits peuvent être le signe de résistances aux changements, d’autres au contraire participent auchangement socialen impulsant de nouvelles institutions et de nouvelles relations entre les groupes.

2- Enfin, il nous faudra nous interroger sur les transformations des conflits, dont les formes, les enjeux et les acteurs se transforment, à mesure que la société change.

I – Mouvements sociaux, intégration et changement social

A. Les conflits sociaux, l’expression d’un désaccord

Un conflit social ne peut émerger que si un certains nombres d’éléments convergent : un sentiment d’injustice partagé par plusieurs individus, une divergence d’intérêts entre différents acteurs sociaux, un enjeu et un adversaire clairement identifiés, une capacité d’organisation importante.

La notion deconflit socialne correspond pas exactement au sens courant du mot conflit, qui renvoie le plus souvent à des situations d’affrontement ouvert. Les sociétés, inégalitaires, sont traversées par des divergences d’intérêt entre différents groupes. Ces divergences d’intérêt constituent les conflits potentiels, qui peuvent s’exprimer de façon très différente, ou ne pas s’exprimer du tout.

Par exemple, lorsque Marxaffirme que l’État est au service des intérêts de la bourgeoisie, il met en évidence l’existence d’un conflit au cœur de la société.

Mais les conflits peuvent être latents, c’est-à-dire ne pas être visibles, ni même vraiment perçus par les acteurs en présence. C’est par exemple le cas des situations de domination sociale évoquée par Weber et Bourdieu: il n’y a pas de manifestations d’un antagonisme clair entre groupes sociaux, les groupes concernés ne se mobilisent pas : le conflit reste latent

un conflit socialcorrespond donc à un antagonisme, un affrontement entre des groupes sociauxdont les intérêts, les idées ou les positions divergent. Un conflit social, c’est un conflit qui met en relation au moins deux acteurs collectifs(regroupés). Ce n’est donc pas un conflit individuel. Les acteurs en conflit s’opposent sur une question relative à la répartition ou à la gestion de biens matériels ou symboliques(revenus, pouvoir, droits, ...), il se manifeste lorsque l’un des parties s’estime lésée et victime d’une injustice trop forte ou insuffisamment consultée au préalable.

Une action collectiveest une action concertée des membres d’un groupe social visant à atteindre des objectifs communs. L’action collective peut se dérouler dans de nombreux domaines et elle ne s’inscrit pas nécessairement dans une logique protestataire: elle est donc plus large que la notion de mouvement social ou de conflit social.

Un mouvement socialest une action collective qui cherche à transformer l’ordre social et/ou politique, c’est-à-dire à « établir un nouvel ordre de vie », soit en imposant de nouvelles normes ou de nouvelles valeurs, soit au contraire en s’opposant à un changement. Un mouvement social a donc par définition une dimension protestataire : il s’agit de s’opposer à un groupe à ou une institution pour défendre une cause particulière, qu’elle soit matérielle (la place du travail dans la société, les inégalités) ou immatérielle (l’égalité entre hommes et femmes, le refus des discriminations...). Les mouvements sociaux permettent donc de révéler les conflits sociaux.

Attention différence entre conflit social et mouvement social :

Le mouvement social désigne l’une des parties prenante du conflit social (et l’ensemble des actions menées par ce groupe social), alors que le conflit social englobe la totalité des groupes sociaux qui s’opposent dans leurs actions, leurs idées, dans leurs intérêts. Par exemple, les manifestants pour le mariage de personnes de même sexe et ceux qui manifestent contre sont deux mouvements sociaux qui participent au même mouvement social.

Les conflits du travailcorrespondent à des luttes, des affrontements au sein de l’entreprise,notamment concernant la répartition de la valeur ajoutée ; l’emploi, le temps de travail, ou les conditions de travail. Les conflits du travail sont doncune des formes possibles de conflits sociaux. Par exemple, les salariés de l’entreprise Peugeot sont en conflit avec la direction à propos du plan de délocalisation du service clients.

Les conflits sociétauxquant à eux désignent des conflits sociaux portant sur des valeurs, des institutions ou le fonctionnement de la société. Ainsi, les opposants au « mariage pour tous », au même titre que les défenseurs du droit au mariage pour les homosexuels s’inscrivent dans un mouvement société concernant l’institution de la famille, mais aussi la question de l’égalité des droits et la non-discrimination.

B. S’opposer pour obtenir un changement ou pour y résister

1) Des conflits de résistance au changement

Les conflits sociauxpeuvent apparaître lorsque des changements portent atteinte aux intérêts ou aux valeurs de certains groupes sociaux. Ainsi, l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe a conduit de nombreuses personnes à se mobiliser contrele projet de loi, avec d’ailleurs des motivations assez variées(des groupes franchement homophobes, des associations de familles catholiques, des personnes opposées à l’adoption mais pas au mariage au nom de l’équilibre psychique de l’enfant...). On peut également prendre pour exemple les nombreuses grèves et manifestations contre les réformes des retraites. Il s’agit là de s’opposer à une réformeprésentée comme inéluctable (compte tenu de la mondialisation et de l’impératif de compétitivité, des comptes de la Sécurité sociale, etc.) par les décideurs politiques.

Il est toutefois important de noter qu’aucun mouvement social ne se limite à une simple opposition : tous les mouvements sociaux sont porteurs d’une vision du monde(par exemple de la famille), ou bien préconisent un autre changement(dans le cas des mouvements contre la réforme de la retraite), basée sur d’autres principes (l’égalité, la solidarité, la justice...). Réduire les mouvements sociaux à de simples refus du changement semble bien réducteur...

2) Les conflits sociaux sont porteurs de changement social

Les conflits sociauxsont souvent porteurs de changements: par définition, les mouvements sociaux ont pour ambition d’"établir un nouvel ordre de vie",et donc d’impulser des modificationsplus ou moins importantes dans la société, dans son organisation, ses institutions ou son système de valeurs.

On peut constater que nombre de mouvements sociauxont conduit à une modification du droit et de la législation.

Par exemple,le mouvement féministe a permis aux femmes d’obtenir la maîtrise de leur corps à travers la maîtrise de la procréation (1967, loi Neuwirth sur la contraception et 1975, loi Veil sur l’IVG…

Mais, de façon plus importante peut-être, les conflits sociauxconduisent à une évolution profonde des valeurs de la société.C’est en cela qu’ils sont porteurs de changement social.

Le changement socialétant défini comme l’ensemble des changements structurels, progressifs et durables, au niveau économique, social (les rapports sociaux), culturel et démographique (la transition démographique par exemple). Ainsi, l’un des acquis du mouvement féministe est d’avoir permis et accéléré la transformation de la place et de l’image de la femme dans la société.

C. Les conflits : rupture de la solidarité ou vecteur d’intégration ?

Pour certains auteurs, le conflit constitut une menace pour l’ordre social.Pour d’autres, au contraire, il est source de cohésion sociale.

1) Conflits sociaux et anomie, les conflits comme pathologie sociale

Les conflitsont été perçus parfois comme le signed’un dysfonctionnement social, surtout les conflits très violents. En effet, une société est censée réguler les tensions qui peuvent apparaître entre les groupes sociaux sans que le recours à l’affrontement et à la violence ne soit nécessaire. Ainsi, pour Durkheimle conflit est-il le signe d’une pathologie de l’intégration, qui apparaît notamment lors des périodes d’anomie : un affaiblissement ou un excès de règle sociales.Ce qui oppose les individus et les groupes devient dans ce type de période plus fort, plus puissant que le lien social, la solidarité qui les unit.

Durkheim établit une distinction entre le « normal » et le « pathologique »,le pathologique désignant une rupture de tendance.

Il considère alors l’augmentation du nombre et de l’intensité des conflits comme un défaut d’intégration des individus.

Notamment l’intensification de la division du travaildans les sociétés modernes à solidarité organique implique que l’individu n’est pas en harmonie avec sa fonction, parce que celle-ci lui est imposée par contrainte.

De même, les inégalités croissantesentre les détenteurs du capital et les détenteurs du travail dans les sociétés capitalistes entrainent la multiplication des conflits. Ces formes pathologiques de la division du travail sont le signe d’une anomie.

Anomie :affaiblissement ou inadaptation des règles sociales entrainant une perte de repères collectifs.

Les périodes d’anomieengendrent en effet beaucoup de frustrations, de tensions entre les groupes sociaux, et les mécanismes de régulationne permettent plus de sortir de la situation par le compromis et l’adaptation de la société.On peut par exemple analyser les émeutes urbaines de 2005 comme le symbole d’undéfaut d’intégrationd’une partie de la jeunesse, dans les quartiers défavorisés.

Même si ces émeutesne sont pas à proprement parler des mouvements sociaux(dans la mesure où elles ne portent aucune revendication précise), il n’en reste pas moins qu’elles donnent à voir un dysfonctionnement du lien social dans des quartiers marqués par la relégation et les difficultés économiques et sociales. Les émeutiers se sont attaqués à des symboles étatiques(les écoles, les bibliothèques, les MJC...) : cela peut être interprété comme le fait que la colère des jeunes était dirigée contre l’État et donc la société tout entière, accusée de ne pas leur laisser de place.

Pourtant, pour qu’un mouvement socialse produise, il est nécessaire que le groupe qui porte les revendications soit un minimum intégré. Pour construire une action collective revendicative, il est en effet nécessaire que les membres du groupe se sentent appartenir à un ensemble de personnes ayant des intérêts communs à défendre, qu’ils aient l’idée de se mobiliser pour les défendre, et qu’ils puissent mener la mobilisation. En plus d’un bon degré d’intégration, le groupe doit disposer de ressources économiques, sociales mais surtout culturelles (notamment ce qu’on appelle la compétence politique). Ainsi, les chômeurs constituent un groupe social très difficilement mobilisablecar très faiblement intégré : le statut de chômeur est perçu comme dévalorisant, et surtout comme quelque chose de transitoire. Il n’y a donc pas de sentiment d’appartenance au groupe, ni de sentiment de solidarité vis-à-vis des autres chômeurs. Leur mobilisation est d’autant plus difficile qu’ils disposent par ailleurs de peu de ressources pour construire et animer un mouvement social et porter des revendications.

- L’approche fonctionnaliste de Parsons :

Pour les fonctionnalistes, chaque partie de la société (ou sous système) a une fonction propreet l’ensemble assure spontanément la cohérence et la cohésion du système social.

L’approche fonctionnaliste met donc l’accent sur une vision consensuelle de la société ou les conflits seraient exclus du fait de l’organisation de la société et de la socialisation.

Le conflitne peut alors découler que d’un dysfonctionnement des normes et de la socialisationet, de ce fait, ne concerneraient que des situations et des individus marginaux.

- 2) L’intégration par le conflit :

Pour K. Marx, les conflits sociaux (la lutte des classes) sont le moteur du changement social. La prise de conscience par la prolétariat de son exploitation par la bourgeoisie devait conduire à une révolution prolétarienne et à la disparition du mode de production capitaliste au profit du communisme. Dans cette perspective, le changement social est perçu comme inévitable et positif.

Le conflit permet l’intégration sociale pour plusieurs raisons, si l’on reprend les analyses de Georg Simmel (Le conflit, 1918) et de LewisA. Coser(Les fonctions sociales du conflit, 1956).

L’analyse de Simmel :

Il centre son analyse sur le rôle des interactions, il souligne le fait que le conflitn’est pas le contraire d’une relation sociale mais bien un type particulier de relations: être en relation avec un individu ou un groupe, c’est en connaitre et en reconnaitre l’existence plutôt que de l’ignorer. Ces deux adversaires sont donc en relation, et sont d’accord sur au moins un point : l’importance de la question sur laquelle porte leur désaccord.

L’analyse de Lewis Alfred Coser :

Ce sociologue américain montre que le conflit favorise le développement de relation sociales à la fois entre les alliés (à l’intérieur des partis) et entre adversaires (entre les parties).

Leconflit renforce la solidarité et l’intégration àl’intérieur de chaque groupe en opposition. La désignation d’un adversaire commun sert à la mobilisation du groupe mais aussi au renforcement de l’identité du groupe grâce au sentiment d’appartenance.Marxavait déjà évoqué cette idée lorsqu’il affirmait que la conscience de classese construisait dans la lutte : c’est en identifiant un ennemi de classe, en luttant contre lui que les prolétaires prennent conscience de leurs points communset de leurs intérêts communs. Avoir un ennemi commun mobilise les énergiesdans le même but (le vaincre), et permet de faire taire les dissensions dans le groupe.

ðle conflit est le début du dépassement des oppositions. S’opposer, c’est formuler sa position et exprimer des revendications, et donc permettre un dialogue. Par le dialogue peut se construire le consensus qui permettra de sortir de l’opposition. Le conflit, en permettant de dépasser les antagonismes, en offrant la possibilité de trouver un compromis, renforce la cohésion sociale. Finalement, lutter, c’est participer et être dans l’espace public, avec une place reconnue.

Enfin, le conflit agit comme une "soupape de sécurité",en permettant aux tensions, aux antagonismes de s’exprimer, sans qu’ils atteignent pour autant le cœur de la société.

Pour que le conflitpuisse permettre et renforcer l’intégration, il faut toutefois que certaines conditionssoient respectées :

- Il est nécessaire que le conflit ne porte pas sur les valeurs centralessur lesquelles repose la société, mais au contraire qu’il soit mené au nom de ces valeurs.

- Par ailleurs, lorsque les clivages qui donnent naissance aux conflits se superposent, le risque est grand de voir la société de couper en deux. Ainsi, en Belgique, les clivages linguistiques, géographiques et économiques se superposent, ce qui contribue à séparer les Wallons "pauvres" du Sud et les Flamands riches du Nord, qui de plus en plus refusent de payer pour le Sud.

- Enfin, il apparaît nécessaire que les actions collectives soient reconnues comme une forme de participation politique, sans quoi le dialogue n’est pas possible, et aucun compromis ne peut être trouvé : la radicalisation et la violence peuvent se développer.

La participation à une action collectiveapparaît comme un paradoxe,comme l’a souligné l’économiste américain Mancur Olson,lorsque l’on considère l’individu comme un être rationnelqui cherche à minimiser ses coûts et maximiser ses bénéfices. En effet, rationnellement, tout le monde a intérêt à se comporter en passager clandestin : laisser les autres prendre le risque de l’action collective, et bénéficier malgré tous des avancées obtenues. L’une des raisons de la participation (non- rationnelle) à un mouvement social est à chercher du côté des valeurs: la socialisation est importante, la croyance en la nécessité de se mobiliser pour peser, le sentiment d’appartenance à un groupe... Les motivations pour participer à une action collective ne sont pas simplement économique (calcul coût/bénéfice) mais également sociales et psychologiques(amitié, respect, prestige, reconnaissance...). L’intégration forte d’un groupe peut donc être un facteur favorable au passage à l’action collective.

Les conflits sont aussi facteur d’intégrationparce que de nombreux mouvements sociaux revendiquent une meilleure intégration des membres qui portent ce mouvement. Ces mouvements sociaux participent donc au renforcement du lien social,en permettant une intégration de certaines minorités. On peut illustrer cet aspect intégrateur du conflit avec l’exemple du mouvement Guyane contre la vie chère en 2009 ou du mouvement des droits civiques aux États-Unis dans les années 1950-1960.

L'institutionnalisation des conflits :

les conflits ont tendance à devenir une routine, à s’institutionnalisé dans les sociétés modernes, le plus classique est en celui entre travail et capital dans le cadre du dialogue social

II de nouvelles formes de conflits sociaux dans une société en évolution :

Les conflits sociaux changent,à la fois dans leur forme, dans leurs enjeux et dans leurs acteurs: ces changements de la conflictualité sociale sont le reflet des transformations de la sociétédans son ensemble. Pour schématiser, on peut dire qu’au cours des Trente Glorieuses, on a assisté au déclin des conflits du travail traditionnelstandis que émergeaient ce que les sociologues ont appelé des « Nouveaux Mouvements Sociaux ».Dans les années 1980-1990, on assiste à un regain des conflits du travail, mais avec des formes et des enjeux nouveaux : cette évolution est à mettre en relation avec ce qu’on appelle les « Trente Piteuses ».

A. L’impact des Trente Glorieuses : déclin des conflits du travail traditionnels et émergence de nouveaux mouvements sociaux

1) Le déclin des formes traditionnelles de conflits du travail

Dans la société industriellequi se construit à partir du XIXème siècle, le travail occupe une place centrale. Il semble donc logique que les conflits sociaux soient très majoritairement des conflits du travail. La forme la plus fréquente de conflit du travail est la grève, c’est-à-dire une cessation collective et concertée de l’activité. Protégée en droit (le droit de grève, reconnu en 1864, figure dans la Constitution française depuis 1946), les modalités de la grève sont encadrées par la loi(préavis, respect de la liberté de travailler des non-grévistes...).

Mais il existe d’autres formes d’action collective : le débrayage, c’est-à-dire un arrêt de travail de courte durée, souvent spontané, non décidé à l’avance, la manifestation, afin de rallier l’opinion publique, qui accompagne souvent les journées de grève, la pétition.

a) L’histoire sociale est marquée par des grands mouvements de grève

1906 :pour donner suite à un coup de grisou dans les minesde Courrières, qui a tué plus de 1000 mineurs, des grèves et des manifestationséclatent pour dénoncer les conditions de travail.

En avril, des émeutes ouvrières éclatent, et Clémenceau, ministre de l’Intérieur envoie l’armée rétablir l’ordre. Le 1er maia lieu une grève générale pour réclamer la journée de 8 heures. Une loi instaurant le repos hebdomadaire obligatoireest votée à l’été, pour donner suite à la victoire de la gauche aux élections législatives.

1936 :après la victoire du Front Populaireaux élections législatives, des grèves avec occupation d’usinese multiplient. Les accords de Matignonsont signés entre les représentants des salariés, les représentants du patronat et l’État : les délégués du personnel deviennent institués dans les entreprises, passage à la semaine de 40 heures, et mise en place de deux semaines de congés payés, ainsi qu’une hausse des salaires.

M. Thorez, secrétaire général du Parti Communiste français appelle à la reprise du travail : « Il faut savoir terminer une grève ».

1968 :ce qu’on a appelé "mai 68" commence par une révolte étudiante à Nanterre, qui se répand ensuite à d’autres universités. Au sein des universités, des groupes de militants étaient déjà structurés et entretenaient une certaine agitation depuis près d’un an : en mars 1967, les étudiants se mobilisent pour obtenir un libre accès aux dortoirs des filles (les jeunes filles, même majeures, étaient considérées comme mineures, en vertu du règlement intérieur) ; en novembre de la même année eurent lieu des grèves pour protester contre une réforme de l’enseignement supérieur. À partir du mois de mai 1968, les syndicats appellent à la grève générale, et les grèves se multiplient.

La mobilisation débouche sur la signature des Accords de Grenelle :augmentation de salaires(notamment du salaire minimum, le SMIG à l’époque), reconnaissance du droit syndical, réduction de la durée effective du travail.

1995:pendant l’hiver, grandes grèves et grandes manifestations (entre 1 et 2 millions de manifestants) mobilisent contre le plan Juppé de réforme des retraites et de la Sécurité sociale (allongement de la durée de cotisation dans la fonction publique, augmentation des frais d’hospitalisation et des prélèvements sociaux...).

Le réseaux de transports en commun est paralysé pendant près de 3 semaines. On a parlé de grève par procuration, les salariés du secteur public et les fonctionnaires faisant grève au nom de l’ensemble des salariés du privéqui ne pouvaient pas prendre le risque de participer au mouvement. En fin de compte, le gouvernement retire sa réforme sur les retraites, mais maintient les mesures concernant la Sécurité Sociale.

b) Les revendications traditionnelles des conflits du travail

Les revendications portent en premier lieu sur le partage de la valeur ajoutée, soit pour protester contre les baisses de salaire ou les retenues, soit pour demander des augmentations de salaires. Mais on trouve également des conflits autour de la question du temps de travail: journée de 8 heures (manifestations à travers le monde entier à partir 1890 le 1er mai autour de cette revendication, satisfaite en 1919), semaine de 40 heures (obtenue en 1936), congés payés, … Les droits et les libertés dans l’entreprise(liberté syndicale, organisation de la négociation au sein de l’entreprise …) sont également un motif récurrent de conflits.

La question des conditions de travailest peu souvent à l’origine de conflits du travail.

c) L’évolution des conflits du travail au cours des Trente Glorieuses

Il faut remettre en cause une idée reçue qui voudrait qu’il y ait aujourd’hui davantage de conflits sociaux qu’hier. S’ils sont aujourd’hui plus médiatisés et plus visibles(notamment pour les grèves concernant les services publics), les conflits sociaux sont beaucoup moins nombreux que dans les années 1960-1970. On a assisté à un déclin très net du nombre de journées individuelles non travaillées,c’est-à-dire du nombre de jours de grève en France depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, si l’on excepte l’année 1968 qui reste à bien des égards, exceptionnelle. Le nombre de jours de grève est passé de 20 millions en 1947 à 3 millions au début des années 1970.

Le nombre de grèves a donc énormément diminué dans le secteur privé. Le secteur public est moins concerné par cette diminution. Mais le secteur public emploie beaucoup moins de travailleurs : le nombre de journées individuelles non travaillées a donc tendance à fortement baisser.

Par ailleurs, le taux de syndicalisation a fortement diminuédepuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le taux de syndicalisation mesure la proportion de personnes syndiquées dans la population active occupée. Aujourd’hui, à peine 8 % des travailleurs sont syndiqués, contre 40 % en 1950! Le taux de syndicalisation est plus élevé dans le secteur public et dans les grandes entreprises. La France est l’un des pays développés où le taux de syndicalisation est le plus faible (même aux États-Unis, il est plus élevé : aux alentours de 12 % !).

2) Dans le même temps, une diversification de l’action collective

Les années 1970voient apparaître des mouvements sociaux qui ne s’apparentent pas à des conflits du travail: ils sont menés par de nouveaux acteurs, portent sur des enjeux nouveaux, et les répertoires d’action collective mobilisés se diversifient.

Les mouvements sociaux qui se multiplient dans les années 1960-1970 ne se limitent pas aux seuls travailleurs : étudiants, femmes, chômeurs, minorités ethniques... se mobilisent. Ces acteurs rejettent une situation injuste ou préjudiciableà leurs propres intérêts ou à celui des autres (écologistes, commerce équitable, ...) : une partie de ces mouvements sont des mouvements « altruistes ».

La grève n’est plus possiblecomme forme d’action dans ce type de mouvement social. D’où la nécessité d’employer d’autres méthodes :boycott, marches de protestation, barrages routiers, occupations de locaux, grèves de la faim, sit-in, fauchage de champs d’OGM, ...

Les actions de Greenpeace, association de défense de l’environnement, sont assez exemplaires de la recherche de spectaculaire :

Ou encore Act Up, qui recouvre l’obélisque de la Concorde d’un préservatif géant :

Dans tous les cas, il s’agit d’occuper l’espace public de manière visible, afin de prendre à témoin l’opinion publique et de faire pression sur les autoritéspour qu’elles prennent les décisions, afin de bouleverser l’ordre du jour de l’agenda politique. Les médias jouent donc un rôle centraldans les stratégies des mouvements sociaux. Les médias ont un rôle clé dans la « mise sur agenda» d’une question.

Pour qu’une mobilisation soit un succès, il faut qu’elle soitmédiatisée, et surtout que les médias en fassent un traitement « favorable ». D’où l’apparition de conseillers en communication, ou de formes de mobilisation « médiatiques ». D’où l’appel à des personnalités connueset reconnues qui facilitent l’accès aux médias : l’Abbé Pierre pour la défense des mal-logés à partir de l’hiver 1954.

Les nouveaux mouvements sociaux se démarquent des conflits sociaux traditionnelssur le plan des valeurs qu’ils défendent :défense de l’environnement, lutte pour l’égalité hommes/femmes, défense des consommateurs, lutte pour une autre mondialisation, pour d’autres règles commerciales...

Les valeurs que défendent les mouvements sociaux sont des valeurs non-individualistes, maisl’objet des mobilisations est aussi la défense des minorités et des droits (les mouvements des « sans » par exemple : sans papier, sans logement, sans travail...) : on parle de "politiques de lutte pour la reconnaissance".

3) Explications : quel est l’impact des Trente Glorieuses sur les mouvements sociaux ?

Les Trente Glorieuses ont affaibli la lutte des classes, et donc les conflits sociaux traditionnels.

PourMarx, les conflits du travailsontdes conflits liés à la lutte des classes, c’est-à-dire le conflit qui oppose prolétaires et capitalistes. Celle-ci est inéluctable en raison de la polarisation de la société (de plus en plus de prolétaires de plus en plus pauvres face à de moins en moins de capitalistes de plus en plus riches). Pour qu’il y ait lutte des classes, il faut que les classes se mobilisent, ce qui, dans le vocabulaire marxien signifie l’existence d’une classe pour soi (une classe en soi qui a de plus une conscience de classe).

Or au cours des Trente Glorieuses, la société s’est moyennisée :c’est la thèse d’Henri Mendras. La moyennisationrecouvre trois dimensions :

● on constate d’abord une modification de la stratification sociale: avec la tertiarisation, les PCS 3, 4 et 5 sont en croissance, tandis que la PCS 6 décline statistiquement (en % de la population active).

● on constate aussi une uniformisation des modes de vie : il y a une baisse des inégalités pendant les Trente Glorieuses ainsi qu’une apparition d’une consommation de masse.

● on constate enfin une uniformisation des attitudes :il y a une diffusion d’attitudes communes dans l’ensemble de la population, notamment la croyance dans l’école.

La moyennisationmodifie profondément les classes sociales, et notamment la classe ouvrière, dont les conditions matérielles d’existence sont bouleversées, et dont la conscience de classe s’effrite. Par conséquent, la moyennisation joue en défaveur de la lutte des classes et donc des conflits traditionnels du travail.

Par ailleurs, les Trente Glorieuses ont permis l’émergence d’une société post-matérialiste qui génère de nouveaux conflits et de nouveaux mouvements sociaux.

Les changements économiques et sociaux importants des années 1960-1970ont eu des conséquences sur les comportements et les aspirations des individus. Pour R. Inglehart, les sociétés occidentales sont devenues des sociétés post-matérialistes. Elles ont en effet connu quatre changements essentiels à la suite de la Seconde Guerre mondiale :

- la croissance économique et progrès technologique,

- une paix durable,

- la massification de l’école

- le développement des médias.

Les deux premières transformations ont apporté la sécurité matérielle aux individus: l’ère de prospérité et de paix permet à l’immense majorité de la population de satisfaire ses besoins primaireset contribue à diffuser un sentiment de sécuritédans l’opinion. L’ensemble de ces transformationssont, selon Inglehart,à l’origine de changements dans les valeurs des individus, qui ont désormais des besoins liés à l’identité(rendue plus floue du fait de l’affaiblissement des classes sociales) et à la réalisation de soi(épanouissement personnel), conformément à la pyramide des besoins de Maslow.

Par ailleurs, la compétence politique(c’est-à-dire la capacité qu’ont les individus à se positionner politiquement et à avoir un avis éclairé sur des questions politiques) est de plus en plus grande du fait de la massification de l’école et le développement des médias, qui accroissent l’information disponible (et donc le sentiment d’avoir des connaissances).

C’est pourquoi on assiste à une volonté de plus en plus grande de faire entendre sa voix, de participer au processus de décision autrement que par le vote.

Il s’ensuit également une plus grande méfiance à l’égard des organisations traditionnelles, qui ne laissent pas assez de place à l’individu et à l’autonomie.

Enfin, il y a une volonté d’affirmer une identité, une appartenance choisie.

è Tous ces éléments sont caractéristiques des mouvements sociaux qui émergent au cours des Trente Glorieuses.

B. La reconfiguration des conflits du travail avec les Trente Piteuses

La fin des Trente Glorieusesmarque une rupture de la tendance de long termeà la réduction des inégalités et à l’amélioration du niveau de vie. La croissance ralentit fortement, et le chômage augmente de façon irrésistible. Ce changement de contexte va forcément peser sur les conflits du travail et en modifier le visage. La modification du rapport de force entre employeurs et salariés, en faveur des employeurs, tend à affaiblir les conflits(peur de perdre son emploi, difficulté à assumer des jours de salaire en moins, mais aussi faible espoir de gagner le conflit qui n’incite pas à se lancer dans l’action). Mais les transformationsvont au-delà.

Les revendications se transforment. On voit se multiplier les conflits défensifs: contre les suppressions d’emplois, contre les changements de statut des entreprises et/ou des salariés, contre le développement de la précarité... Les salariés s’opposent aux transformationsdes entreprises et des services publics plus ou moins imposées par la libéralisation des échanges et des marchés.

Par ailleurs, les formes des actions collectives se transformentégalement. De manière générale, la forme traditionnelle de conflit (la grève de deux jours) est en recul, et se développent des formes d’action collective qui ne passent pas par la cessation de travail(pétition, distribution de tracts aux clients, débrayages, ...)

Les salariés font grève les uns à la suite des autres, une heure ou une journée, afin de désorganiser le processus de production, mais sans entrer dans un conflit long qui est très pénalisant sur le plan financier. C’est ce qu’on appelle une grève perlée ou grève tournante. On voit apparaître également les « grèves du zèle »: l’application stricte des consignes et des procédures ralentit considérablement la production (faire uniquement le minimum imposé et non de son mieux sachant qu’en général les employés font mieux que ce qui est juste imposé). On le constate par exemple lors des conflits sociaux dans les aéroports.

Les chauffeurs routiers ou les taxis qui bloquent les routes, les péagistes qui laissent les barrières ouvertes pour ne pas faire payer les automobilistes, ou encore les manifestations d’intermittents du spectacle qui ont perturbé le déroulement des festivals et des grandes cérémonies (type César ou Festival de Cannes) sont d’autres exemples de nouvelles formes de conflits du travail qui apparaissent depuis quelques années.

Enfin, certains conflits se radicalisent, et deviennent parfois violents: séquestration de cadres dirigeants (par exemple le directeur de la Fnac à Paris en 2012 ou des cadres de l’entreprise Caterpillar à Grenoble), menace d’actions violentes (les salariés d’entreprises chimiques qui menacent de polluer la rivière voisine ou bien de faire exploser des produits toxiques... Voiriciun petit récapitulatif de certaines actions violentes en 2009-2010). Une telle radicalisation des conflits est à mettre en relation avec l’absence de dialogue et surtout d’espoir de victoire pour des salariés qui perdent leur emploi mais qui sont aussi condamnés à de longues années de chômage, compte tenu de leurs qualification et du niveau de chômage dans leur bassin d’emploi.

Le conflit est un élément important des sociétés modernes. Il a une fonction essentielle de régulation sociale. Il permet en effet de confronter les points de vueet de faire évoluer les normes,d’adapter les règles de droit aux nouvelles conditions sociales (IVG et mouvement féministe, mouvement homosexuel, écologie, ...). Cependant, les conflits ne sont pas tous porteurs de changements. Certains sont au contraire conservateurs.

Il y a donc interactions entre conflits et changement social.Enfin, il ne faut pas oublier la dimension intégratrice des conflits et des mobilisations collectives, qui sont aussi le signe d’une vitalité de la démocratie.

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