Terminale ES: quelle est la place de l’UE dans l’économie globale ?

Mis à jour : juin 11


I. Définition et étapes de la construction européenne

L’économiste hongrois B. Balassaa défini les différentes étapes de l’intégration économique :

· Création d’une zone de libre-échange (zone de libre-circulation de marchandises entre les différents pays membres). Les droits de douane entre les pays membres sont les mêmes mais chaque pays membre de la zone est indépendant dans quant à sa protection d’un pays tiers.

En Europe, cette période correspond à la période 1951-1968 durant laquelle les accords de libre-échange à l’intérieur de la zone se sont multipliés :

- Signature du CECA (Communauté européenne du charbon et de l'acier) en 1951 entre six États : la France, l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas et le Luxembourg. Ce projet était avant tout destiné à réduire les tensions entre la France et l’Allemagne en les rendant indépendant l’un de l’autre. Il a été porté par J. Monnetet R. Schuman

èJ. Monnet« La grande révolution européenne de notre époque, la révolution qui vise à remplacer les rivalités nationales par une union de peuples dans la liberté et la diversité, la révolution qui veut permettre un nouvel épanouissement de notre civilisation, et une nouvelle renaissance, cette révolution a commencé avec la Communauté européenne du charbon et de l'acier. »

èR. Schuman« La solidarité de production qui sera nouée manifestera que toute guerre entre la France et l'Allemagne devient non seulement impensable, mais matériellement impossible. »

- Signature du traité de Rome en 1957 qui stipule deux choses : la création de la Communauté Économique Européenne(CEE) dont l’objectif est de mettre en place un marché commun et la création de la Communauté Européenne de l’Énergie Atomique(CEEA), aussi appelée Eurotam.

Ce traité marque avant tout la volonté des pays de continuer dans le chemin d’une union européenne. Dans le préambule du traité, les États membres déclarent « être déterminés à établir les fondements d'une union sans cesse plus étroite entre les peuples européens ».

- Création de la Politique Agricole Commune (PAC), prévue par le traité de Rome et entrée en vigueur en Juillet 1962.

· Mise en place d’une union douanière (zone de libre-échange à laquelle s’ajoute une adoption d’un tarif extérieur commun, par rapport aux pays non-membres). Bien qu’elle ait été prévue par la CEE dès 1958, cette union douanière entre les six pays signataires ne sera mise en place que le 1erJuillet 1968.

La période 1968-1985 marque avant tout un ralentissement de la construction européenne à cause de la crise économique des années 1970, due notamment aux deux chocs pétroliers de 1973 et 1979. Toutefois, cette période est aussi caractérisée par un élargissement progressif des partenaires à la communauté : 1973 est marquée par l’entrée de l’Irlande et du Danemark, 1981 par l’entrée de la Grèce.

· Mise en place d’un marché commun (union douanière à laquelle on ajoute une libre-circulation du travail, du marché des capitaux, des hommes et des capitaux), dès 1986 avec la signature de l’acte unique.

Plus généralement, la période 1986-1992 est caractérisée par une accélération du processus de construction européenne et par un élargissement des pays membres, avec l’entrée de l’Espagne et du Portugal en 1986.

· Création d’une Union économique, définie par l’harmonisation des politiques économiques. L’Union économique va être mise en place par le traité de Maastricht de 1992, entré en vigueur en 1993, qui crée l’Union Européenne.

Jusqu’en 2008, le projet de l’Union européenne va s’accélérer et prendre de l’importance.

· Création d’une Union économique et monétaire (union économique accompagnée d’une monnaie unique), prévue par le traité de Maastricht, entre en vigueur en 1999, au moment du passage à l’euro progressif pour l’ensemble des pays appartenant à l’union économique et monétaire. Cette transition progressive a notamment été permise par la Banque Centrale Européenne (BCE), créée en Juin 1998 (héritière de l’Institut monétaire européen). C’est en 2002 que l’euro devient la monnaie unique pour les pays ayant ratifié le traité de Maastricht.

Dès 1972 naît le serpent économique monétaire (SEM). C’est un dispositif économique actif jusqu’en 1978 qui limitait les fluctuations de taux de change entre les pays membres de la Communauté économique européenne. Cela fait suite à la décision de R. Nixon de 1971 qui décidait de mettre fin à la convertibilité du dollar en or.

En 1979 se met en place le Système économique monétaire qui cherche à stabiliser les monnaies européennes en les évaluant par rapport à l’écu.

èIl y avait déjà l’idée que les monnaies devaient se rapprocher.

Le traité de Maastricht et le pacte de stabilité et de croissance (1997) prévoyaient certaines conditions pour participer à cette union économique et monétaire pour assuer une certaine stabilité :

- Un déficit public (Etat + collectivités locales + sécurité sociale) inférieur à 3% du PIB

- Une dette inférieure à 60% du PIB

- Un taux d’inflation qui ne dépasse pas de plus de 1,5 point la moyenne des trois meilleurs pays en matière d’inflation

- Un taux d’intérêt qui ne dépasse pas de plus de 2 points la moyenne des trois meilleurs pays en matière d’inflation

- Le maintien, deux ans au préalable, dans les bandes étroites du système économique monétaire.

L’euro remplit trois fonctions principales :

- Intermédiaire dans les échanges

- Réserve de valeur

- Unité de compte

A partir des années 2000, l’union économique et l’union économique et monétaire s’agrandissent de plus en plus : 10 États rejoignent le marché commun en 2004, la Grèce rejoint l’Euro en 2001, la Slovénie, la Bulgarie et la Slovaquie en 2007, Chypre et Malte en 2008…

Cette unité européenne est fragilisée en 2008, au moment de la crise des subprimes : on reproche à l’UE d’avoir manqué de visibilité.

II. La constitution d’un marché unique et d’une monnaie unique

· La création d’un marché unique a donné certains avantages pour le consommateur et le producteur :

- Pour les producteurs : de nouveaux débouchés qui peuvent permettre des économies d’échelle et une augmentation de l’emploi ; réduction du coût des consommations intermédiaires ; transfert de technologies…

- Pour le consommateur : baisse du prix de vente et une augmentation du pouvoir d’achat.

èSelon M-A Barthe« Le marché unique limite les risques d’inflation par la demande et d’inflation par les coûts »

· La création d’une monnaie unique a donné certains avantages pour le consommateur et le producteur :

- Meilleure circulation des capitaux

- Suppression des fluctuations de change

- Suppression des effets de spéculation (réduit l’incertitude des prix)

Cela s’accompagne d’une stabilité de la monnaie





Plus généralement, la création d’une monnaie unique et d’un marché unique permet une allocation plus optimale des ressources en ce sens qu’elles se rapprochent du système de concurrence pure et parfaite. Elle respecte en effet les principes suivants :

- L’atomicité, favorisée par le grand nombre de demandeurs et d’offreurs et par la politique de la concurrence menée par la Commission Européenne.

- L’homogénéité des produits, favorisée par les normes européennes communes.

- La fluidité (la libre entrée et sortie sur le marché), favorisée par le retrait des droits de douane et la libre-circulation des biens.

- La transparence, du fait de la monnaie unique, puisque cette dernière permet de comparer les prix pratiqués par les offreurs sans être perturbés par les risques de change

- La mobilité des facteurs, assurée par la libre-circulation des hommes et des capitaux.

Pourtant, la création d’une monnaie unique a créé de nombreux débats : nombreux sont ceux qui voient dans cette création (dans cette perte d’autonomie de la politique monétaire) une perte de souveraineté. L’économiste canadien R. Mundellmontrait, dès 1963, que, dans un pays d’une zone économique donnée, on ne peut réunir simultanément les trois caractéristiques suivantes :

- Fixité des taux de change entre les monnaies dela zone

- Mobilité des capitaux entre les pays de la zone

- Autonomie des politiques monétaires des pays de la zone

Cette situation a été modalisée dans le « triangle des incompatibilités », dans l’élaboration de sa théorie des zones monétaires optimales. J-C Graza d’ailleurs soutenu cette théorie en affirmant que « On ne peut avoir des taux de change fixes en même temps qu’une politique monétaire parfaitement autonome et une libre circulation des capitaux ».

Cette théorie n’est pas une critique de l’union monétaire mais montre bien qu’elle entraine toujours certains sacrifices. Selon C. Saint-Etienne, qui évoque la théorie de R. Mundell, « Deux pays ont intérêt à former une zone monétaire unique à changes fixes si la mobilité des facteurs de production à l’intérieur de la zone qu’ils projettent de créer en se réunissant est supérieure à celle qui prévaudrait vis-à-vis de l’extérieur de la zone ».

Cette situation a appuyé la décision de mettre en place une Union monétaire. Pour assurer des taux de change fixes entre les partenaires européens et conserver la libre circulation des capitaux, les Etats membres ont accepté de renoncer à l’autonomie de leur politique monétaire, gérée par la Banque centrale européenne. Au niveau international, par contre, les Etats européens ont décidé de préserver la libre circulation des capitaux et l’autonomie des politiques monétaires (aux mains de la BCE) au détriment de la stabilité des taux de change : l’euro est une monnaie flottante par rapport aux autres devises.

Une autre critique est la suivante : l’euro a la même valeur (par rapport aux pays extérieurs) dans tous les pays, alors que ces derniers ne sont pas dans la même situation : il fait donc des gagnants mais aussi des perdants.

III. Les politiques économiques dans le cadre de l’UE

A. Vocabulaire

Politique économique : mesures prises par les pouvoirs publics en vue d’orienter l’activité économique d’un pays dans un sens jugé favorable.

Politique conjecturelle : politique économique à court terme en vue d’orienter l’activité économique d’un pays dans un sens jugé favorable.

L’objectif de ces politiques est d’atteindre le carré magique de Kaldor.

Politique structurelle : politique de modification profonde pour modifier durablement le comportement des agents ou le rôle des institutions.

Politique monétaire : politique économique qui agit sur la masse monétaire en circulation pour stabiliser les prix et les changes.

Politique budgétaire : politique économique qui utilise le budget pour soutenir tel ou tel secteur d’activité.

Policy mix : combinaison des politiques monétaire et budgétaire.

Politique classique :

- Régulation par le marché qui permet une allocation la plus optimale des ressources grâce à la loi de l’offre et la demande

- Intervention minimale de l’Etat : Smith pensait par exemple que l’Etat ne devait agir que pour favoriser la concurrence.

- Favoriser l’offre puisque la loi des débouchés permet de stimuler l’activité économique en faisant augmenter la demande.

Politique d’inspiration keynésienne :

- Utilisation du budget privilégiée.

- Intervention de l’Etat dans la régulation du marché et notamment dans la redistribution.

- Agir sur la consommation des ménages

B. Les politiques conjecturelles dans l’UE

Les politiques économiques sont interdépendantes les unes des autres : « Il y a une interdépendance des économies nationales au sein de l’UEM »(F. Milewski).

Les contraintes de la politique budgétaire et la politique monétaire unique permet d’éviter notamment le comportement de passagers clandestins de certains pays qui bénéficieraient de la politique des autres sans en supporter les coûts : par exemple, D. Chamblaymontrait qu’en période de crise, si les politiques économiques n’étaient pas interdépendantes, tous les pays auraient intérêt à garder une politique de rigueur, en espérant que les pays voisins adoptent une politique de relance.

1. Politique monétaire

La politique monétaire de l’UE se fait sous contrainte depuis 1999 (insertion de l’euro comme monnaie scripturale) et 2001 (insertion de l’euro en monnaie fiduciaire). Une seule politique monétaire est faite pour l’ensemble des pays de la zone euro, celle exercée par la BCE.

La politique de la BCE est plutôt une politique de rigueur « La BCE privilégie davantage la lutte contre l’inflation que la croissance »(F. Milewski).

2. Politique budgétaire

La politique budgétaire de l’UE est autonome mais se fait en effet sous contrainte depuis 1997 avec la signature du Pacte de Stabilité et de croissance puis le Traité de stabilité et de coordination : ce qui était un instrument est devenu un objectif. Cette contrainte s’est toutefois assouplie après la crise des subprimes.

De plus, les marges de manœuvre sont encore plus ténues pour certains pays : les aides consenties par les membres de la zone euro à un autre pays peuvent être soumises à certaines conditions comme ce fut le cas pour la Grèce.

La monnaie unique rend plus facile l’élaboration des politiques budgétaires puisque ces dernières ne prennent plus en compte les variations du taux de change. En effet, « L’atténuation de la contrainte extérieure de chacun des pays européens, du fait de la disparition de leurs taux de change, accroît l’efficacité de la politique budgétaire de façon générale »(F. Milewski).

3. Difficultés pour coordonner les politiques

· L’instauration de la règle d’or dans le Traité de stabilité et de coordination de 2012, selon laquelle seul 0.5% du PIB doit être accordé aux politiques structurelles, montre bien la difficulté de coordonner les politiques de chaque État. Le problème est surtout celui des différences économiques fortes entre les pays : en 2012, la croissance potentielle du Portugal était de -3% du PIB, contre +3% pour la Lituanie.

· La taille de l’UE rend difficile une décision commune et rapide des pays européens.

· La politique monétaire unique ne peut pas s’adapter aux divergences économiques des pays européens : un certain niveau de taux d’intérêt peut convenir à un Etat mais restreindre un autre dans une politique de rigueur par exemple. En 2012, la croissance potentielle du Portugal était de -3% du PIB, contre +3% pour la Lituanie.

C. Les politiques structurelles

Deux dimensions de la politique structurelle :

- Dimension nationale : nationalisation, politique industrielle

- Dimension européenne : PAC, dépenses dans la recherche et le développement (entre 2 et 3% du PIB) faites notamment par la Banque Européenne d’investissement (BEI).

D. Mesures prises face à la crise

Au sortir de la crise, la BCE a adopté une politique de relance grâce à des instruments non conventionnels : elle a notamment racheté des titres pourris sur le marché. Récemment, la BCE a racheté des titres de dette à certains pays comme à l’Espagne afin de leur permettre d’emprunter de nouveau sur des marchés à des taux d’intérêt inférieurs à ceux auxquels ils étaient confrontés.

De plus, le Mécanisme Européen de Stabilité (MES) entré en vigueur en 2013, héritier du Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF) qui avait pour but de venir en aide aux Etats en difficulté, doit garantir la mobilisation de ses fonds pour faire face à une éventuelle défaillance d’un de ses membres et éviter la propagation d’une crise à toute l’Europe. Pour relancer l’activité économique après la crise des subprimes, le MES a encouragé des prêts à taux très faibles, pas disponibles sur le marché, voire à des taux négatifs.

IV. Mondialisation et intégration régionale

J.Vinera étudié les effets de l’union douanière sur le commerce international. J. Viner observe que, si les accords entre nations voisines pouvaient être créateurs de commerce (« créateur de trafic ») à l’intérieur de la zone, ces derniers pouvaient aussi être responsables d’une destruction du commerce extérieur (« destruction de trafic »), puisque privilégier des relations voisines revient à délaisser des liens existants avec d’autres pays (avec des pays tiers). Ainsi, il affirme que l’issue d’une union douanière est incertaine car les effets de « détournements de commerce »peuvent être équivalents ou supérieurs aux « créations ».

Ainsi, l’intégration régionale n’est bénéfique que si la création de trafic est supérieure à la destruction de trafic.

0 vue

©2020 par ElèvesSolidaires. Créé avec Wix.com