Terminale ES: Quels sont les liens sociaux dans une société où s’affirme le primat de l’individu ?

Mis à jour : juin 11


Intégration sociale : processus qui permet à un individu ou à un groupe d’individus d’adopter des normes et des valeurs spécifiques à un groupe plus vaste et donc d’en devenir membre.

Cohésion sociale : état d’une société dans laquelle existent de solides liens sociaux et des normes et des valeurs communes qui confèrent aux individus un sentiment d’appartenance à la collectivité. C’est ce qui permet aux individus de former un tout cohérent et pacifique.

I. Division du travail et lien social

A. L’analyse de Durkheim

Emile Durkheim, dans son ouvrage De la division du travail social(1893), introduit deux formes de la solidarité au sien de la société :

- Une solidarité mécanique, plutôt le fait des sociétés traditionnelles, dans lesquelles les individus se ressemblent, partagent un même système de normes et de valeurs et ont peu d’autonomie sur ce dernier. La conscience collective, définie par Durkheim comme « l’ensemble des croyances et des sentiments communs à la moyenne des membres d’une société », a une influence très importante sur chaque individu.Le contrôle social est plutôt informel et le droit y est répressif : l’individu coupable d’un délit est sanctionné par un châtiment pour ne pas déstabiliser le groupe.

- Une solidarité organique, apparue grâce à la société industrielle et le développement du salariat, dans laquelle les individus ont plus d’autonomie sociale (hétérogénéité des systèmes de normes et de valeurs) mais sont plus interdépendants sur un plan économique. Les individus sont liés par leur complémentarité. Le contrôle social, pour assurer la stabilité d’une nation malgré la différence des systèmes, est plus formel et le droit est restitutif : il vise à rétablir les choses telles qu’elles étaient avant que le crime soit commis.

Le passage d’une solidarité à l’autre s’explique par l’augmentation de ce que Durkheim appelle

- Le volume social, c'est-à-dire l’augmentation du nombre d’individus appartenant à une société

- La densité matérielle, c'est-à-dire le nombre d’individus sur une surface donnée du sol

- La densité morale, c'est-à-dire l’intensité des communications et des échanges entre individus.

En Europe, cette transition s’est faite au moment de la révolution industrielle.

Le passage vers une solidarité organique marque bien la montée de l’individualisme, c'est-à-dire la prise d’autonomie sociale. Il rend la société plus complexe (« le type collectif perd de son relief ; les formes en sont plus abstraites et plus indécises »« La société n'est pas une simple somme d'individus ») du fait d’une hétérogénéité des individus et de leurs comportements. « Tandis que les individus n’agissaient que par les autres, les personnalités particulières se constituent, prennent conscience d’elles-mêmes ».

Il ne faut toutefois pas penser que, dans les sociétés occidentales post-industrielles, la solidarité ne serait qu’organique et Durkheim dit qu’il existe encore une solidarité mécanique, qui a même eu tendance à se renforcer au début du XXème siècle : intégrismes religieux (« La religion crée de la solidarité communautaire »J-P Willaime), bandes dans les banlieues…

A l’inverse, l’individualisme n’est pas apparu au moment de la société industrielle, c’est selon Durkheim « un phénomène qui ne commence nulle part, mais qui se développe, sans s’arrêter tout au long de l’histoire. »puisque « Les sociétés nouvelles qui remplacent les types sociaux éteints ne commencent jamais leur carrière au point précis où ceux-ci ont cessé la leur ».Ce phénomène ne commence pas avec la société industrielle mais cette dernière a donné un contexte favorable à son essor et à son affirmation.

B. L’analyse de Tönnies

Ferdinand Tönniesfait référence à la même évolution dans son ouvrage Communauté et société (1887) : « À l'époque de la communauté succède l'époque de la société ».

Alors que la communauté est caractérisée par la proximité affective et spatiale des individus et se définit donc comme « une communauté de sang, de lieu et d’esprit »où le tout prime sur l’individu, la société, en revanche, est le lieu d’un individualisme débridé et destructeur, d’une concurrence généralisée entre les hommes désormais isolés et séparés les uns des autres, le règne de l’intérêt personnel désormais au fondement de tous les rapports sociaux. Alors que l’homme de la communauté ne choisit pas ses appartenances mais se trouve immergé au sein d’un tout organique qui détermine sa manière de se rapporter aux autres, l’homme de la société choisit arbitrairement ses relations en fonction de l’intérêt, essentiellement pécuniaire, qu’elles représentent pour lui. Alors que dans la communauté, les rapports humains sont fondés sur des rapports authentiques et essentiels, sur des liens affectifs, biologiques et traditionnels qui conditionnent l’ensemble de l’existence, dans la société, « chacun est un marchand »obéissant à son pur et simple égoïsme.

C’est donc une vision beaucoup plus pessimiste de la cohésion sociale des sociétés du XXème siècle et du XXIème siècle puisque, comme l’explique S. Wuhl,« La fragilité de la société viendrait de l’individualisation et de la tendance à la désagrégation du lien social ».

II. Le travail comme instance d’intégration

A. Une place essentielle

Ce qui crée le lien social, c’est le partage d’une même culture, c'est-à-dire le partage de mêmes normes et de mêmes valeurs. En ce sens, le travail est un lieu essentiel d’intégration sociale puisqu’il réunit des individus interagissant, aux traits et buts communs, et que la rémunération qui en découle permet aux individus de créer encore du lien social.

En effet, le travail est souvent associé à un statut (protection sociale) et le partage d’une situation commune permet aux individus de se ressembler. Il existe par exemple une norme d’emploi : salarié en CDI (plus de 90% des actifs), à temps plein, un seul employeur. Le statut de salarié offre une sécurité matérielle.R. Casteldécrit la « société salariale »(« une société dans laquelle l'identité sociale se fonde sur le travail salarié plutôt que sur la propriété ») des années 1960 comme une société de plein emploi où l’accès au statut de salarié garantissait des droits sociaux (contrairement à la précarité liée à ce statut avant) : législation sur le temps de travail, salaire minimum, accès à la protection sociale. Le travail constituait ainsi un véritable vecteur d’intégration puisqu’il permettait d’obtenir une rémunération stable, d’être intégré à la société de consommation et protégeait les salariés des risques sociaux (maladie, vieillesse, chômage, invalidité).

P. Combemale, en commentant l’ouvrage de Castel Les Métamorphoses de la question sociale, disait que ce salariat était devenu la « matrice intégratrice de la société, grâce au plein-emploi et aux droits sociaux garantis aux travailleurs salariés et à leur famille ».

Cette société salariale a été fragilisée dans les années 1970 par la flexibilisation de la main d’œuvre : ainsi la société voit l’essor du précariat.

Selon J-P Durand,« Aujourd'hui encore, c'est lui qui donne le statut social d'un individu, qui le place dans la société. Il est structurant psychologiquement et il régule les relations sociales. »

Encore aujourd’hui, le travail permet aux individus de se sentir utiles et de participer à la vie sociétale grâce à leurs revenus. On remarque par exemple que les plus exclus sont souvent les plus démunis. Une étude de Fondation de France de 2014 montrait d’ailleurs que 90% des individus gagnant plus de 4500€/mois peuvent compter sur des amis en cas de difficulté, contre 73% des personnes gagnant moins de 1000€/mois.

B. Transformation du travail

· Montée du chômage: il touche aujourd'hui près de 10% de la population active. Si le travail et la rémunération sont indispensables à l’intégration sociale, tout le monde n’y accède pas. Le pire est la situation des chômeurs de longue durée (35% des chômeurs) car plus la durée de chômage est longue, plus les chances de retrouver un emploi sont faibles.

· Depuis les années 1980, les emplois précaires, dont la durée est déterminée dans le temps (CDD, intérim, stages), se sont développés. « Le développement du temps partiel, des individus enchaînant de multiples contrats de très courte durée est une réalité », souligne R. Bazilier.

Ils n’assurent pas toujours une intégration suffisante à ceux qui les occupent pour plusieurs raisons :

- Ils ne permettent pas aux salariés d’être bien intégrés car leur temps au sein de l’entreprise est compté, ils vont donc peut-être moins s’investir pour cette dernière.

- Ils ne donnent pas pleinement accès à la protection sociale, pourtant essentielle pour s’intégrer à la société. R. Castelmontrait l’importance de cette protection sociale pour l’intégration des individus dansL'insécurité Sociale « Il faut rappeler avec fermeté que la protection sociale n'est pas seulement l'octroi de secours en faveur des plus démunis pour leur éviter une déchéance totale. Au sens fort du mot, elle est pour tous la condition de base pour qu'ils puissent continuer d'appartenir à une société de semblables. »

- Ils sont souvent associés à des revenus faibles et donc à une précarité de situation. En effet, le développement de ce type d’emploi a créé une nouvelle catégorie de travailleurs dans les années 1980 : les travailleurs pauvres, des personnes occupant un emploi mais vivant sous le seuil de pauvreté. S. Paugamdisait que « le phénomène de la pauvreté ne touche désormais non plus seulement les personnes éloignées du marché du travail mais aussi les salariés précaires »

R. Castelavertit cette montée du« précariat »dans La montée des incertitudes. : c’est « un sous-continent qui étend son emprise tout en demeurant fragmenté »

èAvec cette précarité, « Les fractures dans le monde du travail se sont accentuées, avec de plus profondes inégalités », assure R. Bazilie

· La tertiarisation de l’économie a entraîné une individualisation du travail, une différenciation des parcours professionnels et une division du travail. Elle a obligé les individus à adopter une flexibilité fonctionnelle (fait d’être responsable de plusieurs tâches) et quantitative (fait de faire fluctuer le nombre de personnes et d’heures travaillées.

C. Différentes formes d’inégalités au travail (S. Paugam)

Le sociologue français S. Paugamdistingue deux conditions pour que le travail soit intégrateur :

- La satisfaction du travail

- La stabilité de l’emploi(accès à la protection sociale)

A partir de ces deux dimensions, il établit une typologie de l’intégration :

- Intégration assuréelorsque stabilité de l’emploi et satisfaction du travail sont combinés

- Intégration compromise lorsque la satisfaction au travail est assurée et pas la stabilité de l’emploi

- Intégration laborieuse lorsque la stabilité de l’emploi est assurée mais pas la satisfaction au travail

- Intégration disqualifiante lorsqu’aucune des dimensions n’est assurée

III. La famille comme instance d’intégration

A. Rappels

Selon l’INSEE, une famille est la partie d'un ménage comprenant au moins deux personnes et constituée :

- Soit d'un couple vivant au sein du ménage, avec le cas échéant son ou ses enfant(s) appartenant au même ménage ;

- Soit d'un adulte avec son ou ses enfant(s) appartenant au même ménage (famille monoparentale).

Pour qu'une personne soit enfant d'une famille, elle doit être célibataire et ne pas avoir de conjoint ou d'enfant faisant partie du même ménage. Un ménage peut comprendre zéro, une ou plusieurs familles.

La famille occupe plusieurs fonctions :

- Fonction économique

- Lieu de sociabilité à travers une dimension affective et sociale

- Instance de socialisation primaire : elle transmet à l’enfant des normes et des valeurs indispensables à son intégration sociale : langage, politesse, propreté…

B. Facteurs qui fragilisent la famille comme instance d’intégration

· La multiplication des relations informelles au détriment de relations formelles : on peut désormais choisir avec quels membres de la fratrie garder contact.

· La montée de l’individualisme qui a rendu les membres plus dépendants dans une certaine mesure. Dans son ouvrage Sociologie de la famille contemporaine,F. de Singlya montré que l’individualisme a amené les couples à baser leur mariage sur le sentiment seul, qui est relativement mouvant et que cet individualisme est donc à l’origine de l’augmentation du nombre de divorces (x 2.75 entre 1970 et 1989), de la part des non-mariés, des familles recomposées, des seconds mariages.

Ces évolutions de la sphère privée ont eu des conséquences dans la sphère publique puisqu’aujourd’hui, du fait du grand nombre de ménages constitués d’un parent seulement, certaines politiques sociales sont dirigées vers certains types de ménages.

C. Des liens qui subsistent entre génération

· Dépendance économique des jeunes vis-à-vis des parents et des grands-parents. Un tableau de la Fondation de France de 2014 montrait que 62% des jeunes de 18 à 29 ans sont régulièrement aidés par leur famille, tout comme 62% de personnes gagnant moins de 1000€. Ce sont donc les aides financières pour les moins riches et plus les plus jeunes qui dominent. La raison est que ces deux données sont souvent liées : les grands-parents de cette génération étaient des Trente Glorieuses et n’ont relativement pas tant de difficulté, contrairement à cette génération arrivée dans le monde du travail autour de la crise financière de 2008, dont les jeunes ont été de grandes victimes.

Les solidarités familiales se sont ainsi renforcées avec notamment la durée d’hébergement des enfants qui se fait de plus en plus longue à cause de la durée des études.

Enfin, la famille reste une instance importante au moment de la recherche d’un emploi, grâce notamment au capital social que l’individu possède grâce à ses parents, mobilisable surtout dans la recherche d’un stage ou d’un premier emploi.

· Les relations intergénérationnelles se sont beaucoup développées : les grands-parents apportent souvent une aide financière ou domestique (garde des enfants) tandis que les enfants s’occupent d’eux. Dans les pays les moins développés, où la protection sociale est faible, c’est plutôt l’inverse. L’allongement de la durée de vie amène cependant un nouveau problème : celui de la situation des personnes du 4èmeâge.

· Lesévolutions du lien formel (notamment la fragilisation du lien conjugal) masquent la part croissante du lien informel au sein de l’espace familial : beaucoup de familles décident de ne pas se remarier mais le lien social existe pour autant. Même s’ils se marient moins, les couples vivent en union libre. Enfin, de nouveaux liens sont apparus avec de membres comme les beaux-parents. Comme le dit P. Riutort« les liens se complexifient mais ne s’affaiblissent peut-être pas vraiment non plus, comme en témoigne le maintien de relations régulières avec leur famille d’origine pour des jeunes âgés d’au moins 25 ans et ayant quitté le domicile parental ».

Il rajoute « D’une certaine façon, l’allongement de la scolarité, les difficultés d’insertion professionnelle, l’assouplissement des relations entre générations et l’augmentation de la durée de vie conduisent à intensifier les relations familiales, même si celles-ci revêtent désormais essentiellement un caractère personnel et privé qui tranche, par exemple, avec la solennité des réunions familiales et la visibilité sociale des liens familiaux traditionnels ».

IV. L’État, école et intégration sociale

A. Citoyenneté et intégration

1. L’État nation

La citoyenneté est le fait de l’État-nation. Tous les citoyens partagent une même culture, un même socle de normes et de valeurs qui va fédérer les groupes primaires et secondaires, et permettre aux individus de pouvoir entretenir des relations entre eux.

La citoyenneté regroupe un ensemble de droits et de devoirs. En accordant des droits et des devoirs identiques à toute la population, gomme les particularismes et permet à tous les individus, au-delà de leurs différences, de se sentir membres d’une même communauté.

Cependant, l’intégration de l’État est fragilisée par une différence de systèmes de normes et de valeurs, du fait de la multiplication des critères de différenciation et des revendications communautaires (religieuses, régionales…).

2. L’État providence

Mis en place par les ordonnances de 1945, le système d’État providence cherche à protéger les individus de différents risques pour qu’ils partagent un statu commun et une forme de solidarité. Ainsi, tout salarié fait partie de ce système et accepte un ensemble de valeurs en y participant.

B. L’école

L’école est une instance socialisatricequi éduque un transmettant un ensemble de normes et de valeurs. Aujourd’hui, plus d’un homme sur deux est encore scolarisé à 20 ans : c’est donc une instance de socialisation durable. Elle transmet également une culture française qui permet aux individus de ses sentir citoyens (enseignement moral et civique).

Jusque dans les années 50, l’école apparaissait comme légitime et son importance faisait consensus.

Mais la massification de l’enseignement dans les années 1970 (1975 : collège unique) a posé un nouveau problème puisque l’école a révélé qu’elle ne pouvait pas réellement intégrer un si grand nombre de personnes équitablement, c'est-à-dire en sauvegardant une certaine égalité des chances. Il a été dit que l’école avait plutôt une tendance à reproduire les inégalités sociales, reproche fait par exemple par le sociologue français P. Bourdieu« L’école est indifférente aux différences ».L’école républicaine se rapprocherait donc de l’« élitisme républicain »avancé par C. Baudelotet R. Establetqui disaient que « Sous la carrosserie égalitaire de notre République, c’est une forme d’aristocratisme inavouée qui fait tourner le moteur. L’école française est trop et trop tôt sélective. »

F. Dubetévoquait cette inégalité dans les enseignements en parlant d’un « marché scolaire »dont les individus les plus riches bénéficient le plus, d’où le fait que « Ce sont presque toujours les mêmes qui réussissent et presque toujours les mêmes qui échouent » : l’école, loin de sa lutte contre les inégalités, les maintiendrait donc. Elle est presque responsable d’une division sociale entre les plus riches et les autres « L’école qui devrait unifier la nation est perçue parfois comme l’institution qui divise et qui sépare les individus en fonction de leur mérite et, au-delà, de leur lieu de naissance »

Selon M. Lallemand« Dans les années 1960, une fraction de la population française, ces jeunes issus des classes moyennes et supérieures, était porteuse de ce que l'on appelle « l'effet de frustration relative ». Il y avait ce sentiment d'injustice où des jeunes qui avaient travaillé et fait des études risquaient une disqualification sociale et qui donc étaient frustrés, désenchantés : « Pourquoi étudier si c'est pour être ouvrier alors que mon père était cadre ? Instituteur alors que mon père était prof ?» »

De plus, des études sociologiques ont montré la méfiance des étudiants français pour le système éducatif : comparés à leurs voisins danois ou anglais, les jeunes Français n’ont guère confiance en l’avenir et en leur capacité à s’insérer sur le marché du travail.

V. Intégration et exclusion

A. L’exclusion : un phénomène multidimensionnel

La rupture du lien professionnel se combine souvent avec d’autre ruptures. Les difficultés de l’insertion sur le marché du travail sont souvent à l’origine de l’exclusion mais d’autres facteurs peuvent s’y ajouter comme la rupture des liens familiaux et amicaux. Ainsi, R. Casteldistingue trois zones de cohésion sociale :

- La zone d’intégration (travail stable et insertion relationnelle solide)

- La zone de vulnérabilité sociale (précarité du travail et fragile insertion relationnelle)

- La zone de désaffiliation(participation à aucune activité productive et isolement relationnel. Dans Les Mutations de la société française, il dit « Il apparaît que les formes antérieures de cohésion sociale fondées sur la proximité sociale et géographique des individus liés par des relations d’interconnaissance sont en déclin. On peut nommer désaffiliation ce processus de rupture avec les attaches antérieures qui risque de laisser les individus isolés, livrés à eux-mêmes »

Par le concept de disqualification sociale, S. Paugammontre les interdépendances entre un individu sans emploi et le reste de la société. Elle peut se dérouler en trois phases :

- Les « fragiles »sont des assistés ponctuels.

- Les « assistés »bénéficient régulièrement de l’action sociale.

- Les « marginaux »échappent à la protection sociale et sont donc véritablement exclus de la société.

Dans les pays développés, pauvreté et exclusion sociale sont souvent associés puisque les individus pauvres ont plus de difficulté à s’insérer dans le système de consommation. Dans un entretien pour le magazine Sciences Humaines, S. Paugam montre surtout que le la pauvreté est devenue un facteur d’exclusion de plus en plus fort puisque le regard porté par les individus sur les pauvres a changé. Il dit « En deux décennies, nous sommes passés de ce que j’appelle un « cycle de compassion » à un « cycle de culpabilisation » des pauvres ». Selon lui, la part de la « pauvreté par la paresse »a largement augmenté de 1993 à 2001 et la pauvreté peut, dès lors, apparaître comme un choix à cause de certaines prestations sociales garanties comme le RMI.

B. L’exclusion peut être collective

Il peut y avoir des groupes peu intégrés à la société (migrants…), condamnés à l’exclusion sans avoir le choix. F. Dubetexposait par exemple le cas des jeunes de banlieue qui se sont révoltés en 2005 avec une violence policière. Les violences commises ne sont pas, selon lui, directement liés à cette affaire mais à la « rage »que ces jeunes ont en eux « Je ne pense pas qu’ils aient mis le feu aux écoles comme symbole de la République, mais plutôt comme symbole de la machine qui vous aspire pour vous expulser, la machine qui vous avale et qui vous refoule. »

Cette rage est surtout le fait de la difficile insertion sur le monde du travail pour les jeunes de banlieue et leur faible politisation qui les exclut de la vie publique : il existe encore un Cens Caché selonD. Gaxie.

VI. La montée de l’individualisme

Deux individualismes :

- Universaliste (Durkheim), associé à la prise d’autonomie des individus sur le plan moral

- Particulariste (sens actuel), correspondant au repli sur la sphère privée, à la recrudescence des groupes communautaristes qui revendiquent leur existence et des droits propres.

Selon Durkheim, la montée de l’individualisme peut fragiliser la cohésion sociale à cause d’une situation d’anomie.

D’un autre côté, elle encourage la tolérance et réduit le nombre d’actes jugés déviants.

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