Dissertation: Quels sont les effets de l’instauration d’un salaire minimum ?

Mis à jour : juin 11


Dissertation

Sujet : Quels sont les effets de l’instauration d’un salaire minimum ?

Emmanuel Macron avait annoncé en 2019 : « Le salaire d'un travailleur au smic augmentera de 100 euros par mois dès 2019 sans qu'il en coûte un euro de plus pour l'employeur ». Cette allocution fait suite au mouvement des Gilets Jaunes lors duquel les travailleurs peu aisés, certains au SMIC (salaire minimum interprofessionnel de croissance), ont exprimé leur sentiment d’abandon et leur volonté d’améliorer leurs conditions de vie. Le Président de la République annonce ici une augmentation du salaire minimum, c'est-à-dire de la rémunération minimale qu'un employeur peut légalement accorder à un employé pour un travail. Le salaire minimum est surtout le fait des pays développés depuis la deuxième moitié du XXème siècle. Il a été instauré en France dès 1950 (date de la création du SMIG, devenue le SMIC en 1970) dans le but d’inciter les individus à offrir leur travail et de permettre à tous les travailleurs de vivre dans de bonnes conditions. L’instauration du salaire minimum n’a pas été sans débat tant il rompait avec l’idéal classique. En effet, le prix du travail, c'est-à-dire le coût unitaire salarial, n’est plus déterminé seulement par les lois de l’offre et de la demande : il devient un prix plancher. Encore aujourd’hui, il est question de savoir si le salaire minimum est réellement bénéfique pour le bien-être et l’économie et se pose également la question du montant de ce dernier. Pour analyser et comprendre les différents arguments, il est intéressant de se demander les effets de l’instauration d’un salaire minimum, et dans quelle mesure il est bénéfique pour les entreprises et pour les salariés. Nous répondrons donc à la question suivante :  dans quelle mesure l’instauration d’un salaire minimum est-elle compatible avec le bon fonctionnement de l’activité économique et le bien-être de la population ? Nous montrerons en deux parties les aspects positifs et négatifs de l’instauration du salaire minimum sur les plans économique et social et nous montrerons enfin que les effets du salaire minimum peuvent être nuancées puisqu’il peut être contourné.

I. Les aspects positifs du salaire minimum : bien-être et baisse du chômage

A. Le salaire minimum permet à tous les travailleurs de vivre dans des conditions décentes et de répondre à leurs besoins. Il est donc compatible avec le bien-être de ces derniers. Il leur permet également de s’insérer dans la société de consommation et trouver un équilibre entre travail et loisir grâce à l’effet de revenu.

B. Le salaire minimum incite les individus, et notamment les individus les moins qualifiés (ceux dont le salaire serait plus faible dans le modèle classique), à proposer leur travail puisque l’effet revenu est supérieur à l’effet de substitution (le coût de renoncement est important). Il les incite même à être plus productifs et plus fidèles à l’entreprise selon la théorie du salaire d’efficience (ils sont plus impliqués et plus motivés) et le système fordiste (par la politique des hauts salaires). Exemple : paradoxe des fast-foods expliqué par D. Card et A. Krueger.

L’instauration du salaire minimum incite également les entreprises à recruter puisque ceux qui voient leur salaire augmenter (ceux qui ont une propension à consommer plus forte) vont pouvoir s’introduire dans le système de consommation. La demande effective (analyse de Keynes) va donc augmenter et les entreprises vont devoir recruter de la main d’œuvre pour répondre à cette demande.

II. Les aspects négatifs du salaire minimum : inégalités et chômage

A. Le salaire minimum peut être vecteur d’inégalités entre les salariés et les chômeurs. En effet, même les personnes les moins qualifiées seront bien rémunérées et auront donc des conditions de vie bien supérieures aux personnes au chômage. Également un peu de la théorie des insiders/outsiders : les salariés sont les insiders et vont donc tenter d’améliorer leurs conditions de vie et de travail, aux dépens des outsiders qui auront plus de mal à trouver un emploi (les entreprises voulant moins embaucher à cause du salaire minimum et des négociations internes menées par les insiders).

B. Le salaire minimum peut conduire à du chômage, notamment chez les personnes les moins formées. En effet, ces dernières sont souvent moins productives. Le salaire minimum est un tel coût que les entreprises employeurs ne voudront pas prendre de risque et auront plutôt tendance à embaucher des personnes plus éduquées. Les personnes les moins formées seront donc plus facilement au chômage (les plus jeunes et les personnes issues des catégories sociales les plus défavorisées).

III. Les effets de l’instauration du salaire minimum peuvent être nuancées

A. Effets pervers du salaire minimum. Pour contourner le coût trop important qu’est le salaire minimum, les entreprises vont trouver des alternatives moins coûteuses (stages, interim…) et les chômeurs vont être plus incitées à contourner le marché du travail (travail « au noir », activités illégales…), comme ce qu’expliquaient Piore et Doeringer en introduisant la notion de « marché secondaire » qui respecte le modèle classique. Ce que nous avons dit sur le bien-être et l’amélioration des conditions de travail n’est donc pas toujours vérifié.

B. D’autres mesures (souvent dans les pays développés) permettent à des individus au chômage de vivre dans des conditions décentes. C’est notamment le cas des prestations sociales telles que le RSA qui, contrairement à ce que nous avons dit précédemment, peuvent encourager les individus à être dans une situation de chômage volontaire puisque les revenus que perçoit un ménage au RSA n’est pas toujours si différent de ceux que reçoit un ménage au SMIC.

Ainsi, nous avons pu analyser les retombées économiques et sociales du salaire minimum, notamment ses conséquences sur le niveau de chômage et le bien-être de la population, et ainsi comprendre les débats actuels sur le niveau du SMIC en France.

La question du niveau du salaire minimum est aujourd’hui plus importante que celle de son existence, qui fait aujourd’hui consensus. Le SMIC est en effet intouchable aujourd’hui et, au-delà de remplir ses fonctions économiques, il permet de calmer les conflits sociaux.

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