"Don Juan" de Molière 5 extrait

Contexte : Dramaturge, comédien, metteur en scène et directeur de troupe français, Molière (de son vrai nom Jean-Baptiste Poquelin) est né en 1622 et décédé en 1673. - il s’oriente très tôt dans le théâtre et fonde avec Madeleine Béjart l’Illustre-Théâtre, une troupe itinérante en province. De retour à Paris, il est remarqué par Louis XIV. Il écrit essentiellement des comédies dans lesquelles, sous le couvert du rire, il met au jour les défauts de ses contemporains : la préciosité, le pédantisme, l’avarice... et critique la société duXVIIème siècle : les pères autoritaires, les faux dévots, les médecins charlatans... - Le Tartuffe (1664), L’Avare (1668), Le Bourgeois gentilhomme (1670) => auteur majeur du siècle classique : ses œuvres ont encore une influence considérableaujourd’hui. Dom Juan (1665) est une comédie dont les principales thématiques sont : séduction / galanterie / hypocrisie / religion / baroque. / ! \ grand succès au cours des premières représentations puis Molière accusé d’impiété. => reprise à la comédie espagnole et au théâtre italien, cette comédie mêle tous les genres et ne respecte pas la règle des trois unités. Inspirée de la pièce de Tirso de Molina Le trompeur de Séville (1630) Cette œuvre n’est pas publiée du vivant de l’auteur mais redécouverte aux siècles suivants et le« grand seigneur méchant homme » que Molière condamne devient un mythe qui fascine.

Extrait 1 : Acte I, Scène 2 - La tirade du libertin

Extrait 2 : Acte I, Scène 3 - Entre comique (Dom Juan) et tragique (Done Elvire)

Extrait 3 : Acte III, Scène 1 - Renversement du duo maître/valet - Esthétique du travestissement : le théâtre dans le théâtre - Esthétique baroque : ambiguïté, représentation et excès

Extrait 4 : Acte IV, Scène 6 - Retour du tragique (Done Elvire) - Pathétique amoureux qui contraste avec Dom Juan - Progression des sentiments : allégorie de la conscience morale

Extrait 5 : Acte V, Scènes 4/5/6 - Mélange des registres : fantastique, tragique et comique - Punition divine de Dom Juan hérétique - Dénouement tragicomique : il satisfait plus au désir (in)conscient du spectateur de punir le personnage de Dom Juan. - Intervention du surnaturel : le spectre et la statue du Commandeur

Extrait 1 : Acte I, scène 2 De « Quoi ? tu veux qu’on se lie » (p.30) à « mes conquêtes amoureuses » (p.31)

Légitimation du libertin ▪ Dom Juan se pose en victime de la beauté, grâce à un lexique de la captation/capture : « qui nous prend » ; « frapper les yeux » ; « de nous charmer » ; polysémie du verbe dans « la beauté me ravit partout » ; « je cède facilement » ; « elle nous entraîne ». + lexique de la morale et du respect de la Nature : « l’amour que j’ai pour une belle n’engagepoint mon âme à faire injustice aux autres » / « où la nature nous oblige » / « à tout ce que jevois d’aimable ». => Dom Juan se dit séduit : comme il est très demandé, il est naturel pour lui d’honorer ces beautés. Il reconnaît une pulsion naturelle dont il n’est pas maître. Rhétoriquement, il renversel’argument moral de la fidélité à la personne, pour adorer le beau. ▪ Dans « la constance n’est bonne que pour les ridicules », l’emploi de l’adjectif n’est pasinnocent puisque Molière écrit Les Précieuses Ridicules en 1659, œuvre dans laquelle il oppose l’idée d’amour courtois à une absence d’amour total. => les femmes sont de la moindre importance pour Dom Juan d’où les adjectifs « innocentes » et « petites ». ▪ Questions rhétoriques « Quoi ? tu veux qu’on se lie à demeurer qui nous prend, qu’on renonce au monde pour lui, et qu’on n’ait plus d’yeux pour personne ? ». Lexique qui dépersonnalise la conquête de Dom Juan, voire la déshumanise : objet de son désir. + confusion amour/désir : « les autres beautés » ; « la beauté me ravit » ; « l’amour que j’aipour une belle » ; « les belles ». /!\ tournures impersonnelles qui généralisent son cas personnel : « il n’est rien de si doux » ; « il n’est rien qui puisse arrêter » ; « on ».

Stratégie de séduction et stratégie militaire

  • ▪  Analogie entre les conquêtes féminines et les conquêtes territoriales : « je souhaiterais qu’il y eût d’autres mondes, pour y pouvoir étendre mes conquêtes amoureuses ». Aveu d’addictiontotale à la séduction (désir demeuré désir). - confrontation des deux lexiques : « réduire [...] combattre [...] rendre les âmes [...] forcer pied à pied [...] vaincre les troupes [...] la mener doucement » / « cent hommages [...] par destransports, par des larmes et des soupirs ». => Dom Juan conquiert des beautés féminines, qui sont alors métonymies des femmes : « enfinil n’est rien de si doux que de triompher de la résistance d’une belle personne ». + La séduction est conçue comme une entreprise militaire : « j’ai sur ce sujet lambition desconquérants » ; « je me sens un cœur à aimer toute la terre [...] je souhaiterais qu’il y eût d’autres mondes ». La violence du lexique militaire est compensée par la douceur de la progression : le plaisir est lié à la notion d’obstacles et de lenteur.

  • ▪  Champ lexical du droit pour justifier son inconstance : « justes prétentions » ; « injustice » ; « la nature nous oblige », ce n’est pas naturel d’aimer toujours la même femme. + jeu d’oppositions entre fixe et mobile / mort et vie / fidélité et infidélité : « s’ensevelir [...] être mort dès sa jeunesse [...] nous nous endormons » vs « goûter [...] désir [...] charme attrayant [...] on se réveille [...] combattre ». => sa conception de l’amour se résume dans l’expression « tout le plaisir de l’amour est dans lechangement ». Caractéristique du donjuanisme : plaisir narcissique de séduire. La fidélité estdu passé, il est tourné vers l’avenir.

  • ▪  Dom Juan est incapable d’amour ; il ne peut envisager aucune relation humaine. Il est très belliqueux de nature et ne ressent aucune générosité ni amour. Assimilation aux relations de pouvoir [c’est pourquoi il cherche toujours l’affrontement avec Sganarelle : victoire toujours renouvelée de ses arguments auprès de son valet]

Entre éloquence et travestissement, Dom Juan figure de l’acteur ▪ Personnage de théâtre dans le théâtre. L’éloquence est l’arme principale de Dom Juan, il est continuellement en train d’instrumentaliser le langage dans une stratégie de confrontationdésirante ou intellectuelle. => acteur qui voit sa propre vie comme un théâtre, artiste qui compose selon ses intérêts [improde la commedia dell’arte] - chaque conquête d’une femme est un prétexte de dissimulation. Cela peut paraître inhumain ou monstrueux qu’il soit imbu d’un complexe de toute puissance par le libertinage. Mais il estfinalement humain.

Extrait 2 : Acte I, scène 3

Done Elvire, emblème de la figure tragique

  • ▪  Done Elvire incarne les différentes figures de l’amoureuse / amante / trahie / déshonorée /religieuse et pose la trame dramatique : est-ce que Dom Juan va être puni ? + Molière lui attribue une valeur de prédication, dans le sens où elle devient l’allégorie de laconscience morale, et la messagère de la justice divine : « le Ciel, perfide, de l’outrage que tume fais »

  • ▪  Arguments tragiques dans une tirade inefficace qui renforce le pathétique de Done Elvire : - idée de la parole sacrée, parole performative qui agit et qui a des comptes à rendre. Elle considère que la parole est indubitable, ce qui traduit une grande croyance au destin : puisqu’ilest pré-écrit il est sacré. [caractéristique du tragique]

  • ▪  Dom Juan fuit son regard : « Me ferez-vous la grâce de vouloir bien me reconnaître ? et puis je au moins espérer que vous daigniez tourner le visage de ce côté ? » et elle se sent humiliée. /!\ elle veut le voir et l’entendre pour comprendre. Elle s’emporte par des modalitésexclamatives et des questions rhétoriques : « Ah ! » ; « Que ne vous armez-vous le font d’unenoble effronterie ? » ; « Que ne me jurerez-vous que vous êtes toujours dans les mêmes sentiments pour moi ? » ; « Que vous m’aimez toujours avec une ardeur sans égale et que rien n'est capable de vous détacher de moi que la mort ? » ; « Que ne me dites-vous que des affairesde la dernière conséquence [...] de son âme ? ».

  • ▪  Lutte entre le cœur et la raison : « j’ai cherché des raisons pour excuser à ma tendresse, lerelâchement d’amitié qu’elle voyait en vous » ; « je me suis forgé exprès cent sujets légitimesd’un départ si précipité » ; « mes justes soupçons... » ; « j’écoutais avec plaisir millechimères ridicules » ; « assez sotte pour me vouloir tromper moi-même ».

  • Dimension ludique de la parole de Dom Juan et Sganarelle qui renforce le contraste

  • ▪  Dom Juan ne comprend pas que les femmes puissent l’aimer sérieusement : insensible à la souffrance engendrée dès que le « spectacle » est terminé. - désir de la représentation : attiré seulement par l’espace de l’intrigue, de la dramaturgie. => il s’apparente donc à un comédien itinérant, inspiré de la commedia dell’arte, passant deconquête en conquête.

  • ▪  Dom Juan et Sganarelle forment un célèbre couple théâtral : le duo maître-valet, qui est inventé dans la comédie espagnole et/ou italienne. Grande absurdité de leur relation : Sganarelle est ridicule, il est un faire-valoir et est aussi le messager entre la scène et le public.+ Valet passif, qui suit son maître et lui sert d’interprète : « Madame, voilà Sganarelle qui sait pourquoi je suis parti ».

  • ▪  Rapport ludique aux verbes qui en devient pervers et comique : Dom Juan joue une pièce de théâtre mais les autres personnages ne sont pas au courant. - Dom Juan utilise des termes du champ lexical du péché et du dévot : « dissimuler » ; « péché » ; scrupules » ; « déguisé ». => perfidie du discours au théâtre : montrer sur scène la confusion des apparences.

  • ▪  Dom Juan est indifférent et insensible à la présence d’Elvire : langage en euphémisme : « je suis surpris » ; « je ne vous attendais pas ici » + double humiliation puisque que c’est Sganarelle qui lui répond : « Moi monsieur ? Je n’ensais rien, s'il vous plaît. » ; « Que voulez-vous que je dise ? » ; « Je n'ai rien à répondre. Vous vous moquez de votre serviteur. » ; « Madame... » ; « Monsieur... ».

  • ▪  Il se moque de son interlocutrice qui croit en la divinité de la parole. Cet argument divin d’autorité vulgarise son message et est une insulte à Dieu : => rappel à cette instance de surplomb qu’est Dieu contestée par Dom Juan qui veut s’accaparer cette posture [Prométhée moderne] : « je vous ai dérobée à la clôture d’uncouvent » ; « le Ciel est fort jaloux de ces sortes de choses » ; « j’ai craint le courrouxcéleste » ; « vous donner moyen de retourner à vos premières chaînes » ; « me mettre le Ciel sur les bras » + interjection « Sganarelle le Ciel ».

  • ▪  Dom Juan est le marionnettiste et illusionniste du langage. Il fuit l’attachement, càd lesresponsabilités, les contraintes et donc par extension la vie. [échapper à la vie et à la mort = se faire Dieu = hérétique]

  • Extrait 3 : acte III, scène 1

  • Sganarelle, croyance et superstition au service d’un argument caduc

  • ▪  Sganarelle, valet bouffon, ridiculise l’argument soutenant le divin ; et c’est cet anéantissementde la force religieuse qui a été vivement critiqué par l’Eglise. - combat entre religion et science puisque la médecine est une innovation contemporaine : « vous ne croyez pas au séné, ni à la casse, ni au vin émétique ». + L’évocation du « Moine Bourru » assimile l’habit du médecin à l’habit du religieux. => imposture du corps médical avec le travestissement par le costume : « cet habit me donne del’esprit ».

  • ▪  Molière ridiculise Sganarelle et son discours - par le langage non verbal : « Je veux frapper des mains, hausser le bras, lever les yeux au ciel,baisser la tête, remuer les pieds, aller à droite, à gauche, en avant, en arrière, tourner...Il se laisse tomber en tournant. ». Le valet a un caractère enfantin qui reflète sa médiocrité. + sa croyance en la médecine est dérisoire et superficielle, renvoyant à une croyance religieuse infondée, comme faux remède de la condition humaine. Il veut convaincre de la bontéintérieure de l’Homme mais son enthousiasme est naïf. /!\ côté attachant de Sganarelle : il se risque à argumenter devant son maître dont il connaît laverve (manque de confiance / s’excuse de son ignorance), et sait que Dom Juan aura le derniermot : « Oh ! dame, interrompez-moi donc, si vous voulez. Je ne saurais, si l’on ne

m’interrompt. Vous vous taisez exprès, et me laissez parler par belle malice » ; « je suis biensot de m’amuser à raisonner avec vous ». Sganarelle, personnage maladroit caricatural, avec la longue tirade composée essentiellement de questions rhétoriques qui est une simplification à outrance de la pensée cartésienne. - champ lexical de la croyance : « vous ne croyez pas au séné, ni à la casse, ni au vin émétique ? » ; « Est-il possible que vous ne croyiez point du tout au Ciel ? » ; « Ne croyez-vouspoint l’autre vie ? » ; « qu’en croyez-vous, eh ? » ; « qu’est-ce [donc] que vous croyez ? » ; « Croyez ce que vous voudrez » + ignorance dont il s’excuse : « Monsieur, je n’ai point étudié comme vous [...] mieux que tousles livres » / ton trivial par l’énumération des organes : « ces nerfs, ces os, ces veines, cesartères, ces..., ce poumon, ce cœur, ce foie » et lexique approximatif : « machine de l’homme » ; « ces autres ingrédients ». => pensée embrouillée : « il y a quelque chose d’admirable dans l’homme » ; « quelque chose dans la tête qui pense cent choses différentes en un moment ». Caricature de Descartes [formule latine Je pense, donc je suis.]

Dom Juan, la science et le cynisme comme critique sociale ▪ Dom Juan subversif, personnalité scandaleuse pour l’époque : il met à jour les ramificationsd’une hypocrisie sociale et religieuse. - Dom Juan est éloquent. Réponses succinctes et lapidaires : « Je crois que deux et deux sont quatre, Sganarelle, et que quatre et quatre sont huit » ; « Et quel ? » ; « Tu as raison. » ; « Eh bien ? » ; « Eh ! » ; « Oui, oui. » ; « Ah ! ah ! ah ! » ; « La peste soit du fat ! ». + jeu d’ironie avec « voilà ton raisonnement qui a le nez cassé ». Il ne se donne même pas la peine de débattre. Mépris envers son valet, dont la démonstration argumentative est un échec. /!\ rapport maître-valet inversé : Dom Juan s’efface devant Sganarelle qui domine le temps de parole. Mais il reste cynique car il attend la chute pour mieux se moquer, et voir jusqu’à quelleabsurdité il va aller : « j’attends que ton raisonnement soit fini ».

Une scène « hérétique » ▪ Dom Juan est hérétique. Texte à mettre en perspective du Discours de la méthode (1637) de Descartes. - théâtre et représentation par le travestissement : véritable mise en scène de mise en abymepour introduire une parodie d’un dialogue philosophique sur l’existence de la foi et de lamédecine. [Mesguich accroît la dérision avec un Sganarelle en costume d’infirmière.] /!\ la scène suivante (III,2) a été censurée car Dom Juan promet une pièce à un pauvre si celui- ci parjure. Alors que Sganarelle a voulu convaincre son maître de la réalité religieuse, Dom Juan lui demande de renier Dieu : témoignage de sa superficialité.

Extrait 4 : Acte 4 scène 6

Done Elvire, une femme transformée La théâtralité de la conversion


  • ▪  Véritable coup de théâtre. Done Elvire ne veut plus se venger : du courroux au pardon. Paradoxe de la femme abandonnée qui avoue sa culpabilité : « vous me voyez bien changée » ; « sur les égarements de ma conduite » ; « toutes ces indignes ardeurs » ; « pouvoir expier lafaute que j’ai faite » ; « l’aveuglement où m’ont plongée les transports d’une passioncondamnable ». - tournures négatives: « Ne soyez point » / « ce que j’ai à vous dire ne veut point du tout » / «Je ne viens point ici », utilisation de la P3 : « Ce n'est plus cette Done Elvire qui faisait desvœux contre vous » et construction ternaire « toutes ces indignes ardeurs [...] tous ces transports tumultueux [...] tous ces honteux emportements » montrant la disparition de sa colère irréfléchie.

  • ▪  Done Elvire apparaît bien différente de la femme qu'elle a été avant. Cette transformation du personnage s'explique par la religion. Done Elvire refuse l'amour charnel. Son amour est spirituel, et elle veut aider Dom Juan : « Je ne suis plus la furie de ce matin – je voudrais vous sauver – sauvez-vous. » / « exemple funeste de la justice du Ciel ». => Elle se sent chargée d’une mission : elle a trouvé Dieu. Champ lexical de la religion :« Ciel » / « sainte » / « âme » / « miséricorde » / « pénitence » / « salut » / « prières ».

  • ▪  Elle est une envoyée du Ciel, et se fait le porte-parole de Dieu : « vous venir trouver, et de vous dire, de sa part, que vos offenses ont épuisé sa miséricorde » ; « je vous le demande avec larmes » ; « je vous en conjure » ; « accordez-moi une dernière faveur », « que sa colère redoutable est prête de tomber sur vous. ». C’est du Ciel que vient le châtiment. => Son discours est enthousiaste, elle exagère beaucoup. Ses phrases sont longues et complexes. Elle a fait une expérience mystique.

  • Les multiples facettes

  • ▪  Elvire a plusieurs facettes dans cette scène. C'est une femme bafouée. Elle rappelle ce que Dom Juan lui a fait et « l'égarement de sa conduite ». Elle symbolise toutes les femmes séduites puis abandonnées par Dom Juan avec la périphrase : « les dérèglements de votre conduite ».

  • ▪  Supplique par le vocabulaire de la contrition et du repentir : « je vous le demande avec larmes » / « je vous en conjure » ; et une métaphore « le précipice où vous courrez ». - dorénavant dominée par la raison et non plus par les sentiments : « ce courroux que j'ai tantôt fait éclater » / « amour terrestre et grossier » en antithèse avec « ce parfait et pur amour ». /!\ vocabulaire amoureux alors qu’elle parle de sa conversion : « tendresse toute sainte » ; « amour détaché de tout » ; « parfait et pur amour ». Ambivalence du discours religieux : mot dévotion et amoureux identiques.

  • Dimension tragique

  • ▪  Le discours d'Elvire est marqué par le tragique : elle est la caution tragique de Dom Juan touchée par la grâce et choisie pour le sauver. Elle supplie : « Je vous le demande avec larmes » / « Sauvez-vous, je vous prie, ou pour l'amour de vous, ou pour l'amour de moi » et utilise une ponctuation expressive.

  • ▪  Décalage entre l’amour sincère que Done Elvire a pour Dom Juan et l’inconstance de cet amour puisque Dom Juan n’a aucun sens tragique. - Femme qui a sacrifié sa vie pour un homme qui l’ignore totalement, mais qui continue de s’attacher : histoire d’amour unilatérale qui pour Dom Juan n’est qu’une liaison anodine alorsque Done Elvire veut la transformer en passion tragique. /!\ effet de transfert dieu et Dom Juan renforçant le pathétique.

▪ Elvire se montre noble et impressionnante. C'est son discours qui domine la scène. Elle use d'impératifs tels : « Ne soyez pas », et utilise un vocabulaire religieux : « retrait » / « salut » / « prière » / « supplices éternels ». => A la manière de Cassandre, Elvire prédit que si Dom Juan ne change pas, il mourra. Elle prédit en vérité la fin de la pièce. Dom Juan, insensible au discours de repentance, se dirige vers la mort.

Une technique de persuasion vaine


La persuasion d’Elvire

Done Elvire tente de persuader Dom Juan de renoncer au mauvais chemin. « l’éviter par unprompt repentir » / « prévenir votre perte ». Il faut qu'il sache que Dieu va le punir : « que sa colère redoutable est prête de tomber sur vous » et métaphore de la Mort : « tâcher de vous retirer du précipice où vous courez. » / « coup qui vous menace » / « sa colère est prête de tomber sur vous ». Elle supplie : « De grâce ». Elle assure qu'elle a peur pour Dom Juan et tente de le persuader par le pathétique : hyperboles et des antithèses « cruel désespoir » / « joies incroyables ». - Elle rappelle son amour passé pour attendrir : « Je vous ai aimé » / « une personne que j’aichérie tendrement » / « une tendresse toute simple » contre sa passion comme un dérèglement des sens vécue dans les précédentes conversations : « indigne ardeur » ; « attachement criminel » ; « folle pensée ». => Jeu de pouvoir à travers un discours moral, une leçon, où elle condamne le péché. Un échec enter Elvire et Dom Juan Done Elvire ne parvient pas à convaincre Dom Juan. Seul Sganarelle montre quelque émotion : « Pauvre femme ! » / « Cœur de tigre ». /!\ Dom Juan est ironique : il demande d’abord à Sganarelle s’il pleure « Tu pleures, je pense »pour se moquer du discours touchant d’Elvire, puis l’invite à dîner. Au lieu d’être convaincupar le discours, il a finalement retenu la sensualité de cette femme et est attiré par cette nouvelle Elvire qui lui semble intouchable : elle constitue une nouvelle conquête pour le galant. Dom Juan est désirant mais apathique. Cet anti-personnage tragique a une perception du monde toujours de surplomb : « le monde est un théâtre ». Mais il assume être un hypocriteimitant les émotions humaines sans qu’elles le traversent pour autant.

Extrait 5 : Acte 5 scènes 4/5/6

Pourquoi cette scène relève du spectaculaire baroque ?

Sganarelle, témoin et guide

  • ▪  Dom juan est une pièce baroque, sans aucun respect des règles de la dramaturgie classique :pas d’unité de temps, de lieu, ni d’action. Il s’agit d’un autre théâtre, d’un autre temps et d’uneautre dimension. + Rapport maître/valet déstabilisé : Sganarelle coupe la parole à son maître.

  • ▪  Dans la scène 4, Sganarelle agit en conseiller et incarne la thématique de l’avertissement : « Ceci est bien pis que le reste / Ah ! Monsieur, c’est le Ciel qui vous parle, et c’est un avis qu’il vous donne », puis dans la scène 5, il supplie son maître de se repentir : « Ah ! Monsieur, rendez-vous vite à tant de preuves et jetez-vous dans le repentir ».

/!\ Dom Juan joue les hypocrites, comédiens, faux-dévots. Ton de défi : Dom Juan agit en toute conscience. ▪ Effet indéniablement comique des trois derniers groupes de mots prononcés par Sganarelle :« Mes gages, mes gages, mes gages! » de la métaphysique à la physique, du surnaturel au concret. => Sganarelle apparaît alors comme un valet vénal qui se lamente sur ses gages impayés et joue le rôle du bouffon comique dont le matérialisme dissone avec la solennité du châtiment. [réplique censurée à l’époque pour son caractère blasphématoire] + bilan des torts de Dom Juan en gradation : « Ciel offensé, lois violées, filles séduites, familles déshonorées, parents outragés, femmes mises à mal, maris poussés à bout, tout le monde est content. » et la structure restrictive « Il n’y a que moi seul de malheureux. » donne une dimension ironique, humoristique à la chute du dénouement.

Dom Juan, de l’endurcissement au châtiment

  • ▪  Dénouement spectaculaire qui emprunte au registre dramatique et fantastique : figures mythiques païennes issues des récits populaires. - le spectre d’abord sous la forme d’une femme voilée lance un ultime avertissement à Dom Juan, et l’utilisation de la P3 donne un aspect comminatoire : « Dom Juan n’a plus qu’un moment à pouvoir profiter de la miséricorde du Ciel ; et s’il ne se repent ici, sa perte est résolue. ». => Il peut être le symbole de toutes les femmes bafouées par le libertin, puisque Dom Juan dit :« je crois reconnaître cette voix », cette voix étant la métonymie d’une personne. + allégorie du Temps avec sa faux à la main. Forme insaisissable et changeante : « spectre, fantôme ou diable » et « corps ou esprit » - la statue du commandeur, tué en duel par Dom Juan, succède au spectre. L’ordre qu’elledonne à Dom Juan, « Arrêtez » symbolise la volonté céleste de stopper le libertin dans ses excès. + allégorie de la Mort.

  • ▪  Goût baroque pour le spectaculaire, succession rapide d’actions et un effet de crescendointensément dramatique : stichomythies «Oui. Où faut-il aller ? / Donnez-moi la main. / La voilà. » + foudroiement et engloutissement spectaculaires de Dom Juan : « Le tonnerre tombe avec ungrand bruit et de grands éclairs sur Dom Juan ; la terre s’ouvre et l’abîme; et il sort de grands feux de l’endroit où il est tombé. »

  • ▪  Dom Juan est déboussolé par l’apparition du spectre mais décide de s’en charger seul : - Posture rationnelle de Dom Juan en mimétique biblique de St Thomas « Je ne crois pas si je ne vois pas », traduite par un verbe de volonté : « je veux voir ce que c’est » / « je veuxéprouver avec mon épée si c’est un corps ou un esprit ». et double négation : « Non, non, rienn’est capable de m’imprimer de la terreur ». => ce refus obstiné de se repentir et son absence d’émotions le rendent téméraire et reflètentégalement un comportement tragique. - dans la scène 6 : adverbe affirmatif « Oui » qui contraste. Alors que Dom Juan avait souvent coutume de tendre à ses proies une main aussi trompeuse que ses paroles (MonsieurDimanche), la situation s’inverse ici.

/!\ en prenant la main de la statue, il s’engage dans sa propre mort : « Ô Ciel ! que sens-je ? Unfeu invisible me brûle, je n’en puis plus, et tout mon corps devient un brasier ardent. Ah ! ». en référence aux Enfers et à la passion amoureuse. Il meurt de ce qui lui a fait défaut : la foi etl’amour. => procédé de deus ex machina inversé puisque le héros est puni par une intervention extérieure.

  • ▪  Les personnages de Molière sont des acteurs jouant un rôle. Dom Juan remet en cause l’ordremoral et social, en condamnant les croyances naïves, les superstitions, le fanatisme. + Pièce à machine et grande illusion pour illustrer l’existence du divin contre l’athéisme rigide de Dom Juan, ou pour contester l’existence du divin via le spectacle théâtral. => caractère hérétique dont Molière a été accusé.

  • Adaptations cinématographiques :

  • Le Dom Juan de Molière a connu dix-neuf adaptations aux XXe-XXIe siècles : mises en scènede Louis Jouvet au Théâtre de l’Athénée à Paris (1947), de Jean Vilar au Festival d’Avignon (1953), de Jacques Lassalle à la Comédie Française (1993), ainsi qu’une adaptation pour la télévision par Marcel Bluwal (1965).

  • ▪  En 1997, Jacques Weber prend des partis pris de mise en scène par rapport à la pièce écrite par Molière, incarnant un aventurier « à la recherche de certitudes » dans l’Espagne du XVIIesiècle, aux côtés de Michel Boujenah et Emmanuelle Béart. - suppressions de scènes (éloge du tabac) / transformations d’identités (enfant scène du pauvre)/ nouveaux personnages (mère de Dom Juan) et le choix des acteurs (Dom Juan vieux séducteur perverti et grand Seigneur méchant homme). /!\ dimension fantastique oubliée au profit d’un pathétique accentué : aspect tragique dupersonnage de Done Elvire qui n’est pas ridicule. + au comique de mots et de situation voulu par Molière se substitue un malaise face àl’indécence de Dom Juan et sa monstruosité.

  • Dom Juan et les femmes

  • L’expression courante « dom juan » désigne les séducteurs, ceux qui usent de leurs charmes pour atteindre leurs objectifs notamment en amour. Mais les femmes ont aussi une place essentielle dans la pièce puisqu’elles sont le moyen pour Dom Juan d’affirmer son orgueil et de s‘opposer à la société et à Dieu. => L’essentiel est la beauté, la nouveauté et la difficulté. Tous les moyens sont bons : flatteries,promesses de mariage et d’ascension sociale, sans se soucier des souffrances, de l’humiliationde vies brisées. ▪ L’art de la conquête. Dom Juan dévoile à Sganarelle une véritable stratégie militaire où il faut « combattre » et « vaincre » des adversaires que sont les femmes. Il veut affirmer son pouvoir de domination, et laréférence à Alexandre est la preuve d’un orgueil extrême. - Dom Juan aime la difficulté, l’idée d’un combat lent dans lequel réside le plaisir : combattre « pied à pied », « par cent hommages ». Il a d’autant plus envie de séduire une femme qu’elle estdéjà prise. => « Tout le beau de la passion est fini » quand la conquête n’est plus à faire. ▪ Eloge de l’infidélité. L’idéal de Don Juan est de « voler de victoire en victoire », découvrir « d’autres mondes » pour pouvoir « y étendre ses conquêtes amoureuses ». Attitude de libertin : la fidélité tue la passion amoureuse tandis que le changement est synonyme de vie.

=> Besoin de mouvement perpétuel : « Tout le plaisir est dans le changement ». ▪ Infantilisme de Dom Juan. Don Juan veut « prendre ». Il veut être le maître d’un cœur et s’approprier l’objet de son désir,comme un enfant. Son égocentrisme explique aussi son instabilité. - la personne même de la femme qu’il veut séduire ne l’intéresse pas : incapacité à aimer. « Aimer toute la terre » revient finalement à n’aimer personne.

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