Fiche 1 : l’incipit de la princesse de Clèves (l216 à 252 édition Nathan)


OE : Le roman

Parcours : Individu, morale et société

Introduction :

« Le roman est devenu une enquête générale sur l'homme et sur le monde ». Telle est une des définitions du romantisme selon Émile Zola, romancier français du 19esiècle, fondateur du naturalisme. Il souligne ici une caractéristique majeure de l’univers romanesque, quelle vérités sur le monde, le roman véhicule-t-il ? Question qui prend tout son sens dans le roman de Mme de la Fayette : La princesse de Clèves. Ce roman est considéré par certain critique contemporains comme « l’acte de naissance du roman français moderne ». L’ouvrage est publié en 1678 et s’inscrit ainsi dans le registre classique qui a vu se multiplier les analyses les plus aigues des passions humaines.La préciosité apparaît à cette même époque et réunit un ensemble de femmes désireuses de se distinguer des autres par un vocabulaire recherché et une forte conception de l'amour. Cette œuvre mélangeant plusieurs genres et registres différents marque un tournant dans l’histoire du roman et vient aujourd’hui s’inscrire parmi les romans les plus fascinant de son époque. Il débute sur une satire de la cour du roi Henri II ou tous les personnages qui la composent y sont scrupuleusement décrit. Cette présentation s’achève a l’arrivée de Mlle de Chartres à la cour, épisode qui fera l’objet de notre étude. Dans ce passage, surgit l’héroïne du roman pour la première fois et cette entrée en scène est l’élément fondateur de l’intrigue romanesque : les passions amoureuse de l’héroïne éponyme. Le monde de la fiction rejoint ici celui du lecteur : en même temps que la cour, nous découvrons un personnage, celui sui donnera bientôt son nom au titre du roman : La princesse de Clèves.

Il est donc pertinent de se demander qui est cette « beauté » présentée aux yeux de « tout le monde » comme une énigme séduisante.

Dans un premier temps, nous nous intéresserons au cadre son apparition qui se faire comme dans un conte de fée puis nous étudierons l’histoire de Mlle de Chartre et l’exposé de son éducation.

Ligne 1 à 3 : L’apparition de la princesse de Clèves

L’héroïne surgit dans le Roman. Ce passage est celui de son entrée dans la scène romanesque. Celle-ci est d’abord un lieu. Il est défini par :

- Un nom : « la cour » (l216) est un lieu qui est à la fois historique et politique mais aussi le cadre privilégié des contes de fées et du théâtre magique. Ce lieu porte en lui des lectures à choix multiples que l’intrigue et les personnages définiront par la suite.

- Une périphrase « un lieu où on été accoutumé à voir de belles personnes ». Les lieux sont seulement ceux où règne la beauté Cadre idéaliste : nous sommes dans un lieu purement esthétique.

- L’action : « Il parut alors une beauté ». Évènement présenté comme énigmatique. Le verbe est en effet construit de manière impersonnelle entrée en scene merveilleuse : le personnage ne rentre pas en scène, il « parait ». L’action porte une dimension théatrale.

- Le complement de temps « alors » (ligne 216) nourrit l’impression d’un olment imprécis.

- Enfin le sujet réel de la phrase « une beauté » est d’un part indéterminé par l’emploi de l’indéfini « une » est d’autre part, il est aussi nommé par la métonymie d’un concept laudatif et esthétique : celui de la beauté.

- Si « la beauté est signe d’un autre monde » (plotin, philosophe du 3eme siecle apres JC), c’est en ce sens que nous pouvons approcher ce mot du monde merveilleuxau sens de surnaturel (justification du conte de fées).

- Enfin, l’effet de cette apparition est exprimé dans la relative déterlinative « qui attira les yeux de tout le monde ».

- (Par ailleurs) L’auteur se place en commentatuer avisé par l’hypothese qu’elle emploie « et l’on doit croire que c’était une beauté parfaite ». Elle justifie sa supposition par la suordonnée de cause ligne 217 « puisqu’elle donna de l’admiration ».

- (On notera que) Repetiton d’une « beauté » aux lignes 216 puis 217 tient le role d’un refrain et aussi la gradation elogieuse avec : « une beauté » « une beauté parfaite ».

- Le nom beauté parcourt en effet tout le passage, il résonne comme un echos du debut à la fin de l’épisode. (repetition une troisieme fois a la ligne 248 « la grande beauté »)

Transition : On remarque aussi que cette répétition permet de préserver le secret de l’âme de son personnage aux yeux des lecteurs

Ligne 3 à 9 : « la maison » de mademoiselle de Chartres :

Le rôle de ce passage est d’assurer la transition avec l’exposé de son éducation. De la même manière que dans les premières lignes du roman, la narratrice présente son personnage. L’exposé tient sur une phrase : l 219 : « elle était de la même maison que le vidame de Chartres, et l’une des plus grande héritières du royaume de France. »

- Emploi du superlatif : très fréquent dans l’œuvre pour présenter les gens de la cour, ce qu’il tient ici le rôle de modalisateur habituel.

Transition : La fonction a l’exposé généalogique est double : D’une part, il justifie la vraisemblance du portrait et achève de transformer le personnage en héroïne. D’autre part, il permet d’introduire l’histoire de sa famille et de son éducation.

Lignes 7 à 19 : Un double portrait qui achève de façonner le personnage éponyme.

Cet extrait est surtout un moyen pour l’auteur de raconter l’histoire de Mlle de Chartres, par un retour en arrière qui est un explication. Cette analepse est la clé de lecture qui permet de comprendre la construction psychologique et morale de l’héroïne. Il tient d’ailleurs la place la plus importante du passage (12 lignes).

- Le rôle de Mme de Chartres : Le portrait de Mlle de Chartres se partage pour devenir aussi celui de sa mère, présentée comme un modèle : « dont le bien, la vertu et le mérite étaient extraordinaires ». Elle tient un rôle fondamental.

- Le vocabulaire de l’éducation se rattache à celui du labeur : « elle avait donné des soins ».

- La parole de la mère est omniprésente : elle est le sujet de toutes les phrases du passage sous la forme d’un discours narrativisé : « elle lui montrait », « elle lui contait »… On peut dire que le rôle de la mère supplante ici celui de l’écrivain.

- Éducation donnée par Mme de chartres :

Plusieurs sujets sont dlvp dans l’éducation de Mlle de Chartres :

- « la galanterie »(l 9) relève du registre de la préciosité

- Elle prépare sa fille au mariage annonce son destin

- Le thème des passion domine tout le propos : « vertu »(l8 et 16) ; « peinture de l’amour » (l 11) : éducation qui semble austère et exigeante et n’est pas sans rappeler la sagesse stoïcienne idéal imposé à Mlle de Clèves = tranquillité. Ce mot renoie a l’absence de trouble, paix de l’âme.

- Le mot honnêteté fait aussi écho a l’idéal de « l’honnête homme » prôné par les classiques et donc Mme de Chartres.

- (par ailleurs) cette éducation est aussi chrétienne car elle met en avant la fidélité conjugale.

- Dimension universelle des leçons de Mme de Chartres puisqu’elle caractérise le mariage sous sa forme la plus noble : le don total de soi.

- La phrase 17, 18 « Ce qui seul peut faire le bonheur d’une femme qui est d’aimer son mari et d’en être aimé. »résume le projet de Mme de Chartres. (aphorisme)

- Passage qui révèle la sagesse d’une mère :

La jeune fille n’est pas élevée comme dans un conte de fées. Sa mère, femme originale « elle avait une opinion opposée » lui enseigne aussi la fragilité de la vie et sa dimension tragique. Son regard sur les hommes en témoigne « elle lui contait le peu de sincérité des hommes et leur infidélité ; » (L 11 à 13). 2 interprétations :

- Constat pessimiste sur la légèreté du monde masculin

- Constat plus universel sur la fragilité de l’homme en général.

- Mot « infidélité » semble faire de ce trait de caractère un défaut inhérent a tout être humain.

Dimension didactique de ce passage : L’auteur, par la voix de Mme de Chartres, nous enseigne une conception de la vie.

Lignes 20 à 24 : Ce passage achève d’esquisser le portrait de l’héroïne :

Le portait physique de Mlle de chartres est construit comme un médaillon et s’achève enfin dans ce dernières lignes : « la bancheur de son teint » « ses cheveux blonds »

L’esquisse reste encore floue aux yeux du lecteur.

- La figure a peine dévoilé par la narratrice donne l’image d’un personnage délicat, innocent et stéréotypé : on dirait un personnage de conte de fées.

- On peut parler d’une idéalisation héroïque

Le PDV est double dans l’élaboration de ce portrait

En effet, il est à la fois

- « vu par tout le monde » donc externe

- Omniscient : jugements de l’auteur

On peut donc parler d’un portrait argumenté ou le registre épidictique domine. Mais le pers. présenté ici reste donc singulier puisqu’il résiste a toute forme de représentation.

Conclusion :

Il est frappant de noter ici que l’intériorité de Mlle de chartres disparait complètement sous les leçons de sa mère. A la fin de l’extrait, nous constatons que le pers. est le fruit d’une « fabrication » : elle est une âme construite pour les devoirs de son éducation. Le mystère de son cœur reste néanmoins entier et sa contemplation encore extraordinaire. L’arrivée de Mlle de Chartres s’apparente à une vision et annonce un personnage à caractère exceptionnel. La question reste à savoir si cette éducation d’exception alliée à un personnage d’exception préservera Mlle de Chartres de l’amour-passion, des tentations de la cour ?

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