Fiche texte: Signe, Apollinaire


OE : La poésie du XIXe au XXe siècle

Parcours : Modernité poétique ?

Introduction :

Publiée en 1913, au terme d’une longue maturation, Alcool rassemble des poèmes écrits depuis 1898. Ce recueil est l’une des manifestation la plus frappante de « l’esprit nouveau », il apparait comme une exploration nouvelle dans le champ de la modernité. Son titre, semble présenter son œuvre comme un étalage d’eau de vie, chaque poème étant un alcool diffèrent. En ce sens, il y développe de nombreux topos de la poésie tels que l’amour ou les contemplations mais aussi des thèmes plus innovants et surprenants comme l’ivresse, l’alcool ou encore le progrès. Ainsi, avec Alcool, Apollinaire ouvrait des voies fécondes à la poésie, l’éloge de la modernité se traduit alors par une esthétique nouvelle. Signe, est un poème témoin de cette modernité poétique, il nous étonne et nous désoriente, il se caractérise par sa brièveté : il ne comporte que deux quatrains ce qui en fait un poème affranchi de toute forme fixe. Le titre vient du signe astrologique d’Apollinaire, né sous le signe de la vierge, qui est aussi le signe astrologique sous lequel débute l’automne, ce qui explique d’ailleurs l’abondance d’allusions à cette saison. Il pose aussi les prémices d’une énigme, et invite le lecteur à déchiffrer ce poème déroutant. La brièveté du titre fait échos à celle du poème, il suggère une interrogation, à l’instar du poème.

Problématique :

Situé peu après Rhénanes, Signe s’inscrit au cœur du recueil, qui prend la forme d’une journée, d’un cycle : Ce moment est pour l’auteur l’occasion d’une réflexion sur lui-même. A ce titre il paraît pertinent de se demander dans quelle mesure ce poème propose-t-il un autoportrait d’Apollinaire ?

Mouvements du texte et annonce :

Les mouvements du texte suivent la forme du poème, il est donc naturel de le diviser en deux parties :

I. Ce poème dévoile l’identité du poète : un homme prédestiné (V1 à V4)

II. Des amours déçus (V5 à V8)

Développement :

I. Le premier mouvement dévoile l’identité du poète. Il correspond à la première strophe et comporte 2 phrases (apparentes)  :

Phrase 1

Je suis soumis au Chef du Signe de l’Automne

Partant j’aime les fruits je déteste les fleurs(.)

- Cette première strophe s’ouvre par le pronom “je” qui compte 5 occurrences, ne serait-ce que dans les 4 premières lignes : Apollinaire semble répondre à la question implicite  “qui êtes-vous”

- L’antithèse “j’aime les fruits je déteste les fleurs” souligne l’originalité de ses gouts et peut être déjà la modernité poétique (Natures mortes vs topos de la fleur : À une fleur Musset)

- Le présent d’énonciation trahit la subjectivité du portrait et traduit ses expériences personnelles. 

- Prédestination au signe de l’automne : image symbolique relevant de l’astrologie, elle trahit peut être les craintes du poète qui préfère penser que sa vie est déjà écrite.

- ”signe de l’automne” périphrase de la vierge en astronomie : on peut l’interpréter comme une marque de respect craintif ou une manière d’évoquer la saison d’apollinaire : l’automne.

- Verbe “soumis” + tournure passive, revendique l’influence qu’exerce sur lui les saisons, ici l’automne

- Ressemblance avec un syllogisme : visée démonstrative: le poète en voit sa liberté restreinte puisque ses gouts lui sont imposés.

- L’emploi de l’alexandrin remplace l’usage de ponctuation, en effet, l’alexandrin épouse l’ouverture et la fermeture de chaque phrase, la musicalité suffit à donner un rythme d’avantage naturel au poème : la lecture du texte participe ainsi à sa compréhension.

Phrase 2:

Je regrette chacun des baisers que je donne

Tel un noyer gaulé dit au vent ses douleurs

- Chacun : notion d’inéluctabilité ; Apollinaire ne peut y échapper 

- Musicalité du poème suggère à la fois le bruissement du vent avec les sonorités en S ainsi que le malheur et les douleurs d’apollinaire en k et en m (poème lyrique et élégiaque)

-Comparaison à un “noyer gaulé” = trouble intérieur, annonce de ses souffrances

-Homophonie du mot noyé = métaphore de la noyade dans ses sentiments

-Noyer : arbre solitaire comme Apollinaire (élément de l’autoportrait d’Apollinaire)

- Le mot « douleurs » clôt la strophe et annonce le thème de la seconde ; ce à quoi il est prédestiné, la souffrance

II. Le second mouvement présente quant à lui les conséquences funestes de cette destinée. La partie comporte 3 phrases (encore une fois apparentes puisque le poème est affranchi de toute ponctuation). La seconde strophe réitère l’emploi de la première personne par le possessif « mon » ou « ma » ce qui caractérise le poème de simple mais intime.

Phrase 1: Ode à l’automne :

Mon Automne éternelle ô ma saison mentale

Les mains des amantes d’antan jonchent ton sol

- L’Apostrophe invocatoire “ô” doublée de la personnification de la saison est indéniablement élégiaque : elle souligne encore une fois, les souffrances qu’endure Apollinaire

- Tonalité lyrique, du fait de l’omniprésence du pronom « mon »

- Ces souffrances, qu’il associe à l’automne, sont « éternelle[s] ».

- CCT “d’antan” connote la dimension révolue de ses amours

- Les assonances en -an suggère un essoufflement due à ses souffrance

- Métaphore de la feuille tombée par terre : Les mains « jonchent » le sol. La réification des amantes suggère l’encombrement sentimentale qu’elle représente ainsi que l’association de ces amours perdus aux manifestations de l’automne

Phrase 2: Le mythe d’Orphée

Une épouse me suit c’est mon ombre fatale

- Écho au mythe d’Orphée “une épouse me suit” = il partage le destin funeste du musicien antique

- Son épouse, Eurydice serait donc symboliquement ici toutes les femmes aimées et perdues

- l’épithète fatale suggère à la fois la cruauté de cette hantise amoureuse ainsi que sa dimension destructrice

Phrase 3: Le départ des colombes

Les colombes ce soir prennent leur dernier vol

- Prophétie symbolique : les “colombes”, oiseaux de l’espoir ne reviendront pas : paradoxe qui souligne la mélancolie et le désespoir de l’auteur, en atteste l’adjectif numéral « dernier » :

-De plus, le “soir” semble marquer la fin d’une époque, celle de son bonheur, c’est la fin d’un cycle, symbolisé par l’automne.

Conclusion

En conclusion, le passage est l'occasion pour Apollinaire de dresser son propre portrait ; celui d’un homme impuissant, déterminé par sa naissance et les événements extérieurs, mais également un homme, comme dans les tragédies antiques, condamné à une certaine fatalité. Ce poème, par son thème, pourrait être rapproché de Chanson d’automne de Verlaine. Ce poème est lui aussi original, à la fois simple et moderne, sa forme est très similaire à celle de Signe. De plus, Verlaine peu lui aussi être considéré comme un poète moderne, il proposera par ailleurs une interprétation personnelle dans son poème, à l’instar d’Apollinaire. Ces deux poèmes à la fois lyrique et élégiaque suggèrent les conditions de vie de leur auteurs respectifs.

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