L’Assommoir, de Zola (1877)

Contexte : Emile Zola est considéré comme l’un des romanciers majeurs du XIXe siècle en France et comme le chef de file du mouvement naturaliste, qui entend appliquer les méthodes scientifiques expérimentalesde l’époque à la littérature. L’Assommoir, publié en 1877, est le septième tome du cycle romanesque des Rougon-Macquart ouHistoire naturelle et sociale d’une famille sous le second Empire, une fresque de vingt livres. - Influence autobiographique puisque lorsqu’il vit dans la misère réelle des quartiers centraux pauvres de Paris, connaissant la faim, le froid, le chômage et le mont-de-piété. => Premier roman français ayant comme cadre les classes ouvrières. Personnages déterminés par l’hérédité et leur milieu qui échouent à accomplir l’ascension sociale àlaquelle ils aspirent tant + Gervaise, petite-fille d’Adelaïde Fouque, à l’origine de la lignée. - le quartier de la Goutte-d’Or est un microcosme fermé d’où il est difficile de s’échapper. /!\ même si scandale à la parution car jugé immoral et pornographique, il demeure l’un des plus grandssuccès de Zola : « le premier roman sur le peuple, qui ne mente pas et qui ait l’odeur du peuple » => la narration reprend le langage du peuple, c’est-à-dire des expressions ouvrières et l’argot parisien. + visée morale de punir le vice par la décadence, voire dénoncer le tableau noir de la misère du peuple. ▪ Le roman, tel que l’a prévu Zola, est l’histoire de l’ascension et de la dégradation de Gervaise : « une histoire d’une nudité magistrale, de la réalité au jour le jour tout droit ». - structure symétrique en chapeau : les six premiers chapitres représentent l’ascension de Gervaise qui culmine avec l’épisode central de sa fête au chapitre VII, tandis que les six derniers représentent ladéchéance et la chute de Gervaise jusqu’à sa mort. ▪ Zola ne prend pas en charge ni ne cautionne la violence réelle et symbolique qu’il décrit. - peindre avec précision : comment le milieu conduit ses personnages inévitablement à la jalousie, à larancœur, à l’ivrognerie voire à une masse sociale. => Démarche d’écrivain-sociologue qui porte les prémices de la psychanalyse.

I. Un tableau naturaliste

▪ Un tableau orgiaque, de dégoût, indigeste et répulsif. - la façon dont les personnages mangent révèle leur condition sociale : milieu populaire de la classe ouvrière parisienne (faire du bruit, manger avec les doigts). => la répartition de la nourriture témoigne de la place stricte de chaque personnage : chiasme « Toutes les dames avaient voulu de la carcasse ; la carcasse, c’est le morceau des dames » ; « maman Coupeau, qui adorait le cou » ; « Virginie, elle, aimait la peau, quand elle était rissolée » // épisode du lavoir. /!\ Peinture des relations sociales : leur gloutonnerie et l’absorption d’abondance montrent qu’ils mangent plus que naturellement, comme s’ils cherchaient à faire des réserves pour pallier le manque. ▪ Gervaise est avilie, dégradée, enlaidie : « énorme, tassée sur les coudes » et manque de considération pour ses invités : « ne parlant pas, de peur de perdre une bouchée ». /!\ Gervaise est charitable : « elle se dérangeait à chaque instant, pour soigner le père Bru et lui passer quelque chose de délicat sur son assiette » ; « elle restait si gentille et si bonne ! » sans demander de reconnaissance. ▪ Narration polyphonique. L’énonciation est la parole de société, de groupe, de tous. Lexique1

L’Assommoir, de Zola (1877)

sociolecte propre à un groupe social précis : argot parisien du XIXe siècle convoqué par Zola dans une optique naturaliste du récit. + oralisation du récit : récit rapporté qui se traduit par une ponctuation expressive, des interjections, surenchères, hyperbates : « tonnerre de Dieu ! » ; « Ah ! Nom de Dieu ! » ; « oui, on s’en flanqua unebosse ! » ; « Quand on y est, on y est, n’est-ce pas ? » ; « Vrai » et des commentaires critiques : « Par exemple » ; « c’était même touchant » ; « on aurait dit des derrières de gens riches, crevant de prospérité. ». => discours indirect libre de quelqu’un qui aurait participé au festin.

II. Une vision pessimiste ▪ La viande ingérée se confond avec le corps des convives : dimension métaphoriqued’anthropophagie. Ils vont se dévorer les uns les autres. + tous les convives mangent à s'en rendre malades, et cette unanimité déraisonnable est en elle-même comique. [ « Le comique, c'est du mécanique plaqué sur du vivant » (Le Rire, Bergson) : le comiqueest souvent associé à une dégradation grotesque de l’être humain. ] - aspect gargantuesque, dionysiaque voire obscène du festin : Goujet « s'emplissait trop lui-même, à la voire toute rose de nourriture» ; Gervaise « gloutonne comme une chatte » ; le père Bru « avalait tout [...] abêti de tant bâfrer » ; les Lorilleux « auraient englouti le plat, la table et la boutique » ; Maman Coupeau « arrachait la viande » ; Coupeau « s'enfonce un pilon entier dans la bouche » ; on s'en « fourre jusqu'aux oreilles ». => ces verbes se substituent au verbe ordinaire « manger », renvoyant à l’excès / la vulgarité / la démesure / la grossièreté caricaturale, aux antipodes du raffinement / de l’élégance / de la raison. ▪ Métamorphose surréaliste : les convives sont réduits à la fonction digestive, comme des organismes primitifs. + Ils perdent toute expressivité : « la bouche ouverte, le menton barbouillé de graisse ». Leurs instincts sont animaux : « Madame Lerat, Madame Boche, Madame Putois grattaient des os », l’interpellationpar le patronyme traduit une certaine agressivité. - avidité calculatrice des Lorilleux qui souhaitent la ruine de Gervaise : gradation ascendante qui les assimile à des ogres, « ils en prenaient pour trois jours, ils auraient englouti le plat, la table et la boutique, afin de ruiner la Banban du coup. ». ▪ Ressentiment de classe comme si la nourriture qu’ils absorbaient, ils la dérobaient(vandalisme). Spectacle de gens pauvres à la table d’un festin à laquelle ils n’auraient pas étéhabituellement conviés / biens auxquels ils auraient été soustraits. - parallèle entre la revanche sociale et le caractère de destruction physique qui en résulte : « c'est-à- dire que personne de la société ne se souvenait de s'être jamais collé une pareille indigestion sur la conscience. ». L’indigestion apparaît comme destructrice et non nourricière. => manger pour se venger du monde. Le festin est la métonymie des classes bourgeoises dévorées par les ouvriers populaires qui veulent « absorber leur esprit » pour s’y assimiler. ▪ La voix du narrateur est ce qui permet la critique sociale. Il construit une progression. Scène prophétique annonciatrice de la tragédie à venir : Gervaise, dont l’oie est métonymie, va subir le même destin en étant engloutie par ceux qui l’entourent.

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