L’Horloge, de Baudelaire

I. L’Horloge, incarnation d’une divinité malveillante ▪ Prosopopée du Temps qui est matérialisé par l’Horloge et traduit par des personnificationsrenforçant le tragique de la fuite du temps : « Horloge » ; « Douleurs » ; « Plaisir » ; « Seconde » ; « Autrefois » ; « Temps » ; « Hasard » ; « Vertu » ; « Repentir ». - métaphore des aiguilles en flèches : « Les vibrantes Douleurs » ; « comme dans une cible » dontl’effet de résonnance auditive est associé à la souffrance et « Se planteront bientôt » : futur à valeur prophétique inéluctable. + « Ainsi qu’une sylphide » : référence à la mythologie grecque qui insiste sur le Plaisir fugace et impalpable ; « au fond de la coulisse » : analogie avec le théâtre où l’Homme joue la comédie de savie ; « Les minutes sont des gangues » : compte à rebours ; « la clepsydre se vide » : l’écoulement de l’eau comme symbole de la fuite du temps. ▪ Structure du poème en six quatrains, soit 24 vers pour 24 heures et « A chaque homme accordé pour toute sa saison. » ; structure antithétique « Le jour décroît ; la nuit augmente » : lessaisons constituent un cycle de vie. Quand la saison de l’Homme vient, sa vie s’arrête. => l’Homme comme cible : « Dont le doigt nous menace » ; « ton cœur plein d’effroi » ; « mon gosier de métal » démuni et poursuivi par le Temps qualifié par une trinité d’adjectifs péjoratifs : « dieu sinistre, effrayant, impassible ». + prépondérance des allitérations sifflantes en “p”, en “v”, en “s” et des gutturales en “r” quirenforcent l’effet d’angoisse et de menace permanente. ▪ Le Temps glisse d'une image surplombante de l'Horloge qui interpelle l’Homme : « la Seconde chuchote » à celle d’un insecte minuscule et pernicieux et d’un « joueur avide / Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c’est la loi ». - créature vampirique, brutalité des implosives : « Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde ! »[Le Jugement des âmes de Gorgias : l’enveloppe corporelle des hommes est aspirée face à leur mortimminente.] + personnification du néant, du vide, d’un puits sans fond : « Le gouffre a toujours soif ». => Homme impuissant : aspect protéiforme du Temps qui le rend omniprésent, et le substitue à la figure d'un divin non pas bienveillant mais menaçant / anthropophage / énergivore.

II. Le poète, lien entre le Temps et les Hommes ▪ La mention de plusieurs langues en réfère au caractère universel [càd européen à cette époque] de cette menace : « Remember ! Souviens-toi, prodigue ! Esto memor ! » les hommes sont confrontés à une même fin. - l'Homme, par essence, ne peut échapper à sa condition mais ne veut pas regarder la mort enface d’où le vocabulaire prosaïque « mortel folâtre » et « Meurs, vieux lâche ! il est trop tard ! »comme reflet de l’insouciance et de l’inconscience. // carpe diem humaniste. ▪ Figure de l'Homme passif tandis que le poète est traduit ce que dit l’Horloge : « Trois mille six cents fois par heure, la Seconde / Chuchote ». Le poète est concerné par la condition humaine. - P4 « nous menace et nous dit » ; P2 : « ton » ; « te dévore » ; « ta vie » ; « ton épouse » ; « te dira » et impératif de conseil en leitmotiv « Souviens-toi ! ».

=> paroles élégiaques : litote « tantôt sonnera l’heure » qui annonce l’heure de la mort ; « Où le repentir même » conception chrétienne du pardon des péchés avant la mort. ▪ Marques de l’oralité par la ponctuation expressive « ! » et l’irrégularité des alexandrins parrejets/enjambements qui confèrent un caractère incantatoire : « la Seconde / Chuchote » ; « avec savoix / D’insecte » ; « Je suis Autrefois, / Et j’ai pompé ta vie ». Les vers sont scindés et hachuréscomme si le Temps avait sauté une étape et que l’Horloge était indisciplinée. + adverbes et indications temporelles : « bientôt » ; « tantôt » ; « trop tard » ; « saison » ; « chaque instant » ; « le jour » ; « la nuit » ; « trois mille six cent fois par heure » ; « minutes » ; « l’heure ». => le Temps est une instance contre qui on ne peut rien et qui détermine la durée de la vie.

©2020 par ElèvesSolidaires. Créé avec Wix.com