"L'huître" de Ponge



Introduction


Selon Francis Ponge, « l’amour des mots est en quelque façon nécessaire à la jouissance des choses ». En effet, Ponge, écrivain et poète latiniste du XXe siècle, accorde une attention particulière à la description des objets du quotidien dans son écriture. Dans Le Parti Pris des choses, écrit en 19 l'auteur se range du côté des choses et parlent pour elles. Le recueil se présente alors comme une oeuvre close, composée de textes courts difficilement qualifiables, entre le texte descriptif et le poème en prose. Le 8e poème du recueil, appelé « Le Pain », montre tout d’abord l’intérêt du poète pour le quotidien, l’ordinaire qui devient soudain un objet poétique. Comment Ponge parvient-il à prendre quelque chose d’ordinaire pour créer un texte poétique? 


Plan

I - Un sapate 

1 - Un objet répugnant à l’extérieur

2 - Un être sublime à l’intérieur

II - Une critique en toile de fond 

1 - Critique de l’indifférence et de la violence de l’homme

2 - Critique de l’avidité et de la consommation

III - Une écriture originale 

1 - La magie verbale

2 - Une réflexion sur la création poétique 


I - 


1 - - « apparence plus rugueuse » = désagréable au toucher / il est difficile de s'en saisir => objet trivial + peu séduisant - comparatif d’infériorité = « couleur moins unie » => absence de beauté et d’harmonie. - métaphore = « sachet visqueux » => sensation de dégoût, être répugnant. - groupe binaire = « visqueux et verdâtre » = suffixe péjoratif « âtre » => vision d’horreur / ambivalence des sentiments = fascination / dégoût / avidité - l’huître est perçue sensoriellement = lexique des sensations physiques + tactiles = « rugueuse » + « tenir au creux d'un torchon » + visuelles = « couleur moins unie » + olfactives = « à boire et à manger » => ces sensations semblent toutes désagréables. - « s’y coupent, s’y cassent les doigts » = homophonie entre le pronom réfléchi 2 - - oxymore = « brillamment blanchâtre » => ambivalence de l’huitre, l’écriture poétique se livre ici à une transfiguration de l’objet - personnification et hyperbole « opiniâtrement clos » = anthropomorphisme => elle lutte désespérément pour survivre et échapper à la main de l’homme + elle semble courageuse et déterminée - le poème transforme l'huître, objet banal, en sujet poétique grâce à une métaphore principale qui humanise l’objet, en démontrant une volonté propre - métaphore « firmament de nacre » = transfiguration poétique => être sublime + l'huître devient un objet de contemplation esthétique - allégorie « perle » = Ponge veut dépasser le simple aspect banal de l’objet pour permette d’en saisir son « essence » = seule la poétisation de l’objet peut l’y amener 

l'huître contient un trésor / c’est un écrin qui renferme un joyau => « c'est un monde » + « A l'intérieur l'on trouve tout un monde » + vocabulaire qui se rattache à l'idée de monde => « halos » = auréoles autour des astres + « firmament » = la voûte céleste + «les cieux» = pluriel de ciel) + à l'intérieur de ce monde se trouve une sorte de mer => élément aquatique après éléments célestes = « une mare [...] qui flue et reflue » ( marée). un monde en mouvement = « s'affaissent » => mouvement vertical + « flue et reflue» => mouvement horizontal - transfiguration poétique du réel = le réel est transformé en poésie => dès lors cette description devient symbolique. - opposition entre extérieur = « monde opiniâtrement clos » + intérieur « tout un monde » => antithèse « rugueux » vs « visqueux » = deux mondes séparés typographiquement par un retour à la ligne 


II - 


1 - - opposition = « Pourtant on peut l’ouvrir » +> il faut accepter de dépasser l’aspect extérieur, l’apparence pour aller à la rencontre de la réalité qu’elle renferme + le texte souligne aussi la difficulté que cela représente = l’homme doit se blesser pour l’ouvrir. - personnification « Les coups qu'on lui porte » = allitération en “k” qui exprime la violence et l’agressivité => comme dans une lutte semble se défendre violence de la lutte acharnement de l’homme. - groupe binaire = « un couteau ébréché et peu franc » => duplicité de l’homme / être vicieux + indifférent à la souffrance - récurrence du pronom « on » = le poète se sent lui aussi coupable => il se met sur le même plan que les hommes dont il dénonce la violence - seules les mains de l’homme apparaisse = métonymie « les doigts » => pas de sentiments / seulement des doigts curieux 


2 - - hypallage = « Les doigts curieux » avidité / cupidité de l’homme qui ne pense qu’à satisfaire ses besoins primaires - forme emphatique = « c'est un travail grossier » => violence bestiale / c’est l’homme qui est déshumanisé - groupe binaire = « à boire et à manger » => huître comestible avec du liquide et du solide à l’intérieur / huître composée d'éléments hétérogènes - adverbe de temps = « où l'on trouve aussitôt à s’orner » => l’homme s’arroge le pouvoir d’une domination absolue sur le monde des objet et des êtres = critique de l’anthropocentrisme. 


III - 


1 - - Le poème n'est pas versifié ni disposé en strophes = prose extrêmement travaillée => la structuration du texte en trois paragraphes est importante car elle est porteuse de sens. - le 1er paragraphe = le plus long => rend compte tout d'abord de la coquille et de son ouverture + le 2nd décrit le monde intérieur de l'huître + le 3e réduit à une seule phrase évoque la perle que l'on peut éventuellement y trouver. - une progression est inscrite dans le texte = on passe de l'extérieur à l'intérieur, de l’idée = compte rendu assez méthodique et organisé de l'objet - apposition = « de la grosseur d'un galet moyen » = écriture apparemment descriptive / idée de solidité et de longévité => elle est chosifiée, réduite à l’état d’objet. 

- comparatifs = « plus rugueux » + « moins unie » => description réaliste / souci du détail - expression de l’obligation = « il faut alors la tenir au creux d'un torchon » => solution pour l'ouvrir = solution en trois temps, donne l'impression d'un mode d'emploi => asyndète = « C'est un monde opiniâtrement clos. Pourtant on peut l'ouvrir : il faut alors la tenir au creux d'un torchon, se servir d'un couteau ébréché et peu franc, s'y reprendre à plusieurs fois.” apposition entre parenthèse = « (à proprement parler » => c'est comme si le poète nous disait qu’il avait conscience d'utiliser un vocabulaire poétique - comparaison initiale installe d’emblée une dimension très concrète = « L'huître, de la grosseur d'un galet moyen » => Ponge multiplie les termes qui définissent l'huître avant tout comme une réalité matérielle = adverbes => « plus » + « moins » + « brillamment » + « à proprement parler » + « Parfois » + « opiniâtrement » / adjectifs => « moyen » + « rugueuse » + « unie » + « blanchâtre » qui caractérisent et déterminent l'objet. - l'emploi du pronom « on » donne une tournure impersonnelle et universelle à la description. - 


2 - - métaphore = « firmament de nacre » => sous des apparences descriptives, ce texte présente les caractéristiques d'un texte poétique - allégorie = cieux => connotation religieuse + mystique / on assiste à une véritable sacralisation de l’objet. - personnification + oxymore “gosier de nacre” le poète rappelle au lecteur qu’on ne peut la réduire à une chose: la nacre symbolise la matière et le gosier l’animalité: l'huître est donc un être sensible et non un simple objet. - métaphore = « frangé d'une dentelle noirâtre » => fragilité et vulnérabilité de l'huître qui sans sa carapace ne peut se défendre contre l’homme. - mimétisme du poème = pour Ponge, il s'agit de trouver la forme poétique par laquelle les mots employés ont une correspondance étroite avec la chose envisagée => les adjectifs ou l'adverbe en - âtre = « blanchâtre », « verdâtre », « noirâtre », « opiniâtrement » = l'accent circonflexe rappelle la forme ouverte de l'huître - l’insistance sur l'idée de fermeture = « monde opiniâtrement clos » => met en évidence l'hermétisme poétique pour les autres qui voient cela comme quelque chose de difficilement abordable => difficulté pour ouvrir l'huître symbolise la difficulté d'entrer dans l'univers poétique pour quelqu'un qui n'est pas initié, mais cette entrée est possible à force d'efforts. - beaucoup « s'y coupent, s'y cassent les ongles » = ils ne parviennent pas à rentrer dans cet univers poétique. - « On trouve [...] à boire et à manger » = la poésie est capable de nourrir intellectuellement celui qui la comprend. - la symbolique de l'huître = une allégorie à la fois de l’écriture du poème + de sa lecture - « dentelle noirâtre » = symbole de l’acte d’écrire, les lignes sur la feuille => le poème est comme l'huître / il faut réussir à entrer dedans pour en percevoir la beauté, cela demande des efforts et provoque des souffrances, d’où l’image de la lutte entre l’homme et l’objet - la structure de la dernière phrase est particulière = elle clôt le poème avec des mots à double sens => formule » signifie « petite forme » mais aussi « parole » + « perle » évoque la perle (= le bijou) que renferme l'huître, mais est ici employé en tant que verbe, ce qui donne l’impression que c’est l'huître qui « dit la formule » => l'huître devient donc le sujet du poème, mais elle en donne également la clé : la poésie est un trésor caché, il faut accepter de jouer, de saisir le sens des mots pour en comprendre la richesse. 


Ouverture


Nature morte avec poissons, huîtres et crevettes, Clara Peeters (1607) 



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