"L’Invitation au voyage" de Baudelaire

Comment Baudelaire entraîne-t-il le lecteur dans un voyage poétique ?/Comment le poète invite-t-il le lecteur à une réflexion sur la vie ? / Quel est l'idéal du poète ?

I. Un monde de sensations et de plaisirs ▪ D’après le titre, le poème est une invitation à voyager mais peinture d’un voyage immobilerêvé à travers une description floue : champ lexical onirique « songe » ; « esprit » ; « mystérieux » ; « chambre » ; « Dormir » ; « s’endort ». + paysages qui se succèdent sans logique : « pays » / « canaux » / « vaisseaux » / « champs » / ville »caractérisés par un manque de visibilité : métaphore de la brume « ciels brouillés » et oxymore « soleils mouillés ». /!\ paysage créé par l'imagination du poète, d’où l’emploi du conditionnel « parlerait » et « décoreraient » et l’adverbe indéfini « là-bas ». - imprégné d’orientalisme : « la splendeur orientale » ; « rares fleurs » ; « l’ambre » ; « bout du monde » ; « soleils couchants » et inversion conséquence-cause : « C'est pour assouvir/Ton moindre désir / Qu'ils viennent du bout du monde. » qui produit un effet de surprise et d'émerveillement. ▪ Disposition typographique symétrique : trois strophes de 12 vers séparées par un refrain identique sous forme de distique + Hétérométrie caractérisée par l’alternance de vers impairs avec deux pentasyllabes aux rimes masculines et un heptasyllabe aux rimes féminines. [« De la musique avant toute chose, / Et pour cela préfère l’impair » Art poétique de Verlaine] => rythme incantatoire pareil aux chansons douces, berceuses et qui reprend le thème de l’évasion. ▪ Forte synesthésie qui tend à faire coïncider les images et les sons faisant appel aux cinq sens, par des correspondances : « soleils mouillés » ; « dans une chaude lumière » ; « meubles luisant » ; « vagues senteurs de l’ambre » ; « sa douce langue natale » / « d’hyacinthe et d’or ». - richesse des sonorités par la prolifération d’allitérations labiales « en "m" » / « en "l" » / « en "ll" » / « en "b" » qui caressent les mots / abondance des épithètes / champ lexical de la lumière : « soleil » ; « ciel » ; « brillant » ; « luisants » ; « polis » ; « lumière » => alimenter la vision de paradis terrestre du poète : hypotypose. /!\ références implicites à la peinture sous forme de trois descriptions en élargissement progressif (yeux/chambre/ville) qui coïncident avec trois tableaux (Vermeer/Ruysdael/Canaletto).

II. La femme-monde, analogie entre la femme et le paysageLieurêvé,fantasmé,hypothétique,étrange,horsdutempsetdel'espace;lieudupossible,del’idéal auquel est associé la femme aimée car elle est idéalisée et parfaite. ▪ Poème adressé à sa muse Marie Daubrun, le corps de la femme est prétexte à rêverie et amène le lecteur à rêver d’un voyage qui se présente comme une « invitation ». - usage d’appellatifs affectifs et des pronoms possessifs dès le premier vers : « Mon enfant, ma sœur »évoquant une famille que le poète n'a jamais eue, et montrant la proximité qu'entretient le poète avec la femme. => Relation intime avec la femme aimée qui se traduit par l’adverbe « ensemble » suivi d’un point d’exclamation, l’alternance des rimes féminines-masculines, et les pronoms de la P1/P2/P4 : « Mon » ; « ma » ; « te » ; « mon » ; « tes » ; « notre » ; « Ton ». /!\ le poète invite la femme aimée à contempler le monde extérieur : « Dormir ces vaisseaux / Dontlhumeur est vagabonde » personnification de ses sentiments humains.

▪ La femme aimée est le point de départ du voyage onirique qu’entreprend le poète. - impératifs d’insistance « Songe » ; « Vois » pour amener la femme dans un voyage onirique, et anaphores en structure antithétique « Aimer à loisir / Aimer et mourir » dont le caractère définitif portépar l’emploi des infinitifs suggère la persuasion dont veut faire preuve le poète. + elle est aussi la destination : « Au pays qui te ressemble ! ». Analogie entre les paysages et les yeux de la femme : « Les soleils mouillés / De ces ciels brouillés / Pour mon esprit ont les charmes / De tes traîtres yeux ». => le voyage rêvé du poète se subordonne à la femme, et le monde se subordonne à elle : le champ lexical de la totalité « tout y parlerait » ; « ton moindre désir » ; « du bout du monde » ; « la ville entière » ; « le monde » cherche à épouser l’image de la femme aimée et sa prépondérance dansl’univers baudelairien.

III. L’idéal baudelairien, entre rêve et imaginaire pour vivre ▪ L’ailleurs révèle les idéaux du bonheur baudelairien égrenés dans le distique en épanadiplose « Là, tout n’est quordre et beauté, / Luxe, calme et volupté. ». => à la recherche d’une conciliation utopique : l’ordre et le soin des poèmes / la beauté et voluptéféminines / la richesse et l’opulence / l’imagerie et l’apaisement. - Le poète est interprète du mystère du monde : « sa douce langue natale » exprimant la nostalgie de la patrie idéale et du paradis originel perdu. + symboles d’un au-delà, le vers « Aimer et mourir » et le lexique du repos « mourir » ; « s’endort » ; « couchants » ; « dormir » ; « ordre » ; « calme » évoquant alors le voyage de la vie humaine. ▪ La femme est celle à cause de qui l’homme a quitté ce lieu, mais elle est également celle qui peut sauver l’Homme grâce à son amour. Le poète suggère alors à la femme aimée de s'évader avec lui et de contempler le monde extérieur : « Vois sur ces canaux / Dormir ces vaisseaux ». /!\ voyage dans le poème en lui-même par les jeux de correspondances.

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