La poésie


Séquence IV – Ecriture poétique et quête du sens


Lecture analytique : Texte 16


Jacques Prévert,Paroles, 1945


Tentative de description d’un dîner de têtes à Paris-France

Contexte :

· Très à la mode en France durant la première moitié du XXèmesiècle

· Dîner costumé seulement sur le haut (visage et buste)

· Est considéré comme poétique tout texte qui comporte un rythme, des sonoritéset des imagesinattendues.

· Ce texte est une sorte de manifeste, qui porte son message et ses principes

Lecture analytique :

· Vers 1 : allusion à un poème de Victor Hugo

· Vers 2 : paronomase entre pieusement et copieusement àles catholiques sont souvent les plus aisés et ont donc en abondance

· Vers 3 : néologisme. Ceux qui sortent le drapeau en permanence. Prévert fait la différence entre patriotisme, nationalisme et chauvinisme, dans l’ordre graduel.

· Vers 4 : les inaugurations officielles se font en coupant un ruban tricolore. Ce sont ceux qui ont des fonctions officiels.

· Vers 5-6 : ceux qui croient croire ne se sont jamais posé la question en réalité.

· Vers 6-7 : paronomase entre croire et croa-croa qui mime le cri du corbeau. L’association entre prêtres et corbeaux date du Moyen-Âge.

· Vers 8 : les corbeaux ont des plumes, certes (association d’idée) mais aussi ceux qui savent écrire, qui ont une plume.

· Vers 9 : grignoter est un luxe de riches, c’est même une expression un peu snob (on choisit de manger peu)

· Vers 10 : néologisme. Il s’agit de ceux qui font des allusions à cette pièce et qui donc excluent tous ceux qui n’ont pas la référence. On parle donc entre initiés.

· Vers 11 : « dreadnought » est le nom d’un sous-marin ; c’est ici ceux qui sont au faîte de l’actualité militaire qui sont visés. De plus, entre le clergé, le pouvoir (militaire, ici) et l’écrivain,

· Vers 12 : néologisme. « majusculer » peut être se donner beaucoup d’importance en mettant une majuscule dans son nom ou dans son titre (monsieur le Maire, madame la Directrice) mais il s’agit aussi du fait de hurler.

· Vers 13 : seuls les militaires et les religieux chantent en mesure.

· Vers 14 : « brosser à reluire » signifie faire des compliments à outrance. Cela vise donc ici les Tartuffe, les hypocrites.

· Vers 15 : « avoir du ventre » était un signe extérieur de richesse autrefois.

· Vers 16 : ils baissent les yeux pour ne pas avoir à affronter la réalité, ou parce qu’ils n’ont pas le courage de leurs opinions, ou parce qu’ils sont simplement serviles.

· Vers 17 : ceux sont ceux qui ont des règles de savoir-vivre qui coupent savamment le poulet.

· Vers 18 : ils ont donc la tête vide puisqu’il n’y a rien à l’intérieur !

· Vers 19 : pour bénir, il faut être religieux, donc c’est eux qui sont visés. Autrefois, les chiens et les soldats étaient bénis, les uns pour chasser et les autres pour combattre (jusqu’en 14).

· Vers 20 : « faire les honneurs du pied » est une référence à la chasse à courre. 

· Vers 21 : « debout les morts ! ». Phrase populaire de 1914 lorsque les adjuvants hurlaient ceci pour réveiller ceux qui étaient simplement assommés par des obus et non pas morts. Les officiers sont pointés du doigt.

· Vers 22 : « baïonnette au canon » est ici raccourcie.

· Vers 23-24 : chiasme sémantique qui pointe du doigt le fait que ce sont les mêmes qui donnent à leurs enfants des armes à jouer et qui envoient leurs jeunes au front et donne du relief au propos.

· Vers 23 : certains offrent à leurs enfants des armes pour jouer.

· Vers 24 : il s’agit ici des Bleuets, qui avaient 16-17 ans et qui partaient au front.

· Vers 25 : référence à ceux qui ont une culture du latin et qui habitent Paris dont c’est la devise.

· Vers 26 : Le Pirée est le port d’Athènes, donc après avoir visé les latinistes, ce sont les hellénistes qu’il fustige. C’est une allusion à une fable de la Fontaine.

· Vers 27 : Les ailes n’empêchent pas de voler, mais de marcher ! Ce sont donc ceux qui ont de faux semblants de culture.

· Vers 28 : à une époque, la mode était de planter des tessons de bouteille sur un mur pour que celui-ci ne puisse être escaladé. Traduction : ceux qui veulent empêcher les gens de communiquer avec l’extérieur.

· Vers 29 : un mouton n’est pas très compliqué à attraper. Il s’agit donc ici de ceux qui ne sont des loups qu’avec des moutons.

· Vers 30 : ceux qui n’assument pas d’avoir fait quelque chose de mal.

· Vers 31-32 : ceux qui sont très fiers du patrimoine de leur pays. Mais comme ils font 25 cm de tour de poitrine, ce sont des gringalets.

· Vers 33 : mameller n’existe pas donc c’est un néologisme et c’est une référence à Sully.

· Vers 34 : rythme ternaire doublé d’une gradation évoquant le Cid.

· Vers 35 : on pense à l’expression « se payer la tête de… »

Axes :

· Un manifeste artistique

· Un manifeste politique

Plan de la prof

Explication du titre obligatoire, et préciser qu’on dirait une parodie de journal. Jeu de mots du « dîner de têtes » car elles sont déguisées et sont également à la tête du pays.

I. Un manifeste artistique (un goût pour certains procédés)

1. Liés aux rythmes

a. énumérations

b. anaphores

2. Liés aux sonorités

a. paronomases

b. prosonomasies

c. assonances (et non pas rimes)

d. homophonies

3. Liés à la polysémie

a. néologismes créatifs

b. métaphores originales

c. syllepses (mettre un loup sur son visage)

4. Liés à la syntaxe

a. permutation de termes, chiasmes

b. antithèses

c. paradoxes

5. Liés aux références culturelles

a. références populaires (debout les morts, ceux qui mamellent)

b. références savantes (la Fontaine et le Pirée, Baudelaire et l’Albatros, Racine et Andromaque, la devise de Paris)

c. Collages littéraires (Hugo, « cours, vole »)

d. Associations d’idées (voir surréalisme)

àProcédés souvent surprenants qui témoignent d’humour, voire d’humour noir et qui permettent une critique acide.

II. Une critique sociale(critique des classes dirigeantes (engagement politique fugace)

1. Les religieux

a. l’Eglise

b. les croyants

2. Les bourgeois, aristocrates et conservateurs

a. Ceux qui inaugurent

b. Ceux qui savent découper le poulet

c. Ceux qui font des honneurs du pied

d. Ceux qui grignotent

e. Ceux qui ont du ventre

3. Les militaires et les militaristes

a. glorification de l’horreur (allusion aux faits militaires)

b. le chiasme

c. Ceux qui tricolorent

d. Ceux qui chantent en mesure

e. Ceux qui debout les morts…

4. Les nationalistes et les chauvins

a. Reproche leur fierté imbécile

b. La Tour Eiffel et le mont blanc

c. Ceux qui tricolorent

5. Les intellectuels prétentieux

a. Ont une attitude de gardien du temple et d’exclusion

b. Ceux qui andromaquent

c. Ceux qui majusculent

d. Ceux qui ne prennent pas le Pirée pour un homme

àManifeste à la fois artistique et poétique qui revendique l’oralité de la poésie, qui veut valoriser le peuple devant ses élites, par sa langue et par ses combats. Prévert annonce dans ce premier poème du recueil ce que seront ses procédés stylistiques et sa perception de l’écriture poétique.


Lecture analytique : Texte 17


Jacques Prévert,Paroles, 1945


La grasse matinée

Contexte :

· Titre extrêmement ironique

· Référence à l’expression de « faire gras » : manger beaucoup

Lecture analytique :

· Vers 1 : vers très court et énigmatique, où on n’entend que le mot « terrible »

· Vers 2 : bruit qui annonce qu’on va manger, c’est une synesthésie (la sollicitation d’un sens ramène à un autre sens). C’est exprimé avec des consonnes dures « c », « r », « t ».

· Vers 3 : processus de répétition classique chez Prévert

· Vers 4 : le bruit est personnifié car il « remue »

· Vers 5 : répétition encore

· Vers 6 : anadiplose de « la tête de l’homme »

· Vers 7 : réveil à 6 heures du matin, donc forcément pas de grasse matinée

· Vers 9 : couleur de poussière, c’est-à-dire gris. Un gris maladif mais aussi le gris de la pollution parisienne.

· Vers 10 : Félix Potin, c’est l’équivalent de Monoprix aujourd’hui

· Vers 13-14 : il ne pense pas, il songe. Il n’est plus en état de penser (rationnel) mais est hébété, et ne peux donc que songer (laisser son esprit vagabonder).

· Vers 16 : tête de veau, plat très populaire le dimanche dans les familles ouvrières. C’est associé à des valeurs assez simples de familles et de plats dominicaux.

· 19-20 : il se donne l’illusion de manger, essaie d’apaiser ainsi sa faim

· 21 : double sens de « grincer des dents », le fait de ne rien avoir à manger et l’animosité, la rancœur d’être dans cette situation.

· 24-25 : il compte et recompte pour être bien sûr.

· 28-29 : paradoxe puisque ça dure même si ce n’est pas possible ! perte de repères.

· 31 : allongement du temps puisqu’il ne dort pas.

· 34 : rythme ternaire et abondance à portée de main.

· 35 : les poissons, alors qu’ils sont morts, sont protégés alors que des hommes ne le sont pas !

· 35-39 : concaténation qui débouche sur un paradoxe et nous amène à raisonner.

· 40-41 : images du bistrot au petit matin comme on les imagine, idée de la dolce vita, du Paris agréable.

· 43 : périphrase du cerveau, puisque son cerveau ne fonctionne pas correctement

· 44-45 : répétition du brouillard de mots : espèce de chaos verbal dans sa tête

· 48 : café arrosé : café dans lequel on met un peu d’alcool (époque où on croyait que c’était un fortifiant).

· 51 : paronomase entre le café-crème et le café-crime. C’est un passage dans l’inconscient, qui montre que puisque personne ne l’aide il va devoir s’aider soi-même.

· 51 : peu de ponctuation chez Prévert donc ces points de suspension sont à remarquer.

· 52 : un homme très estimé dans son quartier : il n’a donc pas mérité ce qui lui arrive.

· 53 : l’égorgement est la mort la plus lente, que l’on destine aux animaux.

· 55 : deux francs, c’est une somme absolument anodine (environ 2 €)

· 57 : comptabilité froide de Prévert associée au détail de sa consommation.

· 59 : il a pensé au pourboire pour le garçon de café, sans doute par habitude. C’est donc un homme qui a bon fond.

· 60-64 : poème circulaire, qui s’achève comme il a commencé. Le mot « terrible » n’a plus du tout la même intensité, la même force ; il peut mener à une déshumanisation.

Axes :

· Une critique sociale (déshumanisation, misère, faim, habitude des autres)

· Un texte émouvant

· Un texte choquant

· Un texte « surréaliste » (plus loin que la réalité et procédés surréalistes)

· La folie

· Un texte polémique (permet de rejoindre choquant et critique sociale) : les textes sont toujours polémiques par leurs idées

· Un apologue (on y retrouvera les axes sur la critique sociale, l’aspect émouvant)

AXE 1 : Une critique sociale (intervention corrigée)

1. La faim omniprésente

a. Champ lexical de la nourriture

œuf dur

tête de veau

rythme ternaire vers 34

sardines

café-arrosé et tartines beurrées

b. Homme présenté avant tout comme ayant faim

épanaphore vers 4 et 6

anadiploses de la « tête de l’homme » et de « Un deux trois »

c. La faim mène au crime

compte monétaire très froid après le meurtre

prosonomasie entre café crème et café crime

2. Un homme à l’abandon

a. Un homme de plus en plus hébété

anaphore des vers 12 à 15 : action de « songer », pas de pensée structurée

se métamorphose en tête de veau

« titube » vers 42

Antilogie vers 28-29

b. Un individu prêt à tuer

Plus aucun verbe après le vers 42, jusqu’au meurtre

Rupture grammaticale lors du meurtre, avec verbes au passé composé

Egorgé : mode de mise à mort le plus violent

Grincer des dents

c. Des conditions de vie atroces

« six heures du matin » : obligation de se lever tôt

« tête couleur de poussière » : saleté

3. La déconsidération des autres

a. Animaux morts mieux protégés que lui

concaténation vers 35-39

paradoxe et aposiopèse vers 39

b. Tout est réduit à l’argent

meurtre à l’aspect comptable

vitrine du magasin

AXE 2 : Un texte aux registres pluriels

1. Le registre pathétique

2. Le registre tragique

a. La présence du destin

Poème circulaire

Destin implacable

Concaténation

Antilogie du vers 28

b. La mort

Mort absurde, imméritée du bourgeois

Mort prochaine du vagabond

Mort déjà actée de sa raison et de sa compassion

c. L’hybris

basculement dans la folie (meurtre)

aposiopèse vers 51 : pas d’enchaînement dans les idées

3. Le registre polémique

a. Un texte choquant

fait tomber les barrières morales : compassion pour l’assassin et pas pour la victime

langage argotique : flics, se payer la tête

b. Une critique de la société de consommation

ironie du titre

vitrine de chez Potin

concaténation

c. Un texte saccadé

peu de ponctuation

peu de verbes ou d’adverbes

AXE 3 : L’apologue

a. Personnages anonymes et symboliques

l’homme qui a faim : lumpen prolétariat

un homme très estimé dans son quartier : bourgeoisie

b. Les temps des verbes

choix du présent de narration àdramatisation

passé composé factuel, sans recul

c. Tout est vu par les yeux de l’homme

champ lexical de la vue, des sensations

d. Une visée argumentative

Lecture analytique : Texte 18


Jacques Prévert,Paroles, 1945


Barbara

Contexte :

· Texte qui se chante (cf. groupe Facebook), chanté par Yves Montand, les Frères Jacques et Serge Reggiani

· Cette mise en musique s’explique par le refrain « rappelle-toi Barbara » qui rend propice l’adaptation

· Un des textes les plus connus de Prévert

· Dans une interview, Prévert révèle que plein de femmes de sa connaissance se reconnaissaient en Barbara

· Ce n’est pas du toutun poème d’amour, contrairement à ce qu’on peut penser

Lecture analytique :

· Le mot « Barbara » vient du grec « ό βαρβάρος », le barbare. Cela veut donc dire : « étrangère »

· V1 : Anaphore à l’impératif, qui peut être interprétée comme un ordre ou une supplication

· V2 : Allitération en « s » qui évoque ici quelque chose de fluide (la pluie)

· V2 : Poème ancré dans le réel, avec une indication de lieu : Brest (toponyme)

· V3-V4-V5 : assonance en « i », qui indique l’ouverture, la légèreté

· V5 : cette pluie très fluide et délicate contredit l’idée de la pluie négative et du temps maussade

· V8 : la rue de Siam est l’équivalent de la rue d’Oberkampf à Paris : très animée, avec de nombreux cabarets, bars…

· V11-V15 : champ lexical de la mémoire

· Champ lexical et sémantique de la pluie

· V15 : « quand même », mais on ne sait pas encore quel est l’obstacle

· V21 : inversion des mots sur le rythme ternaire

· V23 : rappelle-toi cela invite à se rappeler de cet épisode heureux qu’elle a vécu

· V25-V30 : motif de l’amour, mais pas un amour niais

· V32 : personnification de la pluie

· V.36 : l’arsenal est l’endroit où on range les armes

· V38-V39 : interjection violent (quelle connerie la guerre)

· V39 : vocabulaire argotique

· V39 : allitération aux sons rudes (Quelle Connerie la GUerre)

· V41-V42 : allitération en sons sifflants ( f et s )

· V45 : gradation descendante « mort, disparu, ou bien encore vivant »

· V54-V55 : double sens de « crever » pour un nuage

· V60 : prosonomasie qui restreint un peu le sens de la palilogie qui précède

· On sait maintenant que le « quand même » faisait allusion au souvenir du bombardement de Brest, malgré lequel il faut simplement se souvenir des moments heureux

· C’est un poème de résilience

Axes :

· L’opposition entre passé et présent

· Un texte qui célèbre la vie

· Un poème de résilience, du souvenir

· Les registres

· La destruction, le bonheur, la résilience

AXE 1 : le bonheur (pas ouf ouf…)

1. Le bonheur au quotidien

a. Un cadre réaliste

Toponymes

b. La femme heureuse

Assonances en « i »

Sourire

2. Le bonheur dans l’amour

a. Barbara : ressenti

Gradation

b. Le poète

3. Un bonheur passé

a. Le passé

Temps des verbes

b. Incitation au souvenir

Impératifs

AXE 2 : Une célébration de l’amour

1. Un poème qui consacre les sentiments féminins

a. Champ sémantique de l’amour

b. Champ lexical des sentiments : « sourire », « ravie »

2. Une scène de rencontres

3. L’amour fraternel du poète

a. Tutoiement de l’auteur

b. Communion d’émotions

AXE 3 : La résilience

1. L’importance du souvenir

a. Omniprésence du souvenir

Usage de l’imparfait

Champ lexical de la mémoire (nécessité avec l’impératif)

Anaphore

Allitérations et assonances

Mémoire ancrée par les toponymes

b. Car le présent est douloureux

Rupture vers 38

Passage au présent

Nouvelle pluie àsons heurtés, rudes (mimétisme fond/forme)

Métaphore de la pluie de bombes

Destruction qui entraîne des souvenirs malheureux

AXE 4 : L’horreur de la guerre

1. Destruction

Champ lexical de la guerre

Métaphore de la pluie de fer vers 41

Paronomase vers 59-60

2. Dureté, violence des sons

Allitération imitative vers 39 (sifflement des bombes - « f » et « s »)

Vers 56 : voyelles nasales

3. La mort

a. Termes renvoyant à la mort : sang, chiens crevés

AXE 1 : Un poème aux sens multiples

1. Un poème adressé à un interlocuteur

a. Des marques d’énonciation

Pronoms personnels de la première et de la deuxième personne : interaction

Prénom Barbara prononcé à plusieurs reprises

Tutoiement et symétries : connivence

b. L’évocation d’un souvenir heureux

Champ lexical du bonheur

Mises à la rime vers 31-33

Temps du passé : souvenir

Injonctions à l’impératif

2. Un poème d’amour

a. Le poète témoin d’une histoire d’amour

Mise en valeur de l’adverbe « amoureusement »

Style dépouillé (peu de ponctuations, registre courant)

b. Un paysage état-d’ âme : la pluie raconte l’amour

Association entre les termes de la pluie et ceux du bonheur (homéotéleute)

Personnification de la pluie, qui devient « heureuse »

3. Dénoncer la guerre

a. L’annonce du danger

Cadre réaliste : toponymes de Brest, et à fortiori de l’arsenal

Eléments annonciateurs de la guerre : arsenal, pluie, « s’abritait »

b. Rupture brutale avec le bonheur

Evocation directe de la guerre vers 39

Langage familier pour évoquer le conflit

Passage au présent

c. Exprimer l’horreur

Champ lexical de la mort

Champ lexical de l’horreur et de la guerre

Anadiplose des chiens

Prosonomasie « Brest » et « reste »

Plus d’humains après le vers 46

Lecture analytique : Texte 19


Louise Labé,Sonnets, 1555


« Je vis, je meurs… »

Contexte :

· « La confusion des sentiments » est le titre d’un livre de Stefan Zweig

· Poétesse àc’est relativement rare à tel point que son existence est remise en doute.

· Appartient à « l’école de Lyon », un mouvement de poésie né à Lyon. Ce mouvement s’inspire beaucoup de l’Italie (référence artistique de l’époque) et est très influencée par Pétrarque.

· Pétrarque : un des premiers poètes à consacrer une muse (Laure) et met au point le sonnet, dont Louise Labé se sert. Les quatrains posent généralement une idée que les tercets expliquent, ou illustrent les quatrains.

Lecture analytique :

· V.1 : vers extrêmement tronçonné, coupé en quatre de manière très peu académique : irrégularité de la métrique

· V1 : commence par une antithèse (vivre-mourir) et les deux sont au présent, c’est donc également un paradoxe puisqu’on ne peut vivre et mourir en même temps.

· V1 : autre antithèse avec simultanéité impossible (il y a d’ailleurs neuf « et » dans tout le poème).

· V3 : encore une antithèse + simultanéité

· V4 : « ennui » à l’époque est l’équivalent de « tourment » et est un mot très fort.

· V4 : le toucher est le sens dominant dans ce texte, associé à la douleur.

· V5 : encore une antithèse avec simultanéité exprimée par « tout à coup »

· V6 : « tourment » signifiait à l’époque « torture »

· V8 : je sèche = je racornis. Métaphore florale, végétale àsensations physiques. Comparaison à une plante

· V9 : on passe au tercet : explication

· V9 : on comprend qu’Amour (une allégorie) est à l’origine de son mal

· V10-V11 : penser est employé dans deux sens différents

· Elle n’a plus aucune maîtrise sur les évènements

· V14 : Il, c’est l’amour

· Le premier malheur, c’est « je vis, je meurs… ». C’est un poème circulaire -et donc un tourment sans Z dont elle est victime et non actrice des évènements.

· Il est question de l’aspect sensuel de l’amour, de l’aspect tactile (toucher)

· Texte tragique et lyrique (première personne, dieu Amour, idée de la mort, de la souffrance et du destin)

· C’est un sonnet élisabéthain

· Champ lexical plaisir moins important que champ lexical souffrance

· Mise à la rime du champ lex de la souffrance plus souvent

Axes :

· La folie, la dépossession de soi

· Les registres

· La passion amoureuse

AXE 1 : Le registre élégiaque

1. L’évocation de la folie

Nombreuses antithèses, qui deviennent des paradoxes

Vers saccadés de manière peu académique, absence de régularité

Hyperboles : « chaud extrême », « inconstamment »

Modalisateurs d’intensité : « trop », « grand », « maint »

Absence de pensée : « sans y penser »

Se compare à une plante

2. Des tourments dus à l’amour

Architecture du poème àdébut d’explication aux tercets avec l’allégorie (« Amour »)…

… mais analyse presque absente

Elle est en COD de l’Amour

Paradoxes entre le malheur et le bonheur (v.10/11 et 12/13)

Evocation de la première personne (presque une anaphore aux vers 1, 2, 4)

3. Une vie dans la souffrance

Un poème circulaire (« premier malheur »)

Champ lexical de la souffrance : « tourment », « grief », « douleur », « peine »

Premier paradoxe : « je vis/je meurs »

Présent de narration qui rend plus saisissante la scène

Mise à la rime

L’impossibilité de trouver le repos puisque tous ses bonheurs sont entravés par des tourments

Evocation des éléments : eau (« noie »), feu (« chaud »), terre (« sèche »/ « verdoie »)

AXE 1 : le registre élégiaque (correction de mon axe)

1. Des tourments dus à l’amour

Allégorie de l’Amour

Répétition insistante de la 1èrepersonne (vers 1, 2, 4)

Paradoxes bonheur / malheur (champ lexical des émotions)

Sonorités en [m] : gémissements et plainte

2. La fatalité inéluctable

Un poème circulaire

Auteur : victime impuissante (comparaison à la plante)

Présence de la mort

3. La violence des tourments

Modalisateurs d’intensité

Simultanéité : 9 conjonctions de coordination (« et »)

Sensations physiques : toucher, douleur physique

Champ lexical de la souffrance

Mot final : « malheur »

Mise à la rime des deux tercets

AXE 2 : La confusion des sentiments, la folie

1. Un trouble intense

Versification saccadée : vers shakespearien, élisabéthain

Paradoxes qui insistent sur la confusion mentale : antithèses + conjonction de coordination

Manque de contrôle : comparaison à la plante

Mots à connotation très forte : « ennuis », « tourment » (= torture)

Modalisateurs d’intensité

Disparition de sa raison « sans y penser », qui cède la place au toucher

2. La simultanéité

Gérondifs indiquant la simultanéité

Simultanéité à nouveau avec : « entremêlés » et « tout en un coup

Appositions

Antithèses plaisir/souffrance

AXE 3 : Le tragique

1. La passion dévorante

2. La folie, l’hybris

3. L’évocation de la mort


Lecture analytique : Texte 20


Gérard de Nerval,Chimères, 1954


« El Desdichado »

Contexte :

· Nerval est un grand dépressif, parfaitement dans le genre romantique, tout à fait torturé.

· Il souffre de troubles mentaux sérieux et, à la clinique psychiatrique du docteur Blanche, on lui conseille d’écrire pour évacuer la douleur (principe même de la psychanalyse freudienne).

· Lassé d’écrire, Nerval se suicide place de l’Hôtel de Ville, pendu à un lampadaire.

· Il laisse derrière lui de nombreux poèmes, poignants.

· Ses poèmes se caractérisent par le romantisme et par le symbolisme dans la suite de sa vie : les mots expriment des choses qui ne passent pas nécessairement.

· Le poème a un titre espagnol qui veut dire « le déshérité ». Nerval est convaincu d’avoir de hautes origines espagnoles : il y a une rancœur dans le titre.

Lecture analytique :

· V1 : « le ténébreux » renvoie à un caractère sombre, fier, mais « le veuf » vient donner l’idée de la mort de l’être aimé : la mort est au rendez-vous, et on est au premier vers.

· V1 : « inconsolé » n’est ni un mot courant, ni un néologisme ; c’est cependant un mot existant, fondé sur la privation « in ».

· Contamination des mots : leur sens diffère pris individuellement et ensemble. Ici, ils racontent une histoire.

· V2 : Nerval s’imagine des origines nobles du côté du pays Basque (dans la famille de Guy de Lusignan).

· Tirets, assez rares en poésie, qui contraignent le lecteur à marquer chaque mot.

· V2 : la « tour abolie » est une carte du tarot de Marseille (une tour en ruines) qui évoque la disparition, la privation.

· V3 : l’ « étoile » est une métaphore : c’est la femme aimée (le veuf) mais aussi la lumière (le ténébreux). Nerval a fréquenté une actrice de petite vertu dont il était amoureux.

· V3 : cinquième allusion à la mort en deux vers et demi.

· V3 : le luth, dans sa version primaire, ressemble à une lyre (Apollon et Orphée). C’est l’instrument des poètes troubadours, musiciens du Moyen-Age (qui ont la bénédiction des romantiques). Après la tour, c’est la deuxième allusion au Moyen-Age

· V3 : constellé : parsemé d’étoiles

· V4 : le « soleil noir » est un oxymore. Le soleil c’est la vie, donc le soleil noir, c’est la mort (oh, encore une occurrence de la mort dis-donc !).

· V4 : « Mélancolie », c’est une redondance puisqu’étymologiquement, « mela, melano » veut dire noir en grec. La mélancolie est la « bile noire » en grec. Cela renvoie à la rate, siège des émotions colériques et tristes selon les scientifiques antiques (d’où l’expression « avoir la rate au court-bouillon » ou « courir comme un dératé »).

· V5 : « tombeau », champ lexical de la mort

· V5 : « toi », à qui parle-t-il ? est-ce au lecteur ? impossible puisqu’on ne l’a pas consolé. C’est donc un interlocuteur inconnu.

· V6 : le Pausilippe est un belvédère à Naples, d’où la vue est splendide

· V6 : le Pausilippe et la mer sont ici le souvenir de son bonheur

· V6 : « Rends-moi » : impératif suggérant la supplique, la prière

· V7 : « la fleur » pourrait être l’ancolie, fleur violette (couleur du deuil) qui pourrait donc alors lui plaire.

· V8 : une « treille » est un support pour la vigne (référence au vin).

· V9 : les pampres de la vigne, ce sont les petits filaments par lesquels les vignes s’accrochent.

· 6-7-8-9 : souvenirs du bonheur

· V10 : Amour, c’est le dieu de la mort et Phébus, c’est Apollon chez les Romains.

· V10 : Lusignan est duc d’Aquitaine et Biron un héros chevaleresque.

· V11 : « la reine », est-ce une périphrase pour son actrice ? C’est en tout cas une référence chevaleresque.

· V12 : Nerval est en plein rêve, il élucubre. C’est une confusion entre la mythologie nordique et les noms de lieu.

· V13 : traverser l’Achéron deux fois, veut dire qu’il a failli mourir deux fois.

· V15 : la sainte s’oppose à la fée. De plus, les soupirs et les cris ne sont pas joyeux.

· V15 : la fée est sans doute Mélusine, femme de Lusignan. Les fées sont en règle générale maléfique.

· C’est un sonnet élisabéthain.

· Folie qui passe par les interrogations.

Axes :

· Le registre élégiaque (et pathétique)

· L’expression du manque, de la frustration, la souffrance

· La confusion mentale, temporelle

AXE 1 : Le registre élégiaque

1. La mélancolie

oxymore du « soleil noir »

évocation de la Mélancolie qui est une redondance

champ lexical de la tristesse

évocation du passé

temps des verbes

paronymie de l’ancolie

rythme lent + tirets qui obligent la lenteur

2. La mort et la souffrance

champ lexical de la mort

ancolie = fleur du deuil

métaphore de « ma seule étoile »

lieux de tentative de suicide + Achéron

3. La perte du bonheur

Champ lexical de la privâtion

A mettre en lien avec celui du bonheur

Evocation du malheur

Supplique

4. Le lyrisme

Expression de la première personne : 10 occurrences

Références à la poésie : lyre d’Orphée, Achéron, luth, Phébus

AXE 2 : La folie

I. Confusion des identités

1. De lui-même

Interrogations sur sa personne : Phébus/Biron/Lusignan

Tirets et points de suspension qui marquent l’incertitude

S’invente des origines : allusions à l’Espagne

Plusieurs antithèses entre les termes le désignant

2. Des femmes

Plusieurs femmes aux univers différents (reine, sainte, fée, sirène, star)

II. Confusion du cadre spatio-temporel

1. Cadre spatial

Evocation de différents lieux, pays : Aquitaine, Italie, Espagne

2. Cadre temporel

Moyen-Âge : tour, reine, prince

Antiquité : Phébus, Orphée, Achéron

III. Mélange de la réalité et de l’imaginaire

1. Créatures et lieux magiques

2. Comparaison à des dieux ou héros

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