La question de l’homme dans les genres de l’argumentation duXVIème siècle à nos jours

I/ Introduction au genre argumentatif L’argumentation est une forme de discours et non un genre littéraire. Elle a pour but d’amener le destinataire à partager le point de vue défendu par l’émetteur du message. L’argumentation est présente à toutes les époques et se manifestent sous des forme très variées. On considère deux grands types d’argumentation:

  • L’argumentation directe: elle consiste à écrire un texte dans le but explicite premier de défendre ses idées

  • L’argumentation indirecte: elle consiste à glisser des idées de façon implicite dans des formes quiutilisent des moyens détournés, et notamment la fiction, pour argumenter et qui, de ce fait, ont aussi pour objectif de divertir et de plaire. Un texte argumentatif contient un thème et une thèse. Le thème est le sujet général que l'émetteur traite alors que la thèse est son avis et ses idées. Il est important de distinguer ces derniers lors d’une analyse de texteargumentatif. Un texte argumentatif se caractérise notamment par ses nombreux exemples et arguments. En effet, pour défendre ses idées le locuteur emploie des arguments (idées, faits) et les rend concrets par des exemples. Un argument est abstrait alors qu’un exemple est concret. Une argumentation peut convaincre ou persuader. Convaincre consiste à utiliser la raison pour changer le pointde vue adverse. Persuader consiste à prendre par les sentiments et à ainsi attirer l’adversaire vers le point de vue du locuteur.


1. Les genres de l’argumentation directe

• L’essai Un essai est un ouvrage qui se concentre sur une ou plusieurs idées de l’auteur, accompagnées d’un raisonnement. Le but de l’auteur n’est alors pas de traiter le sujet de manière exhaustive mais d’évaluer les idées. De ce fait, le mot “essai” vient du latin “exagium” qui veut dire peser. L’inventeur de ce genre littéraire estMontaigne avec Essais (1572-1592). Dans cet ouvrage, l’auteur évoque la liberté, la lecture, l’amitié et les coutumes étrangères. Il se base également sur ses lectures des penseurs antiques tels que Sénèque, Horace et Cicéron.

• Le pamphlet Le pamphlet à pour but d’attaquer l’opinion adverse grâce à un texte court mais virulent. Il a pour but de choquer, d’indigner et de surprendre le lecteur. Le pamphlétaire veut ramener le lecteur à la raison en faisantéclater des vérités sur le monde qui l’entoure. Le pamphlet appartient de ce fait à la littérature polémique.

• Le discours Un discours peut-être politique, judiciaire ou de circonstance. L’éloquence vient aider l’argumentation et lui donne ainsi un aspect oral. On y retrouve l’oraison funèbre dont Bossuet est célèbre représentant (XVIIème). Leplaidoyer et le réquisitoire quant à eux appartiennent à l’éloquence judiciaire. Le plaidoyer a pour but dedéfendre une cause ou un homme alors que le réquisitoire attaque un ennemi ou un point de vue opposé. Il existe également le discours politique souvent associés aux orateurs antiques Démosthène, Cicéron, etc.

• La lettre ouverte Son objectif est d’être lue par le plus grand nombre de personnes possible. Elle a pour objectif de fairepolémique.

• Dans la presse L’argumentation directe peut se trouver dans les billets d’humeur où un chroniqueur exprime son point de vuesur un concept ou un fait divers. L'éditorial offre une vision subjective des faits du jour.

• La préface Elle permet une interprétation subjective de l’œuvre et de sa visée. Par exemple la préface de Cromwell de Victor Hugo. • Le manifeste C’est une déclaration solennelle d’un homme cherchant à exposer un programme, une position. Exemple:Manifeste du Surréalisme de André Breton (1924)

2. Les genres de l’argumentation indirecte


• L’apologue L’apologue utilise le récit pour inventer à la réflexion et proposer sa vision des choses. Les formes d’apologuesles plus répandues sont le conte et la fable. Il contient souvent une morale qui peut être implicite ou explicite.

• Le dialogue Le dialogue est une façon de confronter des opinions et positions différents. Il peut également permettre de faireavancer la réflexion de manière progressive. Il existe des œuvres entières dédiées aux dialogues comme lesdialogues philosophiques de Platon ou dans certaines œuvres de Diderot. C’est également le cas du théâtre qui peut se servir de sa forme pour introduire un échange d’idées. On retrouve ces dialogues notamment dans DomJuan de Molière ou dans le théâtre existentialiste de Jean-Paul Sartre et Albert Camus. Dans Les Justes, AlbertCamus ouvre une réflexion sur l’engagement politique, l’acte terroriste et le conflit des valeurs morales ethumanistes.

• L’utopie Ce genre est inventé en 1516 par Thomas More avec son œuvre Utopia qui décrit un univers idéal. La construction de cet univers fictif idéalisé permet au lecteur de réaliser les défauts de la société dans laquelle ilvit. Utopie a deux étymologies possibles grecques; “le lieu ou tout va bien” ou “le lieu qui n’existe pas”. Il existedes dérivés des utopies comme la dystopie. Dans le cas de la dystopie, l’univers proposé par l’auteur est fictif et sombre. Les sociétés de ces univers essaient de trouver le bonheur mais n’y arrivent pas. La dystopie est souventassociée à la science-fiction. Par exemple, c’est le cas de Le Meilleur des Mondes de Huxley qui montre tous les méfaits d’un conditionnement, par l’éducation, des hommes. Georges Orwell relève les dangers d’un monde sans liberté d’expression dans 1984.

• La parabole Fables dans les livres religieux

• Récit de voyage Le personnage émet une critique d’un point de vue décentré. Souvent le voyage amène à la comparaison avecson propre pays, sa propre région et engage alors une critique de la société.

• Poésie engagée Le poète exprime son opinion ou critique un fait par la poésie. On a par exemple Les Tragiques d’Agrippa d’Aubigné (1615)

• Monologue délibératif (théâtre) Dans le monologue délibératif, deux personnages confrontent leurs points de vue et se ponctue souvent d’un long monologue de l’un d’entre eux. Par exemple le monologue de Figaro dans Le mariage de Figaro.

II/ L’argumentation à travers l’Histoire• Antiquité L’éloquence occupe une place essentielle notamment avec les discours des grands orateurs. C’est à cette époqueque la philosophie nait et engendre l’écriture de nombreuse oeuvres argumentatives. La rhétorique est un vrai art qui demande la maitrise de nombreux aspects différents de l’art oratoire. Ceux-ci sont évoqués par Quintiliendans L’institution oratoire. Il y énumère les 5 principes fondateurs du bon discours: -Inventio: sujet, preuves, arguments, logique -Dispositio:essentiel de la mise en forme des éléments collectés. On distingue 5 phases différentes: l’exorde, lanarratio, la confirmatio, la refutatio, la digressio et la péroraison. -Elucotio: c’est la mise à l’écrit du discours, il s’agit de le transformer en texte littéraire -Memoria: mémorisation du discours -Actio: mettre en voix le discours comme une performance d’acteur. Il faut accompagner l’élocution de gestes et d’accentuations en tout genre.

Fin de l’Antiquité et début du Moyen-Age A partir de la fin de l’Antiquité les genres argumentatifs sont considérablement marqués par le Christianisme qui se répand de plus en plus en Europe de l’Ouest. Bien que le Moyen-Âge soit vu comme une période sombre del’Histoire, marquée par l'obscurantisme, on retrouve cependant de nombreuses techniques littéraires notammentd’argumentation. Ainsi les universités prennent pour exemple le modèle antique et calquent leurs enseignements. C’est la logica vetus (la logique antique). Tout l’enjeux de l’argumentation de l’époque est de persuader et nonforcément de convaincre. On remarque également la naissance de la scolastique. Ce genre argumentatif s’écarte un peu des idées chrétiennes et porte la conviction que l’Homme est capable de réfléchir par lui-même. Les scolastiques regroupent un enchaînement logique d’arguments et donnera la définition et les bases du genre argumentatif. Ce type d’argumentation repose sur la logique antique. Le meilleur exemple de scolastique est est Thomas d’Aquin qui allie les logiques romaines, grecques et chrétiennes. Cependant les scolastiques nes’appuient que sur l’analyse des textes et n’emploie pas des arguments propres à l’auteur.

Au XVIème siècle Ce siècle voit naître le courant humaniste qui voit le jour grâce à de grands penseurs comme Erasme, ThomasMore ou encore Luther. L’humanisme prend pour exemple le modèle antique et rejette l’obscurantisme duMoyen-Age. C’est à cette époque que la langue française est remaniée et inventée pour de bon. Elle revifie également les formes argumentatives et affirme celles-ci. Ainsi on assiste à une renaissance des traitésphilosophiques et des essais. L’humanisme a également un but plus large: éduquer les sociétés afin de former dejeunes personnes aptes à poursuivre une discussion, quel que soit le sujet traité. L’éducation et la maîtrise parfaite de tous les savoirs permet aussi l’acquisition d’une place de choix dans la société et avant tout l’acquisition de la vertu. L’humaniste a la certitude que l’Homme est au coeur des réflexions, ainsi les sujets argumentatifs de l’époques traitent avant tout de l’Homme et de ses multiples facettes. il s’agit de perfectionner aussi bien l’âme que le corps, qui sont considérés comme conjoints. Rabelais contribue également à une nouvelle approche de la nature humaine. Quant à Thomas More, celui-ci s’interroge sur l’organisation sociale et politique idéale ainsi qu’aux conditions du bonheur collectif. L’Homme doit être soumis à l’étude comme dans Les Essaisde Montaigne où il se prend pour matière de son livre en représentant la condition humaine. Il passe saconscience au crible et touche aux questions de l’individu et du groupe social. Cependant la dure réalité de l’époque vient effondrer cette foi en la nature humaine: le monde est gouverné par lafolie. C’est ce dont témoigne Erasme dans son oeuvre Eloge de la folie. La découverte du continent Américainen 1492 change la vision que les humanistes avaient du monde, on a de cette manière l’ouverture d’une réflexion entre les civilisations. Il s’agit de déceler l’essence universelle humaine. Les guerres de Religion bousculent également l’époque, elles bousculent des poètes tels que Ronsard et Agrippa d’Aubigné. Ces poètes s'intéressentalors à la vraie nature de l’Homme, à son rapport à l’autre et à Dieu. Enfin le XVIème siècle est marqué par denombreux troubles politico-religieux, ceux-ci amènent à réfléchir aux moyens d’assurer la stabilité du pouvoir.Machiavel, un philosophe italien, nourrit cette réflexion et renouvelle la conception politique. Oeuvres humanistes: -Eloge de la folie, Erasme (1509) -Gargantua, Rabelais (1534) -Essais, Montaigne (1580-1592) -Les Regrets, Joachim du Bellay (1558) -L’Heptaméron, Marguerite de Navarre (1559) -Les Amours de Cassandre, Pierre Ronsard (1552)

Au XVIIème siècle Le XVIIème siècle est le siècle des apologues et des moralistes. Ceux-ci peuvent alors choisir le mode classique,ou peuvent plutôt s’orienter vers la critique ou la satire. Les moralistes tels que La Fontaine et Boileau privilégiele mode classique. Ceux-ci favorisent les contes et les apologues moraux en tout genre. Notons qu’un apologuemoral est court récit allégorique contenant un enseignement, une morale. Cette morale peut-être explicite ou implicite et suscite une argumentation. Les moralistes classiques peuvent utiliser des personnifications filées. Cesont souvent des critiques fines et habilement menées, loin d’être provocantes. La forme de l’apologue la plus propice à ce genre de récits est la fable. Les moralistes s’inspirent le plus souvent des poèmes antique qu’ilsremaniement et mettent au goût du jour. De cette manière, Jean de La Fontaine reprendra quelques oeuvresd’Esope. D’un autre côté, on retrouve les moralistes très critiques et axés sur la satire. Le meilleur représentant de ce mode est La Bruyère. Il est tout d’abord important de noter que la satire s’impose dans les différents mouvements littéraires grâce à l’oeuvre moraliste du XVIIème siècle. Cependant un texte satirique préfère lapersuasion à la conviction. En effet, son rôle et de dénoncer promptement. Mais l’argumentation n’en ai pas pourautant abandonnée. De ce fait les pamphlets, courts textes dont le but est de choquer, intègrent une dimensionargumentative, souvent ad hominem. C’est cette même satire dont La Bruyère se sert pour exprimer sonmécontentement via des apologues en tous genres. On note également l’apparition des contes merveilleux deCharles Perrault, contenant également une morale. Lors de ce siècle et durant celui qui suivra, la censure reste le principal obstacles des auteurs. En effet, les ouvrages contenant des idées contraires à celle du roi et du clergé sont interdits de publication. Il est cependant possible pour ces auteurs de publier hors de la France. Par exemple Descartes publiera Discours de la méthode en Hollande, en 1637.Ce siècle garde néanmoins le souvenir des guerres de religion, notamment de la guerre de Trente Ans. Le XVIIème siècle est également marqué par laFronde, un soulèvement d’une partie de la noblesse lors de la minorité de Louis XIV. Ces événements forgentune conception désenchanter de l’homme et du monde. La fragilité de l’homme, dirigé par la fatalité et la passion est destiné à mourir. Le seul point d’attache possible reste alors la confiance en Dieu. Face à la précarité de l’existence humaine, les jésuites ont une conception plutôt positive de la foi et du Salut. Cependant, les jansénistes défendent la théorie de la prédestination, le Salut de chacun est décidé par avance On assiste de ce fait à une critique des moeurs. Le classicisme analyse les moeurs et en profite pour les critiquer, afin de lescorriger. Le premier à s’y adonner est Molière, dramaturge célèbre. Il expose dans ses pièces les travers de sasociété. Il dénoncera plus particulièrement les médecins et les relations maître-valet. Le XVIIème siècle marquel’apparition d’un nouvel idéal: l’honnête homme. Celui-ci est capable de vivre harmonieusement dans unesociété disposant d’une forte diversité. Il est cultivé, honorable et respectueux de la morale. L’honnête hommedoit cependant se méfier de la vanité et de l’arrogance. Oeuvres moralistes: -Fables, Jean de La Fontaine (1668) -Les contes de ma mère l’Oye, Charles Perrault (1697)

-Satires, Nicolas Boileau (1666) -Les Caractères, La Bruyère (1668)

Au XVIIIème siècle Le XVIIIème siècle est grandement marqué par le mouvement littéraire, artistique, social et politique desLumières. Les idées nouvelles s’y expriment sous des formes d’argumentation très variées. Tous les genreslittéraires sont ainsi touchés (conte, fable, théâtre, dialogues, romans, poésie). L’un des plus grands travaux d’argumentation du siècle est l’écriture de l’Encyclopédie, immense oeuvre dirigée par Diderot de d’Alembert. Ce projet éditorial est en tout composé de 17 volumes d’articles, 18 000 pages de texte, 44 632 articlesprincipaux, 2 575 légendes d’illustrations. Celle-ci devient rapidement une oeuvre subjective et au registre quelques fois satirique. On y retrouve des caricatures et des critiques de la monarchie absolue et, par extension,du roi. La forme d’argumentation privilégiée est l’argumentation indirecte, les oeuvres à l’argumentation directe sont souvent publiée à l’étranger. Les principes essentiels à la pensée des Lumières sont les suivants: la raison,l'expérience, la nature, la sensibilité.Durant ce siècle, l’homme est plus particulièrement éclairé par la raison et le sens. En effet, l’homme se définit par une seule raison, une seule lumière naturelle en opposition avec la lumière de Dieu. Il faut développer l’esprit humain afin d’arriver à bout du fanatisme et de l’intolérance. Pourtant, on yretrouve une certaine sensibilité humaine. Condillac inventera ainsi le sensualisme (ensemble des idées humainesviennent des sens). Cette même nouvelle approche de l’homme est aussi effectuée par Diderot et d’Alembert avec le matérialisme (il n’existe pas d’autre substance que la matière). Le penseur des Lumières est un guerrier,leurs textes engagent un combat en dénonçant la monarchie et le clergé. Candide, de Voltaire résume à lui toutseul l’ensemble des combats menés par les philosophes des Lumières. La réflexion sur la religion est poussée àson paroxysme. En effet, Voltaire et Montesquieu adoptent le déisme, consistant à croire en un Dieu créateur mais à refuser son culte. Certains se disent même athéistes comme le baron d’Holbach, Diderot ou encore Sade, tous des matérialistes. Au niveau politique, l’ensemble des philosophes rejette l’absolutisme mais n’ont pas tous la même vision d’une politique idéale. De cette manière, Montesquieu prend le partie d’une monarchie tempérée,Voltaire et Diderot défendent le despotisme éclairé (la raison doit gouverner peu importe la forme du pouvoir) tandis que Rousseau, en tête avec Du contrat social, préfèrent la démocratie. Enfin, la question du progrès reste essentielle. Oeuvres principales: -L’Encyclopédie, Diderot et d’Alembert (1752)

-Candide, Voltaire (1759) -L’île des esclaves, Marivaux (1725) • Au XIXème siècle C’est le siècle des grands combats idéologiques, ils sont à la fois esthétiques (controverses entre romantiques etclassiques lors de la bataille d’Hernani) et politiques (Charles Fourier propose un modèle utopique de la société:le phalanstère). Etant donné les progrès techniques, l’impression de journaux est plus rapide et les réformesrendent leur publication plus libre. Leur influence devient telle qu’en 1862, une lettre ouverte de Victor Hugo au roi des Belges, demandant l’annulation de la peine de mort de 9 condamnés, publiée dans un journal permettra lalibération de 7 d’entre eux. Cependant l’exemple le plus célèbre de l’influence de la presse dans l’argumentation est J’accuse publié dans le journal l’Aurore en 1898 par Emile Zola. Dans cet article polémique, l’auteur ydéfend la cause de Dreyfus, un officier accusé de crimes qu’il n’a pas commis et qui est condamné seulement car il est juif. L’argumentation directe connaît son âge d’or notamment grâce à l’écriture de récits virulents commesles pamphlets tels que Napoléon le Petit de Victor Hugo publié en 1851. Les auteurs réfléchissent notamment à la notion de démocratie et de liberté qui reste le centre de toute argumentation durant le siècle. On retrouveégalement l’enthousiasme de la science et du progrès technique. La poésie engagée commence également ànaître grâce à des poètes comme Victor Hugo et son très célèbre poème Mélancholia paru en 1856. Le romantisme devient alors la littérature qui guide le peuple. Après avoir été témoin des bouleversements historiques du siècle dernier. De cette façon, les auteurs romantiques font écho des problèmes de leur époque,c’est pourquoi bon nombre d’entre eux s’investissent dans des combats politiques contemporains. De cette manière, Lamartine et Victor Hugo revendiquent l’image du poète visionnaire dont le but est de guider le peuple.La deuxième moitié du siècle est marquée par la Révolution industrielle et l’émergence du prolétariat et du positivisme d’autre part (doctrine fondée par Auguste Comte qui consiste à avoir seulement connaissance de faitsprouvés) et engagent une nouvelle conception de la littérature. Cette deuxième moitié de siècle voit naître leréalisme qui rend compte de l’homme dans son milieu social. Ainsi, Balzac prétend faire l’inventaire de lasociété humaine dans la Comédie humaine. En parallèle naît le naturalisme, un mouvement littéraire dont le butest d’allier sciences et littérature. Pour Zola, l’homme est régi par les lois de la sélection naturelle et de la luttepour la vie. Le naturalisme emploie une vision matérialiste et mécaniste du monde et des comportements. Oeuvres principales:

-Hernani, Victor Hugo (1830)

-J’accuse, Emile Zola (1898)

Au XXème siècle L’Histoire influence considérablement la littérature, notamment à cause des Guerres mondiales. Destraumatismes et des changements en découlent, annonçant les combats universels du siècle. Le principal combatdu siècle sera le féminisme mené par Simone de Beauvoir qui se battra pour la liberté et l’autonomie des individus, et plus précisément des femmes. En effet, l’idée de remise en question de la civilisation est essentielle:c’est l’émergence du courant absurde. Le théâtre et la poésie se concentre plus sur la défense des droits et la liberté des individus, ce sera le cas des pièces de théâtre de Camus et Sartre lors de l’Occupation. On assisteégalement à la modification des formes d’argumentation avec l’apparition de la télévision et de la radio: c’est lamondialisation des informations et des idées. Les auteurs condamnent et motivent les troupes durant la période de guerre. Camus et Sartre partent du principe que l’artiste ne peut pas faire abstraction du monde qui l’entoureet que celui ci doit en parler. Sartre dénonce notamment dans son oeuvre les écrivains qui se détachent de laréalité en ne parlant que d’amour. Camus, quant à lui, traite de l’absurdité de la condition humaine étant donné que la fin de la vie est la mort, s’appuyant sur le mythe de Sisyphe. Il part de ce principe pour le convaincre de serévolter et à lutter pour ses idées. Sartre, auteur de L’Etre et le Néant, livre dans lequel il expliquel’existentialisme. C'est l’idée selon laquelle l’existence précède l’essence: elle cherche à redonner sa liberté à l’Homme. L’Homme est libre si ce qu’il fait détermine ce qu’il est. Il n’est pas déterminé par l’inné, ce avec quoil’on naît (société, histoire, époque). C'est également la naissance du surréalisme, mouvement littéraire visant à exprimer sous toute forme possible la pensée humaine, c’est la dictée de la conscience sans aucune pensée. Ladéfinition du surréalisme est donnée par André Breton dans Manifeste du Surréalisme en 1962. Cependant,certains écrivains comme Michel Tournier et Le Clézio ont pour but d’éclairer la vie et de lui donner un sensgrâce à des mythes. Oeuvres principales: -La peste, Albert Camus (1957) -Mémoires d’une jeune fille rangée, Simone de Beauvoir (1958)

-La condition humaine, Malraux (1933)

• Au XXIème siècle C’est le siècle de l’essor de la communication et de la mondialisation. Contrairement à ce que l’on pourraitcroire, les genres d’argumentation s’adaptent très bien à ces support, notamment le pamphlet, la lettre ouverte, l’essai et la fable. Le statut de l’auteur quant à lui est considérablement modifié car de nos jours, n’importe quipeut exprimer son avis et le partager au monde entier de manière instantanée. Les formats d’argumentation sur les réseaux sociaux sont souvent jugés peu adaptés et ne permettent pas la construction d’une argumentation dequalité. Le livre est donc menacé mais celui-ci continue tout de même de prospérer. Au début du XXIème siècle, les récits les plus populaires sont les romans policiers et les romans fantastiques. On assiste également à la naissance de la littérature jeunesse en masse. Les grands combats universels se poursuivent comme celui del’égalité homme-femme et de la liberté d’expression.

III/ Notions clés 1. Notions de base de l’argumentation

• Le thème C’est le sujet traité par l’auteur. Celui-ci est neutre et objectif.

• La thèse C’est l’idée principale défendue par l’auteur. Elle est subjective car elle nécessite une prise de position de l’auteur. Dans certains textes la thèse peut être explicite mais dans d’autres elle peut être implicite et se déduit de l’ensemble du développement.

• L’argument C’est l’idée développée pour appuyer la thèse. Il peut être explicite ou implicite.L’argument peut s’appuyer sur les propos d’une personne à crédit, c’est un argument d’autorité. En effet, celui-ci lui donne du poids et de lacaution. L’argument peut aussi s’exprimer sous la forme de faits passés et donc véridiques et indiscutables.

• L’exemple Il apporte une illustration concrète à l’argument. Il rend l’argumentation plus accessible. Il peut dans certains cas prouver l’argument.

2. Les stratégies argumentatives

• Convaincre Le destinataire est amené à adopter notre point de vue en passant par la réflexion , la raison et le jugement.L’auteur utilise alors une argumentation rigoureuse avec des arguments organisés et expliqués avec précision.

• Persuader Le destinataire est amené à adopter notre point de vue en passant par les sentiments et les émotions. Dans ce cas, plusieurs registres sont employés.

• Délibérer Cette stratégie amène à considérer différentes réponses apportées au problème en comprenant leurs avantages et inconvénients. Elle est liée à une prise de décision. Très présente au théâtre.

3. Le raisonnement logique

• Le raisonnement déductif Tire d’une ou de plusieurs propositions générales une autre qui en est la conséquence. On appelle cela extraire le particulier de l’universel.

• Raisonnement inductif Il généralise des cas particuliers. D’un fait on induit une loi générale sans vérifier les exemples. On extrait l’universel du particulier.

• Raisonnement logique Enchaînement logique de deux propositions • Raisonnement d’expérience Fondé sur l’exposition des faits

• Raisonnement par analogie Rapproche la thèse défendue d’une situation comparable qui peut l’éclairer

• Raisonnement ad hominem Contraire de l’argument d’autorité, il réfute la thèse de l’adversaire en appuyant sur le peu de crédit de celui-ci.

• Raisonnement concessif Admet en partie les arguments de la thèse adverse pour les opposer à d’autres arguments.

• Raisonnement par l’absurde Utilise un argument peu valable pour justement démontrer le peu de crédit de la thèse adverse.

4. Les registres de la critique

• Satirique Critique une idée, une personne ou une situation. Le satirique passe par la moquerie et la ridiculisation pour critiquer. Il est associé au registre comique. Il utilise les procédés d’exagération pour amplifier les effetsdénoncés.

• Polémique Construit une attaque agressive qui doit faire réagir vivement le lecteur, l’indigner. Utilisation de termes péjoratifs, d’images dévalorisantes et d’insultes. Œuvres argumentatives à connaître: -Eloge de la folie, Erasme (1511): L’auteur dénonce les inconséquences humaines, les erreurs de sens et de l'esprit. Le monde est gouverné par la folie -Les Beaux-Quartiers, Louis Aragon (1936): naissance du roman à thèse, histoire à valeur exemplaire et vecteurde démonstrations de l’auteur -Les Maximes, La Rochefoucauld (1665): ensemble de petites réflexions sur des sujets divers -Dictionnaire philosophique, Voltaire (1765): l’auteur explique différents concepts ou faits dans son dictionnaire -Les Essais, Michel de Montaigne (Livre II, chapitre XXX): “Au sujet d’un enfant monstrueux”Tout monstre a une explication naturelle (1580) -Les Lettres persanes, Montesquieu (1721): Rica, un Persan en voyage en Europe, écrit des lettres à son ami Ibben. Il lui décrit ici la vie à Paris. Il brosse un portrait satirique du roi de France. -L’Esprit des lois, Montesquieu (1748): Un autre texte de Montesquieu, qui manie avec brio l'ironie sous couvert de justifier l'esclavage. -Le mariage de Figaro, Beaumarchais (1784), “Le monologue de Figaro”: Figaro revient dans ce fameux monologue sur les difficultés qu'il a rencontrées avant d'être le valet du Comte Almaviva. A travers ce personnage, Beaumarchais critique les relations entre maîtres et valets, déplore les différences de classes sociales et les différentes formes de censure auxquelles un écrivain peut être confronté. -Le Supplément au voyage de Bougainville, Diderot (1772): Dans cette oeuvre, Diderot fait parler un vieux tahitien qui s'adresse au voyageur Bougainville. -La vieillesse, Simone de Beauvoir (1970): défense des droits des personnes âgées et dénonciation de leur traitement par les politiques et l’ensemble du gouvernement -Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain, Condorcet (1793): veut l'égalité d’instruction -Questions à la littérature, Jean-Louis Curtis (1973)

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