"Le Fou et la Vénus" Charles Beaudelaire

Fiche de Charlotte, en Terminale S à Franklin


Le Fou et la Vénus


Tableau de la vie parisienne, le spleen de Paris renvoie à la modernité que Baudelaire entend donner au genre nouveau des petits poèmes en prose.

VIIe poème du recueil, présente une nouvelle allégorie, comme souvent dans les poèmes en prose de notre poète. L’allégorie étant prose par son aspect concret, narratif et descriptif, et poésie par on aspect abstrait, symbolique et spirituel.

Structure du texte : 6 paragraphes inégaux avec un paragraphe central, « cependant » - articulation logique au milieu du texte « cependant » - « et » - « mais », d’où les liens entre les 3 premiers paragraphes et les 3 derniers.

Présentation continue d’un environnement somptueux, chaque paragraphe aborde un élément nouveau :

  • 2 premières lignes, vision d’ensemble, explication. Expression liminaire « quelle admirable… ». Absence de bruit.

  • Extase universelle des choses vient illustrer, « admirable ». Insistance sur l’éclat de lumière

  • Paragraphe central introduit l’objection. Apposition, distorsion que vient révéler le « cependant ». – idée de disharmonie déployée, présence décalée, inattendue.

  • Développe « affligé »

  • Complète l’évocation de sa pensée « ses yeux disaient », met en valeur attitude implorante.

  • Chute « mais » en position voyante, opposition « fou implorant » / « Vénus indifférente ».

D’une vision d’ensemble, on passe à une vision détaillée centrée sur les deux personnages. Une « journée » prise dans sa totalité : lieux, lumière, fleurs, parfums.

Effet de resserrement, on rencontre les deux personnages. Bouffon qui parle même au style direct. La chute souligne le silence et l’indifférence de l’autre personnage.

  • Comment le poète aménage-t-il les effets d’opposition entre ensemble et détail ?

  1. Magnificence de la nature

  1. Tonalité emphatique

  • Exclamation termine la première phrase, fonction émotive du langage, émotion

  • Hyperboles, « admirable », « brûle », « de plus en plus »

  1. Sensualité environnante

  • Termes associés à l’idée d’extase, « se pâme », « orgie », « désir », « excitées », « jouissance », assonance en [a]

  • Insistance sur l’amour, mot qui porte une majuscule. Mot sert de référence dans la comparaison « comme la jeunesse sous la domination de l’Amour », retient ainsi l’attention.

  • Atmosphère de sensualité diffuse dont les composantes sont le soleil, le rôle majeur de la chaleur, l’ivresse des parfums.

  1. Eclat de la lumière

  • Présence donnée comme magique, « étincelait ». Rôle embellissant mis en valeur.

  • Soleil dispensateur de lumière éclatante et de chaleur, l’ « astre divin » préside à cette somptueuse fête de la nature qui baigne dans le silence, la magie et le merveilleux.

  • Contexte lumineux, coloré, inspirateur, révèle paradoxalement ce qui ne lui ressemble pas.

  1. Le désespoir du bouffon

  1. Un bouffon seul et suppliant

  • Bouffon visible dans une solitude étonnante. Appartient à l’univers fastueux, éclatant décrit – situation paradoxale mise en valeur, lui qui appartient pourtant au monde de la fête : le bouffon fait rire par son aspect ridicule pur faire oublier les soucis – « rire », « remord », « ennui », « costume éclatant et ridicule » avec une allitération en [c]

  • Or le bouffon est-il à sa place ? Non, sa posture le montre : « ramassé », « aux pieds d’une… », lève les yeux – situation d’infériorité, rang de méprisé. Distance entre la divinité, « colossale », et lui.

  • Infériorité accentuée par le choix d’un vocabulaire qui lui appartient – se présente lui-même au discours direct avec termes dépréciatifs, presque une surenchère négative. Emploi de comparatifs, superlatifs. Il ressent et juge douloureusement sa position de suppliant qui accentue le caractère déjà humble, méprisé de la situation de saltimbanque.

  1. Attitude de la déesse.

  • Imposante par « colossale » et son aspect hyperbolique. Gigantisme souligné, d’autant plus fort qu’elle est sur un « piédestal »

  • Le mot Déesse porte une majuscule, qui la grandit encore. Caractérisée par « immortelle » et « implacable » - préfixes négatifs : entité inaccessible, hors du domaine des mortels.

  • Regard au loin, indifférente. Sourde aux supplications, aveugle à ce qui l’entoure immédiatement.

  • Disproportionnée : jeu de disproportion entre le bouffon et la déesse accentue l’infériorité du bouffon et la supériorité hautaine et distante de la Vénus.

  • Condition du bouffon est présentée comme une anomalie par le poète à la 1PS, « je » attentif, témoin et observateur. Ce « je » insiste sur la mise en scène tragique, dérisoire, sur la déchéance de celui dont le rôle est à la fois de divertir, de créer et de rechercher la beauté.

  1. Derrière le bouffon se cache la condition de l’artiste

Recherche de beauté et souffrance – « donnez-moi mon Dieu d’écrire quelques beaux vers » dans A une heure du matin 

  1. Décor idéal

  • Celui du monde idéal. Ce n’est pas la nature qui est représentée, mais une idéalisation caractérisée par des correspondances – « les parfums, les couleurs, les sons se répondent ». Monde dans lequel le poète peut lire et capter des significations – personnifications, métaphores, comparaisons. Le parc s’humanise, la lumière est créatrice, révélant les parfums, couleurs dotées d’énergie. Le poète accède aux mystères des choses.

  • Ce monde semble fermé à l’être affligé, lui aussi allégorique

  1. Le bouffon, incarnation dérisoire du poète

  • Rapprochement entre divinité représentatrice du beau et perso comique qui voit, dans le second, l’adorateur de la première, l’image du poète à la recherche du beau et conscient de son impuissance à créer.

Paradoxalement, le poète exprime angoisse et beauté inaccessible dans un poème qui par sa forme et sa structure correspond lui-même à une esthétique définie. Sous apparence de parabole, d’expérience vécue, évoque un monde idéalisé et l’image très concrète du poète confronté à la recherche du beau.

Entre les deux parties du texte, l’opposition ne réside pas seulement dans le passage de l’universel à l’unité, de l’extase à la solitude, de la beauté au chagrin. En utilisant le « je » qui fait du poète un observateur, il annonce peut-être la confusion entre les deux « je » du texte : celui qui parle est réellement le poète parce qu’il faut avoir connu une condition inférieure pour pouvoir dire les paroles prononcées. Sensible à la beauté de ce qui l’entoure, le poète n’en est pas moins désespéré de penser que la Beauté est encore au-delà, placée si haut qu’elle devient inaccessible.

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