"Le mariage de Figaro" Beaumarchais, Acte II, scène 6

Séance 5 : L’aveu de Chérubin


Objectif :

Connaître un aveu indirect



II - Commentaire


Note supplémentaire d’introduction : Figaro est un personnage déjà présent dans la pièce du

même auteur, Le Barbier de Séville ou la Précaution inutile, 1775.

Problématiques : En quoi cette scène est-elle une scène d’aveu ? Quel est le rôle de cette scène dans la pièce ? Comment Beaumarchais construit-il la scène de l’aveu de Chérubin à la Comtesse ?

Comment est mis en scène l’aveu ?

Problématique choisie : Comment cette scène d’aveu est-elle construite ?


I - Un espace dramatique et des éléments du décors propices à l’aveu


A - Une chambre

Un lieu intime : les époux font chambre à part. Lieu féminin également : les femmes

uniquement y sont invitées. C’est donc un lieu clos. Le Comte est à deux portes de là. Donc, lieu

isolé, propice aux confidences entre la Comtesse et la première femme de chambre, Suzanne.

Cf. Acte II, scène 1 : « Ferme la porte, Suzanne et Conte-moi tout ».

Scène 4 : « Je vais fermer la porte ».

Volonté de la part des deux femmes de conspirer contre le Comte.

Mise en place d’une complicité entre les personnages et d’un complot : Chérubin est pris dans le

jeu.

Mise en place des conditions de l’aveu.


B - Des éléments accessoires

- Les éléments féminins : collet, manche, l’amadis, le ruban opposés aux éléments masculins :

gourmette et la bossette : antithèse entre masculin et féminin : ambiguïté de la position de Chérubin.

- Ruban : « Le vol du ruban » fait référence à un épisode des Confessions de Jean-Jacques

Rousseau. Dans sa jeunesse, il travaillait comme domestique. La scène se passe à Turin, chez

Madame de Vercellis. Il est amoureux d’une jeune servante. Pendant le déménagement du couple

pour lequel il travaille, il vole un ruban. Le couple prend conscience de ce vol. Rousseau est accusé,

mais il accuse lui-même Marion, dont il est amoureux : aveu retourné. Il comptait le lui offrir. Ici, vol du ruban pour un objet de vénération : aveu indirect.

- Cheval : A la fois référence à la virilité et à la guerre, et rappel de la jeunesse et de la faiblesse de Chérubin, ainsi que de son côté féminin : il est blessé par le cheval.

Transition : Tous ces éléments sont antithétiques et porteurs de symbolisme


C - Un symbolisme

Dans l’acte II, scène 26, la comtesse cache le ruban dans son sein.

Dans l’acte IV, scène 3, elle le fait tomber par inadvertance.

Ce ruban devient à la fin la jarretière de la mariée.

Chérubin le prend et récupère le ruban.

Il est symbole de sensualité, tout au long de la pièce.

Dans cette pièce, le ruban est tâché de sang : proleptique du sort de Chérubin : il va être

soldat et meurt dans La Mère Coupable.

Ici : cristallisation de l’ambiguïté masculin-féminin chez Chérubin.

Lien adultère : entre la Comtesse et Chérubin.


II - Un aveu indirect à travers une construction complexe des rapports entre les personnages


A - La Comtesse

Son rang lui impose une certaine pudeur et réserve. Elle est en rivalité avec Suzanne auprès

du Comte.

Elle donne des ordres à Suzanne : c’est tout de même la maîtresse.

Elle est sensible à la beauté de Chérubin : elle repousse cette vérité : « Quelle est folle ! »,

ligne 6.

La mise en scène permet son isolement avec Chérubin du fait des entrées et sorties de

Suzanne.


B - Suzanne

Première femme de chambre de la Comtesse, très proche de celle-ci. très souvent avec elle.

Les femmes sont confidentes l’une de l’autre.

« Voilà Madame éveillée ; elle m’a bien recommandé d’être la première à lui parler le matin

de mes noces » (Acte I, scène 1).

Suzanne est camériste (femme de chambre), son rôle est très important dans la scène et dans

la pièce.

Elle déguise alors Chérubin. Elle l’habille en femme. Elle est dramaturge en quelque sorte.

Importance des didascalies : elle est très active et coquette : elle est jalouse de la beauté de Chérubin

: ligne 4.

Elle coupe la parole à la Comtesse : ligne 15 : elle insiste sur le vol : aveu indirect ici.

Elles savent toutes les deux les où en est le cachet de Chérubin.


C - Chérubin

Celui-ci en effet est sur le point d’être nommé officier grâce à ce cachet. Il est en attente

d’un statut, il est en attente d’être un homme.

Ambiguïté masculin-féminin, le personnage de Chérubin est adolescent.

Il est donc amoureux de la Comtesse. La Comtesse en est troublée. Et cela en effet sera confirmé

dans La Mère Coupable : ils auront un enfant.

NB : le rôle devait être joué par une femme : « Ce rôle ne peut être joué, comme il l’a été, que par une très jolie femme.Nous n’avons point à nos théâtres de très jeunes hommes assez formés pour bien sentir les finesses. »

Complicité très claire avec Suzanne (cf. vers 1 à 5)/.


Conclusion : scène de désir et d’ambivalence, elle est un aveu indirect, endossé par Suzanne qui découvre le vol du ruban et est témoin donc de l’amour de Chérubin envers la Comtesse. Pièce subversive : valeurs morales et sociales bouleversées.

Ouverture : mise en scène.

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