"Le personnage de la Princesse de Clèves" La Fayette

Séquence 4 : Le personnage de la Princesse de Clèves


Problématique : Quel regard sur le personnage permet le roman La Princesse de Clèves ?


Objectifs :

- Connaître le roman d’analyse à travers La Princesse de Clèves

- Découvrir un autre personnage

Séance 1 : Présentation de l’ouvrage

Objectif : Connaître le roman de La Princesse de Clèves


1) Généralités

Le XVIIe siècle est un siècle de tumulte. La politique est instable. C’est la fin du règne de

Louis XIII, la régence d’Anne d’Autriche, la Fronde et le règne de Louis XIV. En littérature,

plusieurs courants se superposent : le baroque, la préciosité et le burlesque, ainsi que le mouvement

religieux du jansénisme qui aura beaucoup d’influence sur les auteurs de l’époque, et, donc, sur les

oeuvres d’alors. C’est alors le classicisme avec ses moralistes qui va éclore.

Madame de La Fayette est une personnalité des salons de ce temps. Comme ses héroïnes,

elle mène une existence aisée. Cependant, elle a une conception pessimiste de l’amour. En outre,

elle est seule. En effet, Madame de La Fayette est une femme mariée, mais dont le mari est lointain

et très âgé. Et de même que la princesse de Clèves, elle finira sa vie loin des troubles de la cour. En

effet, elle fuit cette société, qui est toute comédie, dénoncée dans la littérature de Molière par

exemple et dans son Misanthrope notamment, dans la retraite. Elle se méfie aussi des passions,

qu’elle considère comme funestes, qui comme dans Phèdre de Racine, dévastent l’âme de l’être

humain. De toutes ses réflexions, elle fait une somme dans ses romans, dans lesquels elle analyse le

coeur des hommes. La Princesse de Clèves est le premier roman d’analyse. Le lecteur est plongé

dans l’intériorité des héros.


2) Le caractère historique du roman de Madame de La Fayette

Madame de La Fayette écrit son roman en 1678. Cependant, elle situe l’action sous le règne

d’Henri II, en 1558. Mais, sous ce masque c’est la cour de Louis XIV qui est mise en scène. Il y a

ainsi lien entre l’histoire et l’Histoire.

En cela, ce roman s’oppose aux romans précédents sans contexte historique particulier. Chez

Madame de La Fayette, les héros et leur destin éclairent tant l’Histoire, que la morale et

l’enseignement.

En effet, au lieu de se dérouler dans un cadre pastoral (L’Astrée d’Honoré d’Urfé) ou dans

une antiquité pleine de fantaisie (Clélie de Mademoiselle de Scudéry), l’action se déroule dans un

cadre historique très précis : la fin du règne d’Henri II et le début du règne de François II. Ainsi sont

peints des traits de moeurs (un tournoi par exemple) et revivent des figures historiques, comme

Henri II, Catherine de Médicis, Diane de Poitiers, Marie Stuart, ainsi que des intrigues réelles.


3) L’importance du vrai

La vérité est importante, la vérité humaine surtout. Les sentiments sont vrais. L’analyse de la

passion est précise tant chez le duc de Nemours, que chez Madame de Clèves et son mari.

C’est aux maximes de La Rochefoucauld que l’on pense également : « La même fermeté qui

sert à résister à l’amour sert aussi à le rendre violent et durable… » (477) ; « Qu’une femme est à

plaindre, quand elle a tout ensemble de l’amour et de la vertu ! » (548).


4) Le caractère précieux du roman de Madame de La Fayette

Tandis que jusqu’alors, le roman était la relation de grandes aventures et était tout action,le

siècle découvre le « roman psychologique ». Comme le théâtre de cette époque, il raconte

l’Homme, ses passions, ses tourments et son âme.

L’on parle en ce sens des romans de Madame de La Fayette comme étant des romans

précieux. Les éléments précieux sont les suivants : les épisodes secondaires, la psychologie, les

situations compliquées et la langue. Les épisodes secondaires convergent ici vers une intrigues

centrale, contrairement aux romans précieux précédents. En outre, ils illustrent la thèse centrale en

attirant l’attention sur les désordres de l’amour. Pour ce qui est de la psychologie, souvent précieuse

elle aussi, l’auteur pose des problèmes subtils, qui sont les mêmes que ceux des salons. L’analyse de

l’amour est celle de la « carte de Tendre ». Tous les personnages sont nobles, dans les deux sens du

terme, à savoir, de coeur, comme de race. Ils sont « beaux et bien faits ». Les situations sont

complexes voire invraisemblables : le duc de Nemours assistant à l’aveu de la princesse à son mari

en est un exemple. Enfin, la langue, bien qu’assez simple, est constamment ponctuée de superlatifs

ou d’adjectifs en -able.

5) Un roman tragique

Est à souligner, l’importance de la tragédie classique. L’influence de Corneille est tout à fait

notable : le sens de la « gloire » de l’héroïne, le rôle de la volonté stoïque et de la raison lucide. Et

de même que Racine, Madame de La Fayette met en évidence les ravages de la passion. Madame de

Clèves refuse d’être à Nemours autant par souci de son repos que par respect de son devoir. La peur

de l’amour est certaine : expérience intime de l’auteur ? tradition précieuse ? pessimisme issu de la

pensée janséniste qui pénètre la littérature française pendant la seconde moitié du XVIIe ?

Certainement les trois à la fois.

Les principaux personnages sont le prince de Clèves, le duc de Nemours et la princesse de

Clèves. Madame de Chartres tient également un rôle très important. Nous pouvons trouver cinq

temps à ce récit, qui semblent correspondre aux cinq actes d’une tragédie, celle d’une l’initiation à

l’amour et de l’apprentissage de celui-ci à travers l’expérience d’une passion douloureuse.

- Premier acte : l’exposition du décor de la cour d’Henri II, toute son extériorité et ses intrigues et la

première apparition de Mademoiselle de Chartres à la cour (première partie)

- Deuxième acte : la rencontre (première partie)

- Troisième acte : examen de conscience (deuxième et troisième partie)

- Quatrième acte : L’aveu de la princesse à son mari (troisième partie et quatrième partie)

- Cinquième acte : La retraite définitive de la princesse (quatrième partie)

De nombreuses digressions sont à noter dans cet oeuvre. Mais ces digressions ont un rapport

direct avec l’intrigue principale, puisque systématiquement, et notamment à travers les péripéties

dues aux écrits (quatre lettres), elles montrent les ravages de la passion et ont un rôle majeur de

moralisation et d’édification.

Enfin, cette oeuvre répond aussi aux critères du schéma narratif du roman classique (une

exposition, un récit du déséquilibre du fait de l’arrivée de Mademoiselle de Chartres à la cour, des

péripéties et un dénouement).

Séance 2 : Le portrait de Mademoiselle de Chartres

Objectif : Découvrir le personnage de La Princesse de Clèves.

Introduction : Le décor est celui de la cour du roi Henri II. Cette cour, pleine de beaux noms et de

belles personnes, est exposée au lecteur et cette exposition se clôt avec l’apparition et le portrait de

Mademoiselle de Chartres.

Problématiques possibles : En quoi le portrait de Mademoiselle de Chartres est antithétique de

celui de la cour, lieu dominé par le mensonge, les apparences et les intrigues amoureuses ? En quoi

ce portrait laisse présager d’un destin exceptionnel ? Quelle analyse pouvons-nous faire du portrait

ici exposé ? Comment est décrite Mademoiselle de Chartres dans ce texte ? En quoi ce texte

présente-t-il Mademoiselle de Chartres comme l’archétype d’une princesse de cours ? Quel portrait

de La Princesse de Clèves, Mademoiselle de La Fayette dresse-telle ? Comment est mise en scène

l’entrée de la Princesse à la cour ? Qu’est-ce qui différencie la Princesse de Clèves des autres

femmes ?

Problématique retenue : Quel personnage donne à voir cet extrait ?


I - Une apparition / Introduction remarquée de la Princesse à la cour


a- Une beauté présentée à la cour

Dès la première ligne, l’apparition de Mademoiselle de Chartres à la cour est présentée

comme étant une apparition : « Il parut alors une beauté à la cour, qui attira les yeux de tout le

monde, et l’on doit croire que c’était une beauté parfaite, puisqu’elle donna de l’admiration dans un

lieu où l’on était si accoutumé à voir de belles personnes. » (lignes 1 à 3).

Cette apparition est celle d’une inconnue pour la cour qui en est toute troublée. Le

personnage est désignée par une métonymie, « une beauté », ligne 1.

C’est donc ainsi qu’elle apparaît d’abord, avant même d’être présentée par son rang et son

nom, ce qui est paradoxale dans un milieu tel que celui de la cour. Ainsi, sa considération va

d’abord à sa beauté et non à sa naissance.

Champ lexical de la beauté : trois fois dans le texte.

En outre, bien qu’apparaissant « dans un lieu où l’on était si accoutumé à voir de belles

personnes » (ligne 3), elle se distingue.

b- Une description tant suggestive qu’idéale du personnage

En effet, le portrait de ce personnage n’est pas tant physique que psychologique. Le portrait

physique est d’ailleurs relatif. Il nous est donné à travers le personnage du vidame de Chartres

(focalisation interne).

Il est dit au début que Mademoiselle de Chartres est « une beauté » (ligne 1), mais il n’est

donné qu’à la fin de l’extrait et reste très vague : « La blancheur de son teint et ses cheveux blonds

lui donnaient un éclat que l’on n’a jamais vu qu’à elle ; tous ses traits étaient réguliers, et son visage

et sa personne étaient pleins de grâce et de charmes. » (lignes 23 à 25).

Ce portrait physique encadre le portrait psychologique de la princesse. Il est celui des

canons de l’époque. Ces traits indéfinissables éveillent l’imagination du lecteur. C’est dire

l’importance donnée à sa beauté, beauté qui sera le point de départ du roman.

Le « portrait psychologique » du personnage est celui d’une beauté de haut rang.

Ne sont donc donnés au lecteur que canon et métonymie : « une beauté », qui éblouit « les

yeux de tout le monde » par son « éclat ».

Et ce portrait physique s’accompagne d’un portrait psychologique.

c- Une apparition hyperbolique

Cette beauté apparaît donc « dans un lieu où l’on était si accoutumé à voir de belles

personnes » (ligne 3). C’est donc ici d’une beauté supérieure dont il est question, exprimée ici à

l’aide de formules hyperboliques (qui renforcent ici l’idée de beauté par une accumulation

d’exagération) : « d’une beauté parfaite » (ligne 2), d’ « admiration » (ligne 2), de « grande beauté »

(ligne 23) et « d’un éclat que l’on n’a jamais vu qu’à elle » (ligne 24), « pleins de grâce et de

charmes » (ligne 25).

En ce sens, nombreux sont les superlatifs appliqués à Mademoiselle de Chartres : elle est

« une des plus grandes héritières de France » (ligne 4), « un des grands partis qu’il y eût en France »

(ligne 19 et d’une « extrême jeunesse » (ligne 20).

L’accent est mis sur la perfection.

Transition : Ce portrait est rehaussé par l’importance accordée à l’éducation, faisant de

Mademoiselle de Chartres un personnage idéal.


II - Le portrait d’un modèle d’éducation


a- Importance de l’éducation

Sa naissance, bien que seconde information donné dans le portrait dressé de la princesse, et

ce, après la beauté, à nouveau, point de départ du roman, donc, mis en valeur (c’est sa beauté qui va

la perdre), est tout à fait mise en avant (ligne 3 et 4). Sa naissance est introduite par l’évocation du

décès de son père et par la prise en charge de son éducation par sa mère, madame de Chartres

(lignes 4 et 5). Ainsi, le personnage est présenté et son nom est donné.

Cette éducation dont il est question à partir des lignes 6 et 7, prend une place majeure dans

cet extrait (treize lignes sur 25). En plus de la perfection physique, c’est d’une perfection morale

dont il est question. Elle est de haute naissance et est présentée comme étant une jeune personne

tout à fait accomplie (ligne 14-15

Mademoiselle de Chartres, dont le nom est donc déduit, a en effet reçu une éducation des

plus rigoureuses, du fait, notamment de son rang.

Cette importance donnée à l’éducation participe de la volonté de l’auteur de faire de son

roman tant un roman psychologique, qu’un roman d’apprentissage. Le réalisme psychologique est

patent. or, cette éducation est donné par Madame de Chartres, qui veut la « persuader », ligne 11 et

non seulement la convaincre.


b- Importance de Madame de Chartres

Madame de Chartres est le sujet de tous les verbes, tandis que Mademoiselle de Chartres

apparaît comme le réceptacle de cette éducation, de la parole de sa mère.

Le temps utilisé est ici celui de l’imparfait qui exprime donc à la fois la durée de ce temps

d’éducation, l’habitude et la répétition des conseils donnés : « elle lui montrait », ligne 11, « elle lui

contait », ligne 12, « elle lui faisait voir », ligne 16. L’emploi de l’adverbe « souvent », ligne 10

insiste sur la répétitions des conseils donnés.

C’est ensuite par son entremise que l’histoire de Mademoiselle de Chartres alors, future

Princesse de Clèves, commence : lignes 19 à 22.

Importance de l’orgueil de Madame de Chartres « extrêmement glorieuse » (ligne 21) :

sentiment d’une gloire personnelle dont il tire orgueil, orgueil qui est tant celui de la naissance que

de la connaissance des qualités supérieures de sa fille, ligne 5 : « dont le bien, la vertu et le mérite

étaient extraordinaires ». Importance du paradoxe ici : le bien est cité en premier lieu. A nouveau

ici, c’est de l’orgueil dont il est question.

Or, cet orgueil sera la cause des malheurs de Mademoiselle de Chartres.

Cette importance de Madame de Chartres va à l’encontre des pratiques de l’époque : les

jeunes filles étaient habituellement éduquées au couvent ou par un précepteur. Originalité ici et

importance du vocabulaire de l’éducation : « donné ses soins », « travailla », « cultiver », « songea

aussi à lui donner », … (lignes 6 à 18).


c - Des valeurs

Il y a volonté pour Madame de Chartres de former sa fille à la vertu et de lui inculquer des

valeurs classiques et morales. Elle préfère lui parler directement de « galanterie » (ligne 9).

Présence de deux champs lexicaux opposés : amour et vertu : Madame de Chartres, va en ce

sens porter son intention sur ces deux pôles :

- « amour » (ligne 11) : « infidélité », « tromperie », « malheurs » (ligne 13) (vision pessimiste de

l’amour : agréable=dangereux)

- « d’un autre côté » (ligne 14), « la vertu » (lignes 14-15 et 16) : « tranquillité » et « honnête

femme » (ligne 14), « éclat » et « élévation » (ligne 15)

Volonté de Madame de Chartres : inspirer à sa fille l’amour de cette vertu par « une extrême

défiance de soi-même », et par le fait « d’aimer son mari et d’en être aimé » (lignes 17 et 18).

A travers toutes ces lignes, le discours de Madame de Chartres est un discours indirect

(importance des interrogatives indirectes : lignes 11 à 18).

Mais c’est aussi le narrateur que l’on entend ici : importance de l’indéfini « on » qui

parcourt l’ensemble du texte (lignes 1 et 24 par exemple), jugements (lignes 8 et 17-18) : le

narrateur donne au texte sa tonalité moraliste. C’est aussi Madame de La Fayette qui s’exprime

directement ici en critiquant la volonté dans l’éducation, d’éviter de parler de galanterie, ce qui est

le meilleur moyen d’en être la victime (importance ici du présent de vérité générale) :

- cultiver son esprit et sa beauté, afin de plaire en société

- donner de la vertu, afin d’inculquer des valeurs morales aux jeunes filles

- parler franchement des dangers de la vie

- enseigner une extrême défiance de soi-même

- par des exemples concrets

Cette éducation rigoriste et moraliste est issue du jansénisme de Madame de La Fayette et

reprend les débats fréquents concernant l’amour dans les salons du XVIIe siècle.

Ce discours marquera Mademoiselle de Chartres qui en fera sa ligne de conduite. Le lecteur

voit donc déjà les grandes lignes du roman se dessiner : la lutte de la princesse de Clèves pour rester

fidèle à l’éducation qu’elle a reçu.


Conclusion :

Synthèse : Importance de l’idéalisation du personnage, dans une cour d’apparat, qui reste

mystérieux, et de la mère, dont les discours marqueront à jamais la princesse, et qui resteront

présents jusqu’à la fin du roman. Ce portrait laisse présager d’un destin exceptionnel.

Ouverture : La dernière entrevue entre la princesse de Clèves et le duc de Nemours.


Séance 3 : L’examen de conscience de la princesse


Objectif : Connaître l’étude de la passion chez la princesse


Introduction : Après avoir fait la connaissance du duc de Nemours, la passion de la princesse de

Clèves ne cesse d’aller en grandissant. En effet, il s’agit là d’un coup de foudre qui s’affirme

davantage chaque jour. La princesse identifie clairement cette passion et revient sans cesse en ellemême

pour s’examiner, en conscience (onze fois). Cet extrait est le plus décisif et le plus

douloureux. En effet, la voici de retour d’un état de grâce qui ne se produira plus de tout le roman.

Elle vient de rédiger avec M de Nemours une fausse lettre.

Problématiques possibles : En quoi ce texte est-il un soliloque ? Quelle analyse du personnage

l’auteur propose-t-il ? De quelle manière l’examen de conscience de La Princesse de Clèves est-il

mis en valeur dans cet extrait ? Comment est ici vécu le conflit de la raison et de la passion ? Quelle

est la fonction du passage ?

Problématique retenue : Comment le texte rend-il compte de l’intériorité du personnage ?


I - Une douloureuse introspection


a) Une solitude

A partir de la ligne 2, le lecteur a connaissance de la solitude de Madame de Clèves. Or,

cette solitude permet l’introspection. Après avoir été toute gai, la voici de retour à elle-même :

lignes 2 et 3.

Les temps verbaux indiquent la mise en place de cette nouvelle situation : passé simple :

« s’en allèrent », « demeura » (ligne 2) : circonstances propices à la méditation.

Ce retour à elle-même est, de même mis en place par des passés simples : « revint »,

« regarda avec étonnement » et « se remit devant les yeux », dont tous ont pour sujet la princesse.

Un monologue est donc mis en place.


b) Un monologue dédaléen / complexité de la pensée

Champ lexical de la pensée.

Ce qui s’offre au regard intérieur est traduit par l’imparfait : « était le soir » et « se trouvait

alors », ligne 4. Ce temps sera utilisé jusqu’à la fin du paragraphe.

C’est alors un long labyrinthe de réflexion traduit par une syntaxe des plus tortueuses : la

première phrase n’occupe qu’une seule ligne : elle met en place la situation. Quatre autres phrases

seulement forment l’ensemble du paragraphe. C’est dire l’importance des circonvolutions de la

princesse et de son esprit. Les deux phrases surtout (lignes 7 à 16) : de nombreuses subordonnées

s’entremêlent : expression de la conscience tourmentée de la princesse : rythme binaire. Pour ce qui

est de la phrase des lignes 6 à 10 : principale : « elle ne se reconnaissait plus elle-même. » Pour ce

qui est de la phrase des lignes 11 à 16 : principale : « elle trouvait » et proposition coordonnée à la

principale « et elle était honteuse de paraître si peu digne d’estime aux yeux même de son amant ».


c) Une réalité/pensée contradictoire

Ligne 10 : importance, car au centre même de l’extrait : « elle ne se reconnaissait plus ellemême

» mais il n’y a rien de plus horrible pour elle que les « cuisantes douleurs » dues à sa jalousie

(lignes 16 à 19) : retour au point de départ.

Importance en effet dans ce texte des éléments adversatifs : « malgré » (préposition),

« mais » (conjonction adversative de coordination).

C’est donc de cette « prodigieuse différence » (ligne 4) des états de la princesse, dont il est

question.

Transition : Seule, Madame de Clèves est donc bien en lutte intérieure. L’âme de Madame de

Clèves est en désordre. Elle constate en effet combien la passion a prise sur elle. Il s’agit bien là

d’une intense méditation.


II - Une scrupuleuse analyse


a) La prise de conscience d’une héroïne tragique

Ligne 2 : « elle revint comme d’un songe » et « elle ne se reconnaissait plus ellemême

» (ligne 10), font montre de la conscience de la princesse, qui se bat contre sa passion et son

dédale : « aliénation tragique » : personnage qui se manque à soi-même et qui devient un autre, du

fait de sa passion. Et cependant, la passion semble l’emporter, si le lecteur s’arrête à la dernière

phrase du paragraphe.

En outre, le caractère omniscient du narrateur sur son personnage (focalisation interne),

permet cette analyse : à nouveau, les imparfaits permettent de le comprendre : « elle pensait », « elle

trouvait » et expriment le fait que la princesse ressasse ses pensées.

Le lecteur trouve également du style indirect : « quel calme et quelle douceur avaient

succédé à cette aigreur, sitôt qu’il l’avait persuadée que cette lettre ne le regardait pas » (lignes 6 et

7).

Aucun terme introducteur, démonstratif « cette » : indices peu contestables du style indirect

libre.

L’héroïne est ici tout à fait emportée dans ses passions : vocabulaire de la tragédie.


b) Raison et sentiment

La princesse de Clèves découvre et analyse le sentiment qu’est celui de la jalousie, qu’elle

ne connaissait pas jusque là. L’anaphore du terme « aigreur » l’atteste. Ce sentiment est analysé,

particulièrement et c’est de cette analyse que découle la dernière phrase du paragraphe.

Importance du terme à la ligne 10 : au milieu du texte.

Cette jalousie va avoir une influence certaine sur son comportement, qui lui exposera

davantage encore sa passion pour le duc de Nemours.

Il en est de même de tous les sentiments.

Isotopie du sentiment.

Isotopie de la raison.


c) Vers une délibération

Ces longues phrases montrent combien la princesse est tourmentée. Elle analyse tant ses

sentiments que les apparences et les opinions d’autrui, du prince et du duc, surtout. Ainsi que son

comportement « le soir » et « alors » ligne 4

Le personnage prend toute la place, n’en lassant guère au narrateur.

Evolution dans la pensée :

Parallélisme « Quand elle pensait » (lignes 7 et 10).

« elle trouvait » (ligne 14)

« ce qu’elle pouvait le moins supporter » (ligne 17)

L’anaphore de « aigreur » par exemple insiste sur ses sentiments et traduit le ressassement

qui s’installe dans cette âme profondément bouleversée : pensées intimes.

Son devoir envers son mari est mis en avant : lignes 14 à 16


Conclusion :

Synthèse : analyse lucide du personnage,. Celui tente de se retrouver lui-même. Tant examen de

conscience que monologue tragique, l’héroïne a pour but de prendre une décision.

Ouverture : C’est à l’issue de cet examen qu’elle décidera de quitter la cour et de se rendre à la

campagne, près de Coulommiers. Cet épisode prépare l’aveu, dont elle espérera le salut, mais qui

aura de lourdes conséquences.

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