Le personnage de roman

I/Le roman A. La construction de l’intrigue • L’incipit L’incipit concentre plusieurs enjeux majeurs du roman. Il y a 4 formes d’incipits différents. -Statique, il présente de façon détaillée le cadre du récit, souvent grâce à une longue description. -Progressif, il dévoile peu d’informations afin de conserver une part de mystère. -In medias res, le lecteur commence sa lecture lors d’une action qui a déjà commencé et dont la suite se déroulesous ses yeux. -Suspensif, il ne donne aucune information et n’amorce aucune action Un incipit doit également remplir trois fonctions principales: -Il répond aux questions du lecteur lorsqu’il commence le roman (qui? ou? comment?)-Il provoque la curiosité du lecteur pour l’inciter à poursuivre sa lecture. -Il noue un pacte de lecture et donne les clés nécessaires à la compréhension du roman. • Les séquences narratives Un roman contient le plus souvent une intrigue complexe mêlant plusieurs fils narratifs. Un distingue 3 types de séquences narratives: -Enchaînées, lorsqu’elles se succèdent dans l’ordre chronologique-Enchâssées, lorsqu’une autre séquence est introduite dans la séquence en cours-Développement simultané, lorsqu’elles se déroulent en même temps • L’explicit L’explicit désigne le dénouement de l’intrigue. Celui-ci a une valeur dramatique grâce à un dernierrebondissement. Il a également une valeur morale car il tire un enseignement de l’histoire. Certains explicits sont ouverts et donnent l’impression que l’histoire n’est pas tout à fait achevée. B. Le temps de la narration • Le moment de la narration Le moment de narration désigne l’époque à laquelle le narrateur raconte son histoire. Cette information est très rarement précisée. On distingue 3 types de narrations: -Ultérieure, si la narration raconte des faits passés -Simultanée, si la narration raconte des faits qui sont en train de se passer -Antérieure, si les faits racontés sont futurs En général, la narration suit un ordre chronologique. On distingue cependant des analespses (retours en arrière) et prolepses (anticipations). Il y a 4 rythmes de narration: -L’ellipse, elle passe sous silence une partie de l’histoire -Le sommaire, il résume une partie de l’histoire souvent sans grande importance -La scène, elle développe un temps fort de l’intrigue -La pause, interrompt l’action pour une description ou un commentaire

C. La focalisation

• Le mode de narration Le mode de narration désigne la position qu’occupe le narrateur par rapport l’histoire. On compte deux types demodes de narration. -A la première personne, le personnage est alors un personnage du récit -A la troisième personne, le personnage est extérieur au récit • Le point de vue Ce même narrateur peut également adopter 3 points de vue différents: -Externe, il a le point de vue d’un observateur extérieur limité à ce qu’il voit et entend -Interne, il adopte le point de vue d’un personnage, il voit le monde à travers sa conscience ses pensées etsensations. -Omniscient, le narrateur sait tout et voit tout.

D. La description • Les caractéristiques de la description La description se différencie de la narration par l’usage de: -Verbes de perception -Verbes d’état -Présentatifs (c’est, il y a,...) -Vocabulaire concret -Indices spatiaux -Figures de style caractéristiques (comparaison, métaphore, énumération) -Imparfait ou Présent • Les fonctions de la description La description dans un récit peut avoir 5 fonctions différentes en fonction du besoin de la narration:-Documentaire, elle renseigne sur un lieu, un objet ou un personnage -Réaliste, elle renforce la vraisemblance du récit -Narrative, elle donne des informations nécessaires à la compréhension du récit -Symbolique, portrait de personnages types -Argumentative, elle sert de preuve ou d’exemple

II/ L’histoire du roman, du XVIème siècle au XVIIème siècle A. Le roman avant le XVIIème siècle • Les origines antiques du roman Les genres narratifs de l’Antiquité sont considérés comme les ancêtres du roman. Le genre de l’épopée est le plus prisé, contant l’histoire de héros mythiques tels que Ulysse ou Enée. La littérature grecque quant à elle seconcentrait plus sur des récits légers aux intrigues amoureuses. On peut citer par exemple les Ethiopiques de Héliodore d'Emèse. Une veine satirique se développe également dans la littérature latine mêlant ironie et réalisme. • Le roman médiéval Le roman naît au XIIème siècle ou il désigne les récits écrits en langue romane, c’est à dire en langue vulgaire.Les premiers romans sont proches de l’épopée mais remplaçant le modèle antique par l’idéal du chevalier. Ondistingue deux matières: -La matière antique, reprenant les caractéristiques de l’épopée antique avec des personnages similaires (Roman de Thèbes, XIIème siècle). -La matière de France, qui comprend des chansons de gestes (La Chanson de Roland, XIème siècle) -La matière de Bretagne, qui rassemble les romans de Chrétien de Troyes comme Perceval ou le conte du Graal (XIIème siècle) Dans les siècles suivants, les auteurs privilégient des formes de romans plus réalistes avec des personnagesinscrits dans la réalité contemporaine. C’est le roman courtois qui tourne parfois à la satire ou à la parodie.C’est également le déclin du genre romanesque aux XIVème et XVème siècles. • Le roman au XVIème siècle A cette période de l’histoire, le roman connaît une renaissance. Le modèle du roman de chevalerie resteomniprésent (Amadis de Gaule, Garci Rodríguez de Montalvo, 1540) cependant l’art narratif est renouvelé par la nouvelle. La nouvelle constitue un lieu de recherche de réalisme avec par exemple Heptaméron, Marguerite deNavarre, 1559. Les récits de Rabelais révolutionnent l’écriture romanesque avec Pantagruel (1532) etGargantua (1534). C’est l’invention du roman moderne, entre fiction et réalisme de la satire.

B. Le XVIIème siècle, l’invention du roman moderne • Le roman au XVIIème siècle L’âge baroque est marqué par le grand succès des romans précieux et héroïques mêlant le récit d’aventures, le roman sentimentale et la pastorale (L’Astrée, Honoré d’Urfé (1607-1628). Ils peuvent également représenter des figures et des valeurs de l'aristocratie comme dans Artamène ou le grand Cyrus de Madeleine et Georges Scudéry (1649-1653). Ces intrigues sont souvent invraisemblables et complexes. En réaction aux romans héroïques se développent les modèles du roman comique et du roman picaresque. Ces anti-romans critiquent l’invraisemblance des romans héroïques. On peut citer comme oeuvre comique Le Roman comique de Scarron (1651-1657). Le roman picaresque, d’origine espagnole, narre les aventures du picaro (détaillé dans la partie IV/ B.). Les grands romans picaresques de l’époque sont La Vie de Lazarillo de Tormes et de ses fortunes et adversités, roman anonyme publié en 1554 et La Vie de Guzman de Alfarache écrit par Mateo Aleman (1599-1604). Ces romans connaissent un vif succès en France à la pointe du XVIIème siècle. On assiste également à la naissance du roman d’analyse qui concilie les valeurs aristocratiques et la recherche de vraisemblance. Ce type de roman est souvent représenté par La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette écrit en 1678. Celui-ci vise à une représentation réaliste des sentiments et du coeur humain. C. Le XVIIIème siècle: l’essor du roman • Le roman au XVIIIème siècle Durant cette période, les genres romanesques du siècle précédent perdurent, le roman picaresque se muant deplus en plus en roman d’apprentissage. Prévost, Rousseau et Laclos offre quant à eux des romans d’analyseaboutis. Durant le siècle des Lumières, le conte est également très prisé. Les Contes des Mille et Une Nuits sont traduits par Galland en 1704, témoignant de ce grand succès. Les romans philosophiques permettent aux écrivains de transmettre leurs idées comme les Lettres persanes de Montesquieu (1721). Le XVIIIème est une période où l’imaginaire est repoussé. Voltaire appelera par ailleurs son roman Candide une“coïnnerie”. On assiste également à la création de romans-mémoires, comme Marivaux avec La Vie de Marianne (1731-1741) et l’Abbé Prévost avec Manon Lescaut (1731). Le genre du roman épistolaire se développe avec Julie ou la Nouvelle Héloïse (1761) de Rousseau et Les Liaisons dangereuses (1782) de Laclos. Ce rejet du fantastique s'exprime sous la forme de critique littéraire comme par le succès de l’antiroman commeJacques le Fataliste et son maître (1796) de Diderot qui dénonce les conventions artificielles du genre. Dans la seconde moitié du siècle, on voit naître le roman sentimental marqué par le développement de lasensibilité. C’est le cas de Paul et Virginie (1788) de Bernardin de Saint-Pierre. A la toute fin du siècle, le roman fantastique renaît sur le modèle des romans gothiques anglais. Ce genre est illustré par des romanciers tels que Cazotte, qui imagine des histoires inquiétantes marquant la perte d'influencedes Lumières et la transition vers l’âge romantique. D. Le XIXème siècle: l’âge d’or du roman • Le roman au XIXème siècle Le roman retrouve de l’invraisemblance, c’est la continuité de la fin du XVIIIème avec la renaissance du roman fantastique. Le roman d’aventures est quant à lui toujours très prisé des lecteurs, comme par exemple Vingt

mille lieues sous les mers (1870) de Jules Verne. Les romans-feuilletons apparaissent comme Les Mystères de Paris (1842-1843) d’Eugène Sue. Ces romans multiplient les rebondissements et insèrent des éléments irréelsdans leur intrigue. On a également la naissance du roman historique, mêlant vérités historiques et fictionromanesque. C’est le cas de Les Trois Mousquetaires (1844) de Dumas et de Quatrevingt-treize (1874) de Victor Hugo. C’est aussi le siècle du culte de la réalité. En effet, dans la seconde moitié du siècle, le roman de moeursconstitue un moyen de retranscrire les réalités sociales de l’époque. Les romans réalistes (Balzac, Stendhal, Flaubert) et naturalistes (Zola, frères Goncourt, de Maupassant) racontent des destins individuels de personnages ordinaires, dans un cadre quotidien et bourgeois. E. Le XXème siècle: le roman en crise • Le roman au XXème siècle Au XXème siècle, le roman populaire revient à la mode. Celui-ci concentre les romans de science-fiction, les romans policiers et les romans noirs (version pessimiste du roman policier américain). Tous ces récitstémoignent d’une vitalité populaire. A cette époque, le roman est lentement délaissé au profit du récit neutre qui suit les péripéties banales d’une viesans intérêt. Cette remise en cause du romanesque trouve un exemple dans L’Etranger (1942) d’Albert Camusmais surtout dans les récits du nouveau roman comme Tropismes (1939) de Sarraute ou Les Gommes (1953) de Robbe-Grillet III/ La construction du personnage A. Les caractéristiques du personnage L’auteur doit, afin de rendre son récit plausible, donner à son personnage des caractéristiques communes. Cesnombreux détails réalistes sont: -Le nom et le prénom -Âge -Histoire passée -Langue -Statut social B. Les modes de présentation

  • Une présentation physique On décrit un personnage par son physique en utilisant des traits caractéristiques qui peuvent indiquer la psychologie du personnage. On retrouve beaucoup ce type de présentation chez Balzac.

  • Une description morale Le personnage est présenté par ses actions et ses sentiments

  • Une description sociale Le personnage est caractérisé par ses vêtements, sa profession et toutes les choses matérielles quil’entourent. Il peut aussi être présenté par ses fréquentations. IV/Généralités sur le personnage de roman A. Le personnage de roman à travers l’histoire • Antiquité: un être parfait Durant l’Antiquité, il n’y a pas de romans. La littérature se compose principalement de poèmes. Cependant lesépopées et les tragédies (adaptées plus tard en romans pour certaines épopées) mettent en scène l’idéal antique. Le héros durant l’Antiquité ne se caractérise pas par sa personnalité mais par ses actions et sa bravoure.

Moyen-âge: Un héros qui agit

Au Moyen-Age, le roman de la chevalerie est le plus prisé.Ces récits s’organisent autour d’évènements importants ou d’actes de courage ou de charité. Ce sont essentiellement des faits d’arme de chevaliers. C’estdonc un personnage codifié répondant à des critères très particuliers. • XVIème au XVIIIème: une identité propre et une histoire personnelle Le roman moderne naît au XVIème siècle en opposition au roman de chevalerie. Le personnage devient unpicaro, un être imparfait et miséreux. On assiste également au renouveau du registre satirique, rendant les personnages ridicules. Il existe cependant de personnages de roman pris au sérieux comme le héros ou l'héroïne précieux(se) ou encore le personnage classique explorant le coeur humain. A cette époque, le genre romanesque reste toutefois minoritaire alors que le théâtre connaît son heure de gloire. • XIXème: un individu banal Le XIXème est le siècle de l’individualité et de la naissance de la bourgeoisie. Le personnage devient un êtrecomplexe avec une histoire détaillée. Il est entouré de personnages secondaires, d’un cadre professionnel, etc. Le narrateur s’appuie sur des jeux de points de vues, la description et les discours rapportés. Le portrait du personnage devient un exercice de style phare. • XXème et XIXème: une entité en crise A partir de la Première Guerre mondiale, les récits deviennent sombres, témoignant du traumatisme de guerre.C’est également le début de la psychanalyse, dominée par Marcel Proust. On assiste à es explorations et expérimentations narratives. Le personnage se questionne sur sa position par rapport au monde et sa raison de vivre. B. Les principaux types de personnages en fonction des époques • Le picaro (XVIème au XVIIIème) Picaro est un mot espagnol qui signifie “miséreux”. En littérature, un picaro est un personnage en marge de lasociété. Ce type de personnage apparaît entre le XVIème et le XVIIème et est très prisé des écrivains. Ce sont des anti-héros qui répondent à l’idéal chevaleresque du Moyen-Age. Néanmoins le picaro cherche la gloire et à augmenter son prestige, il a alors recours à des ruses pour parvenir à ses fins, sans jamais y arriver complètement. Ainsi on assiste à la naissance du roman picaresque, proche de l’autobiographie, contant l’histoire d’un vagabond. Ce romans servent souvent à critiquer les moeurs de la société, le lecteur rencontre au cours desa lecture toutes le classes sociales. Le roman picaresque est très libre et n’a parfois pas de logique propre, le lecteur se sent ainsi libre d’interpréter l’oeuvre comme bon lui semble. Ces romans s'inscrivent dans le réalismeet dans le naturalisme. Romans picaresques: -Le Paysan Parvenu (1735), Marivaux -Manuscrit trouvé à Saragosse (1797-1815), Jean Potocki -Mémoires de Barry Lyndon (1844), William Makepeace Thackeray • Le personnage précieux (XVIIème et début XVIIIème) Le personnage précieux est issu du courant littéraire de la préciosité, très apprécié aux XVIIème et XVIIIèmesiècles malgré l’aspect mineur du roman. Le précieux est issu de la noblesse et est un être pudique qui fait attention à bien respecter les règles de bienséance. C’est l’apparition du personnage complexe. Il participe à lavie culturelle et va à de salons souvent tenus par des femmes précieuses. Ceux-ci ont une conversation mondaine et savent briller par leur culture et leur art de parler. Le personnage précieux est souvent victime de la passion amoureuse dans la littérature mais sait la contrôler et fait toujours passer l’honneur avant l’amour. Romans précieux/avec personnages précieux: -La Princesse de Clèves (1678), Madame de La Fayette -L’Astrée (1607), Honoré d’Urfé -Carithée (1621), Marin Le Roy de Gomberville -Artamène ou le Grand Cyrus (1649-1653), Madeleine et Georges de Scudéry • Le personnage de roman moderne (XVIIème et XVIIIème) Vers le milieu du XVIIème siècle, les idéaux sont remis en question dans l’œuvre de Cervantès, Don Quichottequi marque le début du roman moderne. On assiste à la naissance d’un personnage imparfait, en opposition avec l’idéal chevaleresque et précieux. Le personnage est alors confronté à la réalité: la vieillesse, la vulgarité, etc.

La naissance d’un personnage avant tout humain (XVIIIème) Le XVIIIème est le siècle d’or du roman, source principale de savoir. Ceux-ci servent à la fois à véhiculer desopinions et à dénoncer la monarchie absolue. C’est aussi l’époque de la censure. Les auteurs cherchent ainsi àmettre en scène un personnage auquel le lecteur peut s’identifier, un personnage qui fait des erreurs et victime detourments. Ce sont souvent des personnages engagés. Les auteurs mettent également en scène des personnages émigrés ou encore des picaros. Ce personnage sera d’autant plus important au XIXème siècle où il divulgue denombreux idéaux et idées. • Un personnage médiocre emprunt d’une morale (XIXème) Au XIXème siècle, le personnage de roman se complexifie encore, il a maintenant une identité propre etdétaillée. C’est également un personnage plausible, réaliste. Le auteurs réalistes et naturalistes créent également un personnage médiocre (à ne pas confondre avec le picaro!). Ceux-ci sont enfermés dans leur condition sociale et manquent de grandeur. Ils ne peuvent atteindre leur idéal et désespèrent. Les auteurs utilisent le personnagemédiocre afin de se moquer d’eux et de leurs comportements. Romans aux personnages médiocres: -Madame Bovary (1857), Gustave Flaubert -Une Vie (1883), Guy de Maupassant -Le Rouge et le Noir (1830), Stendhal • Un personnage bouleversé et soucieux de l’avenir du monde (XXème) Durant le XXème siècle, le monde entier est traumatisé par les deux Guerres mondiales. La littérature n’échappepas à ce traumatisme et retranscrit dans ses personnages cette inquiétude. Un assiste à un rejet du personnage de roman classique. En effet, celui-ci perd toute identité et individualité. C’est à ce moment que le anti-héros devient un personnage prisé des auteurs. Ces anti-héros sont souvent passifs, vides et lâches.Il est alors difficilede s’identifier à ces personnages si peu réalistes, pourtant emprunt d’inquiétudes bien réelles de la part de l’auteur. Le style de l’auteur inspire souvent de celui des auteurs de la première partie du siècle (Proust, de Gide). Romans caractéristiques du XXème: -L’Etranger (1967), Albert Camus -La condition humaine (1933), André Malraux -La Nausée (1938), Jean-Paul Sartre -Du côté de chez Swann (1913), Marcel Proust

©2020 par ElèvesSolidaires. Créé avec Wix.com