"Le portrait de Conrad Tronko" Victor Cherbuliez

Séance 6 : le portrait de Conrad Tronko


Objectif : Connaître les caractéristiques du portrait du militaire polonais à travers le personnage de Conrad Tronko


Introduction :

Victor Cherbuliez est un écrivain français (Genève, 1829 - Combs-la-Ville, 1899). Il reçut

une éducation cosmopolite et fit notamment un voyage en Orient. Né d’une famille française

réfugiée en Suisse à la suite de la révocation de l’Edit de Nantes, il est le fils d’un érudit

orientaliste, hébraïsant, hélléniste et latiniste, à l’Académie de Genève, André Cherbuliez. Victor Cherbuliez redevint français en 1880 par le bénéfice du droit de « grande naturalisation ». Il est élu membre de l’Académie française le 18 décembre de l’année suivante. Il fit paraître de nombreux ouvrages mêlant à une fiction romanesque des propos concernant l’archéologie et l’esthétique, ainsi que des romans plus classiques, dont fait partie L’Aventure de Ladislas Bolski (1870), qui fut même porté à la scène en 1879. Mais, plus généralement, ses romans sont publiés dans la Revue des Deux-

Mondes, comme ses chroniques politiques. Il écrivit également des oeuvres critiques.

Ce roman exploite les tourments d’un exilé polonais à Paris. Le comte Ladislas Bolski,

enfermé dans un asile d’aliénés, écrit ses mémoires lors d’une époque de lucidité. Fils d’émigrés

polonais, il vécut d’abord à Genève, puis, à la mort de son père, il se rendit à Paris. Il est d’un esprit

étrange et plutôt libertin. Là, sa mère s’efforce de le tenir à l’écart des intrigues et des dangers de la

politique. Mais le jeune homme fait la rencontre d’un patriote polonais, Stéphane Tronsko. il est

alors tout enflammé par les nouveaux idéaux. Il obtient de se faire confier une mission dangereuse.

Cependant, c’est une passion pour une Russe, la comtesse Lievitz, qui lui fait négliger le but de son

voyage en Pologne, où elle vient le retrouver. Il est alors arrêté comme conspirateur et est sur le

point d’être envoyé en Sibérie. Cependant, la comtesse obtient sa grâce auprès du tsar.

Problématiques possibles : En quoi ce texte est-il un portrait ? Comment est articulé le portrait du

militaire polonais ? En quoi ce portrait est-il le portrait d’un militaire polonais ? Comment Victor

Cherbuliez propose-t-il de définir le militaire polonais ? Comment pouvez-vous définir l’esthétique

de Victor Cherbuliez dans ce portrait du militaire polonais ?

Problématique retenue : Comment Victor Cherbuliez propose-t-il de définir le militaire polonais

dans cet extrait ?


I - Un portrait en action


a) Un portrait physique

Le premier élément physique aperçut est la figure du personnage, ligne 1. On ne sait pas

quel âge a ce personnage.

On sait en revanche qu’il est « de haute taille, de forte carrure, le front largement ouvert, la

poitrine bombée » (lignes 2 et 3). C’est donc un personnage imposant.

Ce personnage semble venir d’ailleurs d’un pays oriental, du fait de cette masculinité

exacerbée : ses narines et ses mains sont dites velues, lignes 3 et 4.

Mais très rapidement, le lecteur se demande s’il s’agit bien d’un être humain ? Il est dit avoir

une tête de lion, un cou de taureau renflé à la nuque d’un triple bourrelet de chair. » lignes 4 et 5.

Ses orbites sont dites profondes, ses pommettes saillantes, son nez, grand, est dit être

fièrement découpé, lignes 5 et 6.

« Sa peau est sillonnée d’une multitude de petites rides qui la plissaient en tout sens », lignes

7 et 8.

« sa joue gauche était traversée du haut en bas par une formidable couture. », ligne 8 et 9.

En outre, ses yeux sont « enfouis sous la broussaille de ses énormes sourcils. », ligne 10 et

« sa bouche […] se dissimulait dans l’ombre de sa barbe grise. », ligne 11 et une « moustache

grise », ligne 14.

Sa tournure est qualifiée d’ « athlétique », ligne 25.

Toutes ces caractéristiques font de ce personnage un personnage tout à fait réaliste, quoique

intriguant.


b) Un portrait moral

Toutes ces caractéristiques permettent à l’auteur de présenter son personnage comme étant

un personnage frappant (le terme est répété à trois reprises dans le texte, lignes 1, 13, 21).

Son visage a l’expression « d’une extrême énergie », ligne 7. C’est donc par une hyperbole

que l’auteur qualifie ce personnage si étrange, avec l’emploi de l’adjectif « extrême ».

La mention « en tout sens », ligne 8, semble être un écho à l’énergie dont il a été question cidessus.

En effet, ce détail évoque l’énergie d’un visage qui a vécu et de l’effet de mouvement que

ces rides permettent.

D’ailleurs, les phrases suivantes exposent une description du personnage au repos, en

opposition avec l’énergie dont il a été question précédemment : « Quand sa figure était au repos »,

ligne 9. La mention « à peine », permet d’exprimer ce contraste, qui fait échos à la locution

conjonctive subordonnante « aussitôt que », ligne 11, qui introduit le contraste entre le personnage

au repos et celui en action, idée confirmée par l’emploi du verbe pronominal « s’animer », ligne 12.

Ce sont alors « ses prunelles enfoncées [qui luisent] comme braise. », ligne 12. L’adverbe de

comparaison « comme » introduit cette image du feu ardent, symbole de vitalité et donc, d’énergie.

C’est alors en métaphore filée que continue l’image avec l’emploi du verbe « jaillir », ligne

12 et « des regards ardents », ligne 13, qui frappent en plein visage, image se terminant par une

autre image introduite elle aussi par un adverbe de comparaison « comme », « comme des balles de

plomb », lignes 13 et 14. C’est alors l’image du feu de la guerre, et donc de l’attaque ou de la

défense qui est ici proposée. L’imagerie militaire est à l’oeuvre. Il s’agit en effet d’un ancien

militaire. C’est le vocabulaire qui ici le rappelle.

Mais ce personnage, malgré cette énergie, reste mystérieux. D’ailleurs son sourire égale « en

mystère celui de la Joconde. », ligne 15.

Effectivement, que se cache-t-il derrière le sourire de la Joconde ? Et de même, que signifie

le sourire étrange de cet homme ? Sont-ce des secrets cachés qui ne peuvent être révélés, qui

motivent ce sourire ?


c) Un portrait ambigu

La description reste floue : « entre deux âges », ligne 2. Le personnage apparaît comme étant

un monstre, c’est-à-dire, un personnage que l’on montre (monstre est un déverbal de montrer >

monstrare en latin, qui signifie « montrer, indiquer, dénoncer »), un personnage étrange donc, un

personnage secret et mystérieux.

Mais ce personnage semble être aussi « historique », ligne 16, c’est-à-dire qu’il cache une

histoire. En effet, son visage raconte « des événements, des aventures, tout un passé », ligne 17. le

rythme ternaire met en valeur ce caractère historique du personnage. C’est un personnage de guerre,

énergique donc, qui a donc un parcours bien particulier.

Cette mise en valeur de l’homme ayant vécu et ayant une histoire à raconter est confirmée

par le second rythme ternaire lignes 17 à 19 : « elle disait clairement : j’ai vécu, j’ai souffert, et

nonobstant me voilà. » Le présentatif anaphorique « voilà » confirme ce passé, cette narration, dont

l’homme présent est le bilan, le résultat.

L’auteur nous dévoile son nom, ligne 19. Il précise en incise, « c’était le nom de mon

inconnu », qui ne l’est pas tant que cela, puisqu’il a un nom. Du moins, il ne l’est plus tout à fait.

Ensuite, le contraste apparaît à la fin du texte lorsqu’il est question « d’une voix claire,

argentine », ligne 24. L’auteur lui-même emploie le verbe « contraster », ligne 24. En effet, cette

voix contraste « avec sa physionomie et sa tournure athlétique. »

Enfin, le contraste se fait aussi par l’attitude du militaire des lignes 26 à 29 avec l’oeillet. Il

est alors question de « grande délicatesse », l’adjectif « grande » mettant en valeur cette dernière par

son emploi hyperbolique.


II - Le portrait d’un héros


a) Un face à face

Lorsque Conrad Tronko s’approche de Ladislas Bolski, le narrateur et héros de l’histoire, il

semble qu’il y ait deux forces qui s’affrontent. Mais, certainement les poids ne sont-ils pas répartis

équitablement. Il n’est qu’à voir la réaction immédiate d’admiration de Ladislas envers Conrad.

En effet, ligne 19 il est dit que « [Conrad] s’approcha de moi et me considéra un instant avec

attention. Je le regardais aussi de tous mes yeux. » L’hyperbole manifestée par l’emploi du

déterminant « tous » accentue l’admiration dévorante de Ladislas pour Conrad.

A nouveau d’ailleurs, le voilà frappé. Il est dit « tout d’abord », ligne 21, comme pour

accentuer l’aspect renouvelé de l’admiration et presque nouveau de la vision.

Il est alors question de la joue tailladée. Si c’est l’objet d’admiration de Ladislas, cela

montre son caractère bas bleus. C’est un « jeune premier » en matière semble-t-il.

Cette idée est confirmée par l’emploi du terme « envier », ligne 21, et accentué par l’emploi

de l’expression « du fond de l’âme », ligne 22. C’est tout son être qui semble vibrer pour cette

« balafre ».

L’admiration est telle que des pensées maladroites lui viennent en tête : « je fus sur le point

de lui demander où cela s’achetait. », lignes 22 et 23.

A nouveau, comme pour rétablir l’équilibre des forces par une comparaison introduite par

l’adverbe de comparaison « comme », ils font tous deux des réflexions, qu’ils gardent pour eux.

Cela augmente le mystère.

Et c’est le militaire qui demande un renseignement à Ladislas et non l’inverse.

La tension entre les deux forces s’arrêtent là. La délicatesse quant à l’oeillet du militaire

l’achève tout à fait.


b) Une esthétique

C’est d’une véritable mise en scène dont il s’agit. Un personnage semble attendre l’autre,

dans un jardin. La scène peut commencer, le personnage entrant. Celui-ci fait son impression sur le

premier déjà en scène depuis un moment. Nous avons à faire à une scène de rencontre théâtrale.

Son apparition suggère l’apparition d’un héros, au coeur tendre. L’esthétique est ici toute

romantique. Comme les personnages romantiques en effet, le héros, dont le portrait est fait, a une

histoire, une psychologie. Son destin, son histoire, semble lui échapper : ce serait là le sens de son si

mystérieux sourire, ligne 15. C’est bien d’un héros romantique courageux ici dont il est question.

En outre, l’aspect réfléchi du personnage, gardant ses pensées pour lui-même, ligne 23,

confirme cette esthétique romantique.

Enfin, la scène se passe dans un jardin, ligne 1. Et le militaire est attaché à la nature, comme

le romantique. C’est à son contact que s’exprime la délicatesse de son être, de son âme, comme cela

semble être le cas avec l’oeillet du jardin, lignes 26 à 29.


c) Une imagerie polonaise

Le personnage polonais est ici étranger et étrange. Le mot étranger est dérivé de l’adjectif

étrange au XIVe siècle. L’étranger, c’est celui qui est étrange, hors du commun, qu’on ne comprend pas. Exilé et étranger, il est l’incompris, étrange, il l’est tout autant.

A l’instar de sa figure, l’histoire de la vie, l’histoire polonaise, la guerre, n’est pas belle

(ligne 16). C’est ce qu’il semble vouloir dire. L’histoire échappe aussi, c’est le sens de son sourire.


Conclusion :

Synthèse : Victor Cherbuliez propose de définir le militaire polonais comme un être au physique

étrange, à travers les caractéristiques d’un héros à l’esthétique romantique.

Ouverture : Le portrait de la Joconde de Léonard de Vinci.

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