Le Roi se meurt, Ionesco, Extrait : « Comment accepter l’idée de la mort": Lecture analytique



Plan possible:

I/Une scène dramatisée a.L’influence de Marie, personnage lyrique

b.Marguerite, le choeur tragique c.Un Roi perdu qui cherche sa voie II/Quel sens donner à l’agonie du Roi?

a.Une angoisse prenante et désespérante

b.Une résistance grotesque c.Un texte à valeur symbolique Plan détaillé

I/Une scène dramatisée a. L’influence de Marie, personnage lyrique -Marie utilise le registre lyrique à outrance dans ses longues répliques caractéristiques de ce registre. Elle y exprime ses sentiments et plus particulièrement sa passion amoureuse pour le Roi. -Cette dernière utilise également à de nombreuses reprises le champ lexical de la lumière et de la joie. Cestermes se répètent tels un leitmotiv “par la joie par la lumière”, “la joie s'éclairait”, “cette resplendissante aurore”-Marie cherche désespérément de ramener le Roi à la vie, en vain -Toujours dans le cadre du registre lyrique, Marie rappelle au Roi les souvenirs qu’ils ont partagé. C’est une manière pour elle d’échapper au temps qui s’écoule inexorablement et d’ainsi reculer le moment de la mort duRoi. -Elle s’efforce également d’utiliser l’impératif, une autre façon de le ramener à la vie. Elle utilise des verbes de prière à plusieurs reprises. -Dans la continuité du lyrisme, elle utilise des procédés d’insistance avec des accumulations “inaltérable, féconde, intarissable”. On voit aussi des images qui suggèrent des comparaisons “comme un flot, comme un fleuve”. Cette répétition de “comme” donne encore une fois une impression de prière, d’incantation -Par tous ces procédés lyriques, Marie veut ramener son mari à la vie par tous les moyens possibles b. Marguerite, le chœur tragique -Le chœur au théâtre apparaît en premier dans les tragédies de la Grèce antique. Il sert à commenter les actionsdes personnages par des chants. Ici il commente les actions de Marie et du Roi avec froideur. Il est très factuel“la peur lui bouche l’horizon”, “vaine intervention”. -Dans cette scène, le Roi est méprisé et considéré comme un simple objet, comme un exemple pour le monde etle lecteur. On note les répliques “il n’y a que sa tirade qui n’en finit plus”, “il ne s’est jamais compris”. Cette tournure passive montre qu’il a toujours été comme ça. Son statut d’ancienne épouse est de cette façon accentué.Peu à peu les personnages disparaissent et il ne reste que Marguerite et le Roi. -Marguerite semble attendre quelque chose, le meilleur moment pour vraiment entrer en scène. En utilisant “Ce n’est pas la bonne voie” elle montre qu’elle seule sait comment accepter la mort et se diriger vers elle. c. Un Roi perdu qui cherche sa voie -Malgré les nombreuses interventions des épouses, le Roi n’en reste pas pour autant absent, bien au contraire. Ilaffirme sa présence grâce à deux tirades. -Dans ces tirades il utilise de nombreux registres alors qui ne sait vers qui se tourner afin d'accepter la venue de la mort. -Il utilise le registre lyrique en implorant le Soleil grâce à des apostrophes. Il lui donne de cette façon de nombreux impératifs et relaie Marie dans ses implorations. Il doute cependant que tout cela soit utile. -Le Roi utilise également le registre pathétique lors qu’il veut que l’on prenne pitié de lui et de sa condition. Ceregistre apparaît plus particulièrement dans sa deuxième tirade. -Cependant, celui-ci utilise principalement le registre tragique dans l’ensemble de ses tirades et répliques. Ceregistre vise à mettre en valeur la mort qui rattrape le Roi. Il montre également l’incompréhension du Roi “Comment m’y prendre?”. Le monarque a enfin conscience de sa mort qui se rapproche et est dans le processus d’acceptation. Il n’arrive cependant pas à exprimer ce sentiment “Je meurs, vous entendez, je veux dire que je meurs, je n’arrive pas à me le dire”. Celui-ci utilise également le mode indicatif qui met en valeur la réalité de sacondition. Malgré sa mort approchant, il s’attache à faire des projets pour le futur. -Le Roi cherche à opposer, dans ses tirades, lumière et ténèbres. On note que Ionesco s’est inspiré du Livre des morts tibétains pour réaliser son oeuvre. Dans ce livre, l’idée de trouver sa voie est prédominante en exposant lesrituels funéraires tibétains. Une réplique revient souvent dans le rituel “Ne sois pas attaché”. Dans LRSM, Marguerite ne cesse de répéter “ça colle, ça l’attache, ça le freine”.

II/Quel sens donner à l’agonie du Roi? a. Une angoisse prenante et désespérante -Cette scène présente un personnage tragique qui doit faire le deuil de sa propre personne. Celui-ci est désespéréet se sent abandonné par les autres personnages “on ne peut pas ou bien on ne peut pas m’aider”. Le Roi est impuissant devant son malheur et n’arrive pas à se sortir de sa condition “comment m’y prendre”. -L’arrivée inévitable de la mort, c’est la fatalité “hélas, tout ce qui doit finir est déjà fini” -Il utilise également dans ses incantations au Soleil un langage hyperbolique “dessèche et tue le monde entier”, “si il faut un petit sacrifice” (antithèse). -Ses tirades sont tragiques et pathétiques par son envie de vivre alors que la mort se rapproche b. Une résistance grotesque -Les tirades du Roi lui enlèvent le peu de dignité qui lui reste. Le lyrisme lui fait déverser tous ses sentiments,sans pudeur. Il ressemble à un enfant perdu, son image de monarque autoritaire s’effondre, c’est un roi désacralisé -Il ressemble plus à un bouffon, à un lâche “pauvre cerveau”, les répliques de Marguerite appuient également surcet aspect de la personnalité du Roi. Malgré la mort qui arrive, il s’accroche à son égoïsme de routine avec desrépliques comme “que tous meurent pourvu que je vive éternellement” - Son aspect puéril ressort encore une fois avec “petit soleil, bon soleil”. On note aussi l’apparition de termes familiers dans un registre dérisoirement soutenu “même avec une rage de dents pendant des siècles et dessiècles”. Cette réplique crée également un effet comique. -Ce mélange de tragique et grotesque dérisoire permet la mise en place d’un spectacle fort caractéristique du théâtre de l’absurde c. Un texte à valeur symbolique -Cette agonie pousse l’ensemble des personnages à adopter des comportements extrêmes. Le réalisme d’effacepour laisser place aux symboles -L’un de ces symboles est la dualité entre Marie et Marguerite. Elles représentent deux tendances : la passion etla raison. Les deux ont beau se contredire, elles sont essentielles à tout être humain pour vivre de manière équilibrée. -Au centre de ces personnages symboliques, Bérenger représente l’Homme mortel. Il est tiraillé par sesémotions, par les personnages qui représentent différentes facettes de sa personne.

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