Le roman

Séquence III – Le personnage de roman – Œuvre intégrale


Lecture analytique : Texte 11


Laurent GAUDE,La Mort du Roi Tsongor, 2002


Incipit


Contexte

· Un incipit a deux fonctions : susciter la curiosité du lecteur et donner des informations (qui, quoi, où, quand, comment).

· Laurent Gaudé est un auteur très éclectique.

Lecture analytique

· L’onomastique (étude des noms propres inventés) du nom Katabolonga : sonorités qui évoquent l’Afrique subsaharienne. « Kata » étant grec, il s’agit d’un métissage de cultures qui tend vers l’Afrique. Pas un nom ordinaire.

· Palais : évoque le conte, qui plus est avec le nom de personnage inventé.

· Métaphore qui personnifie la nuit et évoque Nout, déesse égyptienne de la nuit s’appuyant sur Geb, la terre.

· Univers merveilleux, anormal, dans lequel les pas de Katabolonga ne font aucun bruit.

· Salle du tabouret d’or : univers du conte encore une fois.

· Être vaporeux : Katabolonga est ici assimilé à un fantôme, vaporeux et dont les pas ne font aucun bruit…

· … et qui glisse le long des murs.

· L’absence d’ « il était une fois » ne permet pas de s’immiscer tout de suite dans l’univers du conte.

· « avant que le jour se lève » donne le cadre temporel.

· Katabolonga s’acquitte d’une « tâche » qui, comme sa nature est inconnue du lecteur, stimule l’intérêt du lecteur.

· La répétition est l’un des procédés d’écriture favoris de Laurent Gaudé.

· Personnification de l’agitation, qui ne risque pas d’être fiévreuse d’elle-même.

· Gaudé accumule les effectifs : « des dizaines et des dizaines » (mot déjà pluriel qu’il remet au pluriel), « d’ouvriers etde porteurs » (plusieurs personnes de chaque métier) « allaient et venaient » (idée de mouvement).

· La foule parlant à voix basse est très impressionnante : c’est très intrigant.

· Comparaison avec le navire de contrebandiers qui induit un imaginaire d’enfant propre au roman d’aventures.

· Phrases courtes et simples.

· Au palais de Massaba : induction du cadre spatial et évocation évidente de la ville de Massada ! De plus, un mastaba (en Egypte) est un monticule rocheux servant de tombeau. Massada ayant été détruite par les Romains, ce nom présage un destin funeste pour la ville de Massaba.

· Très métaphoriquement, la ville devient un cœur et les hommes des fourmis. Les hommes deviennent animaux et les villes parties d’humains.

· Roi qui va marier sa fille, prince des terres du sel : on est bel et bien dans l’univers du conte. De plus, le prince des terres du sel évoque ici la mer Morte qui est… en Israël.

· « épices, bétails et tissus » : idée d’abondance dans ce rythme ternaire encore mieux que si on avait les articles.

· Les fontaines dans le désert évoquent la civilisation arabe qui, à l’Alhambra de Grenade, a construit des fontaines.

· Personnification des colonnes qui apportent toutes seules et hyperbole avec les innombrables sacs de fleurs.

· La cité de Massaba est là aussi personnifiée.

· Univers du conte avec l’hyperbole des faubourgs de tissu.

· Enfants qui jouent dans le sable (=désert) et braiement du bétail : le bruit est revenu.

· Samilia : consonnance arabe. Cela signifie « Princesse » en arabe.

· « des semaines » : indéfini qui suppose un grand nombre.

· Unanimité des citoyens qui participe au caractère merveilleux.

· Le mot « jarre » renvoie à la Grèce antique : indice temporel ; ce n’est pas une bouteille, ni un verre, ni un hanap !

· « Or » : indice de contradiction et « en cette nuit-là » : indice temporel àça amène l’élément déclencheur.

· Idée de la puissance du roi qui ordonne et dont tous les souhaits (vider la place et la joncher de fleurs) sont exaucés dans la minute.

· « habit d’apparat » : retour au conte

· « la journée des présents » : renvoie aux traditions moyen-orientales (chez nous c’est le Henné).

Axes :

· L’univers du conte -CORRIGE-

· Une écriture poétique (imagée)

· Le surnaturel, un registre merveilleux -IDENTIFIE-

· Un monde d’abondance -IDENTIFIE-

AXE 1 : L’univers du conte

1. Un cadre spatio-temporel irréel

a. Espace merveilleux : salle du trône d’or, bateau de contrebandiers, personnification des colonnes et de la ville

b. Personnage irréel : Katabolonga comparé à un fantôme

c. Onomastique des lieux et des noms

2. Une abondance surnaturelle

a. Hyperbole des faubourgs de tissu qui évoquent l’univers du conte

b. Grand nombre de personnes avec insistance sur le nombre d’ouvriers et de porteurs, leurs allers-retours.

c. Grand nombre d’objets (adynatons des fleurs et des tentes)

3. Un univers de conte aux influences réelles

a. L’influence arabe : nom de Samilia, de Massaba, tradition du « jour des présents »

b. L’influence africaine : onomastique de Katabolonga.

c. L’influence européenne : Alhambra de Grenade.

AXE 1 : L’univers du conte

1. Incipit de conte

a. Description imprécise du lieu (plusieurs origines)

b. Cadre temporel flou (Antiquité égyptienne, grecque, mais fontaines et palais qui renvoient au Moyen-Âge)

c. Personnages stéréotypés (roi, princesse, prince des terres de sel)

d. Des objets extraordinaires (tabouret d’or, pétales de roses, sacs de fleurs)

e. Situation traditionnelle du mariage

f. Structure du conte avec le schéma narratif (on a la situation initiale + l’élément déclencheur ; on a aussi le « c’était ainsi » qui remplace le « il était une fois »)

2. Le merveilleux

a. Un personnage inquiétant àfantôme (métaphores ++)

b. L’abondance et la richesse extrême (hyperboles, champ lexical du luxe)

c. Une agitation anormale (port, foule silencieuse, image fourmilière)

d. Des références mythologiques (Massada, personnification de la nuit)

e. Un roi de légende (toute-puissance de Tsongor)

Lecture analytique : Texte 15


Emile ZOLA,La Curée, 1872


Madame Sidonie

Contexte :

· Ce portrait a plusieurs objectifs :

o Une vertu cathartique

o Nous donner immédiatement un sentiment à adopter sur le personnage

o Être le faire-valoir d’un autre personnage

· A garder pour la conclusion : le portrait de Sidonie est si caricatural qu’il remet en cause le principe même du réalisme. Il est ainsi impossible qu’un personnage comme Sidonie existe réellement. Rapprochement avec le texte de Mauriac, le Romancier et ses personnages.

Lecture analytique :

· 35 ans au XIXème, c’est vieux !

· Plus d’effort de coquetterie

· Autocorrection : « à la vérité ».

· Expression de la négation, de la privation

· Les femmes s’habillaient en noir, couleur du respectable

· Limée et blanchie : robe très usée, expression de la privation

· Comparaison à une robe d’homme : Sidonie n’est jamais comparée à du féminin.

· Cheveux : attribut de la féminité par excellence. Donc si c’est caché, ce n’est pas féminin.

· Gros souliers : très peu féminin.

· Trottait… comme un animal ?

· Petit panier pas si féminin car raccommodé grossièrement.

· Panier personnel et de travail. Deux raisons pour avoir des échantillons : les vendre (commerce) ou par avarice, pour ne pas payer les produits. C’est donc de l’avarice ou de la pauvreté.

· Papiers timbrés : documents officiels.

· Ironie de Zola sur l’art, qui est ici l’art judiciaire.

· Sidonie est une entremetteuse.

· Elle est très procédurière.

· Battre le pavé : marcher bruyamment, sans arrêt.

· Equivoque : qui peut avoir deux sens. Soit elle trafique des choses qu’elle ne devait pas trafiquer, soit elle fait l’intermédiaire pour des affaires peu glorieuses…

· Tissu mince : sens péjoratif

· Ratatinée : métaphore végétale peu méliorative

· Comparée à un adolescent prépubère

· Dolent : souffreteux

· Papier timbré : papier de la plus mauvaise qualité

· Sourire éteint = hypallage !!! (le troisième de l’année). Sourire qui n’agrémente pas le visage.

· Cervelle : renvoie encore au genre animal

· Douce et maternelle comme une religieuse èantithèse alors que c’est la seule comparaison féminine. Les religieuses des établissements scolaires sont extrêmement dures et exigeantes, d’autant qu’elles n’ont pas choisi de devenir religieuses, ce qui les rend aigries.

· Elle a autant d’empathie qu’une religieuse : elle n’a donc aucune empathie.

· Elle ne parle ni d’elle ni de sa famille

· Aucune vertu morale

· Sèche comme une facture = s’éloigne du règne humain.

Axes :

· Une femme monstrueuse / en marge

· Un portait dévalorisant

· Un rejet de la féminité

Préparation d’un axe : le portrait d’une femme atypique

1. Le portrait physique : un physique monstrueux

a. Adjectifs péjoratifs

« petite, maigre, blafarde » en rythme ternaire

b. Vocabulaire de la négation, de la privation

« limée », « blanchie », « usées », « dolente »

c. Une femme sans âge :

« beaucoup plus vieille » mais rapprochée à un adolescent, le « saute-ruisseau »

robe « éternelle » (hypallage ?) : caractère intemporel

d. Le rejet de sa féminité

cheveux cachés alors que les cheveux sont le symbole des femmes par nature

porte des souliers

2. Le portrait moral : une femme sans scrupules

a. Une femme d’une grande tristesse et morose 

hypallage du « sourire éteint »

décrite comme « discrète » et « timide »

b. Comparée à des professions d’hommes

avocats, courtier, huissier, plaideur, saute-ruisseau, recors

… ou de femmes fort peu féminines : religieuse, antithèse de la religieuse douce et maternelle

c. Apparentée à autre chose qu’un être humain

des animaux : « trottait », « ratatinée », « filait », « cervelle »

des objets : comparaison de la facture, du papier timbré

3. Le portrait social : un personnage aux antipodes de sa société

a. Des intérêts éloignés de ceux des femmes

Ironie de l’ « amour de l’art », repris à la phrase suivante avec la participiale « aimant la procédure »

Terme péjoratif de « processif »

La procédure « lui procurait des jouissances » : ce défaut la rend monstrueuse

Tendance à la cupidité : antilogie des milliards et de la contestation de dix francs

« tohu-bohu des négoces, des préoccupations »

b. Des occupations étranges

Contenu de son sac décrit par le rythme ternaire : « des agendas, des portefeuilles, et surtout des poignées de papiers timbrés »

Bat le pavé de Paris

c. Une distance avec les occupations du ménage

Rythme ternaire de ce dont elle ne parlait jamais : « de son enfance, de sa famille, de ses intérêts », ni de son mari d’ailleurs.

« affections de ce monde » : périphrase désignant les sentiments

« panier » : semble féminin mais lui aussi usé et raccommodé

AXE : un portrait de femme surprenante

1. Une femme monstrueuse

a. Ni valeurs, ni sentiments

expression de la privation, de la négation

pas de morale àaucun scrupule à se prostituer

rythme ternaire de ce dont elle ne parlait pas

b. Des passions perverses

ironie de Zola sur l’art qu’est la procédure

« tohu-bohu des négoces », regard désapprobateur de Zola qui emploie le terme « bourrait »

Hyperboles

Comparée à des professions masculines : avocat, courtier, huissier…

2. Une femme dénaturée

a. Associée à des objets

comparaison : « sèche comme une facture », « pâleur dolente du papier timbré 

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