Le théâtre, texte et représentations

Le mot “théâtre” vient du grec “theasthai” qui veut dire voir ou être témoin. Le théâtre désigne donc un endroit ou l’on voit des choses. Le théâtre est donc avant tout un art vivant qui requiert des acteurs et un public. Lareprésentation théâtrale accompagne donc par conséquent le texte, ils sont indépendants l’un de l’autre.

I/Le texte théâtral • Particularités énonciatives Le texte théâtral est la plupart du temps au discours direct étant donné que c’est également un art oratoire. Le personnage et l’auteur sont tous deux énonciateurs. Le théâtre permet une double énonciation, c’est-à-dire que lepersonnage, et par conséquent l’auteur, s’adresse à la fois à son interlocuteur et au public. La double énonciation est notamment utilisée dans les longs monologues didactiques. Certains procédés comiques comme le quiproquoemploient également la double énonciation, le public n’est en effet pas dupe du malentendu entre les deuxpersonnages. Le dialogue théâtral emploi de plus l’illusion théâtrale qui permet au spectateur d’être transportédans un autre univers et donc de lui faire croire à la vraisemblance de ce qui est raconté sous ses yeux. • Formes de la parole Il existe de nombreuses façons de prendre la parole dans une pièce de théâtre. Toutes ces formes de la parole peuvent avoir des buts différents et des enjeux didactiques importants. On comprend donc • La réplique Elle caractérise les relations entre les personnages. Elle est brève et emploie des procédés de répartie. Cette répartie peut être morale ou philosophique et prend le nom de sentence. La réplique en général constitue unensemble de paroles ininterrompues d’un personnage. • La tirade Une tirade théâtrale peut être lyrique, épique ou polémique. Elle se différencie de la réplique par sa longueur et sa dimension argumentative. Un personnage monopolise la parole et est écouté par les autres personnages présents sur scène. Celle-ci est propice aux libres pensées du personnage et à ses passions qu’il énonce. • La stichomythie Elle crée un dialogue entre des personnages avec des répliques d’un vers. Elle met en scène des débats et desconflits affectifs. Elle institue une confrontation entre deux personnages, donnant un aspect virulent au dialogue.Elle peut également résulter d’un grand enthousiasme. • Le récit théâtral Quand une scène ne peut être montrée car celle-ci ne respecte pas les règles de bienséance, un personnage peut se livrer à un récit théâtral. Il y décrit la scène, souvent violente. Il peut, dans certains cas de figure, êtreremplacé par des didascalies à l’intention du metteur en scène et des acteurs. • Le monologue Le monologue est un dialogue fictif qui met en scène un personnage délibérant avec lui-même. On accède ainsi à son esprit et à ses pensées intimes. Le personnage est alors seul sur scène. Il existe un cas particulier dumonologue, le soliloque. Dans un soliloque, le personnage est en incapacité de communiquer et s’entretient avecsa conscience. • Les stances Les stances servent à traduire poétiquement le débat intérieur d’un personnage. • L’aparté Une aparté est constituée de propos brefs que le personnages se destine, à l’insu des autres personnages. Elle peut prendre la forme d’une adresse au public. L’aparté est comme un commentaire fait au milieu d’un dialogue. C’est une réplique destinée au personnage lui-même ou à un seul autre personnage sur scène. Le jeu du comédien insiste sur cette idée de séparation soudaine. • Les didascalies Ce sont des informations muettes qui partagent au lecteur les intentions de mise en scène de l’auteur. Elles peuvent également préciser la situation d’énonciation d’un dialogue qui suit. Il existe des didascalies internes quise déduisent du dialogue. Dans le théâtre contemporain, les pléthoriques peuvent se substituer au texte dit. Les didascalies retranscrivent le discours non verbal de la pièce. Elles indiquent des éléments de décor, le cadre spatio-temporel et des éléments de jeu.

II/L’action dramatique • Le schéma actantiel Les actants sont des éléments joués ou non qui influencent le déroulement de l’action. Ce sont des forcesagissant sur les personnages ou sur une des valeurs morales misent en scène. Ceux-ci assurent la progression del’action. Il existe 6 types d’actants: -Motivé par un destinateur (idée ou force individuelle) -Sujet personnage en quête -Objet (être ou valeur visé) -Les adjuvants qui l’aident à accomplir cette quête-Opposants qui se mettent en travers de son chemin -Destinataire qui bénéficie de l’action • Le personnage Le personnage de théâtre est un être fictif créé par un auteur. Il est cependant incarné par un acteur bien réel. Il détient des traits distinctifs et un nom qui le distinguent des autres personnages.Ces éléments constituent son identité propre. Le personnage peut être défini par sa situation et peut être plus ou moins codifié en fonction destraits traditionnels des personnages. On remarque en effet l’omniprésence de certains traits de caractère del’antiquité à notre époque avec le maître, le valet, le rusé ou l’ingénue.Sa parole lui permet de définir sapersonnalité et sa psychologie. On le rattache à une classe sociale ou à un groupe de référence. Dans le théâtre contemporain, le statut du personnage peut se retrouver contestée. Il peut en effet être anonyme, sans vraie consistance et seulement caractérisé par son discours. • Structure classique A partir de 1640, le théâtre s’appuie sur des règles bien précises. • La règle des trois unités L’intrigue et toutes les actions secondaires qui l’entourent doivent se dérouler à un seul endroit et en pas plus de24 heures • Les règles de vraisemblance et de bienséance Elles excluent la représentation de la mort et du sang tout en imposant l’aspect crédible de l’ensemble de lapièce. • Découpage de l’action Les pièces de théâtre sont donc divisées en actes, interrompus par des entractes et découpés en scènes. Lesscènes rythment les entrées des personnages sur scène. On remarque l’enchaînement de trois temps forts. Le premier est l’exposition qui ne dépasse pas, en général, le premier acte. Le cadre spatio-temporel peut se deviner grâce aux choix de mise en scène. Elle permet de présenter les protagonistes et les généralités de l’action tout enmontrant les enjeux. Ensuite, le noeud constitue le moment de crise. Ce conflit initial vient nourrir des péripéties. Enfin, le dénouement apparaît au dernier acte. Celui-ci liquide le conflit, il peut être heureux ou malheureux. • La dramaturgie moderne Les oeuvres théâtrales modernes s’écartent de ces règles classiques. Le thème dominant y est souvent la difficulté de la communication entre les individus. On assiste à la naissance du langage corporel qui vient mêmeremplacer la parole, jugée insuffisante. L’expression est soutenue par la mise en scène. Tous les éléments de la mise en scène prennent une place importante et sont méticuleusement choisis. La place des objets ainsi que la parole doivent avoir un sens et véhiculent une morale.

III/Représentations • La mise en scène Le metteur en scène a pour mission de transformer le texte en spectacle. Cette fonction n’a pas toujours existé mais de nos jours on considère le metteur en scène comme créateur de la pièce au même titre que l’auteur. Onparle, par exemple, de Tartuffe d’Ariane Mnouchkine ou de Phèdre de Patrice Chéreau. Le metteur en scène fait également des choix d’interprétation déterminant pour le sens global de la pièce. Il aainsi le pouvoir de changer sa visée didactique du tout au tout. Ou il peut, au contraire, choisir de respecter les didascalies à la lettre et choisir des costumes traditionnels. Par exemple dans Tartuffe d’Antoine Vitez, Tartuffe est interprété par un personnage séducteur au physique avantageux. Cette image de Tartuffe va à l’encontre de sareprésentation traditionnelle ou il se présente comme un homme repoussant. Le metteur en scène peut être accompagné d’un scénographe qui s’occupe de la mise en espace. Le choix de l’espace scénique est également important lors d’une représentation théâtrale. Celui-ci agit tout autant sur le sens global de la pièce. • L'interprétation des comédiens Les comédiens sont choisis par le metteur en scène et doivent incarner les personnages. Ils leur prêtent une gestuelle, des mouvements, une attitude et une démarche générale. Cette interprétation est essentielle dans laconstruction du sens de la pièce. C’est, par exemple, au ton employé que le spectateur peut saisir l’ironie d’uneréplique. • Les métiers de la représentation Le décorateur, le costumier et les éclairagistes s’occupent de l’aspect visuel de la pièce. L’ingénieur son et le compositeur s’attachent quant à eux à l’apparence sonore de la pièce. Le régisseur coordonne l’ensemble destechniciens impliqués. Le producteur est en charge des opérations financières.

IV/Les limites de la mise en scène • La mise en scène, une interprétation Le sens d’une pièce n’est pas figé et il peut être modifié par le metteur en scène. Ainsi il peut choisir de couper certaines répliques voire d’en supprimer. Il peut aussi demander de modifier le ton de certaines répliques changeant par conséquent le sens global de la pièce et sa visée. Deux mises en scène peuvent prendre des directions différentes au niveau du sens. Chacune peut insister sur un aspect précis du texte. La liberté du metteur en scène est donc seulement limitée par son imagination. • Quand l’auteur contrôle la mise en scène L’auteur peut de son côté choisir de laisser moins de liberté au metteur en scène grâce à des éléments du texte.Les nombreuses didascalies ainsi que des éléments dans les répliques permettent un respect particulier de la miseen scène imaginée par l’auteur. Ce phénomène est largement répandu dans les pièces du XXème siècle etnotamment dans celles de Samuel Beckett. Celui-ci prenait soin d’assister à toutes les répétitions de son oeuvre. • Le texte, limite de la liberté du metteur en scène Le texte constitue une limite naturelle à la mise en scène. Il est difficile de changer le sens profond des mots etdonc de s’éloigner trop du sujet ou du sens principal du texte. • La mise en scène n’a pas pour but d’expliquer platement le texte mais de lui donner vie. Elle doit cependant rester à son service et ne pas le démentir. Les contresens défont l’oeuvre originale de l’auteur. V/Les genres théâtraux • La comédie C’est un genre visant à amuser le spectateur, à le faire rire, tout en critiquant les moeurs de l'époque contemporaine à l’auteur. La comédie a été inspirée de la comédie antique de Plaute et Térence. Elle revient sur les scènes du théâtre français grâce à Molière,dramaturge de comédie le plus célèbre. Au XVIIème siècle, ilpropose une critique de l’ensemble des défauts humains ainsi que les injustices sociales. Le but principal de lacomédie est en effet de corriger les défauts humains par le rire: “castigat ridendo mores”. Le dénouement de la comédie est toujours heureux. On remarque différents types de comédies. -La comédie de caractère, elle joue principalement sur l'aspect comique et ridicule des caractères mis en scène. -La comédie de moeurs, elle s’attache à inscrire ses personnages dans un milieu social particulier. -La comédie ballet, type de comédie inventé par Molière qui intègre des ballets dans sa représentation (Le Bourgeois Gentilhomme) -La farce, pièce bouffonne avec un comique souvent grossier -Le vaudeville, type de comédie particulièrement apprécié au XIXème siècle, il repose principalement sur une intrigue amoureuse. Ils comportent notamment de nombreux quiproquos et rebondissements. La comédie a à son service de nombreux types de comiques afin de provoquer le rire. On compte le comique de mot, le comique de geste, le comique de situation, le comique de moeurs et le comique de caractère. Molière s’attachera notamment à critiquer les médecins contre qui il nourrit une haine intarissable. Il critiquerade plus la fausse dévotion et l’hypocrisie. Avec Molière, la comédie devient un spectacle de Cour alors quecelle-ci n’était auparavant qu’un spectacle populaire. Au XVIIIème, Marivaux et Beaumarchais prennent le relais de la comédie française, lui apportant de nouveaux enjeux didactiques. • La tragédie La tragédie est un genre qui a pour but de confronter de personnages nobles dont le destin est irréversible. Ils sont victimes du fatum, de la fatalité. Elle vise à émouvoir le lecteur et à provoquer la pitié. La tragédie est pour la première fois décrite par Aristote dans Poétique: Elle est aussi originaire de l’Antiquité et reprend son essor au XVIème siècle. Une tragédie est composée de 5 actes et le nombre de scènes par acte n’est pas défini. Les personnages utilisés sont souvent issus de lamythologie Antique. La tragédie s’efforce de respecter les règles de bienséance et plus particulièrement la règledes trois unités. La tragédie est également marquée par un héritage janséniste. Les jansénistes pensent que le Jugement Dernier est décidé dès la naissance et que les péchés ne peuvent pas être pardonnés. Ils ont une visionfataliste de la religion et de ma vie. De cette manière, la tragédie traite souvent des thèmes de l’honneur, de la vengeance, de l’amour et de la fatalité. Les dramaturges tragiques les plus connus sont Jean Racine et PierreCorneille. Corneille s’attache plus à décrire le combat intérieur des personnages comme dans Le Cid (aussi classée comme une tragi-comédie). Racine préfère confronter ses personnages à une issue inévitable, à un malheur sans résolution. La tragédie est jouée à la Cour et destinée à un public averti et cultivé. Durant la suitede l’histoire, Voltaire écrira aussi des tragédies classiques. La tragédie a aussi pour mission d’imiter lescomportements humains grâce à la mimesis. La tragédie est très souvent accompagnée d’un choeur qui chante l’action. • Le drame Ce genre théâtrale met en scène des évènements dramatiques visant à émouvoir le lecteur. Ces drames touchent la classe bourgeoise. Ce type d’oeuvre théâtrale a été pour la première fois evoqué par Victor Hugo dans lapréface de Cromwell. Le drame emploie souvent des personnages historiques comme protagonistes. La mise en scène joue sur les contrastes des différents décors employés. • Le drame bourgeois C’est un genre théâtrale typique du XVIIIème siècle. Le drame bourgeois met en scène des bourgeois confrontésà des situations extravagantes et de nombreux rebondissements. On y retrouve souvent des conflits familiaux (Le Fils naturel de Denis Diderot, La Mère coupable de Beaumarchais) « La tragédie est donc l’imitation d’une action noble, conduite jusqu’à sa fin et ayant une certaine étendue, enun langage relevé d’assaisonnements dont chaque espèce est utilisée séparément selon les parties de l’œuvre ; c’est une imitation faite par des personnages en action et non par le moyen d’une narration, et qui par l’entremise de la pitié et de la crainte, accomplit la purgation des émotions de ce genre. » • Le drame romantique Il apparaît au XIXème siècle. Ce type de tragédie s’oppose aux traditions de la tragédie classique. Il ne respecte en effet aucune règle de bienséance et de vraisemblance. C’est le cas de Lorenzaccio de Musset ou celui-ci multiplie les intrigues et les lieux. La pièce se déroule de plus sur de nombreux mois. On comprend aussi lacélèbre pièce de Victor Hugo Hernani. Victor Hugo sera d’ailleurs le premier à employer le drame romantique. Ilvise à mélanger les genres. • Le théâtre de la cruauté Le théâtre de la cruauté est une vision de l’art théâtral principalement soutenue par Antonin Artaud. Son théâtre revient notamment sur l’aspect sacrificiel du théâtre antique. Il revient ainsi aux sources même de la tragédie. • Le théâtre de l’absurde C’est un courant qui apparaît au XXème siècle. Il offre une reflection sur le monde contemporain à l’auteur et sedétache des règles du théâtre classique. Le dramaturge brouille les repères spatio-temporels afin de donner un côté absurde à la situation dans laquelle se retrouvent les personnages. Elles offrent un regard pessimiste ettragique de l’existence et réside dans le peu de communication entre les personnages. • Le théâtre de la responsabilité Appelé aussi théâtre engagé, il reprend les thèmes de la tragédie pour dénoncer les problèmes contemporains comme le manque de liberté des Hommes. On peut par exemple citer Les Mouches de Sartre.

V/ Histoire du théâtre• Antiquité Le théâtre apparaît pour la première fois au Vème siècle avant J.C. Il est avant tout un art communautaire utilisé pour les rites et célébrations religieuses. On assiste dès lors à une séparation de la comédie et de la tragédie parles classes sociales qu’elles touchent. La tragédie concerne les personnes de condition noble et les héros alors que la comédie concerne des conditions plus humbles avec des intrigues burlesques. Les actions dramatiquessuscitent la pitié et la crainte, c’est notamment ce à quoi s’adonnent Eschyle, Sophocle et Euripide, desdramaturges tragiques. Aristote explique donc pour la première fois la visée de la tragédie dans sa Poétique au IVème siècle avant J.C. Ainsi, celle-ci doit combiner des sujets sérieux , une morale, de nombreuses péripéties, la notion de reconnaissance et la catastrophe. La comédie quant à elle est plus issue des fêtes populaires etmélange des éléments religieux et rituels à d’autres éléments grotesques. Ce n’est qu’avec Aristophane qu’elledevient une vraie oeuvre littéraire comparable à la tragédie. Le théâtre grec se répand à Rome et dans l’ensemble de l’empire romain dès le IIIème siècle avant J.C. La tragédie ne survit cependant pas au déclin de la civilisationgrecque, celle-ci n’a donc que peu d’impact à Rome. La comédie connaît de son côté son âge d’or grâce à Plauteet Térence. On constate l’apparition des choeurs et de la profession d’acteur. En Grèce antique, lesreprésentations donnaient souvent lieu à des concours du meilleur auteur et acteur. DE nombreux dispositifs techniques étaient mis en place pour améliorer le rendu de la prestation. Aristophane mettra en scène des questions actuelles à travers de nombreux jeux de mots. Ménandre dans ses comédies essaiera de son côté deretranscrire les moeurs de l’époque avec un comique plus discret et fin. Ils inspireront les dramaturges latins. Oeuvres: -Les Perses, Eschyle (472 avant J.C), tragédie -Oedipe à Colonne, Sophocle (401 avant J.C), tragédie -Le soldat fanfaron, Plaute (IIIème siècle avant J.C), comédie -L’Eunuque, Térence (IIème siècle avant J.C), comédie -Médée, Sénèque (Ier siècle avant J.C); tragédie

Moyen-âge Au Moyen-Âge, le théâtre passe du sacré au dramatique. Celui-ci est considérablement influencé par la doctrinechrétienne et se doit de la respecter. Les scène jouées sont tirées de l’évangile et jouées devant les églises. Cesdrames liturgiques sont joués par des membres même du clergé. à partir du IXème siècle. Ils font vivre lesmodels de l’époque. Elles donneront plus tard naissance aux Mystères (mise en scène de croyances populaires avec surnaturel et réalisme) et aux Miracles (apparition d’un événement divin dans le dénouement) au XIIèmesiècle. D’autre part la comédie, et plus particulièrement la farce, connaît un succès considérable. Elle attire le public simple de l’époque grâce à son humour grossier et son ambiance carnavalesque. La farce reste le genre le plus célèbre, on estime que plus de cent cinquante d’entre elles ont été écrites entre 1440 et 1560. La plus longue de celles que l’on a pu conserver est La Farce de Maître Pathelin. Cette même pièce servira de modèle pour Tartuffe. Le théâtre profane ne se perd cependant pas et se perpétue grâce aux jongleurs, danseurs et mimes antiques. Les fabliaux en sont également les héritiers. Ces pièces profanes apparaissent pour la première fois au XVIIIème siècle. A cette époque, le genre principale est celui des Jeux. Ceux-ci font un lien entre le théâtre religieux et profane. On peut citer par exemple Le Jeu de Robin et Marion d'Adam de La Halle, où il est questiond’un chevalier qui tente de séduire une bergère. D’autres genres comme les soties font partie du théâtre engagé etremettent en cause les moeurs de l’époque en cause. Les moralités quant à elles proposent des moralesrevendiquées. Œuvres: -La Farce de Maître Pathelin, anonyme (1456-1460), farce -Le Jeu de Robin et Marion, Adam de La Halle (1270-1280), jeu -Les Miracles de Notre Dame, Gauthier de Coincy (entre 1177 et 1236), miracle • XVIème siècle, renouveau et renaissance Les drames religieux sont interdits en 1548 par un décret royal. Les souverains préfèrent contrôler ce que l’on dit d’eux. Le théâtre comique se perpétue et on commence à remarquer la différence entre les comédies populaireset littéraires. Le courant humaniste permet de plus la traduction de nombreuses pièces antiques comme laPoétique d’Aristote qui, de là, vont remettre la tragédie au goût du jour. On assiste donc à la naissance de latragédie renaissante qui rend compte des tensions lors des guerres de Religion. C’est le cas notamment de lapièce de Robert Garnier, Les Juives écrite en 1583.La tragédie devient alors un spectacle de Cour. La comédie sera par conséquent totalement interdite à la fin du siècle, jugée trop vulgaire et aux atteintes trop nombreuses au pouvoir royal. Le mime comique et la farce continuent d’exister clandestinement. Œuvres: -Cléopâtre captive, Etienne Jodelle (1553), tragédie -Abraham sacrifiant, Théodore de Bèze (1550), tragédie -Antigone ou la Piété, Robert Garnier (1580), comédie

XVIIème siècle, l’âge d’or du théâtre Le XVIIème siècle est surnommé le “Grand Siècle”. Durant le règne de Louis XIII, la pastorale revient sur le devant de la scène. La pastorale met en avant des histoires d’amour idéalisées entre bergers. C’est également lanaissance de la tragi-comédie, un type de tragédie tombant souvent dans l'invraisemblance et avec un dénouement heureux. Les règles classiques deviennent cependant plus strictes surtout pour la tragédie et la comédie. Contrairement à ce que l’on peut croire, ce n’est pas Boileau qui a élaboré les règles du théâtre classique en 1674 dans son Art Poétique. Ce sont en fait l’abbé d’Aubignac et Corneille qui réfléchissent à ces nouvelles règles grâce à leur connaissance personnelle du théâtre. Ils observent également les pièces de leurs contemporains afin de les corriger. La règle des trois unités est donc formulée pour la première fois par Boileau “Qu’en un lieu, qu’en un jour, un seul fait accompli/Tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli”. Cette citation incite à faire un lien entre une intrigue et un seul lieu. Il est question de rendre l’intrigue facile à suivre et de favoriser l’illusion théâtrale. La vraisemblance est également une des règles les plus importantes du théâtre classique. Cette dernière favorise l’adhésion du spectateur à la pièce. On note aussi la règle bienséance qui appuie la moraleet s’attache à ne pas montrer des scènes choquantes telles que celles de la mort et de la guerre. On reprend ainsi les règles antiques et on les ré-adapte (unités de lieu et de temps, bienséance, etc). Les grands dramaturges del’époque sont Corneille et Racine pour la tragédie et Molière pour la comédie. La tragédie est le genre noble de l’époque qui s’accompagne toujours d’un dénouement malheureux. Elle s’inspire des histoires Antiques, estcomposée de 5 actes et écrite en alexandrins. Elle a un effet cathartique sur le spectateur, c’est à dire qu’ellesuscite la pitié et la terreur du spectateur. Ces sentiments sont jugés nuisibles et doivent être libérés dans lespectacle. L’un des plus célèbres auteurs tragiques est Jean Racine qui a écrit des pièces comme Andromaque, Britannicus et Phèdre. Ces intrigues sont toujours liées à des amours impossibles. à cause de la morale et deraisons politiques. Pierre Corneille s’illustre également dans ce genre avec Horace, Cinna et Polyeucte.Concernant la comédie, elle respecte également les règles du théâtre classique contrairement à ce que l’on peut croire. Inspirée des oeuvres de Plaute et Térence, elles traitent des types humains et sociaux avec l’aide du registre satirique. L’intrigue est souvent centrée sur un mariage impossible, qui se résout par le biais de la malicede valets et de servantes, menant à un dénouement heureux. Molière est le représentant principal. Il est important de noter la richesse de ses pièces et les nombreuses caractéristiques qui les différencient. Par exemple Le Médecin malgré lui traite principalement de farces alors que Tartuffe et Le Misanthrope qui mettent en scène des personnages plus complexes et de nombreux registres nuancés. Molière écrit également des comédies-ballets qui associent le texte à la danse et à la musique. On le voit notamment dans Le Bourgeois Gentilhomme et Le Malade Imaginaire. Il fait de ses pièces un art complet. Ces comédies-ballets sont souvent issues de commandes de grands monarques. Louis XIV utilisera également le théâtre afin de faire de grandes représentations à Versailles, dans le but de faire de la propagande politique. Molière, pour réaliser ces oeuvres travaillera notamment avec Lully. Le théâtre a ainsi toujours eu un rôle politique. Aujourd’hui, il existe toujours des théâtres subventionnés ou on retrouve une forme d’art officiel qui rend compte de la variété des formesesthétiques. A cette époque, la tragi-comédie naît et s’incarne dans quelques pièces comme Le Cid de Corneille. Cependant, cette dernière pièce connaîtra des modifications après sa première parution et deviendra une tragédie. Au XVIIème siècle, le baroque est également très influent et se retrouve dans les différentes oeuvres théâtrales.Ces oeuvres s’opposent au classicisme et mêlent des intrigues complexes à l’illusion et au mensonge. Certaines pièces de Corneille en sont témoins telles que L’Illusion comique. C’est aussi le cas de Dom Juan de Molière ou encore de La vie est un songe de Calderon. Œuvres: -Amphitryon, Molière (1668) -Bérénice, Racine (1670) -Oedipe, Corneille (1659) -Le mariage forcé, Molière et Lully (1664)

XVIIIème siècle, le théâtre en transition A cette époque, Marivaux et Beaumarchais rénovent la comédie en lui donnant une dimension psychologique. Legenre dramatique devient donc sérieux. Le XVIIIème siècle marque le déclin de la tragédie classique et l’essorde la bourgeoisie qui inspirera la création du drame bourgeois. Les drames en général sont des tragédies de moeurs privées et mêlent réalisme et sentimentalité. Des auteurs importants de cette époque comme Diderotutilisent également le théâtre pour mener à une étude de la société. C’est le cas du Paradoxe du comédien de Diderot qui illustre le questionnement autour du couple. Rousseau prolonge de son côté la controverse duthéâtre, allant à l’encontre des règles établies au siècle précédent. Avec Marivaux, on assiste à la naissance du marivaudage et l’art du travestissement. Le dramaturge essaie d’explorer la théâtralité en exposant le “mentir-vrai” de la représentation. Dans ses oeuvres, les personnages se découvrent eux-mêmes grâce à des situationshors du commun telles que le travestissement ou le changement d’état général. On le remarque dans La Faussesuivante et Le Jeu de l’Amour et du Hasard. L’échange d’identité et le travestissement permettent de plus d’aborder des questions sociales et politiques comme dans L’île des esclaves et La Dispute. De cette façon,Marivaux se démarque de son prédécesseur Molière grâce à un humour plus subtile et fin. C’est la naissance dela comédie de moeurs qui prend le dessus sur la comédie de caractère. Marivaux donne son nom à une notion littéraire: le marivaudage. Le marivaudage désigne l’art de la conversation et le jeu de séduction basé sur le paraître. C’est la naissance, en parallèle du théâtre moral après le succès de Marivaux sur trois décennies. Voltaire s’essaie à la tragédie classique en reproduisant le style racinien, dramaturge qu’il admirait beaucoup, dans Zaïre. A la même époque, le drame bourgeois naît. Ce dernier a pour but de mettre l’art de la scène auservice de la morale. Les personnages appartiennent tous à une condition sociale spécifique. Il met en avance la générosité des classes basses en particulier. On a de même la naissance du théâtre pré-révolutionnaire.Beaumarchais en est l’auteur principal. Son personnage Figaro présent dans le Barbier de Séville et Le Mariage de Figaro, créé en 1778, s’oppose à la condition aristocrate et aux monarques. On notera le très célèbre monologue de Figaro dans Le Mariage de Figaro réclamant le droit de cuissage pour Suzanne, sa future épouse. Oeuvres: -Sémiramis, Voltaire (1748) -Les Fausses confidences, Marivaux (1688) -Le Barbier de Séville, Beaumarchais (1775) -Le Fils naturel, Diderot (1757)

Le XIXème siècle, révolutions théâtrales Le drame romantique est fondé par Victor Hugo dans la préface de son oeuvre Cromwell en 1827). Celui-ci apour but de montrer la dualité de l’Homme. Le théâtre doit selon lui mêler grotesque et sublime. Hugo brise lesrègles du théâtre classique. Le drame romantique a pour but d’être un miroir du réel. Le drame romantique allieles registres burlesque et tragique. Les héros incarnent le mal-être du romantisme. Prenant exemple surShakespeare, un modèle romantique pour le théâtre audacieux de l’époque. C’est cette même audace qui mène àla bataille d’Hernani suite à une grande polémique. Lors d’une représentation de la pièce en 1890, le public sedivise entre les classiques et les défenseurs de ce théâtre novateur. Cette soirée mouvementé est racontée par Théophile Gautier dans son Histoire du romantisme. Son théâtre est de plus soutenu par Balzac et Gérard de Nerval. A l’issue de cette bataille, les romantiques sortent vainqueurs marquant le début d’un renouveau duthéâtre. Le théâtre de divertissement se développe considérablement notamment avec le théâtre de boulevard dont Labiche et Feydeau sont les meilleurs représentants. Le vaudeville devient de son côté très populaire auprès du public bourgeois. Il dépeint grossièrement les défauts de la société. Le théâtre symbolique s’oppose à cette vision du théâtre et en propose une vision onirique et poétique. C’est lecas de Pelléas et Mélisande de Maeterlinck (1892). Le théâtre symboliste apparaît en opposition au naturalisme. Ces pièces remettent en cause l’âme humaine et les aspirations mystiques. L’avant-garde propose de renverserles codes dramatiques. C’est un type de théâtre presque visionnaire comme celui d’Alfred Jarry dans Ubu Roi (1896). Oeuvres: -Hernani, Victor Hugo (1890) -Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand (1897) -Un chapeau de paille d’Italie, Eugène Labiche (1851) -Tailleur pour dames, Georges Feydeau (1886)

Le XXème siècle, un théâtre en crise On a tendance à dire que le théâtre du XXème siècle commence à partir de 1896 avec la représentation de Ubu Roi de Jarry. Celle-ci met de côté toutes les conceptions classiques du théâtre. Cette dernière est notammentcélèbre pour la première réplique d’un personnage vulgaire et agressif criant “Merde!”. Ubu y caricature unenfant capricieux avec le model de Macbeth de Shakespeare. Cette pièce provoque un scandale pour sa vulgarité. Cette pièce marque le début du combat des dramaturges pour défendre le langage rationnel. On assiste aussi aurefus de ce langage rationnel avec le théâtre de l’absurde. Le siècle voit naître le dadaïsme (renverse les règles de l’art par la provocation), le surréalisme et le futurisme. Par exemple, Roger Vitrac ridiculise les adultes dans Victor ou les enfants du pouvoir. En Allemagne on a également la naissance de l'expressionnisme qui secoue l'esthétique de la scène avec la caricature et le langage syncopé. Vers le milieu du siècle, on a la naissance del’utopie politique. Toujours en Allemagne, Bertolt Brecht mène une oeuvre exigeante. Celui-ci ne veut pas que lethéâtre soit divertissant mais qu’il change la société. Il essaie de prouver cette dernière revendication dans L’Opéra de quat’sous et La Résistible ascension d’Arturo Ui. Ces oeuvres offrent une réflexion sur la montée dunazisme en Allemagne. Parallèlement en France, Antonin Artaud refuse l’imitation du réel. Il utilise le théâtre pour faire vivre au spectateur une expérience communautaire et soigner la société qu’il juge malade. Il publie en 1938 Le Théâtre et son double ou il met en scène le théâtre de la cruauté ou il bannit tout dialogue. Durant leXXème siècle, de nombreux dramaturges revisitent les mythes antiques. C’est le cas de Cocteau avec La Machine infernale en 1934, Giraudoux avec Electre en 1937) et Anouilh avec Antigone en 1944. Le théâtre doitaussi reconstruire la société après la guerre et incite le peuple à être solidaire et bienveillant. C’est un théâtreoptimiste. Certains dramaturges comme Jean Vilar veulent créer un théâtre exigeant et populaire répondant auxbesoins du peuple en ce temps dur d’après-guerre. Certains auteurs engagés comme Jean Grenet abordent dansleurs pièces des thèmes d’actualité comme la guerre d’Algérie dans Les Paravents. Aux Etats-Unis, la troupe dethéâtre expérimental “Living Theatre” cherche à faire de la scène un lieu de contestation et de contre-culture. Ala fin des années 60, le théâtre ethnique permet l’apparition de revendications communautaires. Le théâtreengagé se poursuit avec l'existentialisme et l’absurde, théâtre dont Sartre et Camus sont les représentants avecrespectivement Huis clos (1944) et Les Justes (1949). C’est cependant à partir des années 50 que le théâtre de l’absurde va s’affirmer après les guerres mondiales. L’absurde a pour but de représenter la crise du rationalisme et de l’humanisme. Ce nouveau théâtre met en scène l’incommunicabilité et la cruauté des rapports humains. EnFrance, les figures majeures de ce théâtre sont Tardieu, Sarraute et Ionesco. Le théâtre est vu comme le versantpessimiste du théâtre français. On dit souvent de ce théâtre qu’il est métaphysique. Le nouveau théâtre en Francecherche à offrir un spectacle total au spectateur et une nouvelle expérience plus riche et complexe. Par exemple, Ariane Mnouchkine crée le Théâtre du Soleil. Elle y met en scène des pièces du répertoire classique mais crée également ses propres œuvres. Oeuvres: -Les Mamelles de Tirésias, Guillaume Apollinaire (1917) -La Guerre de Troie n’aura pas lieu, Giraudoux (1935) -L'État de siège, Albert Camus (1948) -En attendant Godot, Samuel Beckett (1952) -Le Square, Marguerite Duras (1955)

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