"Le Traité sur la Tolérance" de Voltaire


Introduction


L’affaire Calas est une affaire judiciaire qui se déroule de 1761 à 1762 sur fond de conflits entre protestants et catholiques, rendu célèbre par l’intervention de Voltaire. Ce dernier est l’un des philosophes des Lumières les plus importants, rendu célèbre notamment pour son engagement au service de la liberté. Jean Calas est un commerçant protestant toulousain accusé d’avoir tué son fils pour l’empêcher de se convertir au christianisme. Afin d’obtenir la révision du procès non impartial, Voltaire publie en 1962 son Traité sur la Tolérance, à l’occasion de la mort de Jean Calas. L’extrait étudié est le chapitre XXII de ce traité, dans lequel Voltaire expose sa thèse selon laquelle l’autre n’est jamais que son semblable. 


Plan

I - Dramatisation de l’argumentation

1 - Mise en scène du débat d’idées

2 - Un affrontement polémique

3 - Qui fait ressortir la relativité des croyances de l’adversaire


II - Où l’ironie permet de réfuter l’opinion adverse 

1 - Pastiche du discours religieux

2 - Recours à une démonstration logique

3 - Révèle la véritable contradiction 


I - 

1 - - Voltaire imagine des dialogues fictifs avec plusieurs de ses interlocuteurs ce qui contribue à théâtraliser le récit = l.1 à 9 => discours avec des intolérants + l.10 à 20 => discours avec un talapoin + un iman - enchâssement des discours = discours direct + présent d’énonciation - l.8 « si » = conjonction de coordination qui introduit une hypothèse => création d’une véritable fiction - marques de l’oralité = interjection « quoi? » l.3 => fonction émotive du langage + phrases courte + question rhétorique => « mon frère le Turc? mon frère le Chinois? le Juif? le Siamois? » l.4 - asyndète => « Je vais plus loin: je vous dis qu’il faut regarder tous les hommes comme nos frères » l.2 = écriture orale 

2 - - dialogue polémique entre Voltaire et les partisans de l’intolérance - propos presque injurieux de l’intolérant = « traitent des idolâtres » => verbe traiter + suffixe « âtre » = péjoratif - « sottises » + « devient fou » + « difficile de les calmer » = fait référence au discours de l’être imperceptible => n’accepte pas la vérité en face - « m’arrêtaient » = polysémique => censure exercé en Suisse - forme de rivalité = fonction adversative => « un être » / « neuf-cents millions » 

3 - - Voltaire place l’iman et le talapoin sur un même plan = « un iman ou un talapoin » = pronom indéfini + conjonction de coordination généralisante => équivalence des religions / des croyances des intolérants - « Il n’y a que ma fourmilière » = négation => restrictif / singularisant ` - opposition au discours généralisant de Voltaire 


II - 

1 - - prophétie de l’être imperceptible = « écoutez-moi » => injonction à l’impératif = prêche - Voltaire défend sa thèse en imitant le discours de ses adversaires = « enfant du même père et créatures du même Dieu » l.5 => semblant de sermon = ironie 

2 - - système hypothétique = conditionnel + « si » - référence à des vérités scientifiques = Pascal + « ses immensités » - « ce petit globe » = démontrant => référence à l’infiniment grand => restriction = la vérité absolue a du mal à tenir dans un monde où tout est relatif - appel à la relativité = impossibilité de tenir deux discours absolus / exclusifs => jeu sur les similarités et les contraires 

3 - - naïveté des intolérants qui pensent tous détenir la vérité universelle = ne s’exclament que par des interjections - reprise d’un adage religieux = Voltaire tourne ce qu’ils disent contre eux => « autrui n’est jamais que mon semblable » - jeu sur les référents = « c’est vous-mêmes » => référents multiples (iman / talapoin / clergé catholique / lecteur) 

Conclusion En alternant les différentes modalités du discours et en embrouillant les référents des pronoms qu’il emploie, Voltaire peut déployer avec une ironie féroce son point de vue sur la tolérance. L’apparence de dialogue de son propos le rend d’autant plus convaincant qu’il ôte à ses adversaires la possibilité de répondre, en tournant en dérision leurs positions, qu’il feint d’ailleurs de partager. Le recours à l’Orient pour parler de façon détourné de l’Occident est un procédé largement utilisé par les auteurs des Lumières. Les Lettres persanes de Montesquieu en est un exemple des plus célèbres. 



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