"Les animaux de la Peste" La Fontaine

Séance 2 : « Les animaux malades de la Peste »


Objectif :

- Reconnaître dans cette fable les notions de justice et d’injustice

Cette fable est une fable distrayante, avec une description des circonstances, des

personnages, et une véritable richesse du dialogue. La Fontaine donne de l’importance au récit, Mais garde une visée satirique. Ici, dénonciation de la loi sociale : raison du plus fort. Il amène également une réflexion sur l’injustice, car il s’agit d’une décision politique que celle de choisir un bouc-émissaire, dont le sacrifice sauvera la société du fléau qui l’accable.

Ecrite en 1678, « Les Animaux malades de la Peste », est une fable qui appartient au second recueil de Jean de La Fontaine. Celui-ci s’inspire d’Esope, fabuliste grec de l’antiquité. La Fontaine utilise la fable à des fins morales et didactiques.

Le récit est simple : la peste faisant des ravages, les animaux tiennent un conseil politique

pour décider du sort du royaume. Le Lion propose de se sacrifier à la cause commune, mais chacun comprennent qu’il faut trouver un autre coupable, ce sera finalement l’one qui, pour avoir commis une faute mineure, servira de bouc-émissaire.


Problématiques possibles :

Cette fable est-elle morale ?

Comment s’exprime l’art de la fable ?

En quoi cette fable est-elle un apologue ?

En quoi cette fable est-elle satirique ?

Etudiez le mélange des registres - et leur portée - dans cette fable.

Expliquez pourquoi cette fable correspond parfaitement au principe "instruire en plaisant" si cher à

La Fontaine.

Que nous montre la comparaison des discours de l’âne et du renard ?

Quels sont les procédés de la dénonciation dans cette fable ?

Quelle est la fonction de l’alternance des discours rapportés au style direct, indirect et indirect

libre ?

Comment la morale est-elle mise en scène/présentée ?

Comment La Fontaine rend-il vivante/ réelle son argumentation ?

En quoi cette parodie de procès est-elle au service d’une critique des puissants ?

En quoi cette fable amène-t-elle une réflexion sur l’injustice dans la société ?

Problématique retenue : En quoi cette fable est-elle un apologue ?


I - Une fable


a) Le préambule

- Tragédie (vocabulaire de style élevé et références mythologiques) et étymologie : de ὁ

τράγος, ου, le bouc et ἡ ῲδή, ῆς : le chant : sacrifice d’un bouc durant les fêtes de Dionysos.

En outre, idée de destin, de terreur et de pitié. Les personnages sont de rang élevé.

- Récit mythologique : référence à OEdipe et Thèbes

- Peste

- Rimes en « eur » -> malheur et la mâle heur : formulation d’imprécation : souhait de

malheur que l’on fait contre quelqu’un : envoi à la mort

- Sens de la rime masculine (sont dites masculines, les rimes des fins de vers qui ne sont pas

en -e caduc) : fait sens : rime riche (consonne+voyelle+consonne) et terreur et fureur vers 1 et 2 et

terre vers 3 : la terre est toute terreur et fureur.

- Allitération en « r » : râle : moribond : mort


b) Un véritable récit

- Une structure : cinq actes d’une tragédie :

Exposition de la situation et des personnages : vers 1 à 15

Elément perturbateur : vers 16 à 24

Recherche du coupable : vers 25 à 48

Noeud : vers 49 à 54

Dénouement : vers 55 à 64

Et non :

Préambule : vers 1 à 6 (exposition)

Narration : vers 6 à 16 (noeud de l’action)

Elément perturbateur : vers 15 à 54 (noeud de l’action)

Chute : vers 55 à 62 (dénouement)

Morale : vers 62 à 64 (dénouement)

- Un rythme : versification (rimes embrassées qui lient les vers, mais longueurs irrégulières),

alternance récit, dissous, différentes tonalités : registre ironique et tragique


c) Des animaux

Caractères bien identifiables : physiognomonie

Opposition entre les carnivores et les herbivores.

- Les carnivores : calculateurs et crimes : mort de victimes (animaux et êtres humains). Les

moins pardonnables offenses sont mille fois pires que celles de l’Ane.

- Les herbivores : victimes : moutons

- Le Lion : roi, pouvoir, puissant, féroce, habile, intelligent

- Renard : ruse, flatte le roi, justifie les péchés du roi : rendre juste, conforme à la justice

- Ane : c’est un animal naïf et borné, mais pas si peu intelligent que cela.

« J ‘ai souvenance » (vers 50) : cela ne doit dater d’hier.

Pré : chez les Moines->religieux, or, c’est le Ciel qui envoie cette Peste : donc la victime est toute

trouvée : bouc-émissaire. Il Tondit le pré (surement les Moines en ont été ravis, sans ironie.

- Loup : beau parleur

- moutons : bas peuple


II - Des argumentations


a) Le Lion : rejet au vers 34 : « Que le plus coupable périsse » : insistance particulière, rime entre

justice et périsse : c’est la justice qui meurt. Son argumentation est terrible et sa confession :

berger : rejet eu vers 30 et des vers 30 à 33 : fin de l’argumentation : « que le plus coupable

périsse ». Le Lion persuade : il affirme à nouveau son autorité, rappelle qu’il est le représentant

de Dieu, ton solennel, grave : et ton familier : « mes chers amis » : amadoue. je : roi, on ne peut

le remettre en question et nous : porte parole et emploi de moralisateurs : je crois que, peut-être,

je pense : sagesse apparente et faire croire au débat ouvert. Mais examen de conscience : cruel,

manipulateur et habile. exagération : force, glouton. manipulation : invitation des autres à se

confesser. Questions rhétoriques. Mais également convaincre : discours construit logiquement :

exposition des faits, invitation des autres, sa propre confession, invitation des autres ; avoue luimême

: donne l’exemple pour confession des autres : impératifs ; argument d’autorité : appui à

son discours en prenant pour référence fait historique. Importance du pouvoir de la parole.


b) L’Ane : des vers 49 à 54 : souvenance : vers 49 : tournure vieillie : tournure vieillie, souvenir

ancien : prescription. groupe ternaire : en premier lieu la faim vers 51 opposée vers 25 : appétits

gloutons du Lion. et diable et moines : victime toute trouvée. opposition au Lion : vers 27 :

rapport aux offenses : rapport au Lion directement, loi du talion : oeil pour oeil, dent pour dent :

(Ex 21, 23-25 et Lévitique 24, 17-22) et l’Ane : rapport au droit : vers 54 : rapport au bien et au

mal : conscience. Ignorance des jeux des courtisans. Surtout, donc, il se rend coupable luimême.

Allusion au Diable, pré des Moines (les plus gros propriétaires fonciers de l’époque) et

idée de gourmandise : intensifie sa faute du fait que Ciel qui se venge.


c) Les autres animaux

Le Renard : courtisan : il ne parle pas de lui : aucun confession : mais discours hyperbolique pour

défendre et justifier le Roi : trop, beaucoup… et gradation descendante : vers 36. assonances en i et

allitérations en s : insinuation : action ou manière adroite, subtile, de faire entendre une chose.

insinuer : faire adroitement entrer, pénétrer dans l’esprit

Les flatteurs : et flatteurs d’applaudir : infinitif de narration : Emploi verbal de l’infinitif précédé

de « de » et avec un sujet exprimé. Il appartenait à la langue non soutenue au XVIIè, mais est

aujourd’hui perçu comme archaïque ou littéraire. Il ne se rencontre plus que dans un contexte

narratif, où il tend à marquer une accélération de l’action menant le plus souvent à sa conclusion.

Des vers 44 à 46 : « On n’osa trop approfondir » : euphémisme

Le loup, « quelque peu clerc » : ironie de La Fontaine envers l’ordre des orateurs ? : discours

juridique basé sue les notions de Ciel et de Diable

-> Celui qui gagne, le plus fort : celui qui a force d’esprit et pouvoir de la parole


III - La question de la justice


a) Le « jugement de cour »

- isotopie de la justice

- scène de procès et solennité : cf. la mise en scène de Robert Wilson : les animaux défilent :

l’âne vint à son tour

- Un retournement complet de la situation : immédiateté de la réaction fac à l’aveu de

l’Ane : vers 59 : parallélisme des syllabes pour marquer la disproportion du jugement

- Loup : avocat général

- Jugement Dernier : vocabulaire religieux

- Justice qui ne juge pas le crime, mais le rang social

- Cour : Parlement sou l’Ancien Régime, cour de justice, cour souveraine, cour supérieure à

partir de 1661, qui rend la justice au nom du roi ; mais également la cour du roi, évidemment.


b) L’ironie du fabuliste

- Les questions rhétoriques : « Est-ce un péché ? Non, non. » vers 38

- L’emphase : « Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable ! » vers 61 et antiphrase

- peccadille vers 60

- Marques de jugement : douce et innocente proie allusion aux faibles et annonce ensuite de

l’ âne, on n’osa trop approfondir les moins pardonnables offenses, des petits saints tous les gens

querelleurs, jusqu’aux simples mâtins. Peccadille de l’âne et crime abominable : souligne l’injustice

de la mort. Un loup quelque peu clerc : le narrateur dit savant pour sous-entendre cruel, ignoble.

c) La morale

« Selon que vous serez puissant ou misérable, / Les jugements de cour vous rendront blanc ou

noir. » (vers 64-65).

-> La Peste est celle de l’injustice

La Fontaine est clairement contre les puissants pour les faibles.Satire qui attaque le

fonctionnement de cette cour à son époque où les puissants s’attribuent tous les droits et n’en

reconnaissent aucun aux faibles.

Ironise sur leur hypocrisie, fait de feindre de se conformer à la morale, de faire examen de

conscience, mais se dépêchent de s’exonérer ensuite de toute faute.

Raille aussi la naïveté des petits, prennent sérieux discours Roi, Cour et ne savent réagir

contre injustice.

Ironie et détour par animaux permettent protection car seul destinataire attentif comprend

critiques.


Conclusion :

La Fontaine utilise dans cette fable ses talents de conteur. Comme dans toutes ses fables, la

Fontaine s’intéresse aux comportements humains. Pour cela, il choisit des animaux. Il type ses personnages. Chacun en effet correspond à des individus ou des groupes sociaux. Pour les ancrer dans la réalité de son époque, il construit un décors similaire à celle-ci. Il montre une vision pessimiste de la réalité. A la fois temporelle et universelle.Cette fable est un texte argumentatif, un apologue, dans le sens où La Fontaine y exprime une morale. L’auteur s’élève contre la domination des faibles par les forts. Il dévoile aussi comment les puissants exercent leur autorité pour défendre les intérêts individuels et constate la perverse connivence des opprimés, qui acceptent les exactions des oppresseurs et le Roi qui n’use pas de son pourvoir pour arrêter « le Mal ». Mais, il y a ellipse : on ne sait si la peste va disparaître avec le sacrifice de l’innocent. Cependant, quelle est donc la

peste donc, sinon cette atmosphère empoisonnée de mensonge, calculs, hypocrisie, flatterie, où seule l’honnêteté est punie ?

Cette critique virulente au XVIIè siècle annonce déjà le combat que les Lumières mèneront

au XVIIIè. Cette fable est très théâtrale, construite comme une tragédie. Elle a été mise en scène à la Comédie française en 2004 par Robert Wilson.

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