Les devoirs sont-ils seulement des contraintes ?(Dissertation)

De manière générale, on pense les devoirs comme des contraintes. On distingue dans un premier temps, les devoirs du devoir. Dans l’expression “les devoirs” ressort la notion d’ensemble et de pluralité de règles selon ma représentation “du devoir”. De plus, on différencie l’obligation et la nécessité. Du côté de la nécessité il n’y a ni choix, ni liberté alors que, dans l’obligation, je suis encore libre. Les devoirs relèvent-ils de la nécessité ou de l’obligation et quelle va être ma part de liberté ? Les règles du devoir me sont-elles toujours extérieures ou est-ce toujours moi qui m’oblige ? Cependant, ce qui fait la dignité de l’Homme, c’est de pouvoir exercer sa liberté le plus largement possible. Ainsi, il est intéressant de se demander si les devoirs relèvent que de la contrainte. La question se pose alors de savoir si les devoirs vont seulement être une limitation de sa liberté ou bien contribuer à autre chose dans le devenir de l’homme. Dans un premier temps, on pourrait penser que les devoirs sont seulement des contraintes. Les devoirs peuvent être compris comme des contraintes elles même pouvant être vues de manière objective mais également de manière subjective. D’une part, les devoirs peuvent être des contraintes d’un point de vue objectif. En effet, les devoirs peuvent correspondre à l’ensemble des lois qui s’appliquent à l’Homme et qui se doivent d'être respectées. Ces lois, qui sont érigées par la justice, nous contraignent. On se doit de les appliquer afin de ne pas être sanctionné par celle-ci. Ainsi, elles nous limitent et peuvent être vues comme un obstacle à notre liberté. On est donc contraint d’effectuer des actions que l’on a pas choisies, qui nous sont imposées. Ainsi, tout citoyen doit payer ses impôts, même si cela est vécu comme une contrainte. Ces devoirs que je me dois d’appliquer sont pourtant imposés pour garantir l'intérêt générale et contraignent aussi les autres. De ce fait, les lois et la justice existent pour assurer l’égalité de tous et éviter que la “loi du plus fort” ne domine. On peut voir, dès lors, une certaine légitimité à la contrainte imposée par les lois où les plus faibles sont protégés par cette justice et ces lois, ce qui permet de les accepter même si elle restreignent ma liberté. De plus, des normes sont également érigées par la société, mais elles ont, contrairement aux lois, un caractère informel. Celles-ci apprennent à “vivre en société” et relèvent également de l’ordre de la contrainte. Ainsi, je dois mettre mes mains sur la table quand je mange, je dois manger la bouche fermée, je ne dois pas chanter à table... Pourtant, ces normes sont contingentes et varient en fonction de la culture à laquelle j’appartiens.

Dans le cas des normes sociales, je me dois de les respecter car sinon, il peut y avoir des conséquences négatives comme être exclu du groupe social auquel j'appartiens. Même si les conséquences ne sont pas les mêmes (je peux aller en prison si je ne paye pas mes impôts alors que je ne risque que de me faire exclure de mon groupe si je ne respecte pas ses codes), les devoirs imposés par l’extérieur peuvent être vécus comme des contraintes et des limites à ma liberté. D’autre part, il est possible de concevoir les devoirs comme des contraintes, mais qui seraient subjectives. Cet aspect subjectif signifie que chaque sujet peut choisir en partie ses contraintes. Ainsi, je peux commander ma propre personne. Cependant, quand je m’oblige à réaliser mes devoirs est-ce vraiment moi qui me dit de le faire ? La thèse de Freud explique que les devoirs sont de purs acquis. Il affirme ainsi que l’enfant est, dans un premier temps, contraint par ses parents, qui lui apprennent à contrôler ses pulsions. Dans un second temps, l'empêchement extérieur a été intériorisé par l’enfant, de telle sorte qu’il se dicte lui-même ce qu’on lui aurait dicté auparavant. De ce fait, ces acquis sont issus de l’intériorisation d’un extérieur, l’enfant ayant été conditionné de telle sorte qu’il se contraint lui-même en effectuant ses devoirs, reproduisant ainsi de manière inconsciente les injonctions de ses parents. Ces devoirs vont donc varier en fonction de l’éducation parentale et de la réceptivité de l’enfant. Par ailleurs, certains philosophes désignent les devoirs comme contraignants dans le sens où ils relèvent de la pénibilité. Selon Montaigne, c’est un trait essentiel, il est nécessaire que les devoirs soient pénibles. Ainsi, le déplaisir, suite au devoir ,est un inconvénient mais aussi un indice qu’il s’agit bien du devoir. Les devoirs qui ne coûtent rien cessent d'être un devoir. On en conclut donc que le bonheur est absent des devoirs. Dès lors, le devoir est vu par Montaigne comme un penchant de l’Homme pour s'empêcher l’excès de bonheur, par le recours à la vertu. Ainsi, l’Homme, de lui-même, aurait tendance à s’imposer des devoirs par un penchant naturel. On peut voir dans le cas de la lycéenne, qui doit de faire ses devoirs (son devoir maison de philosophie :) ) au lieu d’aller dormir ou de s’amuser, un exemple de contrainte qui limite son plaisir ou son bonheur. Mais, en même temps, aurait-elle autant de plaisir à s’amuser et à dormir si elle n’avait que cela à faire? Les devoirs semblent imposer des contraintes, qu’elles viennent de l’extérieur de l’Homme ou qu’il se les impose à lui-même. Cependant, les devoirs ne sont pas seulement des contraintes. On aperçoit dans l’adverbe “seulement” un caractère restrictif, limitant ainsi la notion des devoirs à celle de la contrainte alors que les devoirs peuvent avoir d’autres conséquences.

Tout d’abord, on observe chez l’Homme une dualité. En effet, dans l'être humain s’opposent passion et raison. On pourrait penser que vivre sans contrainte nous rendrait libre et nous mènerait au bonheur. Mais, répondre à nos moindre désirs sans les contrôler reviendrait à être prisonniers de ces derniers. Dans cet état d’esprit, ce ne sont plus les devoirs qui nous contraignent mais plutôt nos passions. Par exemple, les jeux comme le loto ou le casino, sont des divertissements de l'ordre du plaisir. Pourtant, si ces plaisirs ne sont pas limités, entre autres choses, par le devoir, ils risquent de devenir excessifs. Des addictions en résultent parfois, contraignant la personne concernée à jouer toujours plus. Ainsi, les devoirs, en venant s’opposer aux passions vont permettre de leur donner des limites, ce qui sera en fait libérateur. De plus, on peut voir, à travers les devoirs, une certaine dignité de l’Homme. En effet, les devoirs peuvent être l’obligation que l'être s’impose à lui même. La notion d’obligation est subjective étant donné qu’elle peut être interprétée comme le libre effort de la volontée qui agit sans contrainte extérieure et qui s’oblige spontanément. Les devoirs peuvent être, dans ce sens, des lois que l’on s’est soi-même prescrites. Ces dernières ne nous contraignent pas réellement dans la mesure où j’ai librement choisi de les appliquer. La vrai liberté réside ainsi dans la loi qu’on s’est prescrite et non dans l’obéissance aux désirs égoïstes qui peuvent être la pire forme d’esclavage. De plus, bien que la société puisse nous contraindre de respecter certains devoirs, l’Homme est capable de penser à travers lui même. Il peut prendre du recul sur ce qui “devrait être”. De ce fait, il peut dépasser certains devoirs imposés en agissant au travers de sa propre raison morale. Il peut donc se libérer de certaines injonctions de sa culture. Kant explique ainsi qu’en agissant selon l’impératif catégorique, la morale est formelle et inconditionnée. Elle est donc indépendante de tous éléments étrangers et ne répond que par le seul fonctionnement de sa raison. La raison se donne à elle-même sa propre loi et ne la reçoit d’aucun principe extérieur. Mais, si certains devoirs nous sont imposés par nous mêmes, pourquoi sont-ils toujours vécu comme une contrainte? Comment est-ce que je peux arriver à vivre mes devoirs sans les penser comme des contraintes? Les devoirs peuvent être considérés comme une fin en soi et non comme un moyen en vue d’une fin. Ainsi, dans la pièce de théâtre ​Antigone d'Anouilh, on observe la différente conception du devoir entre l'héroïne éponyme et son oncle Créon. Antigone se réfère à une loi divine qui dit qu’on doit enterrer les morts.

A travers le dialogue avec sa soeur Ismène, on conçoit sa conception des choses : “A chacun son rôle. Lui, il doit nous faire mourir, et nous, nous devons enterrer notre frère. C’est comme ça que ça a été fait.” . Ainsi, Antigone n’agit pas en fonction des conséquences, qui se trouve être, dans ce cas-là, la mort. Elle ne se demande pas non plus si son frère est digne d'être enterré. En effet, elle doit l’enterrer même si cela entraîne sa perte et si cela signifie qu’elle doit renoncer aux personnes qu’elle aime. Elle agit en fonction de la loi divine mais elle a adhéré profondément à cette loi et se l’est appropriée au point d’en faire son devoir sans, pour autant, le vivre comme une contrainte. Elle fait de ce principe une fin en soi et elle se voit comme missionnée pour accomplir cet acte, ce qui la rend profondément libre et lui confère la dignité d’être humain. Elle s’oppose ainsi à son oncle Créon, qui obéit aux lois de la Cité et pense qu’il faut accepter certaines contraintes pour effectuer son devoir. Il conçoit ainsi le devoir comme un moyen en vue d’une fin. Ce dernier rejoint, dans une certaine mesure, l’analyse de Machiavel. En effet, selon ses dires, la responsabilité du Prince n’est autre que la conservation de la communauté. Dès lors, cet enjeu doit le contraindre à dépasser sa conscience morale pour apprendre à faire le mal plutôt que le bien si ce moyen se révèle plus efficace en vue de la fin dont la nécessité s’impose à lui. On peut voir, selon cette vision, que le devoir de Créon est, dans le cas présent, d’accepter de passer par de mauvais moyens en vue d’une bonne fin, de savoir sacrifier sa bonne conscience et prendre ses responsabilités. Créon agit pour le peuple, pour satisfaire ce dernier. Pour atteindre cette fin, il estime que son devoir en tant que souverain sera d’appliquer la loi.

Ce dernier , en faisant son devoir agit moins librement que sa nièce, qui arrive à faire abstraction des conséquences extérieures de ses actes. Les devoirs, bien qu’ils aient un aspect contraignant, notamment dans leur forme, et qu’ils limitent parfois notre liberté, ne peuvent pour autant pas être réduits à cette notion. En effet, ils peuvent donner à l’homme d’exercer son libre arbitre et de progresser dans la conscience morale. Mais, ils peuvent surtout, lorsque l’Homme y adhère totalement, lui permettre de les vivre comme une occasion de se réaliser.

Posts récents

Voir tout

©2020 par ElèvesSolidaires. Créé avec Wix.com