“Les Egarements du coeur et de l’esprit” de Crébillon fils



Introduction : 

Roman qui se présente comme les « Mémoires de M. de Meilcour », personnage âgé qui se souvient de ses 17 ans et de son entrée dans le monde. Tombé amoureux d’une amie de sa mère , Mme de Lursay, auprès de laquelle il intrigue «  occupé du chagrin d’être privé de sa présence » , Meilcour est attiré par l’arrivée d’une jeune personne à l’opéra ; elle le tire de sa rêverie.

LECTURE

Composition du passage : texte d’un bloc mais il y a un mouvement li à l’échange des regards qui va du récit de la scène à son analyse.

Dans une explication analytique, nous nous demanderons quelle est la valeur de cette scène de première rencontre ?

  1. La mise en abyme du spectacle :

  2. L’opéra, un lieu de spectacle à la mode :


= sujet brûlant= la querelle des Bouffons, controverse parisienne qui a opposé au cours des années 1752-1754 les défenseurs de la musique française groupés derrière Rameau et les défenseurs d’une ouverture vers le monde. Coin du roi ≠ coin de la reine. L’opéra est le mondain « je trouvai assez peu de monde », l’on y va pour se faire voir = lieu privilégié que sont les loges, les balcons ? La salle est divisée en lieux pour gens privilégiés= lieu représentatif de la société. Ce lieu, cette salle de spectacle est divisée en parterres, il y reste une heure, il est délogé.

  1. Le spectacle est ailleurs :

Le spectacle est commencé mais est moins dans la scène que dans la salle : s’entreregarder. Avec une prépondérance de tout ce qui est visuel, la scène est muette, saturée du champ visuel « regard » « yeux », le verbe « voir » est aussi relayé par « peindre » = isotopie de la vue qui est illustrée. Le lecteur assiste à un échange muet de regards : « regards des spectateurs sur l’inconnu » « parait », contrairement à un acteur qui parait sur la scène, jeune inconnu qui est en train d’arriver sur la scène (d’exposition). -regard de l’inconnu sur les autres : « elle jetait des yeux sur quelqu’un » -regards de Meilcour sur l’inconnue : cinq occurrences : « j’y portais mes regards » « paraissait » - regard de l’inconnu sur Meilcour : « remarquer » « elle me regarda à son tour », jeu de regards, hypallage « mes yeux lui dirent » pronoms tantôt objet -sujet : donnent l’initiative du regard.

  1. Topos du coup de foudre :

Premiers regards échangé qui amorcent le coup de foudre, tous les clichés de ce lieu commun à tous les coups de foudre : le héros s’ennuie, mauvaise humeur, rêverie mélancolique , les aimés sont seuls au monde, le temps est suspendu : imparfait qui dilate le temps, agitation intérieure : « mouvement singulier » « frapper le temps de beauté » «  transport » , gradation significative ou l’on passe de l’agitation intérieure à l’anéantissement extérieur : parallélisme. Tous les éléments sont réunis pour qu’advienne une belle histoire d’amour.


  1. La technique du portrait :

  2. La scène à faire dans la diégèse romanesque :

Portrait éclaté en deux endroits, en deux moments : au début : premier portrait interrompu par l’agitation intérieure du héros ; puis nouveau portrait qui est une esquisse= verbe embrayeur du portrait « on se figure » = présent de narration, décrochage du passé, zoomer, dramatiser. Le « on » indéfini permet de dépeindre le portrait. Deux petits portraits qui sont des successions de détail= pas de détail(pluriel) , pas de précision dans son habillement paradoxalement : ce portrait est stéréotypé.

  1. Un portrait stéréotypé :

« l’objet » = vocabulaire précieux qui nous viendrait du latin « objectivum »= jeter devant, c’est sous les yeux, mais aussi dans son deuxième sens d’apparence, d’aspect, de spectacle, de son troisième sens de la femme et de la créature aimée « noble » « beauté » « grâce » « noblesse » « charme ». Tous ces mots ne disent rien, et sont hyperbolisés = superlatif absolu de supériorité. Qui plus est , ils sont hyperbolisés : adjectifs= degré de supériorité + paradoxe= beauté de convention, rien n’est dit au fond sur cette femme= stéréotype de la généralité et de l’indicible.

  1. Le paradoxe de l’indicible :

« A peine pourrait-on se faire une idée de la personne que je voulais dépeindre » = paradoxe entier, texte qui veut directement tout en ne disant rien : consécives : « à peine c… » « tout ce que »= participent à l’expression du plus haut degré ; esthétique du XVIIIe siècle qui distingue la beauté et la grâce comme des qualités exclusives l’une dans l’autre et dont la réunion est synonyme de rareté. La parure enfin, qui embellit est absente : « elle n’a pas besoin de parure » en vertu d’un topos médiéval qui veut que la beauté parfaite en soit dispensée= portrait paradoxal qui ne remplit pas ses fonctions habituelles= ne ruine-t-il pas la vision du narrateur ?



©2020 par ElèvesSolidaires. Créé avec Wix.com