"Les Fables de La Fontaine", les notions de justice et d'injustice

Séquence 2 : Les Fables de La Fontaine


Les notions de justice et d’injustice


Objet d’étude : La question de l’homme dans les genres de l’argumentation du XVIè siècle à nos jours

Problématique : La forme divertissante qu’est la fable permet-elle de porter un regard critique sur les notions de justice et d’injustice ?


Objectifs :

- Connaître le livre VII des Fables de La Fontaine

- Connaître la critique les notions de justice et d’injustice chez cet auteur

- Connaître le genre de l’argumentation (2)

Séance 1 : Présentation du livre VII des Fables de La Fontaine

Objectifs : Connaître le livre VII des Fables de La Fontaine


I - La Fontaine


Jean de La Fontaine est un poète français du XVIIè siècle. Il est né en 1621 à Château-

Thierry et mort en 1695 à Paris. Issu de la bourgeoisie provinciale, il passa une jeunesse insouciante avant de prendre pour charge celle de « maître des Eaux et des Forêts ». Ayant ainsi une situation, il trouve occupation dans la lecture et les mondanités, avec la fréquentation notamment du salon de Madame de La Sablière. Par ses écrits et leurs succès, il s’assure la protection de N. Fouquet, surintendant jusqu’en 1661 (Le surintendant des finances ou superintendant des finances est un officier de l'administration des finances dans la France d'Ancien Régime, chargé d'ordonner les dépenses de l’État), de la duchesse d’Orléans et de Madame de La Sablière. Dès 1668, paraissent les six premiers livres des Fables, que La Fontaine augmentera, sous la protection de Madame de La Sablière (1673 - 1693), puis de M. et Mme d’Hervart (1693 - 1695), des deuxième (1678 ; livres

VII à XI) et troisième (1694 ; livre XII) recueils. Les lecteurs y trouvent une morale épicurienne et une vision pessimiste de la réalité. Quant au poète, il apparaît comme épris de perfection et fort habile, par la virtuosité de la versification et de la variété de la langue, à conférer un naturel remarquable à ses apologues inspirés d’Esope (VIIe - Vie siècle avant J.-C.), de Phèdre (14 avant J.-C. ; 50) et de la sagesse hindoue (Panchatantra : livre d’instruction en cinq parties , sa postérité est assurée via -Kalîla wa Dimna- ; Le Pañchatantra ou fables de Bidpaï est en effet un ancien recueil de contes et de fables sanskrits puisés dans la tradition orale de l’Inde, qui aurait été compilé au Ve

ou au VIe siècle. Il est l’un des textes les plus diffusés. Ce recueil est composé de cinq livres

destinés à l’usage des Princes. Ses fables ont été , très certainement, imitées par Jean de la Fontaine, Marie de France et bien d’autres fabulistes et conteur).

Via le symbolisme animal, La Fontaine dénonce les injustices et les abus de la société de son temps et se livre à une analyse minutieuse de la psychologie humaine. Il exprime une morale pratique, fondée sur le bon sens (ne pas juger sur la mine, partir à point, avoir besoin d’un plus petit de soi,…). Chaque fable est un modèle de vie et de pittoresque : La Fontaine maîtrise l’art du croquis (« Le héron au long bec », Dame belette « au nez pointu », « Sa Majesté Fourrée ») et se montre un excellent conteur (le récit est vif, la composition rigoureuse). Il utilise toutes les ressources de la versification, par un jeu sur le rythme et la longueur du vers.


II - Les Fables et le livre VII


Il existait avant La Fontaine tout un corpus « scolaire » venant des fabulistes grecs et latins,

des ysopets médiévaux et des fabulistes de la Renaissance. La Fontaine est l’auteur qui élève ce

genre essentiellement scolaire et gnomique à la qualité littéraire.

Les livres VII à XI constituent le second recueil des Fables. Un premier recueil avait paru

en 1668-1671 (livres I à VI). Un livre XII paraîtra en 1694.

Ce second recueil dédié à Madame de Montespan, se divise en deux parties : troisième partie

(livres VII et VIII, 1678) et quatrième partie (livres IX à XI, 1679).

La fable est un genre d’apologue : court récit, narration instructive : cf. livre VI, II. et VIII,

IV.

La préface de La Fontaine n’est pas sans quelque intérêt pour la compréhension du projet de l’auteur. Pour rappel, la préface est un texte argumentatif adressé au lecteur. Dans sa préface générale, La Fontaine défend le genre de la fable, considérée comme genre mineur,

traditionnellement destinée aux enfants de son époque.

« Du temps d’Esope la fable était contée simplement ; la moralité séparée, et toujours

ensuite », écrit la Fontaine dans sa préface du premier recueil. Phèdre déjà ne respectait plus cet ordre, « ne s ‘est pas assujetti à cet ordre », et La Fontaine ne le suit pas toujours. En effet, ce dernier propose une grande liberté par rapport à cette morale (pas : VIII, 2 ou XI, 8 ; morale en tête : VII, 2 ; en tête et à la fin : VIII, 17 ou VIII, 1 ; morale-énigme : le narrateur s’interroge sur la portée d’un récit ou même hésite sur les leçons qu’il comporte (VII, 3 ou VIII, 7)).

Tout cela - et surtout le dernier procédé - confère aux Fables de La Fontaine l’allure d’une

conversation. D’ailleurs c’est un trait général de la littérature du XVIIè de se présenter volontiers

comme une causerie. La Fontaine peut s’adresser à une seule personne (dédicataires comme

Madame de Montespan ou Madame de La Sablière). Il peut instaurer des dialogues avec le lecteur

(« L ‘Homme qui court après la Fortune et l’Homme qui l’attend dans son lit », la fin de « La Mort

et le Mourant », ou encore « Le Loup et le Chasseur ») ou révéler sa présence dans le récit comme

une véritable « intrusion d’auteur ».

Le livre VII des Fables ne s’inspire pas tant d’Esope que de Pillay, sage indien. La Fontaine

propose ainsi une large diversité. Les fables sont alors adressées à l’homme pour le conduire. : cf. la

dédicace « A Madame de Montespan ». Cf. également la fable : « Le pouvoir des Fables ».

Le livre VII est composé de seize fables :

- huit : que des animaux (VII, 1, 3, 6, 7, 8, 12, 15 et 16)

- huit : que des hommes (VII, 2, 4, 5, 9, 10, 11, 13, 14, 17 et 18)

NB : la société des animaux : organisation à l’image de la société du XVIIè. La présence des

animaux dans les fables est constante depuis l’Antiquité : les moeurs les plus apparentes (mos,

moris, m.>morale) fournissaient un équivalent acceptable des moeurs humaines. Il y a alors

allégorie. Si erreurs il y a sur les catégorisations ou descriptions des animaux, elles ne sont pas dues

à La Fontaine, mais au temps ou à la faute de ne pas avoir voyagé : exemple l’huître qui se dore au

soleil. De plus,le serpent était rangé dans la catégorie « insecte » et il n’existait pas encore de

distinction en être le chameau et le dromadaire. L’allégorie est caractéristique de la pensée

classique, habituée à raisonner par analogie : l’homme (le microcosme) est à l’image du monde (la

macrocosme). Les animaux sont un élément essentiel de celui-ci, et les diverses qualités des

hommes correspondent aux leurs. Noter l’importance également de la physiognomonie (traité du

Napolitain J.B. Porta, De humana physiognomonia traduit en 1655 : relation entre les traits

physiques et les traits de caractères). La Rochefoucauld s’en est en partie inspiré, d’où des

expressions comme « messire Loup », « Sa majesté Lionne ». III - La Fable au service de

l’observation sociale

Dans la préface générale du recueil des Fables, c’est un hommage qui est rendu de la part de

Jean de La Fontaine à Esope, ainsi qu’à Phèdre, dont il s’inspire. Cependant, il souligne son

originalité propre.

Deux éléments composent les fables : il définit d’ailleurs ainsi ses textes : toutes sont un

« apologue composé de deux parties, dont on peut appeler l’une le Corps, l’autre l’Âme. »

« Le Corps » réside dans le « génie novateur » du fabuliste, du fait de ses personnages-types,

incarnant donc les vices et les vertus humaines, personnages humains, comme animaux, ayant,

alors, une valeur allégorique ; du fait également des actions qui s’y déroulent, avec un composition

assez systématique de la fable (exposition, enchaînement de péripéties, dénouement) ; du fait enfin

de son choix des registres employés (registres surtout comique et pathétique).

« L’Âme », quant à elle, réside dans la « moralité » de la fable, c’est-à-dire, dans sa valeur

éducative et morale. Cette « moralité », qui fait tout à fait partie de la fable, est placée après le récit,

comme une loi générale. Cependant, cette moralité peut aussi commencer la fable, ou être tout à fait

implicite. La moralité révèle une vision pessimiste du monde. Il s’agit d’une accusation portée à

l’encontre de l’injustice sociale (dysfonctionnements, choc des classes sociales, exploitation des

plus humbles), ou de la cour (critique notamment du pouvoir absolu du roi qui contraint chacun à

l’hypocrisie et à la prudence), le plus souvent. A travers cette critique, le fabuliste invite ses lecteurs

à une conduite empreinte de prudence, de modération et de sagesse, soit, à vivre en toute moralité, à

sa juste place sans rien de trop.

Il faut bien comprendre néanmoins que Jean de La Fontaine n’est pas un philosophe et ne

prétend pas l’être.

Au XVIIè siècle, la morale n’était pas normative, mais elle était conformément à

l’étymologie la « science des moeurs ». Selon Furetière (dictionnaire français classique) :

« habitudes naturelles ou acquises suivant lesquelles les peuples ou les particuliers conduisent les

actions de leur vie ».

Enfin, la vraie profondeur de La Fontaine réside dans son art et non seulement dans ses

idées, art qui est celui du récit, du dialogue et de la versification.

Séance 3 : « Le Chat, la Belette et le petit Lapin »

Objectif :

Reconnaître dans cette fable les notions de justice et d’injustice


Introduction : Cf. les éléments donnés en amont.+ ce sujet est inspiré de Pillay, à nouveau, des

traditions médiévales et de Rabelais (XVIè).

Le récit est le suivant : il s’agit d’un affrontement entre un petit lapin et une belette.

Physiognomonie : belette : fourbe (hypocrite : qui trompe ou agit mal en se cachant, en feignant

l’honnêteté) et intelligente. Elle vole la maison du lapin, alors que celui-ci n’était pas là. La belette

est contre les lois, et le lapin essaye de les faire appliquer. Pour trancher, ils font appel à un juge : le

chat, décrit comme un hypocrite. Le chat les trompe et les mange.

Problématiques possibles :

Cette fable est-elle morale ?

En quoi ce texte est-il un apologue ?

Quels sont les procédés pour plaire et critiquer ?

Comment le fabuliste parvient-il à rendre gaie une histoire qui finit mal, et ce, tout en faisant passer

un message ?

Quelles sont les véritables questions politiques que pose ce texte sous son aspect plaisant ?

En quoi cette fable propose-t-elle une réflexion sur le pouvoir ?

Comment La Fontaine s’y prend-il pour faire passer son message ?

Comment est traitée l’idée de justice dans cette fable ?

Quelles sont les différentes critiques présentes dans « Le Chat, la Belette et le petit Lapin » ?

Problématique retenue : En quoi cette fable propose-t-elle une réflexion sur le pouvoir ?


I - Une fable tragique


a) Un rythme

- Le texte est en rime, avec hétérométrie : octosyllabes et alexandrins en alternance. L’action

démarre avec trois octosyllabes : expression de l’action, puis trois alexandrins : narre

l’installation de la Belette pendant que Jeannot lapin est allé faire sa cour. Et octosyllabe pour les

vers 13 et 14 : accusation du petit Lapin envers la Belette

- variété de rimes : suivies, vers 1-2, embrassées, vers 4 à 7 et croisées, vers 42 à 45.

- discours direct : vers 13 à 15

- discours indirect : vers 16 et 17

- indirect libre : vers 18 et 19

- L’objet de la fable est exposé dès les premiers vers « s’empara » (vers 3), PS : action

-> Impression de vivacité


b) Un langage

- Jeux de mot (noms) :

- la Belette : « Dame Belette » (vers 2) ; « Madame la Belette » (vers 13) ; « La Dame au nez

pointu » (vers 16) : physiognomonie : esprit et malice ;

- Le petit Lapin : « jeune Lapin » (vers 1) ; « Le Maître » (vers 4) ; « Jannot Lapin » (vers 9) :

diminutif affectueux de Jean ; « Jean Lapin » (vers 25) ;

- Le Chat : « Raminagrobis » (vers 31) ; « sa majesté fourrée » (vers 38) ; « Grippeminaud » (vers

39)

- Attention donnée à l’objet du conflit par un vocabulaire de style élevé : un vocabulaire: « palais »

(vers 1), adjectif placé avant le nom : plus soutenu que lorsqu’il est placé après « souterrains

séjour » (vers 9), « Royaume » (vers 20)

-> Caractérise les personnages et références sociales et culturelles


c) Une tragédie : une exposition, un noeud, un dénouement

- exposition : vers 1 à 7 (personnages principaux, où et quand l’action se déroule et lieu double :

Chacun défend sa cause : lieu : tribunal, quel est le sujet)

- noeud : vers 8 à 36

- dénouement : vers 37 à 47 (intervention d’un personnage extérieur à l’intrigue)

- cinq actes :

- I : Dame Belette s’empare du logis du Lapin (vers 1 à 7)

- II : Le Lapin rentre au « logis paternel » et constate qu’il est occupé (vers 8 à 15)

- III : guerre verbale entre les deux protagonistes (vers 16 à 29)

- IV : Suggestion du recours à un tiers (vers 30 à 36)

- V : Une certaine justice (vers 37 à 47)

- références mythologiques : « pénates » (vers 4) ; « Aurore » (vers 6) ; « souterrain séjour » (vers

9) ; « O Dieux hospitaliers » (vers 11)

- rapport au destin : mort

- passions humaines en lutte entre elles : la Belette et le petit Lapin ayant chacun une conviction

ferme. Il leur est nécessaire de recourir à un tiers pour trancher.

Transition : un fable pour une argumentation :


II - Une argumentation sur le pouvoir


a) La Belette

- La loi du « premier occupant » (vers 17) , revendication : c’est tout l’objet du litige : le Lapin

quitte son logis « Le Maître étant absent » (vers 4), la Belette en profite pour prendre sa place,

elle ne reconnait pas le droit de propriété du lapin.

- Nombreux verbes de mouvement « porta » (vers 5) ; « est allé » (vers 6) ; « trotté, fait tous ses

tours » (vers 8) ; « retourne » (vers 9) : concentration sur les premiers vers : absence du Lapin

(enjambement du vers 16 au vers 17).

- La Belette utilise de nombreux parallélismes qui structurent son discours : « A Jean fils ou neveu

de Pierre ou de Guillaume, / Plutôt qu’à Paul, plutôt qu’à moi. » (vers 24).

- Elle se sent légitime dans sa demande, comme le montre la rime entre « loi » (vers 21) et « moi »

(vers 24).

- Rusée et audacieuse en face d’un lapin mieux né qu’elle

- 16-17 : avec enjambement : « La Dame au nez pointu répondit que la terre / Etait au premier

occupant »

- Point de vue opposé :


b) Le petit Lapin

- La loi de « la coutume et l’usage » (vers 25) , état de fait (« paternel logis », vers 12), mise en

relief du verbe « s’empara » vers 3 en rejet : raison de la revendication en réponse de quoi : vers

- La question de l’héritage comme mode de transmission de la propriété (et donc du pouvoir). Si le

Lapin est propriétaire, c’est parce que le terrier s’est transmis « de père en fils » (vers 27), « de

Pierre à Simon, puis à moi Jean » (vers 28)

- Le Lapin s’exprime avec grandiloquence et noblesse (« maître et seigneur » (vers 27). il fait

appel aux dieux (vers 11), explique la ligne de succession (vers 25 à 28) et remet en cause

l’argument de la Belette (vers 29) : argument dit « par analyse et élimination des autres

solutions »


c) Le Chat

- Un faux dévot, doucereux, mielleux : « dévot ermite » (cf. la fable « Le rat qui s’est retiré du

monde » ; « Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras » (vers 34), mais asyndète :

« arbitre expert sur tous les cas » (vers 35) : absence totale de coordination, donc au lecteur d’en

juger.

- Absence d’argumentation : (vers 46-47) : « Jetant des deux côtés la griffe en même temps, / Mit les plaideurs d’accord en croquant l’un et l’autre. »

- Il n’intervient qu’à la fin, mais à une place importante, comme l’indique le titre, puisqu’il est cité en premier dans l’énumération. Il aura « le dernier mot ».

- Il est pourtant fourbe et hypocrite comme le montre la longue description qu’en fait La Fontaine sur plusieurs vers, qui annoncent le tournant du récit (vers 32 à 35). deux faces : (vers 32, 34, 43) et allitération en « r » : ronronnement et violence du dernier mot (sonorité dure).

- Il leur fait croire qu’il est vieux et sourd (vers 40) et s’adresse affectueusement à eux (« Mes

enfants », vers 39), pour mieux leur sauter dessus.

Transition : derrière toutes ces revendications, des questions morales et sociales réelles :


III - Les questions politiques et sociales


a) Une question d’état de fait

- Les courtisans et leurs privilèges : la Belette et le Petit Lapin : revendication d’un logis. Or,

derrière ces deux personnages, il faut voir les courtisans, qui sont raillés.

- Jean Lapin en fait clairement partie. Lorsqu’il se fait voler son palais (vers 1), c’est parce qu’il

est parti « faire à l’Aurore sa cour » (vers 6). Louis XIV est surnommé le Roi Soleil :

rapprochement donc à fair avec l’aurore et le mot cour joue sur les deux tableaux : faire la cour à

quelqu’un et la cour, le lieu : même origine

« Mais avant d'être restreint à un usage galant (plus ou moins, parce qu'on ne peut pas vraiment dire

que la version moderne est un parangon de galanterie), faire la cour avait une utilisation plus

générale dès le XVIe siècle. En effet, il faut penser à ce qu'étaient la 'cour', le domaine et l'entourage

du roi, et les courtisans de cette époque, ceux qui s'affairaient autour du souverain à lui faire la

cour, non pas dans le but de partager le même lit, mais simplement pour s'attirer ses bonnes grâces,

être bien vu de lui et, autant que possible, en obtenir diverses faveurs.

Et, même si elle en était originaire, cette expression ne s'utilisait pas uniquement à la cour, mais

partout où une personne cherchait à se faire bien voir d'une autre. »

- Ainsi en est-il lorsqu’il broute, trotte et fait tous ses tours : manoeuvres et intrigues des membres

de la Cour pour s’attirer les faveurs du roi.

- Aucune remise en cause des privilèges et tous se conforment à l’usage

- Le Lapin est jeune et naïf : il ne remet pas en cause l’ordre établi et se contente de suivre la

coutume sans se poser de question.

- Enfin, la fable est elle-même très explicite : La Fontaine se moque des conflits entre « petits

seigneurs » qui, incapables de se mettre d’accord, font appel au roi pour régler leurs problèmes.


b) Une question de justice

- Les « révolutionnaires » ou les profiteurs et parvenus : premier arrivé, premier servi !: la belette :

remise en cause de la légitimité de l’héritage, de l’ordre établi et prouvé . Il semble qu’il n’y ait

rien à faire pour hériter, il suffit d’être bien né : « quelle loi » (vers 21) ?

- En effet, la recherche de la justice : champs sémantique de la justice : « loi » (vers 21) :

importance car premier terme ; « lois » (vers 26) ; « loi » (vers 29) ; « arbitre » « expert »

« cas » (vers 35) ; « juge » (vers 36) ; « contestants » (vers 42) ; « plaideurs » (vers 45)

- Remise en cause de la loi, considérée par la Belette comme injuste


c) La morale

- La morale de la fable (vers 46-47) est explicite et s’en refaire au contexte de l’époque.

- La moralité n’est pas explicite ici, mais est une invitation à la réflexion sur l’ordre établi, sur les

conflits, sur le pouvoir (quelle légitimité du pouvoir ?) , et donc, sur la justice. ici le dernier mot

est violent, impliquant, un abus de pouvoir et un manque certain de justice. Cf. « Le Loup et

l’Agneau ».

- Un abus de pouvoir : le chat profite de la naïveté de la belette et du petit lapin pour se remplir la

panse et servir ses propres intérêts.

- « chattemite » (vers 33) : désigne une personne hypocrite derrière ses airs doucereux (d’une

douceur affectée)

- « sa majesté fourrée » (vers 38) : référence à l’expression « chat fourré », nom que l’on donnait

ironiquement aux magistrats sous l’Ancien Régime

- Grippeminaud et Raminagrobis : références littéraires : Raminagrobis : « un chat qui fait le gros

monsieur sous sa robe d’ermine » : référence à Guillaume Crétin, chantre et chanoine de la

Sainte Chapelle de Paris, et trésorier de celle du bois de Vincennes, poète fameux qui vécut

notamment sous François I (Pantagruel, livre III). Grippeminaud, archiduc des chats fourrés

(livre V, Pantagruel)

- « Grippeminaud » (vers 39) : dérivation plaisante de gripper, sans doute avec minauder, minet

(affecter certaines manières, paraître agréable -> courtisans) : ravisseur, voleur ; surnom donné

aux gens de robe présentés comme peu scrupuleux

- Or, par la morale, le roi est explicitement assimilé au chat (lui-même désigné comme « sa

majesté »)

- Il a le pouvoir et l’autorité de trancher les conflits, c’est à lui que s’adressent les sujets lorsqu’ils

ont besoin d’un juge suprême, puisqu’il y a vide juridique.

- Enfin, la question de la légitimité de la propriété transmise par héritage que pose la Belette peut

s’appliquer au royaume, comme elle le demande elle-même (« Et quand se serait un

Royaume ») : quelle légitimité du Roi ?

Conclusion :

Synthèse : Un apologue, car court récit en vers, dont on tire une instruction morale, visant à illustrer

une leçon morale, politique ou religieuse. Allégorie de l’animal pour la leçon de morale. Ici, plus

questionnement et remise en cause ou dénonciation qu’une véritable leçon à tirer.

Ouverture : question de l’argumentation, « sans autre forme de procès », renvoie à la fable « Le

Loup et l’Agneau ».


Séance 3 : « L’ingratitude et l’injustice des hommes envers la Fortune »


Objectif :

Reconnaître dans cette fable les notions de justice et d’injustice

Introduction :

Livre VII, fable XIII. Fable dont le protagoniste est un homme et non un animal. Un seul

homme pour une généralité : argumentation indirecte avec un raisonnement inductif.

La Fontaine nous narre l’histoire d’un homme et de son expérience pour instruire son lecteur et le rendre sage.


Problématiques possibles :

En quoi cette fable est-elle la fable d’un moraliste classique ?

Quelles leçons de sagesse peut-on tirer de la fable ?

En quoi cette fable est-elle un apologue ?

Comment Jean de La Fontaine rend-il compte dans cet apologue de l’hypocrisie humaine ?

Problématique : Comment Jean de La Fontaine rend-il compte dans cet apologue de l’hypocrisie humaine ?


I - Un récit


a) Une structure

Structure poétique : un rythme :

- hétérométrique : alternance d’alexandrins et d’octosyllabes

- rimes embrassées, suivies

- 13 rimes différentes

Situation initiale : le trafiquant s’enrichit : vers 1 à 20

Elément perturbateur : un nouveau risque : vers 21 à 24

Péripéties : vers 25 à 34

(Elément de résolution : vers 35-36)

Situation finale : vers 37 à 46

Morale : vers 39 à 46

Situation générale : aucun cadre spatio temporel particulier : vers 1 : un trafiquant sur mer

Il y a ellipse : on ne sait comment se termine l’histoire : vers 39 : laisse à chacun le soin de la

terminer : généralité et leçon particulière, propre à chacun

-> Des éléments donc du récit permettant au lecteur d’avoir l’ensemble du contenu d’une histoire, à

travers un personnage.


b) Un personnage

- Suivi de l’évolution d’un personnage de la situation initiale à la situation finale.

- Il n’a pas de nom, mais est défini dès le premier vers comme étant « Un trafiquant sur mer », ici

désignation par la fonction sociale

- Désigné par l’indéfini « on »

- Cependant, cela rend le cas beaucoup plus général : universalité relative de l’histoire. Nous

sommes tous des trafiquants de vérité ballotés sur la mer de l’existence

- Trafiquant sur mer :


II - Une argumentation indirecte


a) Le récit d’une expérience humaine commune

- Etre balloté par la Fortune, comme le marin sur les eaux : « ballots », vers 4 : diminutif de balle

(dans le sens « paquet de marchandise ») formé à l’aide du suffixe -ot. L’expression « c’est

ballot » vient du mot ballot désignant un objet empaqueté (sorte de baluchon), un individu dont

on dit qu’il est ballot est comme un ballot dénué de réflexion et balloté à droite et à gauche dans

son cheminement sans paraître y prendre part.

- Isotopie de la mer : « trafiquant », vers 1, « vents », vers 2, « voyage », vers 2, « gouffre »,

« banc », « rocher », vers 3, « ballot », vers 4, « Neptune », vers 5, « à bon port », vers 7,

« vaisseau » et « vent », vers 25, « Corsaire » vers 27, « port » vers 28, « bâtiments », vers 33


b) La vanité humaine

- Vanité : la vanité : vanitas vanitatum (Ec, 12, 8, Quohélet), rappelle ce qui est vain, vide, de

vanus, a, um en latin : vide, vain, trompeur, fourbe. Ce qui est vain est donc dépourvu de valeur

ou de sens. Ce qui est vain est donc sans consistance ni réalité.

- Vanité des affaires : isotopie des affaires : «trafiquant », vers 1, « s’enrichit » vers 1,

« triompha », vers 2, « voyage », vers 2, « péage », vers 3, « marchand », vers 7, « port », vers 7,

« facteurs », « associés », vers 8, vers 9 « vendit », « tabac », « sucre », « canelle »,

« porcelaine », vers 10, « luxe », « folie », « trésor », vers 11, « escarcelle », vers 12, « doubles

ducats », vers 13, vers 14, vers 18 : « savoir-faire », « talent », vers 19, « risquer », « placer » et

« argent », vers 20, « risqua » vers 22, « gain », vers 22, « vaisseau », vers 25, vers 29,

« facteurs », vers 31.

- Vanité au sens de satisfaction de soi-même, orgueil : vers 18 et vers 19 : « moi, moi, moi et

encore moi »

- Toute cette vanité est très liée à la mort : cf. représentations des vanités :

Georges de La Tour, La Madeleine aux deux flammes et Vanité de Philippe de Champaigne

-> Le bonheur n’est pas en rapport avec l’industrie, la réussite ou la richesse, qui sont mortifères,

car elles rendent l’homme esclave de ses passions, mais bien avec la sagesse.


III - Une philosophie


a) La morale

- Vers 39 à 46

- Une morale commune (vers 44)

- L’homme s’il n’est sage ne remet les affaires de Fortune à leur juste place : l’homme est balloté

par la Fortune qu’elle embrasse de ses soins, le favorise et lui retire tous ses biens matériels. s’il

n’est sage, il s’attribue ses réussites et accuse la Fortune de les lui retirer.

- Vers 15 et 38 : vers construits en chiasme avec opposition entre « jeûne » et « noces » et

« heureux » et « sages » : antithèses

- Importance des vers 45 et 46 : importance de la césure à l’hémistiche

- Vers 45 : antithèse entre bien et mal, et opposition entre la faire et le subir

- Vers 46 : « On » impersonnel : universalité et anaphore du son « on » à l’ouverture et à la

fermeture du vers qui clôt le vers sur lui-même

- Vers 46 : « le destin toujours tort » : allitération en « t » : première lettre de la deuxième personne

du singulier : du tu, de l’accusé, de l’autre

- Μηδὲν ἄγαν et Ne quid nimis : rien de trop


b) Une sagesse

- Isotopie de Fortune : « bonheur », vers 1, « ballots » et « sort » vers 4, « Atropos » vers 5,

« Fortune », vers 6, « pauvre », vers 34 et « Fortune », vers 36 et vers 38 « heureux » et

« bonheur », vers 4, « échec », vers 42, « sort », vers 43, « Fortune », vers 45 et « destin », vers

46

- Atropos, Neptune et Fortune (vers 5-6) : noter la rime entre Neptune et Fortune (rime féminine,

riche), qui montrent combien alors la Fortune alors sourit au marchand.

- Cependant, à l’homme d’être juste envers lui-même et envers la Fortune. Il doit acquérir la

sagesse, afin d’être tout à ait juste et ne doit pas être aveuglé par la Fortune et tout le bon-heur

qu’elle apporte

- Juste : qui est conforme à une norme, qui se comporte selon la justice, qui observe les

commandements divins, et ce, tant en philosophie, qu’en religion, attitude qui apporte la sagesse.

Or, une fois la sagesse atteinte, le vrai bonheur arrive de surcroit.


Conclusion :

- Synthèse : Un rythme soutenu et vif d’un court récit délivrant une leçon de sagesse sur la vanité des affaires de l’homme et sur le rapport que celui-ci doit entretenir avec la Fortune : celui-ci est ingrat envers la fortune, il est orgueilleux et ne sait se réjouir quand le sort le favorise, s’attribuant toute réussite et accusant le destin de ses échecs.

- Ouverture : (Sur la religion ou sur les tableaux proposés en prolongements, évoquant la brièveté de la vie, le temps qui passe et la mort.) Ou et surtout sur les représentations allégoriques de la justice : allégorie de la justice de Giotto ou celle de Philippe de Champaigne.

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