Les Fausses Confidences et Lorenzaccio + infos sur Art et Le Roi se meurt

Alfred Musset est un poète et dramaturge français issu d’une vieille famille de petite noblesse : - après Les Nuits Vénitiennes qui est un échec, il écrit Lorenzaccio (1848). Pièce de théâtre dramatique, le drame romantique par excellence, qui a été influencée par ses liaisons amoureuses tumultueuses. [deux inspirations : Une conspiration en 1537 de George Sand et Chroniques florentines de Varchi.] Pour Musset, le livre est la finalité : les pièces de théâtre qu’il écrit à partir de 1832 sont faites pour être lues, comme Un spectacle dans un fauteuil. Elles lui évitent d’aborder la question de la double énonciation et d’appliquer les contraintes formelles de la dramaturgie classique. => il ne veut pas être « esclave » du metteur en scène à cause d’indications scéniques précises etcomplexes. - Musset ne respecte pas entièrement les faits historiques pour donner une dimension romantique à son héros : pas mis en scène avant 1896, dans une version réduite à trois actes. Choix du nombre de personnages, des décors, trois intrigues doubles. ▪ Lorenzaccio est déterminé à tuer, mais la question de la motivation se pose. Il s’interroge plus sur la notion de mal, sur l’âme humaine, que sur le meurtre qu’il prévoit de commettre. => Il semble vouloir prouver sa propre valeur, il veut être reconnu, il veut réaffirmer son amour propre : tuer Lorenzaccio pour imposer Lorenzo. ▪ Lorenzaccio est un menteur : le héros de la pièce reste insaisissable. Son identité est incertaine : c’est un homme-acteur, changeant, inconstant, multiple. => auto-description d’un libertin dépravé / intellectuel pacifique / peureux qui craint les armes.

Acte IV, scène 11

I. Une scène hérétique ▪ Lorenzo prépare le meurtre par le biais de deux mensonges : « Je roule votre baudrier autourde votre épée, et je la mets sous votre chevet. Il est bon d’avoir toujours une arme sous la main. » ; « Pour aller voir mon frère, qui est très malade, à ce qu’il m’écrit. » - Lorenzo est déterminé et son esprit semble impénétrable comme en témoignent ces phrases courtes. Meurtrier tragique-lyrique qui n’a pas de cas de conscience et ne se sent pas coupable. Le meurtre est perçu comme libérateur, aboutissement du tyrannicide du duc pour purifier la ville. ▪ Le duc de Florence ne se doute de rien et pérore sur ses intrigues amoureuses. Il montre peu de considération des femmes avec des dénominations méprisantes : « les bavardes » / « belle parleuse » / la Catherine ». - attiré par la conquête et la nouveauté : « Faire la cour à une femme qui vous répond oui lorsqu’on lui demande oui ou non, cela m’a toujours paru très sot, et tout à fait digne d’un Français. ». Une femme consentante ne psente plus d’intérêt et Musset attribue ce type de séducteurs naïfs et peu raffinés aux Français. - personnage presque rabelaisien, qui est incapable de courtiser une femme à cause des plaisirs de la chair et par extension ceux de la table : « j’ai soupé comme trois moines, je serais incapable de direseulement Mon cœur ou Mes chères entrailles, à l’infante d’Espagne ». Victime de son appétit. + décalage entre la hauteur de sa position et sa grossièreté : « ce sera peut-être cavalier, mais ce sera commode. ». ▪ L’appellatif « Eh bien ! mignon » et le diminutif « C’est toi, Renzo ? » témoignent de la familiarité des liens entre Alexandre et Lorenzo mais aussi de l’ambiguïté de leurs relations. [« tu quoque mi fili » prononcé par César lorsqu’il est assassiné par son fils adoptif Brutus]

- toute la pièce tend vers cette scène alors qu’elle ne semble donner lieu ni à la moindre violence ni la moindre tension entre les personnage. => intensité dramatique attendue temporisée par la crédulité et la confiance aveugle du duc envers Lorenzo, donc grande facilité et rapidité d’exécution du meurtre : « Lorenzo rentre l’épée à la main. /Il le frappe. / Il le frappe de nouveau. » / « [feignant] de dormir » symbole aveuglement. /!\ acte non pas dramatisé mais banalisé qui s’apparente à un « anti-théâtre ». Meurtre volontairementfade à l’image de la médiocrité du duc (pas de combat épique). + hérétique car le meurtre du duc réfute les convenances théâtrales en se déroulant sur scène.

II. Lorenzo, un personnage romantiqueLorenzo soucieux des détails pratiques mais peu émotif. -il ne s’attarde pas sur le corps de sa victime mais s’empresse de montrer sa blessure au doigt à Scoronconcolo : « Regarde, il m’a mordu au doigt. Je garderai jusqu’à la mort cette bague sanglante,inestimable diamant. », la bague en synonyme de passation de pouvoir. => la morsure bestiale est une réaction d’urgence. Autre dimension : ironie car celui qui se fait assassiner est roi, contraste entre l'animalité du duc dans son dernier sursaut de vie et la noblesse qui lui est attribuée de naissance. ▪ Il savoure sa victoire, s’épanchant avec lyrisme, et fidèle à la tradition romantique, la naturesert l’introspection et semble irradier de pureté. Extase lyrique par les exclamatives et interjections : « Que la nuit est belle ! que l’air du ciel est pur ! Respire, respire, cœur navré de joie! » ; « Que le vent du soir est doux et embaumé ! comme les fleurs des prairies s’entrouvrent ! Ô nature magnifique ! ô éternel repos ! » ; « Ah ! Dieu de bonté ! quel moment ! » + adjectifs mélioratifs des sensations olfactives et visuelles : « belle », « pur », « doux et embaumé ». => Lorenzo orchestre le dénouement : personnage auparavant torturé dorénavant libéré. L’impératifdans « Respire, respire, cœur navré de joie ! » évoque une renaissance et voire une foi retrouvéelorsqu’il s’exclame « Ah ! Dieu de bonté ! Quel moment ! » /!\ moment de flottement de grâce, « son âme se dilate singulièrement », mais Lorenzo est vite ramenéà la raison par Scoronconcolo. Il est guidé par la passion de la justice et par son intégrité, puisant dansl’absurdité relative de ce dénouement existentiel. => contraste entre le sublime et le grotesque hérité du baroque qui donne sa profondeur à l’œuvre deMusset.

III. Le romantisme, une utopie politique ? ▪ Mettre à jour l'absurdité totale de la noblesse de la mort à travers le caractère bestial du duc, la vulgarité de la morsure et l’intelligence pauvre du duc qui est ennuyé et grivois : - Vulgarité de la pensée : « les bavardes » / « belle parleuse » / « commode » / « j'ai soupé comme trois moines » qui reflète le caractère ennuyé et grivois du duc. ▪ La bague métonymie de la noblesse symbolise la transmission de pouvoir entre ce deux personnages affiliés. La pièce Lorenzaccio est traversée par un rêve : - démanteler la logique du pouvoir pour que l’éthique passe avant la volonté de domination. L’acte deLorenzo est donc hautement symbolique même si voué à l’échec [romantique] => Utopie politique qui irriguera l’histoire du XIXème et XXème siècle : entre politique sans désir et pouvoir ?

Yasmina Reza est aujourd’hui la dramaturge française contemporaine la plus jouée dans le monde+ actrice, metteuse en scène de théâtre et de cinéma. - sa première pièce, Conversations après un enterrement, lui vaut le Molière du meilleur auteur en 1987 ; mais elle se fait surtout connaître grâce à Art en 1994. => trois amis quadragénaires se déchirent autour de l’achat par l’un d’eux d’un tableau blanc avec des liserés blancs. Représentée pour la première fois au Théâtre des Champs-Élysées avec Fabrice Luchini, Pierre Arditi et Pierre Vaneck, dans une mise en scène de Patrice Kerbrat. => accueil triomphal de la part du grand public : comédie traduite en une trentaine de langues/jouée dans presque 57 pays / deux Molières en France / le Tony Award du meilleur auteur en 1998. ▪ Un monologue fonctionnel ▪ Recours systématique au monologue comme matériau dramatique structurant. Contrairement à l’esthétique classique, ce n’est plus un « accident » communicationnel, ni un simple subterfugedramaturgique. => d’abord ralentir l’évolution dramatique avant d’accélérer le mouvement + structure géométrique avec jeux de symétrie et dissymétrie, pour fermenter graduellement la tensionjusqu’à l’avènement de la séquence explosive. ▪ Rendre compte de l’isolement des personnages : êtres solitaires prisonniers de leur mauvaise foi et de leurs mensonges, se débattant dans leurs contradictions. ▪ Entre comédie et drame ▪ Dosage subtil de légèreté et de gravité : tension constamment amortie. Le rire et l’ingestion des aliments fonctionnent comme des facteurs de détente et d’apaisement. => Personnages à la limite du ridicule malgré leurs positions sociales et leur niveau intellectuel : futilité et banalité des propos. ▪ // genre populaire du vaudeville et du théâtre de boulevard : parodie de l’infidélité. => Relation triangulaire entre Serge, Marc et le tableau = thème du ménage à trois [le mari, la femmeet l’amant(e)]. ▪ Un regard sur la société ▪ Illustrer les mécanismes des liens sociaux par les échanges verbaux / complexité des rapports humains, fragiles et tendus, marqués par la théâtralité, le mensonge et la démesure. => vision assez pessimiste de la nature humaine // gratuité de la parole. ▪ La querelle entre Marc et Serge fait écho à un débat entre deux conceptions de l’art qui sontapparues au XXème siècle : « derrière la figure du tableau, c’est le statut de l’art qui est interrogé »(Aurélien Pigeat)

Le roi se meurt est une pièce de théâtre en un seul acte publiée et présentée en 1962 au Théâtre del’Alliance française. Le titre de l’œuvre résume l’intrigue. => thème profond et existentiel : le face-à-face de l’homme avec sa propre mort. + marginalité de Ionesco et refus de l’écriture traditionnelle : il outrepasse le récit d’un destin par lamort du protagoniste Importance symbolique des personnages qui confère à la pièce une portée universelle : le roi, c’est tout homme, au centre de la création / trois femmes représentant la raison, le désir ou le quotidien / un médecin confronté à l’impuissance de la science / un garde qui décrit et commentel’action. - angoisse d’un homme qui doit faire face à l’imminence de sa mort, alors que son royaume est enpleine déliquescence. => tragédie ordinaire de l’homme tout en amusant le spectateur avec des personnages burlesques /surprenants / pathétiques. ▪ Une (anti)tragédie ▪ Présence du registre tragique /!\ L’auteur rompt avec la tradition théâtrale classique, allant à l’encontre des règles de la tragédie : letitre annonce d’emblée le dénouement de la pièce / des anachronismes dans le récit / la mort du roi mise en scène / la règle des trois unités n’est pas respectée / les didascalies sont des objets esthétiques. => la tragédie parodiée : la pièce se revendique comme consciente d’être en représentation. (« Tu vas mourir à la fin du spectacle ») ▪ Artifice du langage : mettre en cause le réel rendant les situations absurdes. ▪ La représentation de la mort ▪ Un royaume en dépérissement : évanescence de la vie et temps tragique + la mort est mise en scène : la dégradation, le refus, la prise de conscience et l’acceptation. Pièce qui représente l’angoisse de mourir, de vieillir, et de ne rien avoir accompli, de ne rien laisser derrière soi. => situation universelle et pessimiste. La mort est une destinée qui met tous les hommes sur un piedd’égalité.

Dernière grande pièce de Pierre Carlet de Chamberlain de Marivaux, Les Fausses Confidences est une comédie en trois actes et en prose, créée en mars 1737 par les Comédiens italiens à l’Hôtel deBourgogne. dans laquelle l’espace champêtre et aristocratique cède la place à l’espace urbain : foisonnement de détails de la vie quotidienne. - cheminement de la passion et évolution psychologique du protagoniste Araminte par le dévoilementgraduel de l’amour de la jeune veuve pour son intendant. Le masque est le moteur de l’action : le jeu de dissimulation permet aux personnages d’évoluer et ainsi aller à la découverte d’eux-mêmes.Dépassement du décalage qui existe entre l’être et le paraître. - pièce très marquée sociologiquement : l’argent et la condition sociale comme obstacle à la réalisation du désir amoureux La vocation d’un être est de découvrir la voie de son bonheur, un amour sage qui concilie lesaspirations individuelles et les exigences d’un groupe.

Acte I, scène 2 : de « entrant avec un air de mystère » à « nous ferons le reste ».


I. Une scène d’exposition classique et efficace ▪ Scène d’exposition présentant d’emblée la machination ourdie par Dubois : l’intérêt financierse mêle à la passion amoureuse, la sincérité amoureuse se mélange au stratagème et à la ruse. ▪ Araminte, archétype de la bourgeoise riche, prudente et raisonnable en opposition avec la passion de Dorante : description qui la rend imperméable aux emportements amoureux : - position sociale « Cette femme-ci a un rang dans le monde ; elle est liée avec tout ce qu'il y a de mieux, veuve d'un mari qui avait une grande charge dans les finances ». + dimension allégorique du personnage d’Araminte par le rythme ternaire « Fierté, raison et richesse, il faudra que tout se rende. ». => . Elle n’apparaît pas physiquement mais symbole de ce qui est inaccessible à Dorante : QR avec antithèse des verbes être/avoir « tu crois qu'elle fera quelque attention à moi, que je l'épouserai, moi qui ne suis rien, moi qui n'ai point de bien ? ». Vision pessimiste. ▪ La richesse est à la fois un attrait et un obstacle. Rapport ambigu qui participe d’un enjeucomique avec le parfait amant désargenté convoitant une jeune veuve fortunée. - lexique : « argent » / « finances » / « enrichira » / « ruiné » / « richesse » / « elle a plus de cinquante mille livres de rente » / double métonymie du hasard et de la monnaie « fortune ». + ironie jeu de mots et hyperbole « votre bonne mine est un Pérou. » /!\ Contraste entre l’inaccessibilité d’Araminte : « Et tu me dis qu'elle est extrêmement raisonnable ? »et les sentiments de Dorante : « Je l'aime avec passion, et c'est ce qui fait que je tremble ! ». => ils ne peuvent pas se parler d’égal à égal. Domaine du sentiment ou domaine du profit ? L’intrigue est annoncée : comment la relation entre Dorante et Araminte évoluera-t-elle ? Tout reposesur l’apparence de Dorante et sur l’ingéniosité de Dubois

II. Une réinvention des rapports du maître et du valet ▪ Dubois incarne l’archétype du valet malin Scapin de la commedia dell’arte. Il joue le rôle duvalet confident même s’il n’est plus au service de Dorante mais surtout se place au cœur de l’intrigue : - complicité sincère entre les deux hommes visible in medias res « n’y a-t-il là personne qui peut nous voir ensemble ? ». /!\ rapport maître-valet inversé. ▪ Figure de l’auteur manipulant sa marionnette. Dubois agit en metteur en scène : c’est à luiqu’est confiée l’écriture de la dramaturgie et il en tire les ficelles : - impératif « Tournez-vous un peu, que je vous considère encore » et utilisation du pronom de la P4 globalisateur « notre affaire » ; « nous voilà embarqués ». Il verbalise ainsi les désirs de son maître. => Mise en abyme du théâtre dans le théâtre présenté comme une grande conspiration. Le spectateurest immédiatement placé au cœur d’un stratagème. ▪ Le valet est maître, il est persuadé de l’efficacité de son plan : trinité des structures sujet/COD/verbe « Je m'en charge, je le veux, je l'ai mis là » + adverbes de totalité « nous sommes convenus de toutes nos actions ; toutes nos mesures sont prises » + parallélisme de construction « je connais l'humeur de ma maîtresse, je sais votre mérite, je sais mes talents, je vous conduis. » + futur de certitude « Quand l'amour parle, il est le maître, et il parlera ». - Problématique du motif entre argent et amour qui en devient comique dans la tirade antithétique en gradation « on vous épousera, toute fière qu'on est, et on vous enrichira, tout ruiné que vous êtes » + pronom personnel indéfini « on » qui reflète le marque de prudence et le respect. + adresse au public, englobant le spectateur par la double énonciation. => la réplique souligne tout ce qui sépare Araminte et Dorante. Le fossé qui semble se creuser est àl’origine de la tension dramatique, et Dubois a pour rôle de le combler en unissant les deux personnages.

III. Une comédie sociale ▪ Le comique de situation, les jeux de mots, le mélange des registres, les rapports maître-valet inversés participent à un confusionnisme entre engagement amoureux et intérêt financier du mariage. - propre à une rhétorique singulière du 18ème siècle qui est de mettre à jour les inégalités sociales. => satire sociale du théâtre des inégalités / théâtre des Lumières. [Le Mariage de Figaro exploite les mêmes thématiques et le même type de valet : intelligent, ingénieux, mais prisonnier de sa condition sociale]


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