“Les Misérables” d'Hugo, discours de Fantine


Introduction : 

Scène de l’arrestation par Javert de Fantine à la suite de l’altercation avec Bamatabois, scène du bureau de police. Il y a déjà eu un premier discours de Fantine à Javert ou elle lui donne sa version des faits, et lui expose sa situation : la nécessité de payer les Thénardier pour Cosette.  Au moment ou l’on enlève Fantine, M. Madeleine qui l’a entendu, intervient découvrant qu’il d’agit du maire de Montreuil-sur-mer, Fantine lui crache au visage. Le passage s’organise en deux discours : un premier qui formule la pensée de Javert que la stupéfaction rend muet et un second, celui de Fantine qui s’adresse directement à Javert. 

LECTURE

Dans une explication analytique : mise en scène d’un dialogue impossible, logique de la misère accessible qu’aux misérables.

  1. L’incohérence de ce que Javert a entendu :

  2. L’économie des moyens narratifs :

Tout signifie que les personnages n’ont de sens que comme figure sociales : deux personnages : Javert et M. Madeleine et le geste/ parole de Madeleine sont l’un comme l’autre en contradiction avec ses fonctions : « liberté » qui clos la deuxième phrase en est une sorte de paradoxe. La destinée de Fantine a toujours exclu qu’elle agisse librement : la pénalité c’est-à-dire la privation de toute liberté physique n’est que l’aboutissement logique de toute sa vie.

  1. L’introspection :

On a avec le passage de Javert une narration introspective comme l’aboutissement d’une durée : expression « devenu fou » = déraillage et le mot « fou » ouvre une série sémantique de la monstruosité avec des termes violents : « les plus effroyables » « sacrilège ». La force des termes est en rapport avec le dysfonctionnement social introduit par la contradiction entre ce qui a été vu « mais quand il vit ce maire » et la norme de la conduite imposée par la hiérarchie sociale= d’où la force de l’émotion provoquée qui explique la traduction nécessaire du narrateur : les termes coup sur coup et mêlés ensemble ce qui se passe à l’extérieur agit intérieurement hors de toute rationalisation possible.

  1. Précision du dérèglement fonctionnel :

« Voir une fille publique » = franchissement du fossé entre les classes, abolition de la hiérarchie et des rapports de pouvoirs. Les catégories sont les mêmes mais il y a surenchère, il n’y a pas de dérèglement de l’ordre mais inversion, retournement de situation, monde à l’envers. Le retournement passe par une surimpression des impressions, le « rapprochement hideux » naît du rapport que Javert a effectué dès son arrivée à Montreuil sur Mer entre M. Madeleine et Jean val jean. « Un je ne sais quoi de temps simples rendrait compte du désordre actuel s’il était rattaché au désordre originel : celui du bagnard devenu maire, c’est à travers l’émotion de Javert qu’apparaît l’idée clé du passage : la logique du désordre est celle du misérable ; elle ne peut être comprise que par un autre misérable. De l’autre côté de la société cette complicité ne peut exister qu’en termes d’horreur de rapprochements hideux.


  1. L’espoir d’une parole explicative :

  2. L’identité de situation psychique chez Fantine :

La rupture de la logique de fonctionnement social est aussi aberrante pour le misérable que pour le policier. La seule différence c’est que le corps du misérable est plus fragile (titre) : l’image du bras nu se cramponnant à la clé du poêle renverse l’image du bras traditionnel de la liberté. Tout se passe entre la parole attendue, son origine apparemment attribuée par Javert selon une logique qu’elle expliquera plus tard. Enchaînement des fiats rapide que provoque l’application stricte de la loi et qui va contre le non-fonctionnement de l’ordre social ce qui entraîne un dysfonctionnement. Le discours de Fantine est un discours argumentatif de misère avec une double tension.

  1. Une double Tension :

La première est de faire voir, de montrer, de faire découvrir à Javert ce qu’il ne voit pas et la seconde étant d’expliquer les enchaînements, faire comprendre la cause puis la chronologie des faits « Alors », la fatalité « il faut donc » « nous autres » avec la répétition des apostrophes, des impératifs. L’impensable rompt l’enchaînement de la logique dans lequel elle est prise : émotion, fonction émotive de la parataxe qui cherche à ajuster la réalité : rejet de l’hypothèse de M. Madeleine malgré l’évidence car « monstrueux maire » l’adjectif « monstrueux » était déjà dans le discours de Javert, rupture de norme=monstruosité. Chez Fantine, la monstruosité est attribuée au maire mais n’est pas gratuite. Le maire est ne effet un monstre pour elle car il est la cause de sa misère. Le maire ne peut en enrayer le fonctionnement. En revanche, un exécutant pris dans la chaîne de la prison peut arrêter la machine par accident : Javert.

  1. L’enchaînement :

Le mot « monstre » est repris et le « vieux gredin » est en apposition à « maire », « tas de gueuses » qui va être repris en ce « gueux de mer » orchestration du renversement annoncé. D’un côté de l’ordre, une famille et de l’autre du misérable, le mot « horreur » subit le même retournement que « monstre ». La logique est fondée sur le refus du droit au travail : gestion de la pénalité = désordre économique, misère, Fantine gagne 12 sous , les entrepreneurs donnent moins de sous aux prisonniers , salaire de Fantine= 9 sous, est obligée de se prostituer= prison. L’ordre qui a pour fonction une bonne organisation de la société organise et entretient la justice de l’exclusion= mise en accusation du maire= origine du dysfonctionnement, société de castes, société clivée ou la bourgeoisie est économiquement protégée, moralement dépravée. 


Conclusion : La fin du texte fait le point entre le dysfonctionnement social et économique et moral. La prostitution de Fantine naît d’une faute dans l’organisation sociale = innocence + conditions de la vie de Cosette.



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