"Les pensées de Blaise Pascal"

Séance 7 : Les Pensées de Blaise Pascal


Objectif : Comprendre l’homme en société à travers le regard de Blaise Pascal dans ses Pensées


Introduction :

Blaise Pascal est un savant, penseur et écrivain français. Né à Clermont-Ferrand en 1623, il

meurt à Paris en 1662. C’est en 1642 qu’il conçut la machine arithmétique et c’est durant cette période que la famille suivit l’influence du jansénisme. Entre 1651 et 1654, il fréquenta la société dite des « honnêtes gens ». Mais c’est après plusieurs événements qu’il attribue à la Providence, et, surtout, son extase du 23 novembre 1654 (le Mémorial), qu’il fit retraite à Port-Royal des Champs.

C’est alors qu’il se rapprocha tout à fait des jansénistes. Il les défendit dans les dix-huit lettres polémiques dites les Provinciales (1656-1657), qui attaquent les jésuites sur leur interprétation de la grâce.

Parler de l’oeuvre des Pensées de Pascal est tout à fait paradoxal, étant donné le fait que non seulement, jamais Pascal n’a ordonné lui-même son ouvrage, raison pour laquelle les diverses éditions ne proposent pas toutes la même ordonnance, mais encore, c’est un texte posthume. En effet, c’est après sa mort qu’ont été retrouvées toutes ces pensées, laquelle sur un chiffon, laquelle sur un bout de feuille. Ainsi, considérant la valeur de tels fragments, et connaissant la volonté exprimée par l’auteur, avant sa mort, de les publier, ses éditeurs ont décidé de mettre en place tel ou tel ordonnancement afin de terminer l’oeuvre littéraire de Blaise Pascal. Son but était de dresser une

apologie du christianisme. Cette oeuvre devait être à la fois philosophique et théologique.

Cependant, les Pensées sont inachevées.

Pascal sera très influencé par la doctrine janséniste. Cette doctrine présente une vision très

pessimiste de l’homme depuis sa chute du paradis originel. Sa morale, de ce fait, est très austère.

L’homme, selon Pascal est à la fois ange et bête, grand et misérable, la vertu consistant en

l’équilibre de ces connaissances. Cependant, l’homme, au lieu de méditer sur sa condition, ce qui le

rendrait malheureux d’un point de vue strictement humain, préfère s’adonner à des activités vaines

qui le détournent de la vérité. C’est le sujet de ce fragment 168, dans lequel Pascal applique ses

principes mathématiques au discours pour exposer la notion de divertissement. C’est ainsi par la

raison qu’il pourra approcher la conception théologique de la divinité. En effet, Pascal cherche à

convaincre les incroyants et les jésuites, que Dieu est la seule chose importante à l’homme, surtout,

la seule condition à son bonheur. Dans le préface des Pensées, le neveu de Pascal, Etienne Perrier

explique le dessein de cette oeuvre qui est de faire connaître à l’Homme son « état de misère ».

Dans cet extrait, appartenant à la section « Divertissement » des Pensées et à la liasse « Misère de

l’Homme sans Dieu », Pascal analyse cette notion de divertissement. Il observe que les hommes en

ont besoin pour oublier la misère de leur condition. Mais l’homme est obstiné : au lieu de

comprendre que sa misère vient de ce péché originel et se consacrer à son salut religieux, il fuit la

vérité de sa condition humaine, faible et mortelle, dans maintes occupations pour n’y plus penser.

Pascal dans ce texte cherche ainsi à nous montrer, à travers ces illusions que l’homme seul ne peut

accéder au bonheur.

Problématiques possibles : Comment pourriez-vous définir le divertissement pascalien à partir de

ce fragment ? Quel est le rôle du registre tragique dans ce texte ? En quoi ce texte renvoie-t-il une

vision pessimiste de la condition humaine ? Quels sont les buts de Pascal dans ce texte sur le

divertissement ? Quel est le constat paradoxal que fait Pascal dans cet extrait ? Comment le

philosophe parvient-il à nous convaincre que l'Homme ne peut être heureux, même en se

divertissant ? Quelle conception du bonheur Pascal développe dans cet extrait ? Montrez comment

Pascal expose le paradoxe que présente cet extrait, à savoir que l’homme fuit le repos et la prise de

conscience de ce qu’il est, par l’agitation futile, même si au coeur de l’agitation transparaît

l’aspiration à la sérénité.

Problématique retenue : Quels sont les buts de Pascal dans ce texte sur le divertissement ?

Annonce du plan : C’est par un discours rationnel que Pascal introduit son sujet (I), en dénonçant

le divertissement et l’ennui (II). Pour lui en effet, ce divertissement est nécessaire à l’homme sans

Dieu, raison du malheur de ce dernier (III).


I - Un discours rationnel, rhétorique et scientifique


a - Un discours rationnel et rhétorique

Le discours de Pascal est un discours des plus construits. Ce discours est rationnel. Les idées

en effet se suivent et sont reliées les unes aux autres grâce aux connecteurs logiques : « parce que »,

ligne 7, qui exprime la cause ; « mais », conjonction adversative ligne 9, qui vient ajouter une idée

contraire à la précédente ; « Et cependant », ligne 14, « De sorte que », ligne 18 ; « Et c’est enfin »,

ligne 29, dans le but d’ajouter des arguments.

Le discours est ainsi fluide et ordonné selon une ordonnance de causes-conséquences.

Cette ordonnance du discours est inspirée du philosophe Descartes (René Descartes,

philosophe et savant français - La Haye, Touraine, 1596 ; Stockholm, 1650), dont Pascal fait l’éloge

dans De l’esprit géométrique en 1658. Pour Descartes, comme pour Pascal alors, l’homme peut

accéder à la connaissance du monde par la raison. C’est ainsi qu’il l’exprime dans l’une de ses

pensées :

« Roseau pensant. - Ce n’est point de l’espace que je dois chercher ma dignité, mais c’est du

règlement de ma pensée. Je n’aurai pas davantage en possédant des terres : par l’espace, l’univers

me comprend et m’engloutit comme un point ; par la pensée, je le comprends. (348) »

Pascal reconnaît ainsi la capacité de l’homme à penser et à « se penser », grâce à la raison.

Et c’est par la rhétorique de son discours qu’il tente d’en convaincre son lecteur.

Ce fragment semble ainsi être le compte-rendu d’un cheminement intellectuel personnel

permettant à l’auteur de se rendre complice de son lecteur en s’impliquant tout à fait dans sa

démarche : « Quand je m’y suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations…dans une

chambre. » (lignes 1 à 4). On note aussi l’observation de faits : des lignes 1 à 3 : « considérer ».

L’auteur mène une véritable enquête (« considérer », ligne 1 ; « j’ai pensé », ligne 9), dont il a les

résultats (« découvrir », ligne 10, « j’ai trouvé », ligne 10).

En outre, dans les premiers paragraphes, Pascal use d’une démarche inductive (du cas

particulier au cas général) en partant d’exemples tels que l’agitation de la cour (ligne 2), de la

guerre (ligne 2) ou de la chasse (ligne 26). Ces exemples sont issus de son observation sociale.

L’ensemble de l’énumération des exemples dont il est alors question, montre la complexité

du divertissement en société. Le rythme binaire : « dans la Cour, dans la guerre », ligne 2, cause du

rythme ternaire : « tant de querelles, de passions, d’entreprises hardies et souvent mauvaises », ainsi

que le « etc. », ligne 3, soulignent cette complexité et la multiplicité des formes prises par

l’agitation, le divertissement.

Enfin, dans le troisième paragraphe, Pascal adopte une démarche déductive (des idées

générales à une conclusion particulière), à travers l’exemple de la royauté (à partir de la ligne 13),

introduit positivement par le superlatif : « le plus beau poste du monde », ligne 14, mais qui est en

fait ironique, et confirmé par le futur de certitude accompagné lui-même de complément

circonstanciel de manière « par nécessité ».

Ainsi, la construction du discours tend à convaincre le lecteur du propos qu’il tient.


b - Un discours scientifique

Outre un discours rationnel, Pascal souhaite montrer à son lecteur par un discours

scientifique, la vaine nécessité du divertissement. Il mêle donc le concret de l’exemple et

l’abstraction de la démonstration, qui permet au lecteur d’accéder à sa pensée.

Ainsi, l’auteur est-il parti de son expérience personnelle pour accéder à des lois naturelles

communes à tous les hommes pour construire son raisonnement, afin que celui-ci soit accessible au

plus grand nombre. C’est la raison pour laquelle on observe dans ce fragment le passage de la

première personne « je » (dont on dénombre cinq formes), au pronom impersonnel « on » (neuf

formes, en alternance avec six formes de « nous »). En outre, on note l’expression de la généralité

aux lignes 3 et 4, « des hommes ». Le « on » désigne les hommes en général, du fait même de son

étymologie, du latin homo, hominis, qui désigne l’homme en tant qu’humanité.

En outre, les temps verbaux par leur nature même, inscrivent les hommes dans une

temporalité, permettant au raisonnement ici de prendre forme par l’expression d’une chronologie de

la pensée, indiquant la progression du raisonnement scientifique.

Ainsi, le passé composé (« je m’y suis mis », ligne 1, « j’ai dit souvent », ligne 3, « j’ai

pensé », ligne 9, « j’ai trouvé », ligne 10).

Mais ce passé composé, qui permet de replacer la pensée de l’homme dans une démarche de

causes-conséquences, ne serait rien s’il n’était soutenu par le présent gnomique, c’est-à-dire, de

vérité générale, qui tend à universaliser le propos. En effet, nous avions l’élément permettant la

mise en branle de la pensée du fait de la considération de l’agitation humaine, nous avons à présent

les implications, les cas généraux. C’est dans les derniers paragraphes que l’on trouve le plus

abondamment le présent : « [s]ont si recherchés » (ligne 21) ; « [r]aison pourquoi on aime mieux la

chasse que la prise. » (ligne 26).

Et c’est la thèse de l’auteur qui est ainsi exprimée : « j’ai découvert que tout le malheur des

hommes vient d’une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre »,

lignes 3 et 4 et dont la raison est que « le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si

misérable que rien ne peut nous consoler lorsque nous y pensons de près. », lignes 10, 11 et 12.

C’est enfin par un raisonnement abstrait que Pascal atteint son lecteur, comme le prouve

l’emploi des termes « cause », ligne 9 ; « effective », ligne 10 et le verbe « penser » à la formé

participiale ligne 9.

L’ensemble de ce raisonnement n’est construit que dans l’intention de prouver au lecteur

combien le divertissement et l’ennui sont condamnables.


II - La condamnation du divertissement et de l’ennui


a - Vanité du divertissement

Ce qui est vain, c’est ce qui est vanus, a, um, en latin, c’est-à-dire, vide, qui donc n’a pas de

raison d’être. Et selon Pascal, le divertissement est vain.

Le divertissement, du verbe diverto, is, ere, ti, sum, intr. qui signifie se détourner de, se

séparer, s’en aller, est pour l’homme la faculté de se détourner de lui-même, de l’essentiel, et donc,

de Dieu. Or, si l’homme est sans Dieu, alors il est malheureux, du fait même de sa « condition faible

et mortelle », soit « misérable » (ligne 11).

C’est donc une dénonciation des vanités de la société et de ce monde que fait Pascal dans cet

extrait, ainsi que l’aveuglement des hommes sur leur condition mortelle, par le fait même qu’il

expose le principe du divertissement à travers ces nombreux exemples de l’agitation et du

mouvement perpétuel de l’homme en opposition à l’attitude qui devrait être la sienne, celle du

« repos » (ligne 4) : « On n’achète une charge à l’armée si cher, que parce qu’on trouverait

insupportable de ne bouger de la ville. Et on ne recherche les conversations et les divertissements

des jeux que parce qu’on ne peut demeurer chez soi avec plaisir. » (lignes 6 à 8). L’expression de la

restriction « ne que » est un emploi rhétorique pour insister sur l’impossibilité pour l’homme de ne

bouger de la ville ou de demeurer chez soi. En outre, c’est par le procédé stylistique de la négative

que Pascal met en valeur ses idées : « un homme qui a assez de bien pour vivre, s’il savait demeurer

chez soi avec plaisir, n ‘en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d’une place » (lignes 5-6).

De ce fait, Pascal présente le monde comme étant fait de désordre et de multiplicité, à

travers un champ sémantique du chaos qui parcourt l’ensemble du texte et y est très présent :

« diverses agitations des hommes », ligne 1 ; « périls », « peines », « guerres », « querelles », ligne

2 ; « passions », ligne 3 ; « siège d’une place », ligne 6 ; « révoltes », ligne 17 ; « mort » et

« maladies », ligne 18 ; « dangers », ligne 25 ; « peine », ligne 25 ; « tracas », ligne 25 ; « bruit » et

« remuement », ligne 27 ; « supplice », ligne 28.

L’on peut parler d’esthétique baroque, c’est-à-dire de l’exagération, lorsque l’on note la

surabondance du pluriel ligne 1, « les diverses agitations des hommes » ou lignes 7 et 8, « les

conversations et les divertissements des jeux ».

En outre, l’anaphore « De là vient que », répété à quatre reprises dans la fin du texte, permet

la revue d’exemples variés.

Ces effets permettent à Pascal de mettre tous ces exemples sur le même plan, les

déconsidérant ainsi tous, puisqu’ils visent tous à détourner l’homme de sa véritable condition.

Mais toutes ces agitations ne sont recherchées que par peur de l’ennui. En effet, toutes ces

activités, cet activisme même permet à l’homme de se détourner de cet ennui si tragique.


b - Une vision pessimiste de la condition humaine et de la société

En effet, c’est bien le registre tragique qu’emploie Pascal pour exprimer la condition

humaine. En effet, il y est questions des grands, à travers l’exemple du roi et de la cour, de passions,

ligne 3, de mort, lignes 11 et 18 (« condition faible et mortelle », « la mort »), et de fatalité,

d’inéluctabilité du sort, par l’emploi de la locution adverbiale « par nécessité », ligne 17.

On peut aussi noter le registre pathétique avec l’emploi du champ lexical du malheur (ligne

3, ligne 9, ligne 11, ligne 19 - deux fois -, ligne 24, ligne 32) et l’emploi du verbe « consoler », ligne

11.

Ces dimensions tragique et pathétique sont accentuées par l’emploi des tournures

hyperboliques, avec l’emploi des déterminants « tous », ligne 9, ligne 13, ligne 15, ligne 30, des

adverbes « tant », lignes 2 et 27 et « si », ligne 6, ligne 22, ligne 28, ainsi que de la tournure

superlative « le plus », ligne 29.

Il faut aussi noter les procédés d’insistance que sont la période ( - longue phrase - lignes 9 à

12), la polysyndète (« les diverses agitations des hommes et les périls et les peines », lignes 1 et 2.

Seul Dieu peut apporter consolation, l'homme est vulnérable, il est faible car il est soumis à

la mort (ligne 11) : la condition humaine en tant que telle et sans Dieu est tragique. Pascal l’expose

donc à travers ce registre tragique et en cherchant à le toucher par le registre pathétique.

Mais ce qui est profondément tragique, c’est l’enfermement de l’homme dans sa condition

malheureuse, comme le souligne le chiasme de construction entre « malheur » et « divertissement »

des lignes 18 à 20 : « De sorte que s’il est sans ce qu’on appelle divertissement, le voilà

malheureux, et plus malheureux que le moindre de ses sujets qui joue et qui se divertit. »

Le roi est donc de cette tragédie. L’emploi du futur est prophétique : « soutiendra » et

« tombera », lignes 16 et 17 et montre l’inéluctabilité du sort du roi.

Enfin, c’est bien de l’ennui dont il est question. L’ennui a pour sens premier : « tristesse

profonde », « grand chagrin ». C’est donc un tourment, une peine. Ce terme est un déverbal, du

verbe « ennuyer », qui vient lui-même de l’odium latin, qui signifie « haine ». Ainsi l’ennui est ici la

haine de la condition humaine, exprimée par l’isotopie de l’ennui : « peines », ligne 2 ;

« malheurs », ligne 9 ; « consoler », ligne 11 ; « félicité languissante », ligne 16 ; « usage mol et

paisible », ligne 24 ; « tracas », ligne 25

Cette vision pessimiste de la condition humaine est une vision tout à fait janséniste. Mais

c’est le philosophe qui d’abord s’exprime sur ce malheur dans ce texte.


III - L’absence de Dieu, raison du malheur de l’homme


a - La sagesse du philosophe

Le fragment ici présent rappelle le livre III des Essais de Montaigne, dans lequel le

philosophe donne une approche tout à fait contraire à celle de Pascal. Montaigne en effet présente

cette « diversion », comme étant tout à fait louable pour éviter, sinon moins souffrir : « Toujours la

variation soulage, dissout et dissipe. ».

Effectivement, c’est dans le sens inverse que Pascal propose cette réflexion sur le

divertissement, puisqu’il dénonce ce divertissement et le fait que l’homme fuit la réalité. L’homme

fait une sorte de déni. Il préfère s’imaginer qu’il est heureux (« s’imagine », ligne 14).

Or, ce déni de la réalité n’apporte définitivement pas le vrai bonheur. L’homme l’imagine ce

bonheur (ligne 21), mais ne peut se l’approprier. Il ne s’agit que de l’illusion du bonheur.

Le bonheur poursuivit est un leurre, ce n’est pas le vrai « plaisir », ligne 5, le « bonheur »,

ligne 22, « la vraie béatitude », ligne 22, enfin « la félicité », ligne 29. Car, « [c]e n’est pas cet usage

mol et paisible et qui nous laisse penser à notre malheureuse condition qu’on recherche ni les

dangers de la guerre ni la peine des emplois, mais c’est le tracas qui nous détourne d’y penser et

nous divertit. Raison pourquoi on aime mieux la chasse que la prise. » (lignes 2’ à 26). Ce n’est pas

le but qui divertit l’homme, mais bien la quête.

Car, l’homme est fondamentalement en quête, mais il ne sait que c’est de lui-même et de

Dieu. Le champ lexical de la quête insiste sur cette recherche : « recherche », ligne 7 ;

« recherchés », ligne 22 ; « recherche », ligne 25.

L’homme est certes, de mauvaise foi et est illusionné par ces bonheurs factices. Cependant,

il est lucide et de bonne foi quant à la quête. L’homme cherche. Cependant, quelle vanité que cette

recherche d’un objet convoité tel le lièvre de la ligne 23 ! Et cette vanité est d’ailleurs mise en

valeur par l’expression de l’éventualité du fait de l’usage du conditionnel (on peut aller jusqu’à lui

donner une valeur d’irréel) : « on n’en voudrait pas s’il était offert ».

Voici donc le paradoxe fondamental qu’expose Pascal au présent de vérité générale : « c’est

le tracas qui nous détourne d’y penser et nous divertit. », lignes 24-25. Effectivement, l’homme

désire la paix, mais est incapable de la trouver sans sombrer dans l’ennui. Il ne peut ainsi la

chercher, paradoxalement, qu’à travers le tracas et l’agitation, à savoir, son contraire. Cependant, le

divertissement n’aboutit pas au repos attendu, c’est le propre de la condition humaine.


b - La condition humaine

Ce texte met en évidence l’erreur fondamentale de l’homme qui se tourne vers le tumulte au

lieu d’être en repos, ce à quoi, en vérité, il aspire.

Pascal dénonce ainsi cette insatisfaction humaine, nécessaire du fait même de sa condition,

sans la connaissance de Dieu.

Ainsi, l’homme est-il en lutte permanente depuis la chute originelle. C’est tout le

vocabulaire guerrier du texte qui le rappelle (« guerre », ligne 2 ; « recherchés », ligne 22).

Ce bonheur que l’homme croit chercher n’est en fait qu’éphémère. Et l’homme le sait en

vérité : « [c]e n’est pas qu’il y ait en effet du bonheur, ni qu’on s’imagine que la vraie béatitude soit

d’avoir de l’argent qu’on peut gagner au jeu ou dans le lièvre qu’on court, on n’en voudrait pas s’il

était offert. » (lignes 22 à 24).

En effet, la recherche du bonheur et des plaisirs ne constitue pas une fin en soi. Ainsi,

éphémère et ne permettant pas d’être satisfait, le divertissement, détournant l’homme de découvrir

son néant, est condamné par Pascal au profit de la satisfaction véritable, du plaisir de savoir

demeurer chez soi.

Notre condition étant celle d’un être faible, mortel et misérable (ligne 11), comme le

souligne le crescendo rythmique (« faible » : une syllabe ; « mortelle » : deux syllabes ;

« misérable » : trois syllabes). Le dernier terme ainsi mis en valeur (« misérable »), est, en outre,

accentué par l’adverbe d’intensité « si », soulignant le caractère pessimiste de la condition de l’être.

Ce terme rappelle le titre de la section des Pensées dans laquelle se trouve ce texte : « Misère de

l’homme sans Dieu ».

Ainsi, la « seule chose », ligne 4, qui puisse nous permettre de demeurer en repos, en

quiétude, c’est celle que propose la doctrine de Port Royal et, donc, le jansénisme, à savoir, de vivre

hors du monde pour se consacrer à la méditation, dans une « chambre », ligne 4, lieu par excellence

de l’introspection.

Pascal, dans cet extrait fait des allusions à la divinité. Ces allusions sont certes timides, mais

n’en sont pas moins présentes. Le terme même de « béatitude » (ligne 22) en est l’exemple le plus

évident. En effet, ce terme est un terme de théologie désignant la félicité parfaite dont jouissent les

élus et par extension seulement, le bonheur parfait. De même, le terme « félicité » (ligne 29), terme

à la fois littéraire et religieux, désigne un bonheur sans mélange, généralement calme et durable.

Pascal ne propose donc pas seulement une réflexion philosophique. Par l’emploi du pronom

personnel de la première personne du singulier, apparaissant sous la forme « nos », ligne 9 pour la

première fois dans cet extrait, il implique non seulement sa propre personne, mais également son

lecteur, avec qui il devient alors complice de cette condition. Or, pour Pascal, il existe deux ordres :

l’ordre de la nature, ici dépeint, et l’ordre de la grâce, seulement évoqué, vers lequel il tente

d’emmener son lecteur. Effectivement, l’homme ne peut se satisfaire de l’ordre naturel, qui n’est

autre que l’ordre du péché originel. Et, selon Pascal, seule la foi peut sauver l’homme. Ainsi,

l’homme ne peut se libérer de sa condition malheureuse que par la foi. Ainsi, c’est bien à la

conversion que Pascal appelle dans cet extrait.

Au bonheur fugitif, Pascal oppose la véritable béatitude. A la quête erronée, il oppose le

chemin qui mène à Dieu. Il montre au lecteur la misère de sa condition pour mieux le convertir.


Conclusion :


Synthèse : L’homme est un être trompeur, qui trompe l’autre et se trompe lui-même. Le

divertissement détourne l’homme de sa véritable condition et l’éloigne de Dieu. Il fuit ainsi la

conscience de la misère de sa condition humaine, par le détournement, par le divertissement. Il se

trompe lui-même. Son imagination lui permet de se détourner effectivement des idées

insupportables. Pascal essaie alors de convertir son lecteur à ses idées d’abord, et à Dieu ensuite.

C’est ainsi en premier lieu par un raisonnement scientifique qu’il cherche à attirer son lecteur et à travers des exemples issus d’une fine observation sociale. Mais l’homme sans Dieu, bien que se divertissant, par nécessité, n’est pas heureux du vrai bonheur des élus, c’est-à-dire, des hommes de Dieu, eux, apaisés et bienheureux. Ainsi, l’homme depuis le pêché originel doit constamment être en lutte contre lui-même pour trouver la force de se battre contre lui-même et contre son mauvais penchant. C’est donc de la part de Pascal une invitation au renoncement des grandeurs illusoires pour l’accès à la vérité.

Ouverture : Car, comme le dit le Qohélet, « vanité des vanités, tout est vanité », en ce bas monde : Philippe de Champaigne, Vanité, ou Allégories de la vie humaine, artiste également janséniste.

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