« Lettre à Louis XIV », Fénelon (1694)

Le contexte : Fénelon écrit la « Lettre à Louis XIV » (1694) anonymement dans un lourd contexte économique et social : - Les guerres, la misère du peuple, les mauvaises récoltes et les conflits religieux ont entraîné la France dans une crise majeure. - Pamphlet qui est un chef-d’œuvre d’audace => soulève de nombreuses questions, toujours actuelles, sur la liberté d'expression, l'absolutisme et les dérives du pouvoir personnel. François de Salignac de La Mothe-Fénelon (1651-1715), issu d'une famille noble, est ordonné prêtre à 24 ans avant de devenir archevêque de Cambrai. - étudie la rhétorique et la philosophie ; solide formation intellectuelle ; méthodes d’enseignementnovatrices. - précepteur du duc de bourgogne, le petit fils de Louis XIV, pour qui il rédige Les Aventures de Télémaque en 1699. De « vos peuples, que vous devriez aimer » à « Voilà, Sire, l'état où vous êtes. »

Deuxième partie de la lettre : tableau déplorable de la situation du Royaume.

I. La posture stratégique du conseiller ▪ Fénelon adopte la posture du confident et du conseiller du Roi Louis XIV, ce qui justifie le ton de la lettre. [Comme Machiavel avec Laurent de Médicis] => Adverbe de totalité dans « Tout commerce est anéanti », « tout entre vos mains »+ Utilisation du conditionnel présent « devriez », « il faudrait ». ▪ Modalisateur « Ils croient » + discours rapporté « dit-on » laissent sous-entendre que rien dece qui arrive n’est l’intention du roi, et que le peuple prend ses choix au sérieux. => Fénelon met en scène une situation dans laquelle le roi ignore le sort de ses sujets car aveuglé par les courtisans. Sa rhétorique n’est pas d’accuser directement le roi ; il ne lui dit pas que c’est « sa » faute. À l’inverse, il veut le prévenir de l’hypocrisie de ses courtisans (plaire au roi + servir leurs propres intérêts) : « si les conseils flatteurs ne l'avaient point empoisonné ». ▪ Fénelon est lui du côté du roi. Il se montre honnête et se comporte en vrai ami : « (il faut tout dire) » pour lui rappeler que ce n’est pas dans son intérêt que le peuple meure. En l’interpelantpar le pronom « vous » et avec le connecteur logique « Par conséquent », Fénelon désigne le roi comme seul responsable de la situation. => Accentuer la responsabilité du Roi : « Voilà, Sire, l'état où vous êtes ». Homophonie = France / Roi est une seule même entité. => Force de l’apposition de deux adjectifs moralisateurs dans : « Vous êtes réduit à la honteuse et déplorable extrémité ». Cercle vicieux : le Roi doit choisir entre deux solutions intolérables : laisser libre cours à la sédition ou réprimer le peuple. ▪ Le monarque doit être altruiste, c’est-à-dire se soucier de son peuple, assurer son bonheur, etcapable d’entendre les critiques. => Image d’un monarque idéal, figure paternelle : « leur donner du pain, et à les faire respirer après tant de maux » / « vous devriez aimer comme vos enfants ».

III.Vision du Prince et du pouvoir Fénelon ne remet pas en question le fonctionnement même de la monarchie absolue // légitimité mais critique ses dérivés => Roi aveuglé par sa cour et qui n’a pas écouté son peuple. Parallèle avec Le Prince de Machiavel : définition du bon Prince => positionnement de Fénelon en défenseur du peuple : logique absolutiste de punir les opposants au pouvoir pour rendre la justice + question rhétorique : « Quelle réponse à cela, Sire ? »

« Lettre à Louis XIV », Fénelon (1694)

II. L’état apocalyptique de la France ▪ Fénelon dénonce les injustices dont le peuple est victime : Argument de masse : « Vos peuples » / « vous avez tout entre vos mains » c’est-à-dire que toutes les strates sociales sont concernées (énumération paysans, magistrats, noblesse). + euphémisme, basé sur un raisonnement pragmatique : « La culture des terres est presque abandonnée, les villes et les campagnes se dépeuplent ; tous les métiers languissent et ne nourrissent plus les ouvriers ». En réalité, tous les Français meurent de faim. + les habitants des villes ne peuvent plus être nourris par les paysans. De plus, « Tout commerce est anéanti », les hommes à la guerre ont été tués, et les magistrats sont « avilis et épuisés ». ▪ Peinture apocalyptique qui contraste avec le rayonnement de la France dans le monde à cette époque. Registre pathétique. => champ lexical de l’épidémie : « La France entière n'est plus qu'un grand hôpital désolé et sans provisions. » (Métaphore de la France) / « vos peuples qui périssent tous les jours des maladies causées par la famine » / « massacrer avec inhumanité des peuples » / « si les conseils flatteurs ne l'avaient point empoisonné » (métaphore du poison) ▪ Texte très corrosif construit sur une gradation de l’état de la France, plutôt abstrait versconcret : « Cette gloire, qui endurcit votre cœur, vous est plus chère que la justice, que votrepropre repos, que la conservation de vos peuples qui périssent tous les jours des maladies causées par la famine » : énonciation claire de la révolte du peuple (faim). + Dénonciation d’un pouvoir royal égocentrique. Aveuglé par sa soif de guerre, ses conquêtes vaines qui demandent des dépenses considérablesassurées par l'augmentation de l’impôt entraînant le dépeuplement du pays. => la noblesse voit ses terres confisquées par Louis XIV et « ne vit que de lettres d'État ». ▪ Fénelon veut conduire le roi à une prise de conscience, et le persuader à agir avant qu’il ne soittrop tard. => Argument de raison : « La sédition s'allume peu à peu de toutes parts » / « les émotions populaires » en référence au soulèvement du peuple + proposition à connotation méliorative : insister sur l’état du Royaume avant Louis XIV : « ce grand royaume si florissant sous un roi qu'on nous dépeint tous les jours comme les délices du peuple » Fénelon dit se distinguer des courtisans hypocrites mais le flatte tout autant, avec des titres de majesté« Sire ». + Argument de cœur : « qui vous a tant aimé, qui a eu tant de confiance en vous, commence à perdre l'amitié, la confiance, et même le respect » + adverbe d’intensité « tant » : « qui vous a tant aimé, qui a eu tant de confiance en vous »


« Lettre à Louis XIV », Fénelon (1694)

▪ La rhétorique s’achève sur une série de propositions qui renvoient à l’aveuglement du Roi : « Parce que vous avez toujours été heureux, vous ne pouvez vous imaginer que vous cessiez jamais de l'être. Vous craignez d'ouvrir les yeux ; vous craignez qu'on ne vous les ouvre ; vous craignez d'êtreréduit à rabattre quelque chose de votre gloire. Cette gloire, qui endurcit votre cœur, vous est pluschère que la justice, que votre propre repos, que la conservation de vos peuples qui périssent tous les jours des maladies causées par la famine » (Rythme ternaire) ▪ Fénelon réfère à l’autorité suprême [Homme d’Église] : => Dieu va punir le Roi et le priver de « salut éternel » s’il continue. Accusé de blasphème pour adorerla gloire plus que Dieu. + métaphore « incompatible avec cette idole de gloire » : référence au veau d’or biblique.

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