Lettre CLXXIII – Madame de Volanges à Madame de Rosemonde : « J’allais fermer ma lettre »

I. Une relation complexe : l'amour, un sujet épineux ▪ Lettre en réponse à celle de la Marquise de Merteuil (lettre II) : Valmont évoque la demande que la marquise lui a faite de séduire Cécile : « Que me proposez-vous ? ». ▪ Ayant été amants, Merteuil et Valmont ont conservé une relation de complicité entre eux basée sur la maîtrise parfaite et le jeu des codes de la séduction (méta-séduction). - relation toujours intime : « dépositaire de tous les secrets de mon cœur » / champ lexical de la galanterie : « ma belle amie » / vocabulaire courtois : « Vos ordres sont charmants ; votre façon de les donner est plus aimable encore ; vous feriez chérir le despotisme. Ce n’est pas la première fois, commevous savez, que je regrette de ne plus être votre esclave. » ; « mériter » ; « à vos pieds » ; « je m'y prosterne ». + ils ont les mêmes préoccupations : « nous » ; « avec nous » ; « notre destin » ; « vous me suivez d’unpas égal ». ▪ Jeu de concurrence, de pouvoir, d’attachement, de compétition : « vous avez fait plus de prosélytes que moi » ; « vous seriez un jour la patronne de quelque grande ville, tandis que votre ami serait au plus un saint de village ». /!\ l’amour est un sentiment compliqué : Cécile et la Présidente de Tourvel sont désignées comme des proies et non des femmes : superlatif « le plus grand projet que j’aie jamais formé ». - selon Valmont, l’amour est fait pour satisfaire : « plaisirs » ; « désirs » ; « jouissance » ayant peurque l’amour le rende « ridicule » ; il dédie donc sa lettre aux « femmes faciles ».

II. Le portrait de Valmont ▪ Valmont est calculateur. Il expose un plan où tout est planifié pour séduire sa nouvelle cible :« je lui en prépare de plus efficaces ». - en homme cultivé, il cite La Fontaine : « Et si de l’obtenir je n’emporte le prix, / J’aurai du moins l’honneur de l’avoir entrepris. / On peut citer de mauvais vers, quand ils sont d’un grand poète » etlutilise en argument d’autorité. ▪ Valmont est ambitieux : Cécile est trop facile à séduire, elle est une « jeune fille » ; « n’a rienvu, ne connaît rien », elle est « sans défense » ; « Vingt autres peuvent y réussir comme moi. Il n'en est pas ainsi de l'entreprise qui m'occupe ». => apparition du personnage de la Présidente de Tourvel, femme intouchable perçue comme saconquête ultime et qu’il se donne comme mission de pervertir : « Vous connaissez la présidente Tourvel, sa dévotion, son amour conjugal, ses principes austères. Voilà ce que j’attaque ; voilà l’ennemi mon digne de moi ; voilà le but où je prétends atteindre ». ▪ Subtilité de la conversation épistolaire qui réside dans l’analogie entre les conquêtes militaires et religieux. Champ lexical relatif aux missionnaires : « conquérir » ; « défense » ; « succès » ; « attaque » ; « ennemi » ; « gloire » ; « couronne ; « Conquérir est notre destin ». - perversion d’une femme mariée, croyante, pieuse, religieuse : « sa dévotion » ; « une messe chaque jour » ; « des prières du matin et du soir » ; « triste wist » ; « amour conjugal » ; « inconsolable moitié » ; « affligeant veuvage ».

/!\ Valmont joue les faux dévots : « nous prêchons ; « mission » ; « prosélytes » ; « saint » ; « ferveur ». => le Présidente de Tourvel constitue alors la principale rivale de la Marquise de Merteuil, d’autantplus que par les tournures « le plus grand projet que j’aie jamais formé » et « je prétends atteindre »,Valmont avoue à demi-mots que cette conquête sera la dernière. (jalousie de Merteuil qui n’a plus decontrôle)

III. Un roman moral : tableau de la société ▪ Désœuvrement de l’aristocratie française, qui n’a pas de vie autre que la sphère mondaine, creusant alors un fossé avec le Tiers-Etat à la veille de la Révolution Française + perversion de la pensée : autosatisfaction et narcissisme. Portrait non tendre de gens qui jouissentd’une oisiveté [« L’oisiveté est la mère de tous les vices » (Voltaire)] => dégénérescence de l’aristocratie du XVIIIe siècle déconnectée de la réalité, de ce qui bouillonne dans le pays, vers l’autodestruction. ▪ Société mondaine décrite comme un grand théâtre, où l'hypocrisie et la dissimulation dominent. Merteuil et Valmont cherchent à s’impressionner l’un l’autre, en trompant, manipulant,inventant des stratagèmes : mise en scène. - besoin du regard de l'autre pour exister, d’être applaudi et félicité.


Lettre LXXXI Marquise de Merteuil à Vicomte de Valmont de : « Mais moi, qu’ai-je de commun » à « « que je voulais acquérir ».

I. Une confidence en retenue : portrait d’une Merteuil impassible ▪ Véritable maîtrise de soi, la Marquise de Merteuil déguise les traits de son visage et se compose une attitude : « je tâchai de régler de même les divers mouvements de ma figure. » / « avec soin » / « ce regard distrait que vous avez loué si souvent » / « Je ne montrai plus que celle qu’il m’était utile de laisser voir ». Son visage demeure impassible. + tout n’est que dissimulation : antiphrase « Tandis qu’on me croyait étourdie ou distraite [...] je recueillais avec soin. » / « je m’amusais à me montrer sous des formes différentes » et champ lexical du paraître « faire-semblant », « dissimuler », « cacher » « prendre l’air de », « me montrer ». ▪ Récit rétrospectif comme revendication de sa singularité précoce : « Entrée dans le monde dans le temps où, fille encore, j'étais vouée par état au silence et à l'inaction, j'ai su en profiter pour observer et réfléchir. » ; « Je n'avais pas quinze ans » + omniprésence de la P1 : « je » / « moi » / « j’ai su » / « je voulais » / « je sentis » / « mes goûts » /« m’avez-vous vue m’écarter » / « mes principes » / « mon caprice » / « mon propre ouvrage ».[Dans Les Confessions de Rousseau paru la même année : « et cet homme, ce sera moi. Moi, seul. »] ▪ Merteuil est autodidacte, elle n'a pas eu accès à l'éducation classique des jeunes filles. /!\ opposition avec les autres femmes désignées de manière dépréciative : démonstratif dans la QR« Mais moi, qu'ai-je de commun avec ces femmes inconsidérées ? » et PP indéfini de masse « on ». - elle déplore leur passivité : « donnés au hasard, reçus sans examen et suivis par habitude » et leur manque d’esprit critique. /!\ animée par une volonté de révolte : « vouée par état » ; « je m’indignais » ; « munie de ces premières armes ». => elle doit se construire seule, selon un modèle de réflexion scientifique et rationnel // Lumières. - champ lexical du savoir : « profondes réflexions » ; « réfléchir » ; « instruire » ; « ma pensée » ; « science » / forme pronominale « Je me suis travaillée » / champ lexical de l’éducation : « m’instruire » ; « ma pensée » ; « science » ; « acquérir » ; « m’éclairer » ; « savoir » ; « guider ».

II. Une conception des relations homme-femme ▪ Merteuil, symptôme d’une société aliénante pour le sexe « faible ». Valmont est la seule personne avec qui elle a noué des liens forts et à qui elle confesse sa haine contre le sexe opposé dominant et dominateur qu’elle entend elle-même asservir pour « venger son sexe ». (pré-féministe) + admiration et respect car libertinage en commun : « que vous avez loué si souvent » ; « dont je vous ai vu quelquefois si étonné » ; « je cherchais à deviner l’amour et ses plaisirs » ; « l’expression duplaisir ». [Valmont grand séducteur comme grand amoureux] ▪ La Marquise de Merteuil est une femme dans une société patriarcale qui veut « venger [son] sexe », tout en affirmant paradoxalement sa supériorité sur les hommes comme sur les femmes : « je possédais déjà les talents auxquels la plus grande partie des politiques doivent leur réputation. ». => femme actrice/stratège qui a décidé de se venger de ce que sa condition de femme lui a réservé par défaut : remise en cause de l’ordre social via une croisade contre les hommes.

- elle réfrène ses émotions : « je m'étudiais à prendre l'air de la sécurité, même celui de la joie » ; « réprimer les symptômes d’une joie inattendu » ; « je dis mes principes, et je le dis à dessein » tout dans le but de faire d’elle une impénétrable forteresse, et échapper à l'emprise des hommes sur elle. => allégorie de la solitude totale, de l’auto-exclusion : condamner toute forme de relation sociale authentique amour-amitié.

III. Être une femme au XVIIIe siècle → MerteuilsedévoileàValmonttoutenmaintenantuncontrôledulangage:figure machiavélique. ▪ Être une femme au XVIIIe siècle, c'est être soumise entièrement à un homme. Les hommes se permettent tout en séduction et on leur permet des écarts contre des vies détruites et des femmes dénigrées. - Tourvel et Merteuil sont l'exact opposé l'une de l'autre mais elles en commun de vouloir se protéger respectivement dans la vertu, les principes moraux et dans l'impassibilité, pour ne pas être déshonorées dans les hommes.


Lettre CLXXIII Madame de Volanges à Madame de Rosemonde de : « J’allais fermer malettre » à « leurs malheureuses victimes ».

I. La théâtralisation de l’opprobre ▪ Un désaveu public et théâtral concentré dans un seul lieu : « à la Comédie Italienne » sous les yeux de tous. Description d’une humiliation publique où la communauté ne fait qu’un, tel unmouvement chorégraphique. - véritable spectacle et représentation : adverbes de totalité qui se symétrisent « toutes les femmes, tous les hommes » / « comme de concert » ; « de l’indignation générale » : modalisateur et comparaisond’unanimité physique. + « rumeurs » ; « murmures » ; « huées » : gradation sonore qui marque l’évolution du processus demarginalisation sociale - La Marquise de Merteuil se retrouve seule face à une communauté univoque, accentuant son animalisation : « il s’éleva une rumeur », le pronom personnel renforce la caractère général del’hostilité dont elle est victime ▪ Précédant le procès judiciaire, un tribunal populaire se charge déjà de condamner la Marquise de Merteuil : l’opprobre public contribue à l’anéantir, comme l’impulsion d’une punition divine surune femme qui a passé sa vie à dissimuler ses émotions. [forteresse ajrd assiégée] + le « petit salon » s'apparente à une scène de théâtre, dans la mesure où Madame de Merteuil y entre et en ressort comme une comédienne qui interprète son rôle. ▪ L'entrée en scène de la Marquise s'accompagne d'une pantomime dans laquelle on fait le vide autour d’elle tandis que l'arrivée de Prévan déclenche un rassemblement : « tout le monde, hommes etfemmes, l’entoura et l’applaudit ; et il se trouva, pour ainsi dire, porté devant Mme de Merteuil, par lepublic qui faisait cercle autour d’eux. »

II. La Marquise de Merteuil en victime ▪ Récit rapporté par Madame de Volanges : entremêlement subtil entre un récit qui semble objectif et un jugement subversif (fondement de la rumeur). - narratrice objective, elle convoque l'autorité de sa source en le mentionnant : « dit-on » ; « quand un homme de ma connaissance » ; « un témoin oculaire ; « on assure que » ; « la même personne qui m'a fait ce détail m'a dit » ; « on ne doute pas » ; « on dit encore » ; « on prétend » + narratrice subjective, elle nuance le crédit qu'elle accorde au témoin « mais je crois ce fait exagéré », « je crois » ; « je me rappelle » ou encore dans le dernier paragraphe moralisateur : « Je vois bien dans tout cela les méchants punis ; mais je n’y trouve nulle consolation pour leurs malheureuses victimes. » ▪ Théâtre dans le théâtre avec au cœur Prévan et Merteuil en individualités, tandis que « le public » joue le rôle de chœur antique. - devant la foule, personnage de martyr de Merteuil qui conserve son impassibilité et son contrôle desoi qu’elle a montrés dans toutes les autres lettres. /!\ défigurée par la vérole et la perte d’un œil : « avait pris la nuit suivante une très forte fièvre » ; « depuis hier au soir, la petite vérole s’est déclarée, confluente et d’un très mauvais caractère. ». => le masque de laideur qui remplace le visage poudré de la marquise est la marque de sa chute et de sa vraie nature, ce qui lui interdit toute apparition publique.

▪ Rejet de la vie mondaine vécu comme une première mort : dans un monde dans lequel règnent les apparences, le rejet que subit Madame Merteuil est une condamnation plus lourde que la mort même. - Merteuil est soumise au jugement social de ses pairs : article démonstratif péjoratif dans « Il est affreux de se trouver parente de cette femme » / champ lexical moralisateur : « consolation » ; « huées » ; « jugé » ; « scandaleuses » ; « bonheur » ; « ignominieuse » ; « procès » ; « indignation générale ». + l'expression hyperbolique « En vérité, ce serait, je crois, un bonheur pour elle d’en mourir. »souligne que la marquise n'a plus de raison de vivre si elle ne fait plus partie du cercle mondain.

III. Madame de Volanges ou l’aveuglement d’une aristocratie ▪ La lettre donne de nombreuses informations sur l’analyse psychologique de celle qui écrit. Par exemple, l’emploi de « témoin oculaire » par Madame de Volanges renvoie à des procès judiciaires, ce qui en devient ridicule. => déboires de l’aristocratie française qui considère l’humiliation comme une affaire d’Etat. + caractère presque insurrectionnel même si tribunal très aisé socialement. Ironie de l’auteur : société renfermée sur elle-même et extrêmement soudée. /!\ société qui accepte volontairement la séduction, le libertinage, le marivaudage mais pas que leurs manigances soient dévoilées. ▪ Style assez naïf de Madame de Volanges qui apparaît comme un personnage moralisateur et qui se fait porte-parole de la société à laquelle elle appartient : lexique dichotomique « méchants » ; « victimes ». + soin de sa correspondance : « Adieu chère et digne amie » => figure d’une noblesse aveuglée par elle-même dans le déni de sa propre dégénérescence.

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