"Mignonne" de Ronsard, "Soleil couchants" de Victor Hugo, "L'horloge" de Baudelaire

Séance 3 : Carpe diem


Objectif : Découvrir la quête de sens du temps chez Ronsard dans son « Mignonne »


Ronsard, auteur de la Pléiade, groupe de sept poètes de la Renaissance illustrant la poésie

humaniste, est le cadet d’une famille noble. Cependant, il ne peut accéder à la carrière militaire, du fait de sa surdité. C’est la raison pour laquelle il se consacre aux lettres, dites les « humanités ». Il suit les leçons de l’helléniste Dorat, au collège de Coquerert, où il se lie d’amitié avec Joachim Du Bellay, de là, la naissance de la Pléiade. Sont mises à l’honneur, de ce fait, les antiquités grécolatines.

Les formes poétiques sont adaptées, pour les antiques, l’ode (Odes, 1550), italiennes, le

sonnet (Les Amours, 1552), toutes étant d’inspiration pétrarquiste. En outre, la défense du français est au coeur de leur réflexion, la Défense et illustration de la langue français de Joachim du Bellay date de 1549. Il s’agit du « manifeste » de la Pléiade.

La création poétique de Ronsard est nourrie par l’amour, le registre courtois et le

pétrarquisme. Sa conception de l’amour est mesurée, empreinte d’épicurisme et d’une consciente

infidélité. Ses diverses inspiratrices (Cassandre, Marie, Hélène) sont à l’origine des recueils des Amours.

Dans ses Odes, l’ode étant une forme spécifique de la poésie humaniste, dont est extrait le

poème « Mignonne, allons voir si la rose… » publié en 1553, c’est à Cassandre Salviati, rencontrée en 1545, qui a épousé en 1546, Jean de Peigne, que s’adresse le poète.

Cette ode est composée de trois sizains d’octosyllabes, formé de quatre rimes embrassées,

qui suivent deux rimes plates.

Ronsard est en fait le premier poète à avoir adapté cette forme poétique. Il s’agit d’une

forme lyrique, chantée donc. Pour l’« Ode à Cassandre » parue d’abord dans le recueil des Amours, Ronsard s’inspire à la fois du poète Pindare (modèle des trois strophes), d’Horace (motif épicurien du « Carpe diem » : « cueille le jour, sans te fier au lendemain ») et Ausone (un poète latin du IVe siècle après Jésus-Christ amoureux de la vie).

Le thème de la rose est un thème emprunté à l’Orient par les Grecs, la rose désignant le

calice de la fleur, une jeune abeille et une jeune fille vierge. C’est aussi, en français, l’anagramme d’Eros, le dieu de l’Amour piqué par une abeille dissimulée dans une rose.

Problématiques possibles : En quoi le poème « Mignonne, allons voir si la rose… » s’inscrit-il

dans le courant humaniste ? Comment pourrait-on qualifier le lien entre Ronsard et Cassandre

Salviati ? Etudiez le registre lyrique dans « Mignonne allons voir si la rose ». Ronsard est-il sincère

dans ce poème ? Ronsard fait-il réellement l’éloge de Cassandre ?

Problématique retenue : En quoi ce poème humaniste sur le temps est-il un éloge de la femme

aimée ?


I - Une poésie amoureuse


1 - Un poème pétrarquiste

L’inspiration de ce poème est celle de Pétrarque et de son Canzoniere, poète italien du

quatrocento, un des premiers humanistes. Le portrait est élogieux. En effet, à l’instar de ce

chansonnier italien adressé à Laure, la femme aimée, c’est à la femme aimée par Ronsard que

s ‘adresse ce poème : « A Cassandre ».

Ce format poétique qu’est l’ode place le lecteur dans un univers lyrique où la femme aimée

est objet de louanges.

Cassandre est ensuite assimilée à des éléments de la nature, et notamment, à la rose dont la mention apparaît dès le premier vers, et qui plus est, à la rime. Il s’agit d’une personnification et d’un topos traditionnel de la littérature pétrarquiste.

La comparaison est élogieuse : « et son teint au vôtre pareil », vers 6.

La paronomase (proximité de son entre deux mots) entre « rose » et « robe » renforce cette

comparaison : assimilation de la rose à la femme aimée. La beauté est tant celle de la femme que

celle de la rose.

Les termes employés par Ronsard sont mignards, d’une tendre douceur : « Mignonne »,

répété trois fois et « fleuronne », qui renvoie à l’enfant, faisant à Cassandre tant l’éloge de sa beauté

que de sa jeunesse. Cet éloge est alors celui de la candeur et de la pureté.

Le poète est peintre de la femme aimée : isotopie de la couleur : « pourpre », « pourprée » ,

« teint », « verte », « ternir ».

Le passage en deux vers de « pourpre » à « pourprée » permet au poète de rendre vivante sa

scène et de faire vivre les couleurs, comme un peintre créant des impressions.

Enfin, le choix de l’octosyllabe montre le souci de Ronsard pour la rapidité et la précision de

ses traits. Chaque vers semble être un coup de pinceau.


2 - Un poème humaniste

Cet éloge qu’est celui tant du peintre que de l’amant, est celui d’une femme idéalisée de la

part d’un poète humaniste.

L’humanisme se laisse découvrir à travers le choix de termes précieux employés : c’est le

combat de la langue française qui se dessine : « desclose » (=s’était ouverte), « vêprée » (=ce soir),

termes qui tombaient alors déjà en désuétude. Ces termes sont issus directement du latin (disclaudere,

vesper), montrent le souci humaniste de retrouver le patrimoine linguistique gréco-latin.

C’est donc bien d’érudition linguistique dont il est question.

La mention de « vêprée » qui indique une notion de temps (cf. II, A), laisse apparaître un

terme religieux et renvoie à l’aspect divin de la relation amoureuse et surtout de la femme aimée,

qui est alors divinisée. C’est là un trait de la poésie humaniste. En effet, l’humanisme n’est pas que

rationalisme, il est également spirituel, puisqu’il recherche des explications au monde, à travers un

idéal humain qui concilie l’héritage païen et le christianisme ouvert et tolérant. C’est donc une

recherche de l’harmonie de l’homme dont il est question, « le microcosme » et du monde, « le

macrocosme ».

Il y a dans ce poème, un passage des « beautés » au pluriel à « vôtre beauté » au singulier.

Ce singulier semble être un superlatif de cette beauté unique et au-dessus de tout, de cette beauté

humaine divinisée. Cette anaphore illustre donc l’harmonie universelle entre l’homme et le monde.

La robe, comme la rose se trouvent au Soleil, de même en est-il de Cassandre. Et ce soleil

laisse apparaître un trait lumineux sur cette peinture. Il semble que toute la lumière ne vienne que de

Cassandre, lumière inspiratrice et muse pour Ronsard, objet de l’amour de ce dernier.


3 - Une tentative de séduction

C’est une véritable stratégie de conquête dont il est question ici.

Cette stratégie commence avec la dédicace.

La deuxième strophe semble avoir été prononcée par un acteur de théâtre tragique avec la

répétition des interjections et le vers 10. C’est d’un destin tragique dont il est ici question, celui

d’un amour impossible.

La troisième strophe cependant y répond sereinement, en étant un retour sur l’histoire de la

rose, et en semblant être une conclusion avec la conjonction de coordination « donc », vers 13.

Ainsi en est-il également des locutions de coordinations : « puis que » et « tandis que ». Les

connecteurs logiques de cette strophe vont permettre à Ronsard cette comparaison entre la vie de la

rose et la vie de Cassandre. Le but est clair : séduire Cassandre et la convaincre, avant qu’il ne soit

trop tard.

Car cette invitation à cueillir la vie est une solution à la tragédie du temps qui passe. En

effet, l’esprit du poème, de Ronsard, dénonce cette « marâtre nature », terme péjoratif renvoyant à

la marâtre vie : la fuite du temps est inéluctable. La mort frappe tous les êtres. Séduisons donc avant

qu’il soit trop tard !

Cependant le poème est traversé par l’incertitude : vers 1 et 13 : conjonction de

subordination « si ». Cette conjonction prend un tour tant interrogatif qu’hypothétique. Il s’agit là

des incertitudes de la conquête amoureuse. En effet, Cassandre est mariée, le lien ne peut être que

« extra-conjugale » à l’instar de l’amour courtois. Il n’est donc pas certain que Ronsard soit

satisfait…

Mais tout ce poème est un appel à une réflexion philosophique plus large.


II - Une réflexion philosophique


1 - La notion du temps

La scène de promenade que décrit le poète commence le soir, à « vêprée ».

Le terme « vêprée » renvoie aux vêpres, c’est-à-dire, à l’office religieux du soir dans

l’Eglise romaine : ce terme évoque donc l’espace temps dans lequel se déroule la scène.

Or, il est question dans le deuxième vers du « matin » et l’on peut noter l’emploi d’un plusque-

parfat : « avait desclose ».

Le temps est passé. Il s’agit en effet d’une description dans le passé.

Le seul futur, « fera ternir », vers 18 est tragique : il annonce que le temps passe et que la

beauté se ternit. La beauté est soumise au temps destructeur.

Cette notion du temps qui passe rapidement est renforcée par des tournures restrictives :

« vers 7 : « Las ! voyez comme en peu d’espace » ; vers 11 : Puisqu’une telle fleur ne dure / Que du

matin jusques au soir ! ». La beauté est soumise à cette fatalité du temps. Le temps ici est tragique.


2 - La philosophie épicurienne

C’est donc d’une philosophie épicurienne dont il s’agit. En effet, Ronsard, de même que

Horace, poète latin du I° siècle avant Jésus-Christ (à nouveau, importance de l’influence grécoromaine

pour les humanistes), invite Cassandre à profiter de sa jeunesse, des grâces qui lui sont

données, afin de ne pas avoir de regrets. L’interjection « las », employée à trois reprises le souligne.

Le poème est ici élégiaque, inscrivant donc le regret et la nostalgie au coeur du poème.

Cette philosophie est celle donc de la volonté de l’évitement de la chute dans le

désagrément, et dans le fait de ne pas profiter, or plusieurs termes à la rime sont liés à cette chute :

« choir » et « soir » (vv. 9 et 12) ou le terme « vieillesse » qui succède à « jeunesse » au v. 17.

Cette chute est donc celle de la lumière du soleil assombrie par l’atmosphère crépusculaire :

de « soleil », le poète passe à « vêprée ».

La nature est présentée comme une mère nourricière : philosophie épicurienne. ici cependant

elle est marâtre : invitation à l’amour pour Cassandre.


3 - Un hédonisme

Dans ses odes, Horace énonce le précepte « carpe diem » qui signifie « cueille le jour ». Or,

dans ce poème le même verbe est employé à deux reprises : « cueillez, cueillez », vers 16.

Il s’agit donc de profiter du moment présent.

La répétition, ainsi que les différents emplois de l’impératif (« allons », vers 1, « voyez »,

vers vers 7 et « cueillez », vers 16) place le poète dans une situation de maître de philosophie, de

précepteur épicurien, qui prodigue sa sagesse à son élève. Le poème est alors didactique.

La métaphore filée végétale induite par « rose », « déclose », « une telle fleur », « vôtre âge

fleuronne », « cueillez », « ceste fleur », s’inscrit pleinement dans l’univers épicurien d’Horace qui

engage à profiter du temps et des beautés, même les éphémères : rose en est le symbole.

Ce plaisir, cet hédonisme, se trouve enfin dans cette intimité entre le poète et Cassandre : le

poème est adressé à Cassandre et non au lecteur symboliquement, les verbes sont à la première

personne du pluriel, créant une intimité à deux dans ce « nous », le poète est uni à Cassandre. Ce

« mignonne » est l’expression de l’intimité avec la femme aimée.

Enfin, la structure des rimes (AABCCB) : rimes embrassées, après deux rimes plates :

schéma amoureux et audacieux ! Et la couleur rouge : couleur de la passion, comme la rose en est le topos.


Conclusion :


synthèse : un poème humaniste sur le temps faisant l’éloge de la femme aimée.

ouverture : documents complémentaires


Séance 4 : « Soleils couchants »


Objectif : Découvrir la quête de sens du temps chez Hugo dans « Soleils couchants »

Victor Hugo est le chef de file du mouvement romantique. Il est un auteur tant de poésie

(poèmes lyriques : les Rayons et les ombres, 1840 ; Les Contemplations, 1856). La poésie est pour

lui « ce qu’il y a d’intime en tout » (préface de son recueil Odes et ballades (1828)) : évocation du

sentiment de mal-être et de mélancolie des romantiques. Mais il sait mettre la poésie au service de

son engagement politique. Son engagement politique en tant que démocrate puis député pendant la

IIe République aura effectivement une influence sur son oeuvre. Il désapprouve la prise de pouvoir

personnel de Louis-Napoléon Bonaparte et passe ainsi l’essentiel de sa vie en exil avant un retour

triomphal en 1870 et une élection en tant que sénateur (Les Châtiments, 1853).

Dramaturge (Hernani, 1830), il contribue à renouveler le théâtre en fixant les principes du

drame romantique dans la Préface de Cromwell en 1827. Romancier inclassable,il écrit neuf romans

parmi lesquels Les Misérables en 1862 et Quatre-vingt-treize en 1874.

« Soleils couchants » de Victor Hugo est un poème tiré du recueil Les Feuilles d’automne

paru en 1831. Victor Hugo annonce dans sa préface une poésie faite « de vers sereins et paisibles

(…) des vers de l’intérieur de l’âme » et comme un « regard mélancolique sur ce qui est, ce qui a

été ». Ce recueil est dominé par le thème de la fuite du temps. Ce poème l’aborde en effet. Il est

composé de quatre quatrains en alexandrins aux rimes suffisantes et croisées. Le poème exprime

ainsi à travers une méditation sur la fuite du temps et sur ses effets sur l’homme et la nature ses états

d’âme les plus profonds.

Problématiques possibles : En quoi ce poème romantique donne-t-il à voir une certaine conception

du temps ? En quoi « Soleils couchants » est-il un poème caractéristique du romantisme ? Quelle

conception du temps Victor Hugo met-il en évidence ? Commentez l’importance de la nature dans

ce texte. Peut-on dire que ce poème est un poème lyrique ? Dans quelle mesure le poète inscrit-il la

condition humaine dans le temps et la nature ?

Problématique retenue : En quoi « Soleils couchants » met-il en évidence une conception du

temps romantique ?


I - La fuite du temps


1 - La notion de temps

Le temps, thème principal de ce poème est présent dès le titre (« Soleils couchants ») qui est

repris au premier vers : « Le soleil s’est couché ».

Champ sémantique du temps : « soleil », « soir », « orage » (vers 1 et 2), « nuit »,

« aube » (vers 2 et 3), « nuits », « jours », « temps » (vers 4), « jours (vers 5), « toujours » (vers 10),

« sans cesse », « chaque jour » (vers 12 et 13), « bientôt » (vers 15). (principalement dans le

premier quatrain.

Le temps est évoqué dans sa polysémie, désignant à la fois le temps qui passe (durée) et le

temps climatique (« soleil », « orage »).

Le temps règne donc sur le poème. Il est même personnifié à travers l’image de son « pas »

« qui s’enfuit » (ver 4).

Cette prépondérance du temps : temps verbaux : tous les temps sont dans ce poème :

passé : « s’est couché » (vers 1)

présent : « roule », « aimons » (vers 7 et 8), « donne » (vers 12), « passe » (vers 14),

« manque » (vers 16)

futur : « viendra » (vers 2), « passeront » (vers 5), « s’iront », « prendra » (v. 11-12), « m’en

irai » (vers 15)

Passage du passé, au présent puis au futur : mouvement du temps.


2 - La méditation sur sa fuite

Le thème de la fuite du temps est un motif récurrent de la poésie lyrique et romantique.

Victor Hugo le reprend ici en mettant en valeur le mouvement que celui-ci crée et les images

invoquées.

Dans le premier quatrain, le temps est présenté dans sa continuité : le coucher du soleil

laisse place au soir puis à la nuit (vers 1 et 2), et enfin à l’aube (vers 3) et au jour (vers 4) :

révolution d’une journée, et ce, en continue, les jours se succèdent et saccadent la vie de l’homme ,

les jours se multiplient, le temps fuit.

Cette fuite du temps est marquée par un effet d’accélération avec l’adverbe « puis » et le

passage au pluriel à la fin du premier quatrain : « Puis les nuits, puis les jours » (vers 4).

De plus, la multiplication des anaphores (« Puis », vers 3 et 4 ; « Sur », vers 6 et 7) et la

répétition du « et » (vers 2-3, 9-10 et 14) crée une accumulation.

Le temps, de plus en plus rapide, échappe au poète.

Répétitions mises en relief par un chiasme : « passeront » (vers 5) et parallélisme : « sur la

face » (vers 6).

Tout concorde donc à cette fuite du temps. L’homme semble d’ores et déjà arraché à la vie et dépassé par ce temps qui lui échappe tout à fait. Il fuit et ne peut suivre le rythme.

La succession des éléments de la nature liquides et de l’écoulement est l’image de cette fuite et l’accentue : « mers », « fleuves d’argent », « roule » (vers 6-7), « eaux vers 9), « fleuve des campagnes « (vers 11), « le flot qu’il donne aux mers » (vers 12). Les fleuves coulent à flots, comme le temps.

L’écoulement est redoublé par les allitérations en « l », une liquide en phonétique et en « f »,

exprimant la « fuite » du temps (cf. les trois premiers quatrains).

Cette fluidité se retrouve dans la forme du poème : enjambement d’un vers à l’autre à la

deuxième strophe (vers 5 à 8) et à la troisième strophe (vers 9 à 12).


II - Le temps de l’homme et le temps de la nature


1 - L’importance de la nature

Il y a importance de la présence de la nature, évoquée dans chaque strophe de ce poème, qui laisse découvrir une nature fertile, qui est seulement ridée, du fait de son âge, mais non vieillie « et les bois toujours verts s’iront rajeunissant ». vers 10 et 11. Ainsi le sens négatif de « ridés » est atténué par la négation du terme « vieillis ». L’homme est confrontée à elle, cte homme qui n’apparaît que dans le dernier quatrain.

Les quatre éléments sont évoqués :

l’eau : « mers », « fleuves » (vers 6-7), « eaux » (vers 9) et « flot » (vers 12)

la terre : « forêts » (vers 7), « bois » et « campagnes » (vers 10 et 11)

l’air : « nuées » (vers 1), « vapeurs » (vers 3)

le feu : « soleil » (vers 1 et vers 14)

Par ailleurs, la nature est mise en valeur par la personnification : « la face des mers », « la

face des monts » (vers 6), « la face des eaux et le front des montagnes » (vers 9), ainsi que des

adjectifs mélioratifs (« rajeunissant », vers 11 ; « joyeux », vers 14 ; « radieux », vers 16) et

hyperbolique (« immense », vers 16)

Le temps de la nature est donc caractérisé par l’éternel retour et le renouvellement de toute

chose. Ce sont les adverbes qui renforcent et traduisent la permanence de la nature : « toujours »,

vers 10 et « sans cesse », vers 12. C’est aussi le présent qui exprime alors un présent d’habitude, qui

permet ce renforcement.

Le temps est donc source de renouvellement et non de vieillissement sur la nature,

contrairement à l’homme en tant qu’individu.

En ce sens, la première strophe exprime un temps cyclique : celui de l’alternance du jour et

de la nuit. Importance pour souligner cette idée de l’accumulation du vers 2 avec la répétition de la

conjonction de coordination « et ». Or, l’homme est voué à disparaître. Le temps ne permet pas à l’homme le renouveau qu’il semble permettre à la nature.

La conjonction de coordination adversative « mais » à la quatrième strophe (vers 13),

marque l’opposition entre cette nature toujours plus jeune et cet homme toujours plus vieux. Et vers 15, l’adverbe de temps « bientôt », s’opposant aux autres adverbes exprimant la continuité, marque

une rupture définitive entre l’homme et la nature. Il est bientôt temps pour le poète de faire ses adieux.


2 - Le néant de l’homme

Face à ce temps de la nature, apparaît le temps de l’homme. D’emblée il s’oppose à cette

nature et à ce tout par ce « Mais moi » du vers 13.

Pour Victor Hugo, la nature est l’image même de Dieu et donc de l’immortalité. La

contemplation de la nature prend nécessairement une dimension métaphysique qui le confronte à

l’infini. Mais c’est aussi une vision intérieure qui touche à l’âme. Et ce toucher de l’âme révèle à

l’homme son néant. il comprend alors qu’il n’est rien. Cette vision est d’ailleurs celle que l’on

retrouve dans Les Contemplations de l’auteur.

« morts » vers 8 : milieu du poème : milieu du vers : hémistiche : thème central. Mais morts

sont ici aimés et on en fait mémoire, tandis que le poète semble n’être rien. Il ne manquera pas au

monde (vers 16). Parallélisme entre les deux et opposition entre la foule et le poète.

Au vers 14, apparaît le terme « refroidi » qui peut être entendu comme l’expression de la

mort.

En outre, le « je passe » exprime tout à fait cette vie de transition. L’homme en ce monde ne

fait que passer. Il s’en va ensuite « au milieu de la fête » de la nature, sans troubler l’ordre des

choses, « Sans que rien manque au monde immense et radieux ! » (vers 16). C’est ainsi l’expression

de sa fin, de sa mort. Enfin, « je passe » et « je m’en irai » sont des euphémismes pour atténuer la

réalité et apaiser l’angoisse du poète (vers 14 et 15).

Le poète n’apparaît donc qu’à la dernière strophe. Son apparition se fait directement avec le

pronom personnel « moi ».

Et c’est de lyrisme dont il est question enfin, en tant qu’expression vibrante du sentiment

personnel, ici du néant de l’homme, avec cette opposition entre le sujet qu’est l’homme, au

singulier, et le tout que représente la nature, au pluriel. En cela également la dernière strophe

s’oppose au reste du poème : « moi », « ma tête », « je passe », vers 13-14, contrastant avec « les

nuées » (vers 1) ; « ses clartés », « les nuits », « les jours » (vers 3 et 4) ; « ils passeront », « des

mers », « des monts », « les fleuves », « les forêts », « des morts que nous aimons » (vers 5 à 8) ;

« des eaux », « des montagnes », « des bois », « des campagnes », « aux monts », « aux

mers » (vers 9 à 12).

Le poète est isolé parmi cette « foule » de jours (vers 5), parmi les éléments en fête (vers

15). Le soleil donc ne le réchauffe plus (vers 14). il ne semble déjà plus qu’une frêle ombre dans ce

monde « immense et radieux » (vers 16).


III - L’humaine condition du poète romantique


1 - L’image du poète

Chez les romantiques, cette image du poète solitaire au milieu de la nature est récurrente, de

même que cette mélancolie profonde. Cette mélancolie se traduit par l’irrégularité du rythme, à

l’image de l’irrégularité de l’état d’âme du poète oscillant entre la tristesse et la rêverie. Ainsi le

rythme binaire de la seconde strophe est, par exemple, l’expression de la monotonie du poète.

En outre la mélancolie est traduite dans le vers 13 par l’image d’un homme accablé par la

lourdeur de ce temps qui passe et donc c’est de mélancolie liée à la mort dont il est question : « sous

chaque jour courbant plus bas ma tête » (vers 13). Il y a icic forte opposition avec la joie

permanente de la nature, la « fête » (vers 15).

Cf. opposition entre vers 8 et vers 16 et l’exclamation renforce cette idée tragique de

l’homme abandonné, seul quittant ce monde.

Qui plus est, allitération en « r », qui marque ce râle du moribond que semble déjà être le

poète, ainsi que cette dureté et rancoeur de ce dernier (vers 13 à 16).

Mais cette poésie est celle qui fera revivre le poète.


2 - Le pouvoir de la poésie

Le rythme de la dernière strophe est irrégulier et saccadé : strophes précédentes : 6/6 puis,

2/4/6 et 2/1/3/6 (vers 13-14).

Importance du jeu de sonorités et des rythmes, ainsi que des figures de style dans tout le

poème exprimant le temps se resserrant : les premières strophes expriment un présent d’habitude

avec en outre l’emploi de la locution adverbiale « sans cesse » (vers 12) et la dernière strophe, le

présent d’énonciation et le futur proche, exprimant ainsi la fuite inexorable du temps pour le poète.

Puis effacement même de la personne : « moi » (vers 13), à « je » (vers 14 et 15) puis

« rien » (vers 16) : mise en exergue du pronom personnel en début de vers avec des anaphores

exprimant la répétition du pénible sentiment d’abandon qui envahit le poète et la concentration sur

sa personne.

Mais le poème laisse apparaître un « hors temps », celui de la littérature. En effet, la

comparaison du vers 8 montre combien la nature et l’homme sont liés, intrinsèquement. L’hymne en

effet sonne comme la poésie, qui rappelle le souvenir des disparus. Elle représente la mémoire de

ceux qui ont été, il s’agit ici encore d’un « je » présent dans cette poésie. La poésie est alors hymne

pour le mort à venir qu’est le poète.

L’homme est ainsi en ce sens atemporel, le « je » reste gravé dans le papier de la mémoire.

Le poète semble disparaître au terme de sa poésie, mais c’est aussi grâce à elle qu’il revit, à

chaque lecture. La lecture est une belle arme contre l’oubli. Ainsi, le poète reste permanent au

monde à travers son écrit : expression de la mémoire.

Conclusion :

synthèse : conception du temps romantique avec les images de la fuite du temps et de la mort

inéluctable de l’homme.

ouverture : documents complémentaires

Séance 5 : Memento mori

Objectif : Découvrir le sens du temps chez Baudelaire dans son « L’Horloge »

La vie de Charles Baudelaire est une vie agitée. Ses écrits en sont l’illustration même. Ainsi

résonnent dans sa poésie sa vie de dandy, celle qu’il mène à Paris, mais aussi ses conflits familiaux

et ses tiraillements moraux. Ses influences sont plurielles, tant romantiques que parnassiennes. Son

recueil Les Fleurs du Mal (1857 et 1861) fait scandale. Dans ses poèmes sont évoqués ses souvenirs

de voyages (1841, l’île Maurice ; l’île de la Réunion, dite « l’île Bourbon »), les femmes qu’il a

aimées (Jeanne Duval, Marie Daubrun et Apollonie Sabatier), et bien d’autres thèmes qui le font

condamner pour « outrages à la morale et aux bonnes moeurs ». Son oeuvre poétique continue

cependant avec ses Petits Poèmes en prose (ou Le Spleen de Paris, 1869 -oeuvre posthume,

tentative originale d’adaptation en prose d’une musicalité « sans rythme et sans rime » exprimant

cependant les mouvements lyriques de l’âme). Mais Baudelaire est aussi critique d’art (Salons de

1845, 1846 et 1859) et, enfin, a traduit des oeuvres d’Allan Poe (notamment ses Histoires

extraordinaires en 1847). Découragé, miné par la maladie et en proie à des troubles nerveux, il

meurt après une année de paralysie et d’aphasie, à l’âge de quarante-six ans (1867).

« Mûri depuis quinze ans, son recueil poétique, Les Fleurs du Mal (1857 ; condamné par la

justice impériale après un célèbre procès), manifesta le mieux « cet admirable, cet immortel instinct

du beau qui nous fait considérer la terre et ses spectacles comme un aperçu, comme une

correspondance du ciel ». Engagement mystique en même temps qu’esthétique, la démarche du

poète est de retrouver dans la vie de tous les jours l’insolite, les signes sensibles d’un monde à la

fois antérieur et idéal qui n’est pas soumis, comme le réel, c’est-à-dire la nature, à la fatalité du

péché et à la nécessité de la souffrance. D’où cette oeuvre obéissant, comme l’amour, à une double

postulation satanique et angélique, où les images et les symboles sont renouvelés par le subtil réseau

d’associations, de « correspondances », qu’ils portent. - Au service de cet « art pur », spirituel,

Baudelaire met la « magie suggestive » d‘un langage et d’une métrique très rigoureux, aussi

étrangers pourtant au culte parnassien de la forme qu’à l’« art positif » des réalistes. Solitaire, mais

solidaire des autres hommes qu’il convie « par la poésie et à travers la poésie » à entrevoir « les

splendeurs situées derrière le tombeau », Baudelaire a énoncé les principes créateurs de la poésie

moderne du symbolisme au surréalisme. » (note du Petit Robert des noms propres, 1988).


Le poème « L’Horloge »,

LXXXV, clôt la section « Spleen et Idéal » des Fleurs du mal de

Baudelaire. La forme poétique choisie par Baudelaire est libre. Il s’agit ici de six quatrains en

alexandrins.

Ce poème appartient au cycle de poèmes sur le temps. « L’Horloge » est le poème exprimant

la victoire du tombeau sur les splendeurs de l’idéal. Le temps est ici tout puissant, destructeur,

ravageur même. L’homme est alors constamment mit devant le memento mori.

Baudelaire reprend ici le thème traditionnel de la fuite du temps, mais c’est par une image

audacieuse, celle de l’horloge vampirique qu’il présente ce temps comme monstrueux. C’est alors le

tragique de la condition humaine qui est ici mis en valeur.

Problématiques possibles : Commentez les nombreuses images liées au temps. Quels sont leurs

effets ? Que peut-on dire de la composition du poème « L’Horloge » et de sa progression ? La

progression et les images de ce poème représentent-ils la fuite du temps ?

Problématique retenue : Comment le temps est-il représenté par Baudelaire dans « L’Horloge » ?


I - Le temps et sa nécessaire fuite


1 - Le temps dans le poème

Le temps est constitutif de ce poème. Le champ lexical du temps et de la durée est

omniprésent : « Horloge », vers 1 ; « bientôt » (vers 4) ; « instant », « saison » (vers 7 et 8),

« heure », « La Seconde » (vers 9), « Maintenant », « Autrefois » (vers 11), « les minutes » (vers

15), « le Temps » (vers 17), « le jour », « la nuit » (vers 19), « la clepsydre » (vers 20),

« l’heure » (vers 21), « trop tard » (vers 24).

En outre, le temps est désigné à travers toutes ses unités : l’ « instant » (vers 7),

« l’heure » (vers 9 et 21), les « minutes » (vers 15), « la Seconde » (vers 9), le « jour » et « la

nuit » (vers 19). Enfin, la « saison » (vers 8) et les temps verbaux employés participent de cette

expression totale du temps à tous égards et à tous degrés : présent (présent d’énonciation, vers 2,

1à-11, 14, 19), passé (passé composé, vers 12), futur (vers 4-5, 21 et 24). Enfin le temps :

métonymie de l’horloge, premier mot du poème, apostrophe.

Puis, la forme du poème est la suivante : six quatrains en autre alexandrins : cadran de

l’horloge : chaque quatrain équivaut à un quart d’heure et les vingt-quatre vers de douze syllabes

aux vingt-quatre heures d’une journée. Le douze est la division du cadran de l’horloge. Enfin, le

produit des vingt-quatre vers et des douze syllabes par vers est deux cent quatre-vingt-huit, dont

Maurice Chatelain, ancien scientifique de la NASA du vingtième siècle, rappelle le symbolisme : ce

nombre est le symbole universel d'équilibre des structures d'énergies contenues dans l'espace-temps,

c'est-à-dire dans l’univers. Enfin, le rythme régulier de la majorité des vers (6/6) imite le tic-tac de

l’horloge : vers 3-4 et 7-8.

Ainsi, dans ce poème le temps est omniprésent. Mais Baudelaire a pour volonté d’exprimer

sa fuite.


2 - La fuite du temps

Cette idée de fuite du temps est soulignée par de nombreux adverbes de temps :

« bientôt » (vers 4), « toujours » (vers 20), « tantôt » (vers 21), « encor » (vers 22). Ils soulignent

l’idée de compte à rebours, ainsi que par cette antithèse du vers 11 exprimant le fait que le temps est

insaisissable : « Maintenant dit : je suis autrefois » (vers 11). Il fuit, et ce, de façon incessante.

Cette idée de temps présent qui déjà est passé est illustrée par les deux instruments de

mesure du temps présents dans le poème : l’horloge, qui est un instrument moderne et la clepsydre,

horloge à eau, ancien instrument de mesure dans l’antiquité. Cet écoulement du temps est

effectivement permanent, c’est là tout le paradoxe. Sa fuite est perpétuellement mesurée.

Cette fuite du temps et cet écoulement est traduit dans le poème par l’écoulement des mots,

semblant glisser du fait des multiples enjambements (tout au long du poème vers 7 et 8 est le plus

remarquable). En outre, de même que le temps s’écoule toujours plus rapidement, de même, le

poème semble accélérer son rythme jusqu’au fatal : « il est trop tard ! » du vers 24. Enfin, cette

accélération du temps est soulignée par l’emploi de l’adjectif « Rapide » (vers 10).

Le lecteur, l’homme, semble ainsi acculé par le temps qui ne cesse de le presser et de lui

rappeler combien sa fuite est rapide et fatale. Et ce fait d’être ainsi acculé est souligné par la reprise

de « Souviens-toi ! » qui semble être un leitmotiv, expression donc du temps qui se resserre et

annonçant une mort prochaine.


3 - Un poème théâtralisé

Le poème n’est pas seulement une expression mais également théâtre. c’est toute une mise

en scène que crée Baudelaire pour sensibiliser le lecteur et le rendre même sensible à ce spleen,

cette victoire du tombeau.

C’est la raison pour laquelle le temps est personnifié (vers 9, 11 et 17). Mais il n’y a pas que

le temps qui le soit, l’objet même, métonymie du temps, l’horloge, est personnifié et parle au lecteur

en une prosopopée (à partir du vers 1).

En outre, ce temps des mains de qui on ne peut s’échapper, est à la fois animalisé et

humanisé (vers 7, 11 et 17), mais est aussi le doigt qui accuse, interpèle et figure l’aiguille des

heures, des minutes ou des secondes. Et d’ailleurs, chaque unité s’exprime : la Seconde (vers 10), le

Maintenant (vers 11 et 12).

C’est donc toute une mise en scène que déploie Baudelaire pour exprimer le tragique de la

condition humaine.


II - Le temps comme expression de la condition humaine tragique


1 - Expression de la fatalité de la condition humaine

En effet, cette théâtralisation n’est présente que pour rappeler à l’homme sa condition

tragique et la fatalité de ce temps qui dévore la vie de l’homme, tel un vampire (vers 7, 12, 17 et

20).

L’image du vers 19 du jour qui décroît et de la nuit qui augmente rappelle le mouvement de

la clepsydre ou du sablier avec un rapport de renversement et d’écoulement d’un récipient à l’autre.

Cette image renforce l’idée de cette condition humaine qui passe. Le jour étant la vie de l’homme,

la nuit étant la mort. Ainsi le temps pour être mesuré, se nourrit de la substance vitale de l’homme.

C’est à nouveau l’idée de vampirisme ici qui jaillit (vers 12). Voir aussi les vers 14 et 20.


2 - La tragédie humaine

C’est ici de tragédie dont il semble être question, puisqu’il y est question du vie (vers 12), de

mort (vers 24), de dieu (vers 1 et 21), de pathos (« effroi » vers 3), de vertu (vers 22) et de fatalité

(vers 24).

Mais l’horloge est à la fois dieu et oracle vers 1. Il semble qu’il s ‘agisse d’un Tirésias ou

autre mage. Cet oracle est bien évidemment celui qui prédit à l’homme son destin, sa mort

inéluctable. En outre, elle l’avertit de la puissance divine du temps qui le menace.

On remarquera que Baudelaire désire exprimer cette notion de tragédie en employant un

vocabulaire soutenu du fait de l’emploi notamment des épithètes, qui donnent une tonalité

solennelle au poème : « divin Hasard » (vers 21) et « auguste Vertu » (vers 22).

Et cette solennité passe aussi par le style du poème, dont les différents rythmes ternaires

(vers 1, 15, 19 et 24) donnent un aspect incantatoire au poème. De même cet effet d’incantation

récitée menaçant l’homme est soutenu par des sonorités régulières comme les allitérations en « s »

et en « m » et les assonances en « an » (vers 1 à 4 et 6), qui donnent un rythme régulier donc et

sonnent comme une malédiction.


3 - L’universelle condition humaine

Et de même que dans une tragédie, l’homme est prisonnier de son destin et est donc

impuissant face à l’écoulement du temps : « c’est la loi » (vers 18 et 20 et 24).

« Le plaisir vaporeux fuira vers l’horizon / Ainsi qu’une sylphide au fond de la

coulisse » (vers 5 et 6), expriment la vanité de la vie humaine et le fait que, nécessairement,

l’homme sera confronté à la mort. C’est alors qu’il ne faudra pas être ce « vieux lâche » (vers 24).

Si le poète nous avertit, c’est pour que l’homme ne reste pas tourné vers le vide de son existence.

L’homme pour remplir sa vie, doit épouser la vertu. Or, le poète lui reproche de la laisser vierge

(vers 22). Il doit pour cela agir, afin d’éviter cette victoire du tombeau, du vice, sur la vertu et

l’idéal selon Baudelaire.

Le « vieux lâche » final est tout à fait ironique de la part de Baudelaire, car il invite en fait le

lecteur à réagir et lui-même d’ailleurs. En effet, il ne faut pas se laisser vaincre par ce tombeau,

mais il faut bien gagner avec l’idéal (vers 16).

L’expression Memento mori est une formule latine correspondant à la prière du mercredi

des Cendres : Memento, homo, quod pulvis es, et in pulverem reverteris : « Souviens-toi, homme,

que tu es poussière et que tu retourneras en poussière » : Ecclésiaste, I, 20.

Ainsi, en employant cette formule, Baudelaire entend exprimer le caractère vide de

l’existence humaine. Le Qohélet ne parle-il pas de la vanitas vanitatum ? Ainsi, au terme de la vie,

il faudra tout abandonner. Il faut le savoir et ne pas être trop attaché à cette vie, au plaisir qui alors

s’enfuira (vers 5), et même le repentir (la mention de dernière auberge signifie pour Baudelaire que

l’homme cherche dans ce repentir un moyen de se sauver et de gagner un peu de temps de vie. C’est

une allusion à une sécurité de dernier instant) n’y fera rien.

Enfin, il s’agit bien-là d’une réflexion universelle, puisque Baudelaire emploie le « nous »

incluant ainsi l’ensemble des hommes au vers 2. En outre, il faut noter le caractère universel du

langage de l’horloge qui selon ses dires, « parle toutes les langues » (vers 14).


Conclusion :

synthèse : Progression et images : fuite du temps

ouverture : documents complémentaires

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