"Phèdre" de Jean Racine

Séance 4 : Extrait de Phèdre de Jean Racine


Objectif : Comprendre l’aveu de Phèdre


Commentaire


Le tragédie Phèdre de Racine, pièce écrite en 1677, expose les ravages de la passion. Tout

juste mariée, Phèdre est prise d’amour pour Hippolyte, son beau-fils. Son époux, Thésée, a quitté Athènes dont il est le roi. Il n’a plus donné de nouvelles depuis six mois. Son fils Hippolyte veut partir à sa recherche et fuir Aricie, captive de son père dont il est épris. Eprouvée, Phèdre, qui apparaît pour la première fois à la scène 3 de l’Acte I et dont le trouble est visible physiquement, avoue à sa nourrice et confidente, après avoir été persuadée, son mal.

Problématiques possibles : Quel est le rôle de cette scène ? En quoi cet extrait de tragédie illustret-

il la vision racinienne de l’amour ? Comment la passion est-elle représentée ? Quel est le rôle des

différents personnages dans la scène ? Comment s’exprime la violence de la passion ? Qu’y a-t-il

d’inavouable dans l’aveu de Phèdre ? Qu’y a-t-il de terrible dans l’aveu de Phèdre ?

Problématique retenue : En quoi cette scène de Phèdre est-elle une scène d’aveu tragique ?


I - L’aveu de Phèdre à OEnone


A - Un dialogue éprouvant

Aveu difficile, les répliques s’enchaînent rapidement : répliques rapides des vers 1 à 10.

Champ lexical de la passion.

Ponctuation expressive : points d’interrogation, d’exclamation, apostrophes : ordres,

questions,…

stichomythies des vers 40 à 51 accentue le trouble des deux femmes.

Les questions se multiplient : vers 20 à 23 : questions tant de la part de de Phèdre que

d’OEnone.

Question réthorique : vers 20.

Argumentation mise en place.


B - Le rôle d’OEnone

Nourrice : rôle de confidente au théâtre. La reine se confie à elle et donc, au public : double

énonciation.

Rôle tout particulier d’OEnone : vers 17 et 18 : particulièrement dévouée depuis la naissance

de Phèdre.

Si dévouée, que son âme descendra la première chez les morts, vers 13.

Champ lexical de la souffrance, jusqu’au vers 26.

Oenone est persuasive : vers 10 à 20. Elle prend sa reine par les sentiments et la pousse à

avouer son mal.

Importance du vers 16. Elle joue sur la confiance mise en doute de la reine.

Elle est à ses genoux : didascalie interne vers 27.


C - Une attente tragique

La tension de cette scène est préparée depuis la scène 1. Phèdre n’apparaît qu’à cette scène

(le public attend depuis deux scènes).

Le dialogue marque l’insistance d’OEnone pour que Phèdre avoue son mal par un effet

d’attente du fait d’un effet de miroir : vers 5 à 10.

L’attente de l’aveu se fait de plus en plus pressant : OEnone pousse Phèdre dans ses

retranchements.

OEnone la presse donc par sa persuasion et Phèdre, presque vaincue reprend l’historique des

amours de la famille : Pasiphaé, Ariane et elle.

C’est finalement OEnone qui prononce le nom fatal.


II - Une scène tragique


A - Une situation tragique

La mort inonde le texte : cf. champ lexical, qu’accompagne celui du crime.

L’aveu en lui-même est tragique : il y a inceste et rien ne peut changer la situation.

OEnone par son insistance, mène à l’aveu de Phèdre, ce qui est le noeud de l’intrigue.


B - Des personnages déchirés

Etat de grande souffrance chez les personnages, tant chez Phèdre que chez OEnone.

OEnone n’existe que par Phèdre.

Menace de la part d’OEnone de se suicider, tandis que Phèdre se meurt : vers 9 à 13.

Crainte de sa part que Phèdre n’ait plus confiance en elle. Elle souffre vraiment de ce nonaveu.

Voici donc Phèdre doublement déchirée, et par son amour incestueux et par cette tension

entre son secret et son aveu.

Ainsi, en lutte perpétuelle depuis le début de la scène, la voilà aux portes de la mort. Le

souffle lui manque, d’où des répliques hachées à partir du vers 40.

L’assonance en « i » dans ce texte traduit les souffrances aigües de Phèdre.


C - Un amour passionnel

Isotopie des émotions excessives : vision janséniste de l’amour et austère : les passions sont

néfastes.

- Destinée : volonté des dieux : morte de passions : vers 40 (absence de la grâce pour les

jansénistes)

- Amour=crime : vers 4-5 et 25 et passion=feu (l’enfer pour les jansénistes)

La passion consume et pervertit les hommes, rend fou et laisse entrer le désordre chez

l’homme (morale et physique), dû au coup de foudre : « Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue. / Un

trouble s’éleva de mon âme éperdue. » (vers 274-275).

Chez Racine, amour=maladie : passio, onis, f. (latin) : action de supporter, de souffrir, du

verbe patior, pateris, pati, passus sum : supporter, endure, souffrir ; πάσχω : être affecté de telle

affection, sensation ou sentiment.

Ici, catharsis (théorie d’Aristote dans la Poétique) : en assistant à une représentation, les

spectateurs se libèrent de leurs passions en les vivant à travers les personnages qu’ils ont sous les

yeux : terreur et pitié.


Conclusion :


Femme forte, Phèdre envisage la mort plutôt que l’aveu : vers 25. Ce n’est que parce

qu’OEnone menace elle-même de mourir, qu’elle avoue son mal.

Cette scène est donc la révélation du noeud de la pièce : l’amour incestueux de Phèdre pour

son beau-fils.

Racine propose ici une vision janséniste de la passion amoureuse, qui ne peut mener qu’à la

souffrance et à la mort.

La Rochefoucauld :

« Si on juge de l’amour par la plupart de ses effets, il ressemble plus à la haine qu’à

l’amitié. » (La Rochefoucauld, Maximes, n°72 ; Pléiade, 1964, p. 412 ; Pochothèque, 2001, p. 129).

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