Pour être juste, est-il nécessaire de renoncer à son intérêt ? (Dissertation)

Selon l’opinion commune, on pourrait penser que pour être juste, il faut renoncer à son intérêt. En effet, le mot grec ​dikè, ​qui signifie la justice, a pour premier sens la balance. La justice est donc originairement une métaphore de la balance qui a fait chorus, puisqu’elle en est devenu le symbole. Or, si je sers mon intérêt, je ne peux etre juste. J’aurais tendance à servir mon intérêt d’abord, en dépit de celui des autres, et ce consciemment ou non. L’exemple de l’anneau de Gygès nous témoigne que même le plus sage des Hommes sera tenté d’utiliser cet anneau, qui est à l’origine d’une injustice.Celui-ci confère un avantage (celui d'être invisible), que les autres n’ont pas, à la personne qui le porte. Cependant, on peut penser que l’expression “être juste”, ne se limite pas qu’au calcul mathématique de la justice, c’est à dire attribuer la même part à chacun. Dès lors, la justice peut fonctionner dans une logique d’interdépendance entre les Hommes. Ainsi, si chacun dans sa façon d’agir de manière juste, vise l'intérêt générale, l'intérêt particulier peut être satisfait. En d’autres termes, la justice à visé universelle permet de conserver une harmonie entre les Hommes tout en assurant l'intérêt de chacun. On voit donc dans la justice la notion d’équité. Un paradoxe apparaît quand d’un côté, je ne peux garantir mon propre intérêt étant donné que la justice nécessite un équilibre mais ne peut être atteint quand l’Homme, calculateur, cherchera toujours à faire passer ses intérêts d’abord. D’un autre côté, il n’est pas nécessaire de renoncer à son intérêt car il peut être atteint en m’accordant avec celui des autres. La justice a-t-elle pour fin de garantir l'égalité ou l'équité ?

I-Pour être juste, il faut renoncer à son intérêt

  • -  La justice est vue comme égalité entre les membres d’une société. En agissant selon mon intérêt, je renonce à l’équilibre proposé par la justice. En effet, pour Rousseau “Quand chacun fait ce qui lui plait on fait forcément ce qui déplait aux autres”

  • -  La justice a aussi une visée morale. Selon Kant et l'impératif catégorique, l’action morale est désintéressée et indépendante de tout principe extérieure à la raison.Je renonce à mon intérêt pour agir selon des valeurs universelles. Par exemple, lors d’un procès, même si cela signifie aller en prison, le criminel doit dire la vérité sur ses actions.


II-Pour être juste, il n’est pas nécessaire de renoncer à son intérêt


- La justice cherche à atteindre un idéal quantitatif à appréhender par l’exemple de l'utilitarisme. Une approche déontologique de la justice voudra définir le juste de façon originel en utilisant le critère mathématique en vue d’un idéal de distribution inégale. Dans l’exemple du partage du gateau, la solution consiste à faire partager le gâteau par celui qui se sert en dernier, les autres étant autorisé à se servir avant lui. Il coupera le gâteau en parts égales, car ainsi, il s’assure lui même la plus grande part possible.


  • -  Selon Rousseau, la justice est atteinte à travers le contrat social. On renonce dans un premier temps à l'intérêt particulier pour atteindre l'intérêt général. L’aspiration au bien commun concilie l'intérêt générale et particulier. Ainsi, on ne renonce pas complètement à notre intérêt particulier.

  • -  En outre, Adam Smith, à travers sa théorie de la main invisible, explique que la somme des intérêts particuliers contribue à l'intérêt général.Ainsi, Smith pense qu’il n’est pas nécessaire de renoncer à son intérêt pour être juste, mais simplement de suivre son intérêt particulier. Dès lors, il n’est pas utile de se préoccuper de la justice dans ses actions.


III-La justice ne doit pas être vu comme un moyen en vue d’une fin mais davantage comme une fin en soi


- Cicéron apporter une réponse claire à la question en expliquant que la recherche du bien est ce qui permet d'être juste. La justice est une fin en soi étant donné que ce qui est juste l’est pour lui même. Il distingue le bon calculateur et le juste. La loi naturelle est l’ordre juste m’unissant à autrui et où mes intérêts sont noués avec ceux d’autrui. L'ordre naturel entraîne une solidarité entre les Hommes, il permet au devoir et au droit de s'éclaircir mutuellement. Le principe du droit de manière générale réside dans le principe de ne pas faire à autrui ce qu’on ne veut pas qu’on nous fasse. Conclusion: Pour être juste, il n’est pas forcément nécessaire de renoncer à son intérêt si l’on est capable de considérer la justice comme une fin en soi et de laisser la recherche du bien guider nos actions. Cela nécessite une haute valeur morale qui est difficile à atteindre. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les lois universelles sont rappelées dans les préambules des constitutions.

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