"Si tu t’imagines" de Queneau

I. Une réécriture de Ronsard et dimension épicurienne ▪ Intertexte littéral puisque réécriture contemporaine de l’œuvre de Ronsard : « Allons cueille cueille / les roses les roses / roses de la vie » en analogie avec les Sonnets pour Hélène : « Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain : / Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie » et « tes mignons biceps » en analogie avec Mignonne allons voir : « Mignonne, allons voir si la rose ». - topos de la rose par la métaphore filée de la femme et de la vie : « ton teint de rose » ; cueille les roses de la vie » ; « pétales ». + adresse directe à la jeune fille par la P2 pour mettre en lumière son aveuglement : « ce que tu te goures » ; structures hypothétiques d’avertissement : « Si tu t’imagines » ; « Si tu crois » ; « si tu le fais pas » ; vision paternaliste par les termes hypocoristiques : « fillette » ; « petite » ; « mignonne ».=> discours de persuasion qui s’ancre dans une leçon d’épicurisme : profiter du moment présent (carpe diem ronsardien). /!\ les roses sont ici le symbole d’une beauté/vie fugitive et éphémère : « ce que tu te goures » en morale renvoie aux désillusions d’une jeunesse éternelle connues en grandissant. ▪ La structure du poème en pentasyllabes avec des refrains s’apparente à une ronde enfantine,ou à une chanson, et semble refléter le cycle du temps. - mouvement perpétuel de la vie qui continue inexorablement : anaphore de la fuite du temps « les beaux jours » ; « la saison des za » / présent de vérité générale « soleils et planètes tournent tous en rond » ; « s’en vont » ; « tu marches » / vieillesse inéluctable « va durer toujours » ; « tout droit » / pas de ponctuation et enjambements.

II. Un poème reflet de son appartenance à l’Oulipo ▪ Une réécriture qui marque un écart avec la tradition : dédramatiser l’œuvre de Ronsard sous laforme d’une parodie : volonté de conférer au poème une dimension populaire éloignée de la volonté dela Pléiade d’anoblir la poésie. - détournements comiques par les contractions et répétitions : « xa va xa va xa » ; « la saison des za » ; « vers sque », l’omission de négations : « tu vois pas » ; « si tu le fais pas », le langage familier : « ce que tu te goures » ; « ah ah » ; « biceps ». => bégaiement poétique qui épouse l’expression de la jeunesse insouciante. [« Un style, c’est arriver àbégayer dans sa propre langue » Gilles Deleuze.] + contraste entre la 2e et 3e qui donne l’impression de deux locuteurs : un amoureux gauche quis’oppose à un homme plus grave avec une vision mélancolique et cruelle. ▪ Le genre poétique du blason mis en vogue par C. Marot au XVIe siècle est détourné parl’élaboration d’une silhouette androgyne. Le contre-blason souligne la dure réalité face à la beauté idéalisée. - lexique corporel : « teint » ; « taille » ; « biceps » ; « ongles » ; « cuisse » ; « pied » / épithètes mélioratifs : « rose » ; « mignons » ; « émail » ; « nymphe » ; « léger » / consonantiques ouvertes. vs personnification de la vieille : « très sournois s’approchent » et groupes nominaux dévalorisants :« ride véloce » ; « pesante graisse » ; « menton triplé ; « muscle avachi » / diphtongues lourdes. + adjectif « pesante » : fuite du temps angoissante à dimension tragique. => rire élevé à la métaphysique pour éviter la confrontation avec la mort.

▪ Uneconceptiondel’amouretdelaviequicorrespondàlavisiondeQueneaudelalittératurecar elle suit les mêmes principes // pas de hasard : - les phonèmes arbitraires sont au poète ce que les couleurs sont au peintre : côté arbitraire des amours eux-mêmes tandis que les mots ne vieillissent pas, le poème ne vieillit pas, car l’histoireest impérissable et universelle. « La vie ? Un rien l’amène, un rien l’anime, un rien la mine, un rien l’emmène. », Zazie dans le métro.

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