"Spleen LXXVI" de Baudelaire

I. Un poète harassé par le quotidien et le monde extérieur ▪ Le spleen dépeint concrètement la pesanteur et le désespoir à travers l’image d’un poètedébordé par ses factures et ses dettes, qui le condamnent à la précarité : - « Un gros meuble à tiroirs encombrés de bilans, / De vers, de billets doux, de procès, de romances, / Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances » : ce meuble est la projection de sa propre vie, de son intimité sentimentale et de la pesanteur administrative quotidienne. /!\ analogie avec le procès du recueil Les Fleurs du Mal. [les cheveux en référence à Jeanne Duval à qui il a dédié La Chevelure] + juxtaposition antithétique : « bilans / romances / quittances » où son désœuvrement se heurte à des traces de son exclusion sociale. ▪ Lyrismeprononcéavecl’emploidelaP1:«J’ai[...]j’avais»;«mon»;«Jesuis»;«mes»et interjection à la P2 : « tu n’es plus, ô matière vivante » qui est dirigée à lui-même. - le passé semble douloureux : « mon triste cerveau » ; « encombré » ; « qui s’acharnent » ; « lourds »+ gradation descendante (dé-gradation) d’une sépulture royale pharaonique vers une sépulturebourgeoise vers la sépulture des excommunié : « C'est une pyramide, un immense caveau, / Qui contient plus de morts que la fosse commune. » + métaphore mortuaire des souvenirs passés par l’homophonie des « longs vers ». ▪ Orientalisme pour porter la figure du poète maudit vers le mythe, et qui entérine la séparation du poète avec le monde extérieur, il est harassé par le monde extérieur : - « le fond d’un Sahara brumeux » ; « vieux sphinx » qui détient le savoir ; « oublié sur une carte » ;« monde insoucieux » parce qu’ignorant et qui ne veut pas avoir accès à l’univers du poète. => Baudelaire méprise alors ce refus d’acuité.

II. La figure d’un poète décadent ▪ Saturation de la vie intérieure du poète. Son passé l’enferme et le déshumanise parcomparaisons avec des lieux ou objets : « Je suis un cimetière » ; « Je suis un vieux boudoir » ; « ô matière vivante ! » ; « Un vieux sphinx » et il apparaît comme figé : « Qu’un granit entouré d’unevague épouvante ». - focalisation sur l’aspect labyrinthique du cerveau du poète : métonymie de sa demeure « Cache moins de secrets que mon triste cerveau ». ▪ Les vers 7-13 font ensuite ressortir la figure du poète décadent et dandy : le poète maudit condamné à lui-même car exclu de la société mais qui garde toutefois une forme de culte du raffinement, de la sensualité / luxure / élégance. - enfermé dans un cadre vieilli : « roses fanées » ; « modes surannées » ; « pastels plaintifs » ; « flacon débouché » et dans un univers féminin par l’évocation d’un « vieux boudoir », les rimes féminines et la structure chiasmatique « les pastels plaintifs et les pâles Boucher ». [en référence à François Boucher, peintre français du style rococo] => marques de tristesse et désespoir : la vie a perdu toute saveur. ▪ Dans cet environnement vieilli et pesant, les accumulations et hyperboles contribuent à alourdir la charge symbolique et réelle du poète. /!\ angoisse de l’infini, et donc de la mort, par la terreur de l’ennui : « Rien n'égale en longueur les boiteuses journées, / Quand sous les lourds flocons des neigeuses années / L'ennui, fruit de la morne incuriosité / Prend les proportions de l'immortalité. » (blanc symbole de monotonie).

III. La synesthésie : transcender le mal-être poétique dans son expression la plus pure ▪ Typographiquement, le poème est divisé en trois parties distinctes : une accroche suspendue ; les lamentations ; la transcendance. - poème structuré par l’étirement temporel : « J’ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans. » ; « Je suis un vieux boudoir » ; « vieux sphinx » dont le symbole de la durée renvoie à des tempsimmémoriaux, et contribue à la construction d’une poète entre l’humain et l’extra-humain / ledépassement de l’humain. + allongement des vers avec des diérèses pour former des alexandrins : « L’ennui, fruit de la morne incuriosité » ; « Prend les proportions de l'immortalité. » ; « -Désormais tu n'es plus, ô matière vivante ! » ; « Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux ». => le poète est enfermé dans sa propre immortalité : dépassement de la condition humaine par cristallisation (dimension mythique). ▪ Entretenir la synesthésie par la correspondance des sens, objets, sonorités, jeux de luminosité et couleurs, pour créer une hypotypose (intérieur presque palpable). - sensation olfactive par la diffusion du parfum « seuls, respirent l’odeur d’un flacon débouché ». + abondance de diphtongues -eu / -an / -eau / -oi / -ou dans les rimes internes et en fin de vers. + ambiance crépusculaire : « abhorré de la lune » ; « aux rayons du soleil » dans laquelle l’obscuritédomine et reflète les émotions du poète. => Le poète s’exprime et a une source d’inspiration lorsqu’il est dans le désespoir.

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