Texte: Le mauvais vitrier de Baudelaire


« Mais qu’importe l’éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l’infini de la jouissance ?

Introduction :

 « Le principe de la poésie est l'aspiration humaine vers une Beauté supérieure. » Telle est la définition de Baudelaire de la poésie. Les définition de ce genre sont multiples, il en existe autant que de poètes, autant dire que la définition peine à délimiter les limite de son art. Baudelaire est un poète moderne qui a lui aussi participer à la réécriture du genre avec ses petits poèmes en prose. Nous nous intéresserons au poème du mauvais vitrier, 9epoème du spleen de Paris. Il est aussi intéressant de se pencher sur les deux titres du poème, en effet, il fait à la fois parti du recueil petit poèmes en prose qui nous indique sa nature et ses caractéristiques mais aussi du spleen de paris qui nous informe sur l’état du poète et le lieu. Cet extrait est présenté sous la forme d’une anecdote comme beaucoup de poèmes dans le recueil. Racontant l’histoire d’un vitrier n’ayant par les carreaux pour voir la vie en couleur, ce poème semble vouloir être un exemple d’une théorie sur l’esprit de mystification. Son titre annonce le récit de l’histoire d’un personnage et de son métier qui prendra la forme d’un autoportrait de l’auteur.

Ainsi, ce titre nous pousse à nous demander qu’est-ce qu’être un mauvais vitrier ?

Mouvements du texte :

- l 1 à 2 : La phrase d’ouverture amorce l’anecdote d’un récit personnel.

- L 3 à7 : C’est un commentaire du poète sur l’histoire à venir.

- L 8 à 25 : Ce mouvement inclut le récit et précisément les péripéties du récit qui peuvent se résumer à une rencontre fortuite ou encore à une farce cruel.

- L 26 à 29 : morale du poème, remise en question de l’auteur.

1ermouvement :

Ces deux premières lignes portent à la fois une situation initiale et l’élément perturbateur du récit.

- La situation initiale est exposé de façon sommaire, elle est beaucoup moins développé que l’élément perturbateur. Elle amorce le récit comme un souvenir racontée dans une conversation.

- Emploi du plus que parfait et du complément circonstanciel de temps (matin) nous décrivent de façon rudimentaire les circonstances de l’action. Le complément circonstanciel ouvre le récit de la même manière que dans un conte.

- L’incise « il semblait que » semble raconter les souvenirs d’une anecdote comme si ce petit poème en prose tentait de raconter avec le plus de précision possible l’état d’âme et les conditions du poète.

- L’énumération des adjectifs qui s’accumulent met en relief l’état de spleen.

- Le verbe « pousser » qui annonce l’action à venir est présenté sur le mode du registre épique et possède une dimension presque comique.

- Interjection qui clôt la 1ere phrase est tiré du langage de la tragédie et par dérivation de l’élégie. Elle produit un effet d’attente et un décalage entre le ton et le geste.

2emouvement :

Ce deuxième mouvement constitue un commentaire qui interrompt l’élément perturbateur et tente d’éclairer ce qui précède et ce qui va suivre sous un angle aussi bien morale que psychologique.

IL a aussi pour vocation de dédouaner me poète puisqu’il justifie se justifie par l’humeur d’une « foule d’actions dangereuses » l7.

- Le lecteur est interpellé par l’annonce du thème moral.

- Baudelaire semble avoir choisi « l’humeur satanique » par sa croyance en Satan, au diable et en ses faits et gestes. Cette humeur désigne d’ailleurs l’excitation qui saisit quelque chose ou quelqu’un a se faire remarquer. La précaution oratoire «observez je vous pris » le confirme.

- EN outre, il existe un lien de connivence (complicité) entre le lecteur et l’auteur puisque ce commentaire donne au récit sa dimension d’apologue de même que les 3 dernières lignes du récit.

3emouvement :

On a pu remarquer que chaque péripétie était ici commenté par son auteur. Le récit de la rencontre alterne simultanément et systématiquement l’exposé d’une péripétie et son explication. La réflexion que propose l’auteur a pour but d’éclairer le lecteur sur le cadre de l’action. Chaque péripétie et ainsi scrupuleusement justifiée.

- La première péripétie est celle de la rencontre.

- La deuxième constitue l’ascension du vitrier.

- La 3edéploie la colère et le caprice de l’auteur. Cette colère semble être une colère e comédie. En effet, le mauvais vitrier est enfaite le double, l’alter ego de l’auteur. Il est celui qui échoue dans sa quête, qui n’atteint pas les vitres du paradis. Le poète se heurte à son échec, à son double raté, comme un homme se heurte à sa condition humaine. Ainsi, on peut dire que le mauvais vitrier peut être la métaphore du poète maudit. Il demande des réclamations absurdes : la requête de « vitre du paradis, vitre qui font voir la vie en bleu » L18 & 19. Le poète est-il devenu fou ? Incompris, a l’instar des poètes maudits ?

- Ultime péripétie : l 20 à 25, elle achève d’exprimer la colère du poète qui est ici présentée dans un registre héroï-comique. L’auteur se venge avec un « petit pot de fleur », c’est un objet de la farce qui est transformé par la métaphore « mon engin de guerre » a la ligne 22. La farce est donc devenu une arme.

On aura compris que le poète vient anéantir la création de son alter-égo. On peut donc dire que cette dernière péripétie nous invite à relire ce poème comme une métaphore de la poésie. Les vitres constituent les fondements de la métaphore et mettent ainsi en exergue la fragilité de la poésie.

4emouvement :

Ce dernier mouvement est une remarque qui nous livre la quête du poète qui est de voir la vie en beau.

- Les 3 dernières lignes livrent un dernier commentaire à l’anecdote qualifiée de « plaisanterie nerveuse » l27. Ces plaisanteries sont à la fois purement sadiques mais aussi l’occasion d’un moment de jouissance. La question rhétorique qui clôt ce passage présente cette plaisanterie comme un paris qui met en jeu le salut de l’homme . Ce thème est cher a Baudelaire. On peut la lire comme une question ironique, a quoi bon jouir si on est condamné ?

- L’auteur a été soulagé de son spleen pendant un temps très éphémère. Un instant d’ivresse et de folie qui est au final réduit à néant par l’expression « plaisanterie nerveuse ». Ce ne sont que des distractions de l’âme comme le soutient le philosophe Pascal. Baudelaire semble partager ses théories. Au fond la vie ne serait que divertissement qui nous occultent de la triste damnation inhérente à la nature humaine.

Conclusion :

Ce poème en prose est polyphonique, chaque facette est dictées par le poète. Il est aussi bien moraliste, que muet. Il est aussi un poète de la farce par sa cruauté et son burlesque. On peut dire qu’il se raconte des histoires, il se convint lui-même autant qu’il tente de convaincre ses lecteurs. On peut donc parler d’un autoportrait à plusieurs fonctions.

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